Chapitre 2 – La Maid qui a volé mon âme

Les bruits sourds de touches de clavier écrasées par de fins et petits doigts à une vitesse ahurissante étaient la seule chose que l’on entendait dans cette pièce sombre.

Les volets métalliques anti-typhon avaient été fermés, et de lourds rideaux oranges finissaient d’obstruer toute lumière de cette pièce.

La seule source d’éclairage était le large écran de PC derrière lequel se trouvait une elfe de petite taille à la peau très pâle, aux cheveux noirs attachés en deux tresses et aux yeux anormalement phosphorescents.

En effet, en raison de son appartenance à la race des elfes noirs, soit les elfes qui vivent dans les royaumes souterrains et ténébreux de Svartalfheim, ses yeux étaient capables de voir dans des conditions de faible éclairage, à l’instar des chats, mais également dans les ténèbres les plus absolues.

D’ailleurs, à l’instar des chats, la lumière se réfractait parfois dans ses yeux les rendant brillants comme ceux des prédateurs nocturnes.

Dans ses oreilles se trouvaient des oreillettes, un léger bourdonnement permettait de savoir qu’elle écoutait de la musique.

Devant ses yeux des pages internet défilaient à vive allure, elle était en pleine recherche.

– Pas encore ça… Pour qui travaillais-tu ?

Ilmeryl enquêtait sur le « voyeur » qu’elle avait tué quelques heures plus tôt pour sauver Yuuma. Ce n’était d’ailleurs pas de la musique qu’elle écoutait, mais les DVD qui se trouvaient dans la mallette.

Une fois arrivée à son appartement à Akihabara, Ilmeryl s’était empressée d’en apprendre plus sur ce qui s’était passé.

Par le passé, les elfes noirs et les elfes avaient souvent tenter de tricher la Compétition en envoyant des assassins ou par diverses autres méthodes ; même si de telles affaires n’étaient pas publiquement dévoilées, elle le savait.

S’il y avait une chose qu’Ilmeryl avait tiré de ses expériences personnelles, c’est que la politique cache des affaires bien retorses et peu avouables, elle en avait fait les frais par le passé.

Ilmeryl était issue d’une famille modeste qui avait gagné son prestige suite à la victoire de son père au cours de la Compétition d’il y a deux cycles.

La noblesse était tellement satisfaite de cette victoire qu’elle l’avait accepté dans ses rangs, suite à son adoubement, sa famille entière avait reçu terres et titres.

Mais le père d’Ilmeryl n’était pas né dans cette atmosphère de conspirateurs, dans ce nid de vipères où les morsures arrivent toutes par derrière, il était un homme honnête, franc et sans détour. Finalement, malgré les services rendus à son peuple, son honneur fut la proie des vautours de la cour et sa famille, sans perdre ses titres, finit par perdre son prestige et sa richesse ; on les écarta peu à peu du pouvoir.

Le père d’Ilmeryl n’avait pas supporté le manque de respect à son égard, après sa chute il avait fini par se renfermer sur lui-même et ne même plus s’ouvrir à sa famille.

Ilmeryl, pour sa part, avait grandi seule, trop prestigieuse pour avoir des amis parmi la plèbe, et trop disgracieuse pour avoir des amis à la cour ; en raison du drame familial causé par son père, même ses proches s’occupaient rarement d’elle.

– De toute manière, je m’en fiche bien des autres, pensa Ilmeryl en remuant ces vieux souvenirs désagréables. Les gens sont tous trompeurs et fourbes, il vaut mieux être seule que fréquenter des vipères sournoises.

Ilmeryl détestait les nobles et les personnes proches du pouvoir, et de façon plus générale elle détestait les manipulateurs.

– Depuis combien de temps surveillais-tu Clae au juste ?

Elle arrêta un instant ses recherches, ouvrit son lecteur et changea de DVD.

En effet, le contenu de ces disques était uniquement constitué des enregistrements en temps réel de tout ce qui se passait à l’intérieur de l’appartement de Claelyss.

Ilmeryl avait désintégré le corps de l’espion, mais elle était sûr qu’il devait avoir sur lui un canon à son, une sorte de microphone orientable permettant de percevoir et enregistrer des sons à grande distance.

Au vue de la qualité des enregistrements, impliquant des filtres sélectifs sonores afin d’éviter une majeure partie des bruits parasites, il s’agissait d’un appareil de qualité, trop cher pour un vulgaire voyeur pervers.

Même si elle n’avait pas réussi à récupérer le microphone, à l’intérieur de la mallette se trouvait dissimulé l’appareil d’enregistrement ; le microphone percevait les sons et les transmettait à cet appareil qui les enregistrait sur des DVD.

– Par contre, utiliser des DVD pour des espions… y’a des supports de stockages plus performants…

Ilmeryl aimait la technologie humaine, elle l’avait longuement étudiée.

En général, les elfes savent tous pratiquer la magie à moindre niveau, il s’en servent pour gérer de nombreuses tâches quotidiennes fastidieuses. Quelques elfes sont très doués pour la magie, ils deviennent des mages. Jadis, tous les mages faisaient partie de l’armée des royaumes des elfes noirs, mais actuellement en raison de la prospérité de Svartalfheim depuis trois siècles, le nombre de demandes pour des mages de combat était considérablement diminué.

Ilmeryl était une magicienne spécialiste des ténèbres.

En tant que tel, elle aurait dû prouver une sorte de dégoût ou d’antipathie à l’égard de la technologie, – ce qui était le cas de la majorité des elfes blancs et noirs,- mais ce n’était pas son cas.

Elle trouvait la technologie humaine non seulement fascinante, mais pratique. De plus, elle ne voyait pas l’intérêt de se priver d’une nouvelle source de puissance. Elle avait donc appris auprès d’humains, mais également toute seule.

– Ah ! Voilà qui est intéressant… Cette société a donc travaillé dans les années 90 pour le gouvernement japonais avant de mystérieusement fermer… Je parie qu’ils ont fermé pour pouvoir poursuivre des projets secrets pour le gouvernement.

Contente de sa découverte, Ilmeryl s’écarta de son clavier, elle étira ses bras et son corps en arrière, puis elle soupira.

– Pourquoi les humains viennent mettre leur nez dans notre Compétition ? D’ailleurs, qui leur a donné un artefact de classe D ? C’est nous ou eux ?

Elle tendit le bras pour se saisir d’une bouteille de Dr Fester et la ramena à elle… avant de remarquer qu’elle était vide.

Soupirant d’agacement, elle jeta la bouteille au hasard dans sa chambre et se leva.

Esquivant les divers bouteilles vides et sachets de chips et de sucreries qui traînaient par terre, elle quitta son appartement.

***

Yuuma et Claeliss sortirent de la gare et se dirigèrent ensemble vers la salle d’arcade afin de se préparer pour la compétition du lendemain.

La jeune femme affichait une expression de colère, elle marchait quelques mètres devant le jeune homme ; aujourd’hui encore, elle portait sa tenue de maid.

Malgré la fusillade de la veille, le jeune homme portait les mêmes vêtements, ils étaient intacts et propres, presque comme neuf.

La raison était simple : Claelyss avait utilisé sa magie pour les réparer et les nettoyer intégralement.

Après une telle démonstration de magie, Yuuma n’avait plus eu aucun doute quant à sa qualité de magicienne, mais pour une raison qu’il n’avait pas compris, elle s’était au contraire offusquée.

« Comme si de tels sortilèges faisaient de moi une magicienne. Contrairement à vous autres, êtres inférieurs, nous autres elfes savons tous utiliser de tels pouvoirs utilitaires. »

Il n’avait pas demandé plus d’explications afin d’éviter d’envenimer plus encore la situation.

Yuuma marchait un peu derrière Claelyss et avait une expression franchement gênée.

Il se souvint de la nuit précédente, elle n’avait pas vraiment été calme et le matin avait été encore pire…

***

De retour à l’appartement, le jeune homme lui raconta l’intégralité de son récit en n’oubliant pas de mentionner l’aide obtenue par Ilmeryl et il lui remit également la dague noire en obsidienne.

Claelyss la saisit et suite à un rapide sortilège, prit la parole sur un ton de voix hautain :

« C’est un objet magique d’Alfheim, à n’en point douter. En gros, il s’agit d’une dague anti-magique. Je te fais grâce des explications détaillées, mais je vais quand même t’apprendre qu’il n’y a qu’une seule forge connue pour en fabriquer, celle de maître Lyorfil Vireleas.

– Pourquoi un tel objet se retrouverait aux mains d’un humain ?

– C’est une bonne question, mais je ne peux pas y répondre. D’autant qu’une certaine personne à laisser Ilmeryl partir avec toutes les preuves… »

Elle jeta un regard sombre au jeune homme tout en croisant les bras ; c’était évident qu’elle ne devait pas aimer Ilmeryl, c’était une elfe noire donc une rivale.

« Cela dit, tu n’aurais pas pu faire grand-chose, la petite est connue pour être une magicienne des ténèbres redoutable, peut-être même meilleure que Exyfae de Ny’zer, ce qui n’est pas peu dire.

– Je ne connais pas cette personne, tu sais ? »

Fit remarquer le jeune homme en se grattant l’arrière de la tête, Claelyss ignora sa remarque et poursuivit son explication :

« En tout cas, un humain qui détient un tel objet sur lui ne peut vouloir dire que deux choses, soit il l’a pris sur le cadavre d’un elfe blanc, soit un elfe blanc lui l’a donné. Cet humain a dégainé cette arme sciemment dans le but d’en finir avec toi, il savait donc que ta régénération est de nature magique et qu’en te tuant avec celle-ci, tu ne guérirais pas.

– Ah bon ?

– Réfléchis un peu, stupide vermisseau. Tu es mon familier, j’ai infusé ma magie à l’intérieur de ton corps pour te donner une force et une régénération accrue… Un objet capable d’ignorer toute magie, quel effet aurait-il sur toi, à ton avis ?

– Je suppose qu’il annulerait temporairement notre lien, c’est ça ?

-Bravo ! »

Dit-elle en applaudissant d’une manière ironique et moqueuse.

« En soi, perdre ton lien avec moi ne veut pas dire que tu vas mourir, mais si tu perds ton lien, tu ne seras pas capable de restaurer une blessure mortelle.

– Sacrée arme au final…

– A qui le dis-tu ?! En raison de leur dangerosité, de telles armes ne se trouvent que dans l’armée, je suis très étonnée qu’il y en ait une sur Midgard. J’enquêterai à mon retour à Alfheim. Garde-la en attendant, tu l’utiliseras pour protéger ta maîtresse adorée. »

– Une telle personne existe vraiment ? Pensa Yuuma en prenant la dague et en l’observant de plus près.

D’un coup, le regard de Claelyss se fit vraiment pesant, elle demanda :

« Pourquoi Ilmeryl te donnerait un cadeau, au fait ? Qu’est-ce qui s’est vraiment passé avec elle ? »

Sa voix paraissait relativement irritée, d’ailleurs elle faisait craquer ses doigts de manière agressive.

« Mais rien du tout, dit Yuuma en agitant ses mains devant lui, je t’ai déjà tout dit…

– Et donc, elle se permet de faire ce qu’elle veut avec mon jouet… ? Sale petite peste loligoth… Elle te plaît ? Allez, confesse-toi !Elle te plaît ? »

Yuuma trouvait que cette discussion dérapait quelque peu, il n’avait jamais dit ce genre de choses. Il était vrai qu’il la trouvait séduisante et elle lui avait fait plutôt bonne impression, mais de là à pouvoir dire qu’il l’aimait…

Néanmoins, l’image soudaine de ses jambes, de ses collants et de ses bottes montantes qu’il avait vu en contre-plongée en se réveillant au sol, provoqua une certaine rougeur sur son visage.

« Non, pas spécialement… Puis, c’est quoi cette question ? Je la connais pas, moi, pourquoi tu me parles d’elle ?!

– Ton visage rouge révèle l’inverse de tes mots, sale pervers lolicon !

– Je suis pas un LOLICON !!! S’écria le jeune homme en agitant ses mains et en rougissant encore plus.

– C’est drôle, c’est exactement ce qu’un lolicon dirait… Lolicon !! »

Il savait que discuter ne servirait à rien, il grimaça et, abattu, il laissa tomber sa tête sur la table.

Le silence dura quelques minutes, il sentait le regard lourd et accusateur de Claelyss sur lui, mais il n’osait pas la regarder.

Finalement, elle se leva et dit :

« Il est l’heure d’aller se coucher. Demain, entraînement sur Gun Strike Ultimate Force III, je te veux en pleine forme. Bon, je vais te bander les yeux le temps que je me change et que je me mette au lit… si tu oses…

– Je vais rien faire, c’est bon sois rassurée. »

Malgré les paroles du jeune homme, elle lui jeta un regard noir.

Bien sûr, par prudence, elle noua elle-même le bandeau autour des yeux de Yuuma.

L’instant d’après, le jeune homme entendit les froufrous des vêtements de maid que Claelyss retirait, à bien des égards c’était même plus érotique de ne pouvoir que l’entendre ; le cœur du jeune homme battait plus fort que jamais alors que son imagination fébrile travaillait malgré lui.

« Ah, zut, c’est coincé ! Yuuma, j’ai besoin de ton aide, la fermeture est bloquée.

– Quoi ?! Tu peux pas utiliser la magie pour ça ?

– Si je pouvais, tu crois que je l’aurais pas fait ? Je peux pas voir dans mon dos, je peux pas cibler la fermeture éclair sans la voir, je risque de l’endommager si je lance un sort n’importe comment… »

Le jeune homme déglutit alors que des gouttes de sueur se formèrent sur son front.

« J’enlève…le bandeau ?

– NON ! Surtout pas ! Je vais mettre tes mains sur la fermeture, tu vas tenter de faire ça sans regarder. »

Au fond, il pensait que c’était probablement encore pire comme ça, mais il préféra ne pas la contrarier.

Il sentit d’abord le contact tiède et délicat des mains de Claelyss saisir les siennes, puis l’instant d’après il sentit le contact avec le tissu… et avec la peau de l’elfe.

« Kyaaa~ ! Arrête de me toucher le dos avec tes doigts, je vais me sentir souillée pour un cycle entier !

– Pardon, pardon… »

C’était donc le dos qu’il venait de toucher. Essayant de ne plus avoir de contact avec celui-ci, il plaça ses doigts légèrement plus bas sur le tissu.

Il sentait le corps de Claelyss tendu, elle tremblotait comme une créature apeurée.

– De nous deux, c’est sûrement moi qui court le plus de risques, tu sais ? Pensa-t-il en commençant à manipuler la fermeture éclair.

*Ziiiip*

Alors qu’elle se décoinça, il tira avec force vers le bas.

« Ça y est, c’est débloqué ! Ne suis-je pas un bon fa…. milier? »

Alors qu’il acheva sa phrase, il sentit quelque chose de tendre et de mou entre ses mains, il y avait un peu de tissu mais ce n’était pas le même qu’auparavant ; son imagination lui permit assez rapidement d’avoir une idée de quoi il pouvait s’agir…

« Pervers !!!! Kyaaaaaaaa !! »

Yuuma s’éloigna de suite, il se jeta en arrière, tomba sur le dos et se recroquevilla en attendant la sentence de mort.

Mais rien… quelques secondes s’écoulèrent, mais il sentit aucun coup.

Y avait-il eu un problème ? Peut-être qu’il avait déjà été pulvérisé et il était dans le royaume des morts ?

Il tendit l’oreille et entendit une chose inattendue : Claelyss pleurait.

Au fond, c’était peut-être encore pire que de se prendre des coups, faire pleurer une fille était vraiment quelque chose de désagréable.

« Je suis désolé !! C’était vraiment pas fait exprès ! »

Il ne savait pas s’il était dans la bonne direction, mais il s’agenouilla et posa son front à terre.

Après quelques secondes de silence, il entendit simplement Claelyss se coucher dans son lit et rabattre les couvertures sur elle.

« C’est bon ? Je peux enlever le bandeau, tu es dans ton lit ?

– Va en enfer, sale pervers !! »

Ne sachant pas quoi faire, il resta quelques temps sans bouger, puis n’entendant plus aucune activité, il retira lentement le bandeau et alla se coucher par terre dans le futon que Clealyss lui avait prêté.

Puis arriva le matin…

Alors qu’il ouvrit les yeux, la lumière passait déjà au travers des rideaux, mais Claelyss ne semblait pas encore réveillée, Yuuma entendait sa respiration endormie.

Qu’est-ce qu’il devait faire pour éviter de nouvelles crises ? Faire semblant de dormir, laisser le temps à Claelyss de se préparer et ensuite se lever ? Ou alors au contraire, afin de ne pas passer pour un fainéant, ne valait-il pas mieux qu’il se leva de suite ?

La connaissant, dans tous les cas elle aurait quelque chose à lui reprocher…

Alors qu’il était en pleine réflexion, il se rendit compte d’un détail : sa tête reposait sur quelque chose de tendre et de moelleux, or il n’avait pas souvenir d’avoir un coussin hier soir.

Il porta sa main derrière sa tête et sentit du tissu, ce n’était pas vraiment la sensation attendue pour un coussin malgré tout.

Lentement, il se redressa et s’assit, il ne voulait vraiment pas réveiller l’elfe, elle était déjà insupportable en temps normal, s’il avait le malheur de la réveiller…

Ce qu’il avait utilisé toute la nuit comme coussin n’était autre que la robe de Claelyss roulée en boule, elle l’avait abandonnée par terre près du lit dans un élan de colère avant d’aller se coucher ; elle était à présent toute fripée.

Pendant son sommeil, il avait dû la tirer à lui pour s’en servir de coussin, mais il n’avait aucun souvenir d’avoir agi de la sorte.

Son visage blêmit, des gouttes de sueur s’écoulèrent sur ce dernier.

– Si elle voit ça, je suis mort ! Pensa-t-il.

Elle lui avait déjà reproché d’avoir dormi dans son lit, si elle apprenait qu’il avait fripé et dormi sur la robe de maid qu’elle semblait tellement aimer porter, sa réaction serait meurtrière à n’en point douter.

– J’ai encore le temps, elle n’est pas réveillée.

Son plan d’action était simple et reposait sur un seul concept : la négation.

S’il reposait la robe à l’endroit exact où elle l’avait laissée,- après l’avoir un peu ajustée,- il pouvait simplement prétendre ne rien en savoir. Il n’y avait pas d’autre solution.

Il prit la robe entre ses doigts, il la déplia délicatement, puis il se leva sans faire de bruit.

Mais alors qu’il se dirigea vers le lit qui n’était qu’à quelques pas, un spectacle inattendu entra dans son champ de vision et le frappa d’immobilisme.

En effet, tournant sa tête vers le lit sur lequel dormait l’elfe, il la vit en sous-vêtements, les couvertures autour d’elle en désordre ne la couvraient plus. Claelyss était manifestement le genre de personne à avoir un sommeil agité et à se défaire de ses couvertures pendant son sommeil.

La vue de cette peau blanche immaculée, de ces formes parfaites, de cette poitrine modeste mais à l’allure si délicate, maintenue par ces tissus blancs soyeux et révélateurs, et ce visage endormi qui mettait en valeur sa beauté surhumaine, paralysa le jeune homme.

Ses yeux n’arrivaient pas à se détacher de ce spectacle, son cœur battait à une allure si rapide et si forte qu’il menaçait de perforer sa cage thoracique.

Il déglutit.

– Reprends-toi, elle dort encore, c’est ta chance. Pose la robe et retourne te coucher.

Ce qu’il venait de voir lui avait confirmé qu’il était essentiel pour sa survie qu’il fasse semblant de dormir, quitte à se faire réprimander pour sa paresse.

Mais…

« Tu m’as vue ? »

Ses yeux croisèrent ceux de Claelyss, elle était toujours dans la même position qu’auparavant, couchée sur le côté, mais ses yeux étaient à présent ouverts et son expression faciale était vraiment menaçante.

« Attends, laisse-moi t’expliquer… »

Alors qu’il voulut agiter ses mains devant lui pour se défendre de toute accusation, il tendit la robe de maid en direction de l’elfe.

« Qu’est-ce que tu faisais à ma robe, pervers ? Et… et… et qu’est-ce que tu comptais me faire à MOI ?! »

Des larmes se formèrent dans les yeux de Claelyss, c’était des larmes de colère.

« Attends, c’est un malen… »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase, Claelyss disparut dans un bref flash de lumière et lorsqu’il la vit à nouveau elle venait de lui assener un violent coup de poing dans le ventre qui l’envoya contre la porte du placard et qui lui fit perdre connaissance sous l’effet de la douleur.

Lorsqu’il reprit conscience, quelques secondes ou minutes plus tard,- il n’avait aucune idée de la durée de son inconscience bien qu’il l’estima anormalement courte pour une attaque de cette violence, – il entendit la porte de la salle de bain se fermer brutalement.

Il toucha son ventre et rit nerveusement, il n’avait plus aucune douleur, mais un énorme trou dans ses vêtement avait été laissé par le coup de poing de l’elfe.

***

Depuis son réveil, Claelyss était énervée, elle ignorait autant que possible le jeune homme.

Actuellement, les deux étaient sortis par les portiques de la sortie « Electric Town » et se dirigeaient vers une célèbre salle d’arcade.

Essayant de briser la glace, Yuuma se rapprocha de Claelyss qui marchait un peu devant lui et lui dit amicalement :

« Tu portes encore tes habits de maid ? Ça te va super bien, mais c’est pas un peu trop tape-à-l’œil ? »

Elle arrêta de marcher, se tourna vers lui ; son visage était légèrement rouge, mais ses yeux étaient tels des sabres prêts à le décapiter.

« Ici, c’est Akiba. Qui attire le plus l’attention entre une maid et une elfe, à ton avis ? »

A vrai dire, il n’y avait pas réfléchi.

« Une elfe je suppose…

– Tout juste. Une elfe en vêtements normaux, les gens se demandent si c’est un cosplay ou si c’est une excentrique qui porte ça au quotidien. Par contre, une maid elfe, dans l’esprit de tous c’est du cosplay ou du travail… »

Logique, c’était une explication logique. A dire vrai, la réponse lui importait peu, tout ce que Yuuma voulait c’était l’obliger à parler. De manière inexplicable, elle était encore plus désagréable lorsqu’elle ne parlait pas que lorsqu’elle l’insultait.

« En effet… c’est un plan astucieux. Désolé d’avoir posé la question… et surtout, désolé pour ce matin… et pour hier soir. »

L’expression de l’elfe se dégrada de manière significative. Yuuma avait estimé que s’excuser était ce qu’il y avait de mieux, mais vu sa réaction il commençait à douter de lui.

Face à tant de pression, il blêmit, son visage se mit à suer abondamment et il commença à débiter des explications :

« Puis…puis… si on y pense, c’est pas ma faute… Comment je pouvais savoir que tu ne portais pas de pyjama ?

– C’est totalement de ta faute !! Cria Claelyss attirant l’attention de quelque passant. Si tu n’avais pas tripoté mes fesses hier, je ne me serais pas énervée et glissée dans mon lit sans enfiler mon pyjama. Lorsque j’ai repris mon calme, j’avais trop peur de sortir du lit et que tu me vois dans cette tenue.

– Mais… mais… c’était un accident ! J’avais les yeux bandés, comment voulais-tu que je le fasse exprès ?!

– Là n’est pas la question ! Tu as volé ma robe pour… pour… pour la renifler… et faire des choses… inavouables ! Si je ne m’étais pas réveillée, tu m’aurais violée, avoue ! »

Son visage était rouge de colère, ses yeux était pleins de larmes, elle serrait ses poings tout en lui criant dessus.

Yuuma reçu ces mots tels une volée de flèches en pleine poitrine, il y avait un énorme malentendu.

Autour d’eux, quelques personnes s’arrêtèrent et commencèrent à observer la scène, Yuuma parvenait à entendre quelques-uns de leurs chuchotements :

« Tu as entendu, ce gars a violé cette fille ? C’est horrible ! On devrait pas appeler la police ? »

« Un pervers tente d’agresser une maid ?! On devrait intervenir non ? »

« C’est un spectacle de rue ? Une imitation d’un manga ? »

« La fille est mignonne, mais ce gars… miam…. »

Un frisson parcourut le corps entier de Yuuma, il se pétrifia quelques secondes.

– Si vous saviez à quel point elle est forte, vos soupçons seraient vite levés… puis c’est qui le gars qui a sorti cette dernière phrase ? Pensa le jeune homme.

En effet, au vue de la force et la vitesse avec laquelle il avait été attaqué ce matin, quand bien même ses intentions auraient été malveillantes, il n’aurait eu aucune chance d’y parvenir.

Mais Claelyss poursuivit :

« Tu as intérêt à gagner la Compétition, sinon… sinon… tu devras prendre tes responsabilités !! »

Elle ferma les yeux en criant ces mots.

Le cerveau de Yuuma arrêta toute activité l’espace de quelques secondes, il entra dans un état proche de la mort cérébrale.

Bien sûr, les chuchotements et les malentendus redoublèrent, le flot autour de lui était tel qu’il ne pouvait plus distinguer quoi que ce soit d’intelligible.

Lorsqu’il reprit ses moyens, il se contenta de rire nerveusement, d’attraper la main de Claelyss et de s’enfuir avec elle à l’intérieur de la salle d’arcade qui se trouvait non loin de la gare.

Elle n’opposa pas de résistance, elle se laissa entraîner.

« Calme-toi, tu te méprends sur tout la ligne… je n’ai rien fait, et je ne comptais pas faire quoi que ce soit. Quant à la robe, c’est encore un malentendu, je m’en suis servi…. comme coussin… »

Elle ne répondit pas, elle se contentait de baisser la tête ; son visage était encore rouge.

Ils restèrent tous les deux silencieux pendant quelques secondes.

« Euh…. Tu vas bien ? »

Alors que le jeune homme posa cette question, il baissa à son tour les yeux et se rendit compte qu’il tenait encore la main de l’elfe ; c’était le motif de son silence.

« Aaaah ! Désolé, je ne voulais pas… »

Il lui lâcha la main et s’éloigna de quelques pas.

Soudain, Claelyss prit la parole, elle s’exprima aussi calmement que son état le permettait, mais ses paroles étaient rudes :

« Voilà pour toi une raison de plus de gagner la Compétition. Si tu perds, je t’amène dans mon royaume à Alfheim et tu seras jugé pour harcèlement sexuel selon les lois de notre royaume… »

Avec un regard noir, elle menaça le jeune homme en lui imitant la forme d’un ciseau avec ses doigts, puis elle se dirigea vers l’escalator qui menait à l’étage supérieur.

Le jeune homme ne comprit que trop bien ce qu’elle voulait sous-entendre, il déglutit bruyamment alors qu’une douleur imaginaire le saisit dans la partie inférieur de son corps.

D’une démarche étrange et nerveuse, il suivit l’elfe dans l’escalator.

***

« Il nous faut des pièces pour jouer… pour commencer à t’excuser auprès de ta douce maîtresse adorée, va donc nous trouver ça ! »

Dit Claelyss assise sur la chaise devant la borne d’arcade d’un célèbre jeu de combat.

Tout autour d’eux, les machines projetaient leurs fortes musiques rendant la communication orale à une certaine distance impossible.

En face d’elle, debout, le jeune homme lui répondit en criant :

« Je sais même pas si j’ai encore de l’argent… »

Immédiatement, il porta la main à ses poches et constata avec surprise qu’il possédait un porte-monnaie.

En l’ouvrant, outre la présence de quelques billets et il trouva une carte aux couleurs de la salle d’arcade qu’il reconnut immédiatement être une carte prépayée. Grâce à cette carte, il n’avait pas besoin de monnaie pour jouer, il suffisait de la créditer ; de plus, le propriétaire de la carte avait ses scores et ses données de jeu enregistrés sur celle-ci, c’était en quelque sorte son tableau de chasse de joueur.

Afin d’avoir de la monnaie pour l’elfe qui ne disposait pas de cette carte, et également pour vérifier le solde sur cette dernière, il s’en alla vers une borne.

A son retour, deux types parlaient à Claelyss qui paraissait agacée. Il comprit rapidement la situation :

– Princesse se fait draguer ? S’ils la connaissaient… Les fous !

Malgré son manque de motivation, il savait que s’il ne faisait rien cela lui retomberait dessus, il se dirigea donc vers elle en contournant les deux types.

« Désolé de vous déranger, on y va Clae ? »

La maid elfe se leva sans mot dire et suivit le jeune homme jusqu’à une série de bornes plus grandes que les autres et où se trouvaient à chacune d’elles une paire de pistolets. C’était un jeu de shoot coopératif où on utilisait des répliques de pistolets pour tirer sur ses adversaires et non une manette ou un stick.

Gun Strike Ultimate Force III pouvait être joué de deux à quatre joueurs qui formaient une équipe qui en affrontait une autre soit en local, dans la même salle d’arcade, soit en ligne contre une équipe d’une autre salle d’arcade.

« Eh, tu voudrais pas aller jouer ailleurs ? Il s’avère que Clae et nous, on avait une bonne discussion… »

Manifestement, ils étaient plus tenaces que prévu.

« J’ai surtout l’impression qu’elle ne veut pas vous parler, en fait…

– Tu crois peut-être qu’elle préfère des gros nuls comme toi ? Je suis champion incontesté de cette salle depuis deux mois, c’est sûr qu’elle me préfère. »

Le type qui parlait n’avait pas un physique très différent de Yuuma, il était… moyen. Il portait une chemise ouverte qui permettait de voir un t-shirt illustré et un sac couvert de badges d’anime.

L’autre type qui glissa également un commentaire était habillé dans le même genre, il avait des cheveux plus long, des lunettes et était un peu plus petit.

« Ouais, aniki c’est le champion… »

Peut-être à cause du ridicule de ce duo stéréotypé, Claelyss se mit à rire. Depuis qu’il la connaissait, c’était la première fois qu’elle rigolait de la sorte, sans retenue.

Le bruit ambiant couvrait son rire, mais son expression était malgré tout un spectacle inattendu.

S’arrêtant soudain, elle se frotta les yeux desquels avaient coulés quelques larmes, puis elle prit la parole :

« Je vous propose quelque chose : Yuuma va vous affronter à GSUF III , lui tout seul contre vous deux, si vous gagnez j’accepte de vous tenir compagnie une heure… non, mieux toute la journée. Ça vous va ? »

La seule réaction de Yuuma fut de s’écrier « Hein ??!! » alors que l’auto-désigné champion accepta le défi de la maid elfe.

« Tu as intérêt à gagner, si je me retrouve à passer la journée avec ces gros nuls, j’attendrais pas d’aller à Alfheim pour…, dit-elle à l’oreille de Yuuma pour qu’il puisse l’entendre.

– Hein ? Mais c’est toi qui… »

Elle lui fit signe de se taire de manière autoritaire, tout était dit.

– Je commence à vraiment la détester cette princesse qui prend des décisions pour moi et qui ensuite me menace… et va pour un défi maintenant…

Assez agacé, il s’installa devant la borne de jeu, à peine porta-t-il son regard sur l’écran qu’il comprit de suite ce qu’il devait faire et comment jouer. Il n’en avait pas souvenir, mais les mécanismes du jeu étaient inscrits quelque part dans sa mémoire sémantique.

Bipant la carte pour débiter la partie, son nom de joueur s’afficha : « 宵闇の魔族2 – Le démon du crépuscule ».

Il n’avait par contre aucun souvenir si le nombre de points qu’il avait accumulé était important ou non, et à dire vrai, il n’avait pas trop le temps pour y réfléchir.

– En tout cas, j’ai un nom de chuunibyou… je sais pas si c’est vraiment grave d’avoir perdu mes souvenirs au final.

Mais alors qu’il tourna sa tête pour savoir si ses adversaires étaient prêts à lancer la partie, il les vit pétrifiés, surpris et leurs visages couverts de sueur.

« Euh… désolé, j’ai ma petite sœur qui attend que j’aille lui chercher des trucs… désolé de t’avoir dérangé, Yoima… »

Le type précédemment si fier et si arrogant, ayant été jusqu’à s’arroger le titre de champion de la salle, parut d’un coup étonnamment modeste et gêné.

« Qu’y a-t-il ? On ne fait pas la partie ? Puis, c’est qui ça Yoima ?

– Euh, désolé, vraiment désolé… Amuse-toi bien avec ta copine Clea, désolé d’avoir pris de votre temps à tous les deux. »

Les deux hommes firent une courbette avant de s’enfuir, Yuuma les regarda partir interloqué.

« Victoire par forfait… c’est pas si mal, Yoima~. »

Claelyss s’approcha de lui et se mit à rire à nouveau. Elle était vraiment belle au-delà de tout lorsque son visage n’était pas en proie à la colère, pensa le jeune homme.

« Tu peux m’expliquer ?

– C’est très simple. Ce type d’avant s’est vanté être le champion, sauf que le vrai champion s’est présenté devant lui. Lorsqu’il l’a reconnu, il a préféré partir la queue entre les jambes plutôt que de subir une écrasante défaite.

– Hein ?! Je suis le champion de cette salle ? »

Claelyss se contenta de hocher de la tête et de désigner du doigt le coin droit de l’écran, celui où était affiché les statistiques de jeu du « Démon du crépuscule ».

« Si tu vas dans les menus, tu verras tes classements. L’un des meilleurs joueurs de Tokyo et un du top 10 du Japon.

– Héééééééé ?! Vraiment ?

– Je t’assure. Tiens, pousses-toi, je te montre ça. »

Claelyss poussa de côté Yuuma et utilisant les commandes de la borne, elle navigua dans les menus qu’elle connaissait fort bien. Malgré ses dires, Claelyss était-elle une joueuse de GSUF 3 ? A la réflexion, cela n’avait rien de surprenant, pensa Yuuma, puisque la Compétition pour son monde allait se faire sur ce jeu.

La seule évocation dans ses pensées de cet enjeu provoqua un abattement et une pression incroyable en lui.

Peut-être pour lui remonter le moral, peut-être pour le rassurer, Claelyss lui montra à l’écran ses statistiques qui certifiaient qu’il était effectivement un excellent joueur.

N’ayant pas accès aux souvenirs de son passé, le jeune homme ne savait trop s’il devait être fier ou inquiet par ce palmarès.

En effet, pour en arriver à ce stade, il avait dû jouer des heures et des heures, ce qui lui indiquait qu’il n’avait probablement pas beaucoup d’amis.

« Tu ne croyais tout de même pas que je t’avais choisi pour ton physique horrible ou ton caractère exécrable ? Si tu as eu l’honneur de devenir mon familier, c’est grâce à tes compétences hors normes. Demain, dit-elle en le désignant du doigt avec entrain, tu montreras à trois mondes en même temps que Yoima est le meilleur joueur de GSUF III ! »

Le jeune homme la regarda blasé, il n’était pas du tout motivé et la pression venait de tripler d’un coup.

« Arrête de tirer cette tête et sois fier de toi ! Jouons un peu tous les deux, question de te remémorer les mécanismes de jeu. »

A dire vrai, s’il y avait une chose dont Yuuma se souvenait bien, c’était ce jeu. Il n’y avait aucun doute qu’il y avait passé d’innombrables heures, son corps tout autant que son cerveau réagissait sans aucun temps de réflexion, il jouait comme certains conduisent ou exercent un sport, par instinct et réflexes.

Il ne perdit aucune partie contre Claelyss, qui se révéla étonnamment bonne perdante (peut-être parce que le fait de perdre contre lui la réconfortait dans le choix de son champion), bien que cette dernière se révéla être une adversaire plutôt redoutable.

***

Puis, en début d’après-midi, après quelques dizaines de partie, Clealyss décida d’arrêter, elle aurait bien aimé continuer à jouer, mais elle devait se rendre au maid café où elle travaillait pour récupérer son salaire et donner sa démission.

En effet, après la Compétition elle n’aurait plus aucune raison de continuer à y travailler, son emploi n’était que temporaire.

Néanmoins, elle ne pouvait pas se permettre que Yuuma l’accompagne, trop de personnes le connaissaient là-bas, il était jadis un habitué ; c’est d’ailleurs en tant qu’employée qu’elle l’avait rencontré la première fois.

Elle fit signe à Yuuma de la suivre et ils sortirent tous deux de la salle d’arcade.

Une fois dans la rue bondée d’Akiba, Claelyss se tourna vers Yuuma, ses traits étaient redevenus durs.

« J’ai quelques affaires à régler, j’en ai pour quelques heures. On se sépare ici et on se rejoint à la gare pour rentrer ?

– Ah ? Je peux pas venir avec toi ? J’avoue que je me souviens pas bien du quartier…

– Tu demanderas ton chemin. Je te laisse te débrouiller… »

Sans même lui laisser la moindre occasion de répliquer, Claelyss prit la fuite en s’engouffrant dans une des ruelles du quartier.

A vrai dire, l’abandonner de la sorte lui faisait le même effet qu’abandonner un chiot, elle en avait les larmes aux yeux, mais si elle était restée quelques secondes de plus, sa détermination aurait flanché et elle aurait fini par accepter qu’il l’accompagne.

– Pourquoi ça doit être si difficile ? Tout avait bien commencé pourtant…

Elle sécha les larmes qui coulèrent malgré elle de ses yeux et, avec détermination, elle dit en fermant son poing :

« Je vais me dépêcher et le retrouver, je peux le localiser par magie ce sera pas un problème ! »

Mais au fur et à mesure qu’elle marchait, ce sentiment de pitié revenait à l’assaut, elle se l’imaginait perdu et paniqué dans cette ville dont il ne se souvenait plus.

A son arrivée à Tokyo, elle-même s’était trouvée particulièrement déconcertée, il y avait tellement de gens, les bâtiments étaient si hauts… Sa première réaction fut de trembler et d’avoir envie de pleurer.

Puis, voyant que personne ne venait l’agresser et remarquant que malgré ses longues oreilles on ne la regardait pas comme un être étrange, elle prit peu à peu confiance.

– Le pauvre… je suis vraiment horrible avec lui. Comme ce matin…

En effet, elle savait bien que ce matin il n’avait eu aucune intention néfaste envers elle, elle s’était simplement sentie très gênée d’être regardée en sous-vêtements, mais elle l’était d’autant plus d’avoir été aperçue en situation de faiblesse.

Lorsqu’elle était avec lui, elle perdait son assurance et ses moyens, elle ne pouvait que se défendre en l’agressant.

Au matin, devant ses yeux, elle était devenue pendant quelques instants une simple fille, fragile et vulnérable, elle avait eu peur de ne pouvoir endosser un peu plus longtemps ce masque de dureté et…

– Je suis vraiment la pire ! Techniquement je l’ai tué… le fait qu’il ait ce pouvoir ne devrait pas m’autoriser à faire ça.

Effectivement, elle avait eu du mal à se maîtriser, le coup qu’elle avait utilisé était un déplacement à une vitesse proche de la lumière suivi d’un coup de poing chargé de magie. Si son corps n’était pas devenu immortel, il n’aurait pas survécu à une telle attaque.

Son regard devint sombre, elle s’arrêta un instant, tomba à genoux et se couvrit le visage en pleurant.

C’est alors que dans cette ruelle sombre qui se situait entre deux gros immeubles elle se sentit observée : était-ce Yuuma qui l’avait suivie ?

Que faire ? Si c’était lui et qu’il la voyait dans cet état, il comprendrait que quelque chose cloche ? Arriverait-elle à nouveau à jouer le jeu s’il la voyait ainsi ?

Elle tourna sa tête mais ne vit personne, ses sens ne la trompaient pourtant pas.

Pourquoi Yuuma se serait-il caché ?

« Sors de là, je sais que tu me suis. Je ne t’en voudrais pas. »

Dit-elle d’une voix tremblante qui ne dissimulait pas le fait qu’elle pleurait.

Mais, aucune réponse.

Son instinct lui fit rapidement penser qu’il ne s’agissait pas de Yuuma, quelqu’un d’autre l’avait suivie, mais qui ?

Elle prononça quelques paroles en langage elfique et ses yeux devinrent capables de repérer les sources de chaleur y compris à travers les murs.

Elle observa en direction du bruit : derrière un coin de mur se trouvait quelqu’un qui cherchait intentionnellement à se cacher.

Alors qu’elle se dirigea vers lui, de l’autre côté de la ruelle, deux voix se firent entendre, il s’agissait d’un couple qui passait par ce « raccourci ».

Claelyss tourna la tête dans leur direction quelques secondes seulement, mais c’était le temps suffisant pour que la personne cachée prenne la fuite et se mêle à la foule de la rue principale.

***

Laissé tout seul à la sortie de la salle d’arcade, Yuuma regarda autour de lui. Il disposait de pas mal d’informations sur Akihabara, la capitale otaku, mais il n’avait aucun souvenir des lieux qu’il avait visité.

De plus, il avait faim, son ventre grommela à peine Claelyss prit la fuite, une chance dans son malheur, en un sens.

Il disposait de quelques billets dans son porte-monnaie, largement de quoi se payer à manger.

D’ailleurs après s’être tellement amusé sur GSUF III, il avait eu l’intention d’inviter Claelyss, mais elle s’était enfuie avant qu’il n’ait eu le temps de le faire.

Il soupira.

– Je ne sais vraiment pas quoi penser d’elle… Parfois, elle est gentille et mignonne, mais en général elle est hautaine et pénible…

Il ne lui restait plus qu’à trouver un restaurant et l’attendre à la gare ; ils n’avaient pas défini de lieu de rendez-vous, il ne savait même pas comment ils finiraient par se retrouver.

C’est à ce moment-là qu’il sentit quelque chose le tirer par sa manche. Il se retourna et croisa le regard d’une fille qu’il connaissait déjà : Ilmeryl.

Ses yeux couleur rouille le regardaient placidement.

« Ah ? Tu étais là, Ilmeryl ? Tu vas bien ? »

Ignorant complètement le fait qu’il s’agisse d’une rivale et le fait qu’elle pouvait essayer d’intenter à sa vie, Yuuma s’adressa à elle amicalement.

Elle acquiesça, puis elle demanda d’une voix monocorde :

« Du curry. Tu as envie de manger du curry ?

– Euh… ouais, je veux bien. Je te suis, je connais pas très bien ici… »

Dit-il en prenant un air gêné et en se grattant l’arrière de la tête.

Sans donner plus d’explications, Ilmeryl s’avança en tête, tout en tirant le jeune homme par la manche qu’elle tenait toujours fermement de ses petits doigts.

La scène était suffisamment gênante pour que Yuuma rougisse :

« On va où ? »

Elle se contenta de désigner du doigt un restaurant spécialisé dans le curry qui se trouvait dans la même rue.

« Ah, je vois… Tu étais là de passage ou tu me cherchais ? dit le jeune homme gêné à voix basse.

– Après pour les discussions. »

Une fois de plus, sa réponse était laconique.

« Dit, tu pourrais lâcher ma manche… c’est un peu gênant… »

La jeune femme s’arrêta un instant.

Lâchant la manche de Yuuma, il eut une seconde de soulagement, mais rapidement elle lui saisit la main à la place.

« C’est vrai que les mains, c’est bien plus pratique. »

Puis, l’air de rien, elle recommença à marcher en direction du restaurant.

– Je sais pas si c’est mieux…

Pensa le jeune homme en prenant son mal en patience jusqu’au restaurant non loin.

Quelques minutes plus tard, il étaient tous les deux installés à une table et attendaient leur commande.

« Eh bien, quelle coïncidence de te rencontrer ici. En tout cas, ça fait plaisir de te revoir. »

Elle ne répondit rien, elle se contenta de le regarder de ses yeux calmes et impassibles.

« Au fait… Merci encore pour l’autre fois, je n’ai pas eu le temps de correctement te remercier à ce moment-là.

– C’est bon, pas de problème.

– D’ailleurs, pourquoi m’as-tu sauvé ? Claelyss dit qu’il faut que je me méfie de toi, mais j’ai pas l’impression que tu sois une mauvaise personne. »

Yuuma s’étonna lui-même de sa franchise, il n’était pas comme ça en général… quoi que sans les souvenirs de sa vie, pouvait-il vraiment être sûr qu’il n’était pas ce genre de personnes ?

Lorsqu’il était avec elle, il avait l’impression que mâcher ses mots ne servirait à rien ; peut-être pensait-il que la clairvoyance de la fille était telle qu’elle serait capable de toute manière de lire en lui comme dans un livre ouvert ? Ou alors était-ce simplement un franc-parler justifié par l’apparence juvénile d’Ilmeryl ?

Il ne savait pas vraiment.

« Tu étais en danger, je t’ai sauvé. Claelyss a sûrement raison, nous sommes ennemis.

– Mais tu n’as pas l’intention de me faire du mal, non ? Tu ne parais pas le genre de personne à tendre des embuscades et manipuler, dit-il en lui souriant.

– Tu devrais te méfier plus des étrangers… mais tu as raison, je déteste le mensonge et la manipulation. »

A ce moment-là, le serveur apporta deux assiettes de riz au curry sur la table et leur souhaita un bon repas.

« Ahhhh, du curry ! J’adore ça ! Quoi que c’est étrange que j’ai ce genre d’impression…

– Tu n’as plus de souvenirs, c’est donc vrai ?

– Héé ? Comment es-tu au courant ? Demanda Yuuma avant de prendre une grosse cuillerée de riz ; son visage manifesta son contentement.

– Les DVD. L’espion qui a essayé de te tuer, il a enregistré toutes vos conversations.

– C’est logique du coup… Je me demande bien ce qu’il voulait… en plus, il avait une dague magique…

– Ta maîtresse a réussi à savoir ce qu’était cette arme ? Demanda-t-elle en mettant à son tour une bouchée de riz au curry dans sa petite bouche délicate.

– Ouais, il s’agit d’une dague anti-magique… Par contre, je sais plus le nom précis. Il semblerait que ce soit un objet qui vienne d’Alfheim et qu’il soit très rare et dangereux.

– C’est vrai. Avec un tel objet quelqu’un comme toi pourrait facilement me tuer. »

Elle le regarda droit dans les yeux, Yuuma arrêta de manger quelques instants, la cuillère encore en bouche il la regarda à son tour.

« Pourquoi je ferais ça, on est amis, non ?

– Tu me fais trop facilement confiance, Yuuma. Pourquoi ?

– Je sais pas, je pense simplement qu’une fille mignonne, calme et qui m’a sauvé ne peut être qu’une bonne personne, même s’il s’agit d’une rivale. D’ailleurs, je peux te demander un truc ? »

Elle hocha de la tête.

« Cette histoire de flux d’énergie et tout ça, c’est pas un peu idiot ? Je veux dire, vous pourriez pas essayer de vous entendre et vivre tous ensemble dans le même monde ? Ce serait plus simple et plus besoin de faire des guerres et des compétitions… »

Cette explication surpris la jeune femme, elle se tut quelques secondes, puis elle couvrit sa bouche et baissa sa tête pour cacher un rire particulièrement discret.

Malgré son attitude impassible, d’une manière inattendue, il avait réussi à la dérider.

« Héé ! C’est pas drôle, j’étais sérieux, moi… Dit-il en faisant une moue d’insatisfaction.

– Désolée, répondit-elle en reprenant soudainement son calme et son attitude normale. En fait, je pense comme toi, cette rivalité est stupide. Mais nos dirigeants respectifs ne voient pas les choses de la sorte et les conflits se poursuivent au grand dam des deux peuples. »

Elle but une gorgée d’eau comme si ces quelques phrases avaient déjà été trop longues pour elle, puis elle poursuivit :

« Tu lui en veux ?

– Hein ? Qui ça ? Demanda le jeune homme.

– Claelyss, elle t’a pris ta mémoire. »

Le jeune homme la regarda surpris une fois de plus, puis en riant nerveusement, il répondit :

« Haha ! En fait, non… J’ai toutes les raisons du monde de lui en vouloir, mais j’ai surtout l’impression que c’est une pauvre fille. J’ai l’impression qu’elle n’a pas eu une vie facile et qu’elle n’a pas eu tellement le choix. Je ne sais pas pourquoi j’avais refusé à l’époque, mais je suppose que je ne lui ai pas laissé d’autres choix. »

Un silence s’ensuivit, on entendit seulement les cuillères tinter en touchant les assiettes.

« Tu es quelqu’un de gentil, Yuuma. Si tu le souhaites, je peux te délivrer de son emprise et te rendre tes souvenirs, ma magie est assez forte pour ça.

– Ah bon ? En effet, ça simplifierait bien des choses et je ne serais pas obligé de suivre ses ordres… Mais je vais refuser. Comme je te le disais, je ne sais pas pourquoi j’ai refusé à l’époque, mais il y a une chose de sûr c’est qu’elle a vraiment besoin de moi maintenant. Si je récupère mes souvenirs, peut-être n’aurais-je plus envie de l’aider… et qui sait de quoi elle serait encore capable cette petite peste.

– Claelyss a eu de la chance de te trouver, elle peut vraiment compter sur toi, dit Ilmeryl en baissant le regard vers son assiette presque vide.

– Il n’y a pas qu’elle, toi aussi tu peux compter sur moi… Sauf pour la Compétition, là je peux pas concourir pour toutes les deux en même temps. Je dois bien ça à ma sauveuse, non ?! »

Sur ces mots, il leva le pouce dans sa direction et lui lança un clin d’œil.

Pour la seconde fois, elle se mit à rire, un rire toujours très discret et modéré, probablement qu’elle était incapable de toute forme d’exubérance.

« Ta gentillesse est à la limite de l’idiotie, mais c’est pas pour me déplaire. Je te remercie, je ferais appel à toi si besoin est. En tout cas, je ne pense pas que tu te trompes concernant Claelyss.

– Tu la connais bien ?

– Pas personnellement. Mais sa réputation la précède, c’est une des meilleures combattantes de tout Alfheim. Sa spécialité c’est le combat à main nues, le renforcement magique corporel et la canalisation de magie de lumière.

– Whaaa ! Dis comme ça, ça paraît très impressionnant.

– Elle l’est. Claelyss la combattante qui se déplace à la vitesse de la lumière et dont les poings peuvent transpercer une armure d’orichalque. C’est sa réputation.

– Ouais, j’ai vu ça ce matin lorsqu’elle m’a frappé, elle se déplace super vite… »

Se remémorant la scène, il se gratta le front et regarda en l’air. Il avait eu de la chance de s’en tirer avec un simple coup au vue de ce qu’Ilmeryl venait de lui apprendre.

« Je préfère ne pas connaître la nature de vos jeux pervers, tu me passeras les détails.

– Y’avait rien de pervers ! Enfin… en fait, c’était surtout un accident… comment je pouvais savoir qu’elle dormait en sous-vêtements, sérieux ?! »

Le regard vide et blasé d’Ilmeryl ramenèrent le jeune homme à lui, il s’écartait du sujet et dévoilait une scène qu’il valait mieux taire à jamais.

« Euh… désolé. Et du coup, mis à part sa réputation de combattante, elle était comment à Alfheim ?

– Seule. Claelyss est la fille unique d’un représentant d’Alfheim qui a perdu il y a deux cycles. De retour chez lui, suite à la honte et pour ne pas la faire jaillir sur sa famille, il s’est suicidé. Malheureusement, ça n’a pas empêché le peuple de leur en vouloir, ils se sont donc retirés à la campagne et quelques années plus tard sa mère est morte de maladie. »

Les yeux du jeune homme s’écarquillèrent, auparavant il était plutôt de bonne humeur, mais d’un coup il sentit la tristesse l’envahir.

« C’est horrible ! Dans une compétition, il y a toujours des gagnants et des perdants… ce… c’est…

– Être un représentant n’est pas un honneur, mais une punition. C’est pareil au sein de nos deux peuples. Mon père a affronté le sien, mais ma famille a connu une déchéance similaire. Il n’y a pas de gagnants parmi les représentants. S’ils perdent, ils sont coupables de tous les malheurs. S’ils gagnent, les personnes influentes ont peur de leur prestige et s’empressent de les faire tomber en disgrâce, c’est la vraie nature de ce conflit. »

Yuuma ne savait pas quoi dire, il était réellement désolé pour ces deux filles, ainsi que pour tous les autres représentants. Une telle vérité, elle le dévorait de l’intérieur.

C’était donc pour cette raison que Claelyss agissait de la sorte ? C’est pour cette raison qu’Ilmeryl détestait à ce point le mensonge ?

« Ne me regarde pas avec ce regard plein de pitié. Je t’ai raconté cette histoire pour te faire savoir dans quel monde nous avons été élevées, pas pour avoir ta pitié. Si tu as du respect pour nous, demain affronte-nous avec tout ce que tu as… champion. »

Sur ces mots, elle se leva et posa de la monnaie sur la table.

Yuuma lui saisit la main :

« D’accord ! Demain, affrontons-nous ! Attends… En fait, je n’ai pas envie de n’avoir que ce genre de souvenirs avec toi, tu sais ? J’aimerais bien que nous allions jouer ensemble… si tu as le temps, bien sûr. »

Difficile de dire si elle était étonnée ou non, en tout cas son regard se tourna vers lui alors qu’elle acquiesça.

Le jeune homme essaya de reprendre contenance, cette révélation l’avait certes troublé, mais il ne voyait pas vraiment ce qu’il pouvait faire pour changer les choses. Actuellement, le mieux était encore d’enfouir tout cela et de s’amuser avec Ilmeryl, celle qui l’avait sauvé, celle qu’il considérait à présent comme une amie.

***

Après avoir réglé le plus rapidement possible les démarches auprès du maid café dans lequel elle avait travaillé, Claelyss ressortit.

Regardant l’enveloppe qu’elle tenait entre ses mains et dans laquelle se trouvait sa dernière paie, elle prit conscience de la douleur au ventre qui lui indiquait qu’elle avait faim.

– Pour le remercier de m’aider, je devrais lui offrir quelque chose de bon… pourquoi pas un okonomiyaki… ou alors de bons sushis.

L’idée lui plaisait, elle voulait vraiment essayer d’être plus gentille envers lui, peu à peu elle finirait par réussir.

Elle mit l’enveloppe dans sa poche et se gifla les joues de ses deux mains.

– Ne perdons pas de temps, le pauvre doit être perdu.

Discrètement, elle lança son sortilège de détection et localisa la direction dans laquelle se trouvait Yuuma.

Quelques minutes après, elle revint face à la salle d’arcade où ils avaient joué précédemment. Manifestement, ne sachant pas quoi faire, il avait dû trouver refuge à l’intérieur, c’est ce que pensa Claelyss en cet instant.

Son sort lui indiquait qu’il se trouvait actuellement au troisième étage.

Elle monta sur l’escalator et quelques minutes après, elle se dirigea vers la zone où se trouvaient les jeux de tir classiques.

– Tiens, il a voulu essayer autre chose ?

Mais alors qu’elle arriva dans l’allée où se trouvait Yuuma, elle se rendit compte que le jeune homme n’était pas seul, il était accompagné de quelqu’un qu’elle connaissait de par sa réputation : Ilmeryl.

Ils étaient tellement concentrés sur le jeu, qu’ils ne la remarquèrent pas.

Assis côte à côte, ils rigolaient, ils discutaient et s’amusaient.

Involontairement, quelques larmes s’écoulèrent des yeux de Claelyss alors qu’une douleur poignante la saisit à la poitrine.

– Est-ce de la jalousie ?

Oubliant sa faim et ses bonnes résolutions, elle fit demi-tour, se dirigea vers l’ascenseur et quitta la salle d’arcade.

Une fois arrivée dans la rue, elle s’adossa à un des murs du bâtiment.

– Je suis bête, il n’est pas à moi. Je l’ai dépouillé de tout ce qu’il avait, pourquoi m’aimerait-il encore ? Au fond, c’est une bonne chose qu’il s’amuse avec elle…

Malgré les larmes qui montaient à ses yeux, elle se força à rire et tenta de reprendre son calme.

***

Ces quelques parties en compagnie d’Ilmeryl avait eu raison de la tristesse et de la tension du jeune homme.

– Rien de tel que les jeux vidéo pour oublier nos problèmes, pensa-t-il en descendant l’escalator en compagnie de la jeune elfe.

« Sur la dernière partie, tu aurais dû utiliser la grenade sur les zombies autour de la voiture, on aurait évité d’être submergés.

– Je sais. J’y ai pas pensé, désolée. Tu n’es pas seulement bon sur GSUFIII ?

– Non, je crois que je me débrouille sur tous les jeux de tirs, en fait. Cela dit, tu es très forte aussi, pouvoir arriver au dernier niveau en mode hard, si j’avais pas eu un bon compagnon, c’était impossible. »

Sur ces mots, ils finirent par arriver dehors.

« Claelyss n’est toujours pas là… je me demande bien comment la retrouver.

– Elle est là. »

Dit Ilmeryl en pointant du doigt la maid elfe qui attendait adossée contre un mur non loin.

Elle avait repris son attitude habituelle, elle croisait les bras d’un air impatient ; son regard sombre se tourna vers Yuuma et l’écrasa de par sa force.

« Rentrons ! Traître qui pactise avec l’ennemi…pffff…. »

Elle se mit en marche vers la gare.

« Merci pour cette après-midi, c’était amusant, Ilmeryl. A demain du coup. »

Le jeune homme s’inclina pour la saluer, puis, quelques mètres plus loin, il la salua de la main. Il rattrapa Claelyss qui faisait toujours la tête.

A présent qu’il connaissait son passé, il excusait encore plus facilement son attitude, mais à la vérité, il ne savait plus quoi lui dire.

Elle serait clairement en colère s’il lui révélait qu’Ilmeryl lui avait tout raconté, mais il n’arrivait pas vraiment à faire abstraction de ce qu’il savait.

Aussi, le voyage de retour se fit dans le plus grand des silences.

Lire la suite – Chapitre 3

Notes de bas de page

 

  • 2:La lecture de ces kanjis est : Yoiyami no Kizoku.