Chapitre 3 – Comiket Pandemonya

À son réveil, Shizuku aperçut rapidement la tête de Kana posée sur le lit, dormant, assise à son chevet.

Elle n’avait pas assez bu pour ne plus se souvenir de ce qui s’était passé la veille ; au contraire, elle savait parfaitement à quel point elle avait pu être pathétique et horrible. Elle rougit immédiatement et remonta la couverture sur son visage pour se cacher.

Elle connaissait Kana depuis quelques jours seulement et elle s’était déjà montrée à elle sous son jour le plus honteux, elle lui avait déjà montré son pire côté. Comment pouvait-elle lui faire face ? Comment pouvait-elle la regarder à nouveau dans les yeux sans avoir honte ?

Alors qu’elle s’engouffrait dans son habituelle timidité et son angoisse hors-norme, elle sentit une main se poser sur sa tête, à travers la couverture.

« C’est bon, t’inquiète pas. J’avais bien bu aussi, j’ai presque tout oublié. »

La voix de Kana fut suivie d’un long bâillement.

Bien sûr, Shizuku se rappelait suffisamment la soirée honteuse pour savoir que Kana mentait. C’était un mensonge destiné à la faire se sentir mieux, et, même s’il était trop peu crédible, elle en était plutôt contente malgré tout.

Un sourire apparut sur son visage caché sous les couvertures.

« C’est vrai ? Tu me mens pas ? »

Shizuku, joua la carte de la crédulité, voulant continuer le jeu de Kana.

« Bah ouais que c’est vrai… J’ai dû finir ton verre et le mien en plus. Je reste une fille, je peux pas tenir tant que ça, tu sais ?

Te moques pas de moi, je sais que tu allais bien… ! »

Finalement, Shizuku, bien qu’elle appréciait l’intention, décida de dévoiler le mensonge.

« T’es vraiment pas faite pour le Makai, tu sais ? En plus de pas savoir mentir, tu tiens même pas l’alcool… Mais t’inquiète pas, j’ai trouvé ça drôle et adorable… La Shizuku ivre…

Quoi ?! »

S’entendre dire que le plus mauvais aspect de sa personne, l’un des moments les plus embarrassants de son existence toute entière était adorable, cela suffisait à Shizuku pour rougir encore plus.

Son expression faciale exprima sa profonde surprise un instant, puis elle ferma les yeux et pleura de honte.

« Bah, ouais, quoi que tu fasses t’es mignonne, c’est limite frustrant… Sinon, je veux pas faire la rabat-joie, mais si tu te lèves pas de suite, on risque d’arriver en retard au Comiket… »

L’appel au devoir et à la passion était suffisant pour faire sortir Shizuku de son état et de son lit. Elle jeta ses couvertures et, sans même regarder Kana, s’en alla dans la salle de bain.

C’est à ce moment-là qu’elle reprit son calme.

« Cette situation ?! C’est vraiment trop… »

Adossée à la porte de la salle de bain, et essayant se calmer, elle entendit venir de l’autre côté de la porte la voix de Kana :

« Tu es vraiment quelque chose, toi ! Tu n’as pas besoin d’en faire autant, je t’assure que tu ne m’as pas dégoûtée hier soir, tu n’étais pas moins mignonne que d’habitude… J’arrête d’insister, j’ai un truc à faire ce matin alors je vais devoir te laisser un petit moment. Je te rejoins au cercle avant l’ouverture.

Ah bon ? Tu as des choses à faire ?

Ouais, une urgence pour le travail, mais ce sera très court. Je serai au cercle avant dix heures, rassure-toi. Tu peux commencer à installer et m’attendre là-bas. Par contre… tu peux me donner mon billet d’entrée de participante ? »

En effet, sans ledit billet, Kana n’aurait d’autre choix qu’entrer en tant que visiteur et donc attendre des heures avant de pouvoir rejoindre Shizuku. Chaque cercle n’avait que trois billets pour participants, qui servaient au gérant, à un assistant et éventuellement à une troisième personne qui pouvait aller faire des achats pour l’équipe. Une file d’attente était d’ailleurs réservée aux assistants, pour qu’ils ne puissent pas profiter des failles du système. Car, même si, outre les nombreux échanges de doujin entre participants, quelques-uns acceptent des ventes avant l’heure, il était normalement interdit de vendre des doujin avant l’horaire d’ouverture.

« Ils sont dans la pochette rose sur le bureau… Ne fouille pas trop, cela dit…

OK, je ne regarderai pas ce que tu cherches à me cacher. À tout à l’heure. »

Shizuku se laissa glisser derrière la porte en soupirant alors qu’elle entendait la porte de l’appartement se refermer.

***

Ainsi, Shizuku se rendit seule au Comiket, prise d’une impression étrange. Elle n’avait pas été seule ces derniers jours, et commençait à s’habituer à la présence de Kana.

Les deux premiers trains dans lesquels elle monta n’étaient pas pleins ; le niveau de fréquentation était normal pour ce genre d’horaire. Mais lorsqu’elle arriva dans sa dernière correspondance en direction de Kokusai Tenjijo, elle se rendit compte que ce n’était pas un jour comme les autres.

Des annonces à la gare indiquaient la ligne à prendre pour atteindre le Tokyo Big Sight et demandaient aux participants du Comiket de ne pas gêner le rythme normal de circulation en attendant ailleurs que sur le quais. Il n’était même pas huit heures que la foule de personnes s’y rendant était déjà impressionnante.

« À l’époque, ça devait être encore pire… » se dit Shizuku.

En effet, à une époque, les personnes qui allaient au Comiket avaient tendance à faire du camping devant le Big Sight la nuit précédente. Suite à des incidents, les organisateurs avaient formellement interdit ce comportement et les personnes dérogeant à cette règle pouvaient se voir interdire l’entrée.

Une règle du Comiket était qu’il n’était pas autorisé d’arriver avant que le premier train ne circule, ce qui limitait les passionnés à plus ou moins six heures du matin.

Tout en pensant à ce genre de choses, Shizuku monta dans le train bondé. Elle s’agrippa aussi fermement que possible aux poignées afin de ne pas tomber, mais c’était plutôt inutile puisqu’elle était tellement serrée contre les autres passagers qu’elle ne pouvait de toute manière pas tomber au sol.

Heureusement, le trajet ne dura pas longtemps, et quelques cinq minutes plus tard, elle descendit du train au Kokusai Tenjijo en même temps que la foule. Avec sa fragilité naturelle, elle n’eut pas la force de s’opposer au mouvement de masse et se fit emporter jusqu’à la sortie de la gare sans avoir même le loisir d’admirer les posters qui la décoraient exceptionnellement.

Shizuku soupira en s’appuyant sur les rambardes faisant face à la sortie de la gare. Heureusement, elle n’avait pas besoin de se presser puisqu’elle entrerait avec un ticket participant. Elle se rendit donc dans l’allée couverte qui menait au Tokyo Big Sight en suivant les flèches qui indiquaient l’entrée des participants.

Son sentiment de solitude ne la quitta pas malgré la présence des nombreuses personnes autour d’elle : celle avec qui elle aurait voulu franchir cette entrée n’étant pas là à ce moment. Reprenant son courage à deux mains, elle se rassura en pensant que Kana lui avait promis de la rejoindre rapidement. Même la veille alors qu’elle était partie à cause de Tear, elle avait fini par revenir, il n’y avait donc pas d’inquiétude à avoir.

Lorsqu’elle repensait à ce qu’il s’était passé la veille, un malaise s’installa en elle, lui remémorant sa honteuse expérience.

« Ce n’est pas le moment de déprimer, il me reste plus que cette journée pour augmenter mon nombre de followers. Courage !! » pensa-t-elle en serrant ses petits poings devant elle.

Lorsqu’elle arriva à son stand dans le hall est, à l’opposé de la zone hentai, elle trouva les cartons avec ses doujin sous la table. Elle commença donc l’installation du stand en essayant de placer judicieusement les décorations qu’elle avait ramenées. Puisqu’il s’agissait de la troisième fois qu’elle menait ce genre de préparatifs, elle s’en sortit plutôt bien, et acheva sa tâche rapidement, avant de commencer à s’ennuyer.

Ses voisins étaient des hommes. Shizuku avait un peu plus de mal à parler avec les hommes qu’avec les femmes, aussi elle préféra rester courtoise sans pousser plus loin les discussions.

« Quand est-ce qu’elle arrive… ? » pensa-t-elle en regardant sa montre. « Plus j’y pense, plus le temps me paraîtra long, je vais tenter de m’occuper… »

Elle sortit donc son sketchbook de son sac et commença à dessiner. Mais ses pensées erraient ; elle pensa tour à tour à Kana, puis à sa promesse avec son père, et une certaine tristesse l’envahit, mouillant ses yeux, si bien qu’elle ne put poursuivre son dessin.

Elle finit par prendre son smartphone afin d’appeler Kana, mais se ravisa. Elles étaient amies, certes, mais ce n’était pas une excuse pour la harceler alors qu’elle avait encore le temps de tenir sa promesse. Elle soupira et s’allongea en arrière sur sa chaise.

À ce moment-là, elle se demanda à quel point sa journée de la veille avait fait grimper son nombre de followers, qui après vérification, s’avérait avoir bien augmenté, bien qu’encore très loin de son objectif. À ce rythme, elle perdrait le pari et devrait rentrer chez elle. C’était évident, elle n’avait pas les moyens de l’emporter, et il restait trop peu de temps.

Alors que le désespoir pesait sur son dos, une notification d’une de ses followers attira son attention :

« Tu savais que Yuyu-sensei sera au CXXX de cette année ? »

Yuyu participait au Comiket ? C’était impossible. Shizuku était la mieux placée pour le savoir puisqu’il s’agissait d’un de ses noms de plume. Était-ce un imposteur qui lui volait son nom ? Ce genre de choses n’arrivait presque jamais mais l’éventualité n’était pas à exclure.

Alors qu’elle allait répondre à la notification, une ombre surgit devant elle. Elle leva les yeux, terrifiée, avant de se rendre compte qu’il s’agissait de Kana.

« Oh ? Kana…

Ouais, je suis venue comme promis. Bien joué, tu as bien installé le tout. On voit que tu commences à prendre l’habitude.

Merci… »

Shizuku était peu enjouée. Elle avait remercié son amie, mais elle aurait vraiment voulu connaître la raison de son retard.

Kana fit le tour de la table et s’installa à ses côtés.

« Je suis prête pour t’aider. Vendons tout ce que tu as aujourd’hui ! Yeah !

Tu es très… dynamique aujourd’hui… Mais je ne pense pas que nous allons y arriver. J’en ai imprimé trois cents et hier je ne suis même pas parvenue à en vendre cent exemplaires.

Hier c’était hier, aujourd’hui c’est aujourd’hui. Tu es si pessimiste, ma chère démonette. Tiens, enfile donc ces oreilles de chat et reprends un peu de bonne humeur, tu vas faire fuir les clients. »

Kana lui mit sur la tête un serre-tête avec des oreilles de chat.

« Mais… euh… je…

T’étais pas comme ça hier soir, miss dragueuse. »

Shizuku rougit d’un coup jusqu’aux oreilles, et même ses oreilles artificielles de chat semblaient se baisser à cause de l’embarras. Elle tourna le regard vers le sol et de la fumée se dégageait presque de sa tête.

« Je rigole, je rigole. Mais souris et détends-toi, aujourd’hui j’ai eu une bonne idée. »

Sur ces mots, Kana plaça ses index sur les joues de Shizuku et lui dessina un sourire sur le visage. D’une manière ou d’une autre, le ridicule de cette scène parvint à détendre Shizuku et chassa un peu les nuages noirs qui flottaient au-dessus de sa tête.

***

Le troisième jour venait de commencer, une heure s’était déjà à peu près écoulée.

Malgré toute l’insistance de Kana pour donner bonne humeur à Shizuku, elle avait passé presque tout son temps sur son smartphone, à envoyer des messages sur les réseaux sociaux. À ses côtés, Shizuku perdait peu à peu de la motivation au fur et à mesure que son mutisme durait.

Le nombre de clients était encore inférieur à celui de la veille, comme si le hall opposé absorbait tout le public ; était-il possible qu’en cette troisième journée tous les otaku s’intéressaient uniquement aux hentai doujin ? Elle finit par se poser ce genre de questions malgré elle. À côté d’elle, Kana ne lui prêtait toujours pas la moindre attention ; c’était particulièrement triste.

Shizuku soupira profondément et baissait la tête, lorsqu’une voix masculine se fit entendre devant elle. « Un client ? »

« C’est ici, le cercle t-76 a ?

Tout à fait ! » répondit Kana avant même que Shizuku ne put relever son visage. « Vous pouvez déposer ça sous la table, je m’en occupe. »

Le visage de Shizuku trahissait son étonnement, et elle lâcha un « hein ? » de surprise en voyant le jeune homme poser deux cartons qu’elle comprit pleins de doujinshi ; le logo de l’entreprise d’impression lui était cela dit totalement méconnu.

« Qu’est-ce que… ?

J’ai quelque chose à te dire, Shizuku, mais attends un instant. »

Kana signa le reçu auprès du livreur, qui prit congé.

« En fait, cette nuit, alors que tu dormais j’ai fait une étonnante découverte… Je te présente mes excuses dès maintenant. Je n’aurais pas dû faire ça, ce genre de choses est inexcusable mais je n’ai pas pu m’en empêcher… »

Shizuku n’était pas une fille particulièrement vive d’esprit, mais elle craignait qu’il ne s’agisse de son plus lourd secret, la boîte de manuscrits. Elle ne dit mot, et regarda la Tenkaijin avec de grands yeux.

« Tu es Yuyu-sensei, comme je l’avais deviné il y a longtemps. J’avais même posté cette théorie sur des forums il y a quelques mois. Dans le carton, j’ai trouvé tes derniers manuscrits et… la lettre… »

Le visage de Shizuku passa de l’incompréhension à la peur ; elle ne pouvait parler que d’une lettre puisque c’était la seule qui se trouvait dans ce carton.

« Je sais que j’aurais dû demander ton avis… Je sais que je n’aurais pas dû lire la lettre et fouiller tes affaires, mais je l’ai fait pour ton bien, pour que tu puisses rester ici avec moi, pour que tu puisses continuer à dessiner et t’amuser comme ces derniers jours… »

Kana ouvrit d’une main l’un des cartons. Il était rempli de doujin de Yuyu, dont les troisième et quatrième volumes de la série que Shizuku avait dessinés sans avoir eu le courage de publier, même en ligne.

Lorsqu’elle vit ces belles couvertures colorées, Shizuku ne put s’empêcher de pleurer et d’afficher sa douleur sur son visage.

« Mais… Kana… je… je… j’avais confiance… Pourquoi ? »

Shizuku se leva. Elle n’avait ni la force de crier contre Kana, ni l’envie. Elle voulait simplement fuir, revenir dans l’obscurité de sa chambre pour qu’on l’oublie à jamais. Elle venait de désobéir à son père et celle qui l’avait trahie était sa meilleure amie.

Elle commença à se diriger vers la sortie lorsque la main de Kana lui saisit le poignet pour la retenir.

« Attends Shizuku, je n’ai pas fini de m’expliquer. Je sais que tu me détestes maintenant, mais je ne veux vraiment pas que tu partes, ni maintenant, ni plus tard. Je te veux à mes côtés encore et encore. »

Ces paroles prononcées avec de profonds sentiments et une honnêteté que Kana dévoilait rarement retinrent Shizuku. Elle arrêta ses jambes et, fixant le sol devant elle, tournant le dos à Kana, elle lui prêta son oreille.

« Je sais que tu ne voulais pas désobéir à ton père qui t’avait interdit de continuer ça, mais je ne suis pas d’accord. Tu n’es plus une petite fille, si tu aimes dessiner du yuri, fais-le ! Il n’y a rien de honteux dans tes histoires, c’est sans aucun doute les meilleures que j’ai pu lire depuis des années. Elles m’ont profondément touchée et c’est injuste que tu doives te retenir à cause de préjugés arriérés ! »

Ces paroles pénétrèrent le cœur d’artiste de Shizuku. La part de créateur en elle venait de recevoir des compliments si sincères et si beaux qu’elle ne put qu’être émue. Elle sursauta légèrement et ses larmes redoublèrent d’intensité sur son visage.

« Tu ne veux pas retourner au Makai, n’est-ce pas ? Tu veux rester ici et continuer à t’amuser en dessinant des yuri doujin comme tu sais si bien le faire, non ?! Je sais que j’ai été cruelle, que je n’aurais pas dû, mais moi aussi j’ai peur de te perdre et de perdre l’artiste que je préfère… Aussi bien Yuyu que Shizuku, je ne veux en perdre aucune des deux ! »

Shizuku se mit à trembler car ses forces la quittaient. Tombant sur ses genoux, elle fut rattrapée par Kana qui la prit dans ses bras.

« Fais-moi confiance, oppose-toi à ton père et montre-lui qui est la véritable Shizuku ! Remportons ce pari et faisons en sorte que ta vie soit paisible et amusante. »

Shizuku sanglota sur la poitrine de Kana, l’enlaça de toutes ses forces. Kana fit de même, et lui caressa la tête.

Autour d’elles, les passants et les participants les observaient avec étonnement et intérêt. Lorsqu’elle le réalisa, Kana rougit jusqu’aux oreilles et glissa à l’oreille de Shizuku :

« Tu me fais confiance, Shizuku ?

– ……… Oui… »

C’était certes d’une petite voix hésitante qui ressemblait à celle d’un petit animal apeuré, mais Shizuku avait consenti. Kana sourit honnêtement en tendant un mouchoir en tissu à Shizuku.

« Dans ce cas, sèche ces larmes et contente-toi de faire des « nya » ! »

Le visage radieux de Kana apaisa Shizuku, qui hocha la tête et arrêta de pleurer.

Quelques minutes après, Kana avait fini de trouver une place sur la table aux deux nouveaux doujin et recommença à envoyer des messages sur les réseaux sociaux.

« En fait, depuis hier dans la nuit, j’ai commencé à répandre la rumeur selon laquelle les doujin de Yuyu-sensei seraient vendus lors du troisième jour de Comiket. J’ai lancé une sorte d’énigme pour faire deviner le numéro du cercle où seraient vendues ses œuvres, en précisant qu’elle ne serait pas là, mais que ses œuvres allaient être vendues par un autre cercle. »

Kana déplia un poster et des tiges qui servaient à faire un panneau publicitaire.

« Mais à présent, il est l’heure de dévoiler la solution de la devinette. Je viens de publier le numéro du cercle, alors les gens devraient venir ici rapidement.

Mais… comment tu as fait tout ça ? En une nuit… ? Et l’impression ?

Un de mes clients travaille dans un service d’impression techno-magique du Tenkai. Je l’ai contacté en lui expliquant qu’il me fallait ses services très rapidement. Il me devait une faveur et a accepté de me faire un bon prix.

Mais qu’est-ce que tu fais au juste comme travail ? » demanda avec étonnement Shizuku, qui ne comprenait pas qu’un tel miracle soit possible.

« Je suis dans la communication. »

Kana sourit avec tendresse alors que les premiers clients de Yuyu-sensei commençaient à arriver au cercle.

Un client en entraîna un autre et rapidement, avant que Shizuku ne puisse vraiment le réaliser, le stand se remplit de tant de clients qu’une file d’attente se forma.

***

« C’est ainsi que le Comic Market XXX s’achève. Nous espérons vous revoir lors du prochain Comiket… »

Alors que l’annonce de fin du troisième et dernier jour s’élevait depuis les enceintes et retentissait à travers les différents halls, les applaudissements furent encore plus nombreux et puissants que les jours précédents. En effet, pour célébrer la clôture du Comic Market, la majorité des cercles et des clients restaient jusqu’à la toute fin. De même, il était coutume qu’en fin d’événement, un applaudissement spécial et long, avec un rythme particulier, soit fait. Ce n’était pas une règle, mais une tradition adoptée par tous les otaku participant à l’événement.

Tous s’étaient amusés au cours des trois jours, et avaient fait de leur mieux pour que tout se déroule sans problèmes. Tous ne voulaient qu’une seule chose : satisfaire leur passion, et pour ce faire, le respect des règles était essentiel, ils le savaient.

Même s’il s’agissait d’une guerre à bien des égards – chaque participant investissant ses forces pour obtenir l’objet de ses désirs, à l’instar d’un militaire qui se bat avec acharnement pour récupérer une base ennemie – personne n’était réellement ennemi dans cet événement. Ils n’étaient que des otaku, des passionnés qui aimaient le même genre de choses.

C’était cet équilibre délicat qui créait la magie du Comiket, qui rendait possible qu’un événement aussi éprouvant puisse être aussi amusant. C’était la passion qui cimentait ses murs et qui solidifiait cette bâtisse.

Avec soulagement et déception, les acheteurs commencèrent à sortir du Tokyo Big Sight et à se diriger vers la gare, montrant leur « butin de guerre » à leurs amis, fiers de leurs victoires et fatigués de leur lutte. Mais à l’intérieur des bâtiments, les cercles n’avaient pas encore fini. Ils rangeaient leurs affaires, laissant enfin leurs nerfs mis à vif se détendre lentement.

Les cercles Saphir Valkyria, mais encore plus Yuyu Dreams, avaient fait des ventes inespérées : la stratégie de Kana s’était montrée si efficace que non seulement les doujin de Yuyu étaient totalement épuisés, mais également ceux de Saphir Valkyria. Par effet d’enchaînement, les clients de Yuyu Dreams qui étaient venus avaient fini par regarder de plus près le doujin d’idol de Saphir Valkyria, et une partie d’entre eux l’avaient ainsi acheté.

Probablement qu’une partie importante des lecteurs avaient compris l’identité de Yuyu – il devenait en effet facile de voir la similitude entre les deux dessins lorsqu’on les mettait côte à côte – mais aucun n’eut l’indélicatesse de demander confirmation.

Kana avait frappé fort : non seulement elle avait fait imprimer trois cents doujin de chaque tome de Yuyu, mais elle avait également imprimé des réservations pour des commandes à domicile des doujin en question. Ainsi même lorsque les doujin furent épuisés, elle continua d’en vendre par le biais de réservations. Au final, grâce à sa stratégie, plus de cinq cents exemplaires de chaque tome furent vendus.

Les deux filles, après le raz-de-marée qu’elles avaient dû affronter seules se laissèrent tomber sur leurs chaises, épuisées.

« C’est fini, Shizuku… Mission accomplie.

Oui ! Grâce à toi ! »

Shizuku porta son regard sur la table devant elle : il ne restait que des décorations, aucun doujin ne s’y trouvait plus.

Ses yeux s’emplirent de larmes de joie. Elle avait réussi à tout vendre ; le pari n’était pas encore gagné mais elle avait réussi à s’opposer à son père et à faire pour la première fois de sa vie ce qu’elle voulait vraiment faire. Comme Kana l’avait deviné, ce que Shizuku préférait était dessiner en tant que Yuyu ; elle aimait différents genres, mais pour une raison inconnue elle avait une vraie passion pour les romances entre filles. Lorsqu’elle dessinait ces œuvres, son cœur était empli de bonheur.

« Grâce à toi… » répéta Shizuku en se jetant dans les bras de Kana, pleurant plus fort que jamais.

Auparavant Kana s’était laissé emporter par ses sentiments et les avait exprimés involontairement avec verve, mais à présent que sa tête redevenait froide et que son corps était exténué, elle trouvait qu’avoir la jeune démone entre ses bras était embarrassant.

Elle rougit et tenta de se séparer d’elle en disant :

« Arrête ça, idiote ! Tout le monde regarde ! Les gens vont se méprendre si une dessinatrice de yuri se jette dans les bras d’une autre fille… »

Mais Shizuku serra ses bras encore plus fort autour du torse de Kana. Comme cette dernière l’avait pensé la veille, quand son amie était ivre, Shizuku était incroyablement forte en vérité, bien plus que Kana.

« Je m’en fiche… nya ! » dit Shizuku sans la laisser partir.

Kana finit par se résigner, c’est elle qui avait ouvert la boîte de Pandore en lui disant de penser davantage à elle-même, elle devait assumer les conséquences de ses actes. En fin de compte, tant pis pour ce que les gens penseraient d’elles ; elles avaient réussi à tout vendre, il ne lui restait plus qu’à remporter ce stupide pari et garder Shizuku à ses côtés.

Kana soupira et attendit que Shizuku se soit calmée avant de lui dire :

« Au fait, je dois te rendre ça ! »

Enfin dégagée d’elle, Kana prit dans son sac un range-documents dans lequel se trouvaient les deux manuscrits qu’elle avait « dérobés » la veille à son amie.

« Je m’excuse encore de mon impolitesse, j’espère sincèrement que tu resteras encore mon amie… Je pourrais comprendre que tu ne le veuilles pas, cela dit… Quelle genre d’amie fouillerait les affaires des autres et prendrait ce genre d’initiatives sans demander ? »

Shizuku la regarda en riant. C’était la première fois que Kana lui voyait un rire si décontracté et spontané, ou plutôt un rire si insouciant. Car c’était la première fois que Shizuku parvenait à oublier son stress et ses peurs habituelles.

« Parfois tu es idiote aussi, Kana-chan. Bien sûr que nous sommes toujours amies ! Au contraire, je te remercie de ce que tu as fait, sans toi je n’aurais jamais vécu une journée si merveilleuse. »

Shizuku la regarda dans les yeux avec un regard bienveillant. C’était également la première fois qu’elle, d’ordinaire si fuyante, regardait Kana directement dans les yeux.

« Garde-les. C’est un cadeau pour toi, qui m’as tant aidée depuis qu’on se connaît. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai parfois l’impression de te connaître depuis toujours alors que ça ne fait que quelques jours… N’est-ce pas ce qu’on appelle une rencontre sous le signe du Destin ? »

Sur ces mots, Shizuku s’approcha de Kana et déposa sur sa joue un tendre et chaleureux baiser.

Kana se pétrifia sous l’effet de la surprise, et ne savait que dire ou que faire. Elle rougit soudainement et faillit se mettre à pleurer ; c’était comme si l’espace d’un instant leurs positions avaient été inversées.

***

Alors qu’elles sortaient toutes deux du Big Sight, portant cette fois des sacs plutôt légers, un groupe de quarre filles vint à leur rencontre. Elles connaissaient l’une d’entre elle, qui était passée au cercle en après-midi, et qu’elles avaient rencontrée la veille : Tear.

« Je ne m’attendais pas à ce que notre prodige Yuyu-sensei se révèle être notre tendre Shizuku-chan… » dit-elle en s’approchant avec les trois autres filles.

Shizuku sursauta un instant et eut un mouvement de recul en entendant ces paroles. Kana s’interposa immédiatement entre elles.

« Qu’est-ce que tu racontes, Tear ? » dit-elle froidement.

« N’est-ce pas évident pourtant ? J’avais déjà un doute hier, mais les événements d’aujourd’hui m’ont apporté la preuve que Angel481, alias Kana, avait raison : Shizuku est bien Yuyu-sensei. »

Sur le visage de Kana apparut une goutte de sueur. Tear avait tout découvert, de l’identité de Yuyu au pseudonyme que Kana avait utilisé sur les forums lorsqu’elle avait soumis à la communauté sa théorie.

Elle pouvait toutefois encore tenter de nier, mais comment allait-elle s’y prendre ? Elle pouvait dire qu’elles connaissaient toutes les deux Yuyu-sensei, mais est-ce que cela n’aurait pas l’air d’une excuse sortie tout droit d’un anime ?

Alors que son amie réfléchissait, Shizuku s’avança, et, faisant face à Tear, s’inclina légèrement.

« Merci pour ton aide d’hier et encore désolée… Quant à Yuyu, je confesse, c’est moi !. »

La personne la plus surprise fut Kana, mais pas pour les mêmes raisons. Pourquoi Shizuku venait de vendre la mèche si facilement ? Pourquoi ne lui avait-elle pas fait confiance pour la défendre ?

Tear et ses amies se regardèrent, probablement qu’elles aussi s’attendaient à plus de résistance.

« Je n’ai plus envie de le cacher, je n’ai plus envie de jouer la comédie. Tant pis pour ceux qui ne l’accepteront pas, mais je suis bel et bien Yuyu ! »

Cet élan de courage chez Shizuku était également engendré par la magie du Comiket, à n’en point douter.

Kana la regarda avec de grands yeux surpris ; un miracle venait de se produire devant elle.

Tear sourit, secoua la tête et leva les épaules en répondant :

« Je ne vois pas qui pourrait se plaindre de ça. En fait, je ne comprends même pas que tu l’aies caché si longtemps… Mais je suppose que tu avais tes raisons, Yuyu-sensei. »

Tear et Shizuku se firent face quelques instants, se regardant l’une l’autre dans les yeux, puis Tear tendit la main et donna une pichenette sur le front de Shizuku qui s’écria  « Aïe », les yeux larmoyants.

« Même si je préfère la Shizuku habituelle timorée et timide… ce n’est pas si désagréable de te voir de meilleure humeur qu’hier… Et si on allait fêter vos ventes et la future carrière de Yuyu-sensei ? »

Shizuku essuya ses larmes naissantes de la manche de sa robe et hocha la tête avant de regarder Kana pour demander sa confirmation.

C’est ainsi que les six filles se rendirent dans un local pour manger, boire et surtout parler toute la soirée de doujin, de Comiket, de mangas sérialisés et d’anime du moment.

C’était une ambiance assez nouvelle aussi bien pour Shizuku que pour Kana, car aucune des deux n’était habituée à avoir des amis avec qui faire la fête et encore moins des amis otaku avec qui partager leurs passions.

Shizuku ne fit pas la même erreur que la veille, et se tint éloignée de toute boisson alcoolisée même lorsqu’on les lui proposa.

Tear, qui semblait avoir oublié l’épisode de la veille, se révéla être une fille charmante et agréable, même si ses opinions sur certains styles d’anime ou de mangas étaient particulièrement tranchées et virulentes.

Alors qu’il se faisait tard et que le groupe décidait de rentrer, parlant pour certaines de se revoir pour réitérer une soirée si agréable, Tear et Kana furent les dernières à quitter la pièce privative où elles avaient dîné.

Tear regarda Kana dans les yeux avec le plus grand des sérieux et lui dit :

« Il semblerait que tu aies gagné cette bataille, mais je ne m’avoue pas vaincue pour autant, je finirai par te battre un jour ou l’autre. En attendant, je pense qu’on peut dire qu’à partir de ce soir nous sommes de vraies rivales. »

Elle tendit la main en direction de Kana qui, sans réfléchir la lui serra.

« Il semblerait… »

Les deux se lancèrent un regard de défi accompagné d’un petit sourire à la fois amical et belliqueux, puis Tear quitta la pièce.

Toute seule pendant quelques secondes, Kana réalisa qu’en fait, elle ne savait pas de quoi il était réellement question, et qu’elle était devenue sa rivale sans trop savoir pourquoi. Après y avoir réfléchi quelques instants, elle secoua la tête, réalisant soudain ce qu’elle venait de faire, et rougit en se prenant le visage dans la main.

« Qu’est-ce que tu me fais faire, idiote ? C’est pas comme si j’avais le même genre d’intérêt que toi pour ce genre de choses… »

***

Alors que la porte de l’appartement se refermait derrière elle, Kana sentit l’effet post-Comiket l’envahir. Elle se sentit vide et soudainement triste.

Habituellement, cet effet de « retour à la réalité » – sujet de plaisanterie entre otaku à la fin du Comiket pour exprimer le choc de retour à une vie plus paisible et normale – n’affectait les gens que le jour suivant la fin de l’événement, quand ils reprenaient leur travail et alors que la fatigue des trois jours commençait à se dissiper après une bonne nuit de repos. Mais pour une raison inconnue, Kana fut frappée déjà cette nuit-là par ce choc.

Elle ne travaillait pas le lendemain ; pensant à juste titre qu’elle serait exténuée par le Comiket, elle avait pris un jour de congé.

Malgré toute sa bonne volonté, cette nuit-là, elle se contenta d’entrer dans son lit pour profiter du repos du guerrier. Toutefois, bien qu’elle avait eu du mal à garder ses yeux ouverts dans le train et qu’elle avait senti ses jambes lourdes en montant les marches menant à son appartement, elle n’arrivait plus à dormir une fois couchée dans son lit.

Quand elle repensait à ce qui s’était passé ces trois derniers jours, à toute leur agitation, leurs bons et mauvais moments, l’image de Shizuku revenait sans cesse. Elle avait enfin une véritable amie, une personne sur qui compter, à qui se confier et avec qui partager des choses. Cette simple pensée était à même de l’émouvoir jusqu’aux larmes, mais Kana préféra ne pas y céder.

« Si je me mets à pleurer si facilement, je vais devenir comme elle ! » finit-elle par plaisanter à haute voix dans son lit.

Elle repensa également à Tear, qu’elle avait mal jugée, et qui s’était révélée être une fille plutôt intéressante malgré ses airs hautains et sa rivalité étrange.

Elle revit les visages illuminés de joie des clients qui avaient ouvert les œuvres de Shizuku, et une pointe de jalousie s’installa dans son cœur lorsqu’elle se rendit compte que la jeune démone avait contenté avec ses œuvres bien plus de personne qu’elle.

« Pour le Comiket d’hiver, je vais moi aussi faire de mon mieux et cette fois je vais contenter plus de personnes ! »

Prenant sa résolution et levant son poing vers le plafond, elle se mit à rire en s’estimant somme toute bien ridicule de se parler seule dans l’obscurité de sa chambre.

« Je ne veux pas la perdre… »

Une nouvelle fois ses pensées retournèrent vers Shizuku.

Même si elle avait eu de bonnes ventes, elle était loin d’avoir atteint l’objectif demandé par son père, les trois mille followers. Après ces ventes et l’effet boule de neige des réseaux sociaux, elle arriverait à deux mille avant la fin du mois estimait Kana, mais ce n’était guère que deux tiers du but. Comme l’avait dit Tear plus tôt dans la soirée, la bataille était gagnée, mais pas la guerre.

Il lui fallait penser à une autre stratégie, elle refusait d’abandonner l’idée de garder Shizuku à ses côtés. S’il le fallait, elle irait jusqu’au Makai pour expliquer la situation au père de celle-ci et lui faire entendre raison.

Cette pensée en entraîna une nouvelle et elle se demanda ce qu’elle ferait de son jour de congé, le lendemain : allait-elle essayer de revoir son amie ? Elle avait passé trois jours avec elle, allait-elle la déranger à nouveau le lendemain ?

Elle avait vraiment envie de la revoir, de poursuivre cette magie du Comiket un quatrième jour et de revenir lentement à la réalité.

Elle prit son téléphone dans l’intention d’inviter Shizuku à sortir le lendemain, mais avant qu’elle ne s’en rende compte, elle avait fermé les yeux et s’était assoupie, son téléphone en main.

À son réveil le lendemain matin, la première chose qu’elle vit fut une dizaine de messages de la part de Shizuku, qui étaient arrivés pendant son sommeil.

« J’espère que je ne te réveille pas, moi je n’arrive pas à dormir. Je suis fatiguée, mais mon cerveau est trop excité je pense… Teehee! »

« Le Comiket c’était trop bien, j’adore vraiment cet événement, mais celle qui l’a rendu encore plus merveilleux, c’est toi Kana-chan. Encore merci ! »

« Merci encore de m’avoir forcé la main, sans toi je serais encore Shizuku la fille timide et Yuyu finirait dans l’oubli…. Désolée de t’avoir causé tellement de soucis… »

« En fait, je pense que je n’ai pas tellement changé. Je viens de penser à ce que je t’ai dit et je suis morte de peur… Désolée, Kana, je crois que j’ai encore besoin de toi dans le futur… Désolée ! »

« Ta stratégie de vente était vraiment étonnante mais redoutable, tes patrons ont de la chance de t’avoir comme employée ! »

« J’ai plein de nouvelles idées de doujin, je viens d’en écrire quelques-unes. Demain matin je verrai pour les développer un peu plus. Merci encore, sans toi, ce rêve ne serait jamais devenu réel. »

« Tout le mérite de Yuyu, c’est toi : Kana ! »

Chaque message était espacé de plusieurs dizaines de minutes, voire de quelques heures, à tel point qu’on pouvait retracer toute sa nuit et se rendre compte qu’elle n’avait sûrement pas dormi. Le dernier en date avait été envoyé une heure et demie plus tôt.

Pensant qu’elle était toujours debout, Kana se mit à écrire un message :

« Idiote ! Le mérite c’est le tien, c’est toi la folle furieuse qui a dessiné pas loin de sept doujin pour ce Comiket. Je n’ai fait que te donner un coup de pouce… »

Avant même qu’elle n’ait pu terminer d’écrire, un nouveau message arriva :

« Au fait, si tu as un peu de temps après ton travail aujourd’hui, ça te dirait qu’on se voit ? Tu peux passer chez moi si tu veux… En fait, tu peux passer dès que ça te chante. Hahaha ! J’ai plein d’idées à te montrer, il me faut l’avis de ma fan numéro 1 !! »

Kana sourit. Elle effaça son précédent message qui lui semblait désormais inutile, et décida de lui parler de vive voix dans l’après-midi. Aussi elle répondit :

« J’ai pris un jour de congé, je te propose de passer dans l’après-midi. Tu devrais aller te coucher sérieusement, j’ai pas envie de parler à une démone-zombie. »

La réponse arrive dans les secondes qui suivirent :

« D’accord ! C’est cool ! Je pars dormir de suite, insiste sur la sonnerie si je ne réponds pas. Bonne nuit ! »

Après avoir lu ce dernier message, Kana laissa tomber son smartphone sur son lit.

Une expression joyeuse se dessina sur son visage alors qu’elle se redressait en position assise dans son lit et qu’elle enlaçait son coussin. Elle poussa un soupir de joie en repensant à son morne passé sans but et sans lumière, comme à une sombre époque à présent révolue.

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