Chapitre 3- La Maid qui volé mon âme

Le jour de la Compétition arriva enfin…

Claelyss, toujours vêtue en maid, descendit du train accompagnée de Yuuma. Contrairement à la veille, ils étaient silencieux mais pour des motifs différents.

En effet, depuis la veille, Yuuma n’avait presque pas parlé avec elle, il ne savait tout simplement pas comment s’y prendre.

Cette fois, il avait néanmoins retenu la leçon : au matin, il avait attendu d’entendre Claelyss sortir de son lit pour se rendre dans la salle de bain avant d’ouvrir les yeux.

Au fond, il regrettait les tensions de la veille, le silence macabre qu’il y avait entre les deux était à bien des égards encore pire.

La Compétition n’allait pas avoir lieu dans la salle d’arcade proche de la gare, mais dans la salle, bien plus grande, qui se trouvait dans la Chuo-Dori.

Claelyss lui avait expliqué qu’un arrangement avait eu lieu et les bornes de GSUF III leur étaient réservées toute la journée.

Une certaine tension montait à chaque pas qui le rapprochait de la salle, le futur de Claelyss reposait sur lui, lorsqu’il réfléchissait aux conséquences horribles qu’avait cette compétition, il ne se sentait que plus mal.

– Finalement, comme l’a dit Ilmeryl, il n’y a pas de vrais gagnants parmi les représentants…

Quelle horrible révélation ! Qu’il fasse gagner Claelyss ou qu’il la fasse perdre, les conséquences seraient sensiblement les mêmes.

D’autre part, si l’équipe des elfes d’Alfheim gagnait, les elfes de Svartalfheim perdraient et, par la même, Ilmeryl qui était devenue son amie.

Dans tous les cas de figure, il serait triste d’une manière ou d’une autre…

Alors que la déprime l’oppressait de plus en plus et qu’il marchait tête baissée derrière Claelyss, les paroles d’Ilmeryl lui revinrent à l’esprit, elle voulait l’affronter au meilleur de sa forme, de façon équitable et sans prendre en considération les conséquences de la Compétition.

Cet esprit sportif était ce qu’il voyait de plus sain dans cet affrontement, il devait oublier les enjeux et simplement donner tout ce qu’il pouvait pour triompher.

Serrant son poing, il hocha de la tête avec détermination.

« Tu parais bien motivé, vermisseau… enfin, Yuuma… »

Quelle était donc cette rectification inattendue ? C’était rare qu’elle s’adresse à lui par son prénom et encore plus qu’elle prenne ce ton de voix plus doux.

Le jeune homme la regarda quelques secondes avec de gros yeux, puis il répondit :

« Euh… ouais. Je vais faire de mon mieux pour gagner cette compétition !

– Ça fait plaisir à entendre… Si tu gagnes, je t’offre à manger… ce que tu voudras… »

Claelyss elle-même trouva étrange cette gentillesse soudaine, elle détourna le regard sous le coup de l’embarras.

« OK, par contre, je préférerais goûter ta cuisine, si déjà c’est une récompense, dit-il en levant le pouce vers elle.

– Ne sois pas impertinent, pourceau… Yuuma… Je sais pas cuisiner de toute façon…

– Ohh, quel dommage… J’aurais bien aimé goûter une recette typique de ton pays. Bah, pas grave on aura qu’à cuisiner ensemble quelque chose… »

Claelyss baissa le regard alors que quelques rougeurs apparurent sur ses joues, elle semblait réfléchir.

« Pou… pourquoi pas… mais je te préviens, si tu espérais que j’allais faire le coup de l’épouse portant uniquement le tablier…. Grrrrrr ! »

Son visage rouge exprimait à égale mesure la honte et la colère, elle faisait une grimace rappelant un petit animal prêt à se défendre.

« Eh ?! C’est pas ce que j’ai dit ! Tu peux garder tes vêtements de maid, ça me convient très bien. »

A ce moment-là, Claelyss recula de quelques pas et couvrit sa poitrine de ses mains comme pour se protéger d’un attouchement éventuel.

« Est-ce que… tu serais pas un fétichiste des maids ? Maintenant que j’y pense, tu reniflais et léchais ma robe hier matin…

– Mais non ! C’est pas du tout ça ! En plus j’ai jamais léché cette robe !! »

Ces paroles semblaient impliquer le fait qu’il l’avait au moins reniflée, mais Claelyss ne l’écoutait plus, elle monologuait et s’adressait à elle-même :

« C’est logique, pourquoi j’y ai pas pensé plus tôt… Quelle situation périlleuse ! En fait, je me suis trompée, je suis sûrement plus en danger la journée avec ma robe que la nuit en pyjama… qui sait quand il n’en pourra plus et qu’il me sautera dessus… beurk…. »

Une moue de dégoût apparut sur son visage alors qu’elle tira la langue ; ce qu’elle s’imagina devait sûrement l’avoir horripilé.

« Tu vas m’écouter, oui ?!!! »

Quelques passants s’arrêtèrent pour voir la scène, le fait que Claelyss couvrait sa poitrine laissait libre cours aux malentendus…

***

Quelques minutes plus tard, ils étaient tous les deux au quatrième étage de cette salle d’arcade.

« Puisque tout le monde est présent, nous allons commencer la Compétition. La première journée se déroulera en 20 parties avec une pause d’une heure entre les deux séries de dix parties. »

La personne qui donnait ces explications était un elfe à la longue chevelure noire, aux yeux couverts par une paire de lunettes de soleil (quand bien même il se trouvait en intérieur) et vêtu d’un costume trois pièces noir.

A ses côtés se tenait le second arbitre, une elfe en tailleur gris, chevelure blonde en chignon, elle avait l’air stricte ; il s’agissait de l’arbitre d’Alfheim alors que l’homme était celui de Svartalfheim.

« Vous avez dix minutes pour décider de la répartition au sein de votre équipe, nous commençons à 10 heures pile. Voilà vos cartes prépayées. Des questions ? »

L’homme se tourna vers l’assemblée composée d’une dizaine de personne environ. Les elfes d’Alfheim étaient au nombre de trois, seule Claelyss avait un champion humain.

De leur côté, les elfes de Svartalfheim avaient deux champions humains en plus de leurs trois membres. Seule Ilmeryl ne semblait pas avoir de champion dans cette équipe.

Yuuma leva la main pour prendre la parole :

« J’ai une question ? Ceux qui ont déjà des profils sur leurs cartes ne pourraient-ils pas les utiliser à la place de cette carte neutre ? »

L’elfe noir regarda l’autre arbitre dans les yeux, il fit signe d’attendre à Yuuma et s’éloigna avec l’autre arbitre pour en discuter.

« Après délibération, dit-il en revenant vers le groupe, les joueurs possédant des profils peuvent utiliser à leurs frais leurs propres cartes. »

Yuuma s’inclina pour le remercier.

Les concurrents se divisèrent en deux équipes et s’éloignèrent dans un coin de la pièce.

Non seulement les bornes de GSUF III avaient été réservées, mais l’étage entier au final, l’ambiance était bien différente de la veille ; seuls deux employés de la salle d’arcade veillaient derrière leur comptoir sans rien dire.

« Donc tu ne participeras pas, Clae ? »

L’elfe qui prit la parole était plus grand que Yuuma, son physique était élancé mais il n’était pas maigre, sous ses vêtements d’otaku que Yuuma jugea trop exagéré pour être crédibles, il semblait avoir un physique d’athlète.

« En effet, j’ai engagé Yuuma pour me représenter, il est bien meilleur que moi, c’est un des joueurs du top 10 japonais. »

Loin d’attirer l’étonnement ou la sympathie, l’elfe le regarda de haut comme s’il examinait une vermine sans intérêt.

« J’espère qu’il saura se montrer plus utile que toi. C’est quoi cet accoutrement au fait ? Tu es devenue l’esclave de cette chose ?

– Non… non… mais… »

L’elfe porta un regard méprisant envers Claelyss.

Le troisième concurrent, une elfe à la longue chevelure châtain clair attachée en une queue de cheval et vêtue d’une robe azur fit de même.

« En plus, confier ton honneur à un humain… les enfants de rebuts sont donc tout aussi rebuts que leurs parents. »

Habituellement, si fière et si hautaine, Claelyss baissa le regard, se mordit la lèvre inférieur, mais ne dit mot.

Néanmoins…

« J’espère que ton niveau sera à la hauteur de ton arrogance, elfe-san. Après avoir débité de telles paroles, ce serait triste que le familier d’une rebuts soit meilleur que toi… »

Yuuma le regarda droit dans les yeux d’un regard provocateur en mettant ses mains dans les poches.

L’elfe ne répondit pas à la provocation, il se contenta de prendre une expression agacée et de lancer un *tss*.

Puis, il s’éloigna avec l’autre concurrente.

« Pourquoi ? Pourquoi tu l’as provoqué ? »

Demanda Claelyss, les yeux en larmes, en scrutant Yuuma droit dans les yeux.

« Peu m’importe vos différents raciaux, on est ici pour jouer. S’il se révèle être un boulet, il sera tenu responsable de notre défaite… Puis, il m’agaçait à nous rabaisser. Non mais, pour qui il se croit ?! »

Claelyss le regarda quelques secondes de manière interloquée, puis elle se mit à rire en se couvrant la bouche délicatement.

Elle était incroyablement belle avec cet air gêné et souriant. Involontairement, Yuuma rougit et détourna le regard.

« T’es pas croyable ! Mais… merci… d’avoir défendu ta maîtresse… »

La fin de la phrase fut prononcée sur un ton de voix plus discret, comme si elle avait honte de ses propres mots. Yuuma fit semblant de n’avoir pas entendu, il continua à faire une moue d’enfant contrarié et garda les mains dans les poches.

– Si je dois gagner, ce sera surtout pour toi, Claelyss. J’espère que tu arrives à retrouver ce superbe sourire.

Pensa-t-il alors que les arbitres invitèrent les concurrents à s’installer à leurs bornes.

Une fois sa carte bipée, il regarda sur le côté et croisa quelques secondes durant le regard d’Ilmeryl. Comme à son habitude, elle le regarda impassiblement.

Mais Yuuma lui lança un sourire et leva le pouce dans sa direction.

A cet instant, l’arbitre elfe noir donna le départ de la Compétition.

***

Dix matchs avaient déjà eu lieu, une pause d’une heure était accordée aux concurrents pour manger et reprendre leurs forces.

Contrairement aux elfes d’Alfheim, les elfes noirs n’avaient pas hésité à faire appel à des joueurs japonais renommés et très bons. Yuuma n’ayant plus ses souvenirs, il ne se rappelait pas d’eux, mais Claelyss lui avait appris qu’il s’agissait de joueurs connus et talentueux.

Et en effet, lors des premières parties, Yuuma avait rapidement vu la différence de niveau entre leurs deux équipes.

Les deux joueurs étaient non seulement bons, mais ils s’entendaient très bien entre eux, ils savaient jouer ensemble. Quant à Ilmeryl, elle avait un niveau de jeu supérieur à celui de Claelyss et une adaptabilité qui lui avait facilement permis de s’adapter au style de jeu de ses deux compagnons.

De leur côté, les elfes d’Alfheim jouaient de manière très solitaire, ils ne produisaient aucune action d’équipe et leurs niveaux individuels étaient largement inférieurs à ceux de leurs adversaires.

Le grand elfe arrogant qui avait insulté Claelyss, en particulier, avait certes de bons réflexes et une bonne visée (compétences augmentées par le biais de la magie, d’après ce que lui apprendra par la suite Claelyss), mais il ignorait les astuces et les spécificités propres au jeu.

Sur les dix parties, Yuuma n’avait réussi à tirer que trois victoires à la fin de la manche, il avait pour ce faire exploité les faiblesses de ses compagnons pour s’en servir comme appâts. Il n’en était pas très fier, mais il n’avait pas eu le choix puisqu’ils refusaient d’écouter le moindre de ses conseils.

Finalement, la pause arriva et la Compétition semblait vraiment mal engagée.

« C’est donc ça ton grand champion, Clae ? C’est une blague j’espère ?! »

Le grand elfe fit face à Claelyss de manière menaçante, – bien entendu, comme tout idiot qui se respecte, pensa Yuuma, il rejette la faute sur les autres.

« Hey ! Je te signale que la faute te revient, dit Yuuma en s’interposa entre les deux. Si tu n’étais pas parti tout seul attaquer par le flanc droit du camion, ou encore si tu ne partais pas tout seul dans les bâtiments piégés, ce serait plus simple de gagner.

– Quoi ?! Tu oses rejeter la faute sur moi ?! Non, mais pour qui tu te prends ? Clae surveille ton animal de compagnie où je m’en vais le réduire en charpie. »

L’elfe fit craquer les articulations de ses poings et tendit ses muscles.

« Ah, digne d’une grosse brute décérébrée ! Si tu sais pas jouer, tu ferais mieux de laisser ta place à Claelyss, elle est dix fois… non que dis-je, cent fois supérieure à ton niveau pitoyable. Je pense que même en jouant avec mes pieds, j’arriverais à t’enchaîner un millier de victoire. »

Yuuma ne prêta pas attention à l’intimidation de l’homme qui se tenait devant lui, il parlait d’un ton de voix méprisant et hautain. Il ignorait être capable de s’exprimer de la sorte, à vrai dire.

Était-ce son honneur de joueur, frustré d’avoir perdu à cause de lui qui le lui permettait ? Ou alors était-ce cette maltraitance envers Claelyss qui le motivait de la sorte ?

Il était fort possible que la vérité se situe entre les deux. On ne peut ignorer la frustration de l’échec et l’honneur de joueur dans ce genre d’altercations.

Finalement, la veine sur la tempe de l’elfe gonfla :

« Enfoiré !!! »

Tout en vociférant cette insulte, il porta un coup de poing puissant et rapide à Yuuma.

Ce dernier eut le réflexe de le parer de son avant-bras, mais il sentit rapidement une vive douleur lorsque l’os craqua et qu’il se retrouva projeté au sol.

L’elfe n’avait pas l’air satisfait de ce simple coup, il s’approcha d’un air meurtrier et attaqua à nouveau le jeune homme.

Mais cette fois, c’est Claelyss qui s’interposa, elle arrêta le poing de sa main gauche comme si de rien n’était alors que l’onde de choc derrière elle souffla le visage du jeune homme pris initialement pour cible.

« Ça suffit, Laerthyl ! Yuuma a remporté tout seul trois victoires lors de cette manche et, même s’il est stupide de répondre à ta provocation, nous n’avons pas d’autres choix que de l’écouter. Si tu n’y vois pas d’inconvénient, je vais prendre ta place pour les manches de cette après-midi, si le résultat ne change pas, nous te présenterons nos plus plates excuses… »

Claelyss leva sa tête et regarda froidement Laerthyl droit dans les yeux.

« Mais si tu comptes endommager mon familier et la seule personne capable de nous apporter la victoire… je serais son champion et je t’affronterai. »

Ilmeryl avait bien expliqué à Yuuma la réputation de guerrière dont disposait Claelyss, mais sentir cette aura combative émaner d’elle demeurait impressionnant au plus haut point.

Même si la menace ne lui était pas destinée, il eut un frisson dans le dos et il déglutit.

Le grand elfe eut le même genre de réaction, son visage exprima le mépris et la colère, mais également la résignation. Il se calma et arrêta le combat.

« Tsss… Faites comme vous voulez, mais si le classement ne s’améliore pas… »

Sur ces mots, il quitta la salle les mains dans les poches.

L’autre concurrente, qui avait semblé tellement méprisante au départ, changea d’expression et d’attitude, elle se dévoila être bien plus craintive que de prime abord.

Elle regarda la scène avec crainte et lorsque Claelyss lui adressa la parole, elle recula même d’un pas sous l’effet de la peur :

« Selthyalia, j’espère que tu ne nous tiendras pas rigueur de ce qui s’est passé et que tu donneras tout ton possible pour triompher. »

Elle se contenta de hocher timidement de la tête.

Claelyss tendit la main à Yuuma pour l’aider à se relever ; son bras était déjà guéri, cette régénération était vraiment miraculeuse.

« Merci, Claelyss, tu m’as sauvé.

– J’espère avoir eu raison… ne me fais pas honte cette après-midi et… ne réponds pas à ses provocations, ça n’en vaut pas la peine. »

Elle détourna le regard et s’exprima de manière hésitante.

Une fois de plus, il fit semblant de ne pas voir sa gêne et invita les deux filles, Claelyss et Selthyalia, à aller manger dans un restaurant non loin et discuter de leur nouvelle stratégie…

***

Contrairement à Laerthyl, Selthyalia se révéla être une joueuse plutôt docile.

Lorsque les parties de l’après-midi débutèrent, elle suivit à la lettre les indications de Yuuma, devenu par la même occasion le leader de l’équipe, et compensa par ce biais son faible niveau de jeu.

Claelyss qui avait un niveau proche de celui d’Ilmestryl était également bien plus à l’écoute que Laerthyl quant aux instructions de Yuuma, elle avait une confiance totale dans les compétences du jeune homme relative à GSUF III.

Aussi, rapidement la tendance s’inversa, l’équipe d’Alfheim surpris ses adversaires et proposa des stratégies innovantes et originales, qui lui permit de gagner la quasi-totalité des matchs.

Cette seconde manche inversa la tendance, elle ajouta huit victoire à l’équipe d’Alfheim ce qui lui permit de remporter la première journée d’épreuve.

Dans cette Compétition de trois jours, chaque journée représentait un point, peu importait le nombre de parties victorieuses remportées sur l’ensemble des trois jours.

Ainsi, une victoire écrasante, avec par exemple, vingt parties gagnées contre zéro, valait autant qu’une victoire remportée à une partie près. Dans les deux cas de figure, l’équipe gagnait un point.

Il en découlait donc que l’équipe qui remporterait la victoire deux jours d’affilés, gagnerait inévitablement la Compétition. Le choix de trois jours d’affrontement n’était pas anodin, ils ne pouvaient tomber sur une situation de match nul.

« Bien joué, Clae, Selthy ! »

S’écria le jeune homme dans un élan de joie et en se montrant trop amical.

Il leva la main attendant le tope-là de la victoire, Claelyss y répondit rapidement, ce qui motiva également Selthyalia à se joindre à eux.

– C’est pas une mauvaise fille au final, pensa-t-il, elle est juste trop influençable.

Alors que Yuuma félicitait ses deux collègues et vantait leurs actions d’éclat, il sentit sa manche être saisie par derrière.

Lorsqu’il se retourna :

« Tu es aussi bon que le veut ta réputation, dit Ilmeryl calmement. Il se peut que Elfheim ait une chance de gagner après tout. »

Deux autres silhouettes se rapprochèrent également, il s’agissait de deux joueurs qui se révélèrent être des frères biologiques.

« Excellent, je m’attendais pas à ça ! Joli affrontement, merci beaucoup.

– Ouais, pareil. Ce matin, j’ai été surpris qu’on arrive à vaincre l’équipe du célèbre Yoima si facilement, mais cette après-midi tu nous as bien montré de quoi est capable un joueur du top 10. Merci de cet affrontement. »

Les deux frères tendirent leurs mains à Yuuma pour le féliciter, ce dernier accepta cet hommage avec joie et respect.

Suite à quoi, les deux équipes se mirent à discuter du jeu, vantant de manière admirative les mérites de leurs adversaires et plaisantant de leurs propres échecs.

Yuuma apprécia cette ambiance, non seulement parce qu’il était loué de toutes parts, mais surtout parce qu’elle n’avait rien à voir avec les enjeux dramatiques de la Compétition ; quelqu’un d’extérieur aurait simplement cru qu’il s’agissait d’un groupe d’amis jouant ensemble.

Même les deux elfes noirs qui n’avaient pas participé vinrent présenter leurs respects aux gagnants, mais n’étant pas des gamers et ayant malgré tout quelques craintes quant à l’issue de la Compétition, il se retirèrent rapidement.

Une seule personne ne se mêla pas du tout à cet enthousiasme, il s’agissait de Laerthyl. Pour lui cette victoire avait doublement le goût de la défaite : non seulement il n’en tirait pas les honneurs, mais en plus il venait de perdre face à un rebut et un humain.

A peine la partie terminée, sans rien dire, il s’était levé de sa chaise et avait quitté les lieux énervé.

***

Après avoir parlé et être allé manger avec les deux frères et Ilmeryl, le soir arriva.

Cette ambiance avait bien détendu Yuuma, même s’il s’était trouvé confronté quelques fois à son manque de souvenirs au cours de la discussion.

Au final, entre passionnés, la sujet principal ayant été GSUF III, l’échange s’était fort bien passé.

Claelyss était également bien plus détendue qu’auparavant, elle marchait aux côtés de Yuuma, et non plus devant lui, elle lui parlait encore du jeu.

Ensemble, ils descendirent du train et prirent le chemin de l’appartement.

Mais, en coupant à travers un petit parc à quelques minutes de la résidence de Claelyss, quelque chose attira l’attention de cette dernière.

Elle arrêta le jeune homme et dit à haute voix :

« Qui est là ? Qu’est-ce que vous nous voulez ? »

Mais en guise de réponse, une volée de flèches partit en direction de Yuuma et de Claelyss.

D’un coup de pied dans le ventre, elle écarta Yuuma avant de disparaître dans un flash de lumière et de réapparaître un mètre sur le côté.

« Bien joué, je n’en attendais pas moins de la grande Claelyss. »

Sortant de sa cachette, s’avança un elfe mesurant un mètre soixante-dix environ, aux longs cheveux noirs attachés en queue de cheval, vêtu d’une armure de cuir médiévale et portant entre ses mains deux dagues d’obsidienne que Yuuma reconnut rapidement.

– Néanmoins, il ne portait pas d’arme de tir, ce n’était pas donc pas lui qui avait tiré à l’instant, il doit y avoir d’autres personnes embusquées, se dit le jeune homme en se relevant.

« Qui es-tu ? Que nous veux-tu ? »

L’elfe lui porta un regard méprisant et froid, il répondit :

« Te tuer, bien sûr. Une fois tous les deux éliminés, nous n’aurons aucun mal à triompher. En garde, montre-moi ce que valent les elfes d’Alfheim. »

Immédiatement, l’elfe se précipita sur Claelyss avec une vitesse fulgurante et porta une attaque de ses deux dagues.

Mais Claelyss esquiva d’un mouvement leste et léger.

L’elfe réitéra, il attaqua encore et encore, mais aucunes de ses attaques aussi rapides et précises furent-elles ne parvinrent à atteindre Claelyss.

Pour une raison que Yuuma ne comprenait pas, elle n’avait pas encore pris l’initiative d’une contre-attaque, elle se contentait d’esquiver.

« Tu ne sais donc que fuir, rebut ?! »

Lassé et frustré de ne pas parvenir à toucher sa cible, l’elfe grommela et fit signe de la main.

A cet instant, une nouvelle volée de flèche surgit des buissons et prit pour cible, non pas Claelyss, mais Yuuma.

Surpris et pas vraiment habitué aux combats, le jeune homme eut comme seul réflexe que de se protéger à l’aide de ses bras.

Au moment où il se sentit frappé et repoussé, il entendit la voix de l’elfe noir incanter en elfique.

Lorsqu’il ouvrit les yeux, une colonne de lumière violette entourait Claelyss à l’endroit où il s’était tenu quelques secondes auparavant.

« Tu ne vas pas pouvoir esquiver mes attaques maintenant, petite luciole futile. »

A ce moment-là, jaillissant du sol, des piques de roche à l’intérieur de la prison magique de Claelyss tentèrent de la transpercer.

Lorsque cette première attaque prit fin, Yuuma vit que la jeune elfe avait réussi à esquiver la majeure partie des coups, mais avait malgré tout subit une coupure au flanc.

« Hahahaha ! Dire que la redoutable guerrière elfe va périr à cause d’un vulgaire humain… Les grands guerriers ont toujours une faiblesse du genre, quelqu’un à qui ils tiennent ou un idéal qu’ils respectent plus que tout… Mais ne t’inquiètes pas, l’humain te suivra dans la tombe. Hahaha !! »

L’elfe se mit à rire bruyamment et machiavéliquement.

Yuuma se releva et grinça des dents ; il voulait aider sa maîtresse Claelyss… non, il voulait sauver son amie Claelyss !

Pouvait-il arrêter l’attaque des pics de terre de l’elfe en lui fonçant dessus ?

Il ne lui restait que ce choix-là.

Aussi, en hurlant, il courut vers l’elfe et lui porta un coup de poing, mais ce dernier esquiva tout en continuant de rire.

Yuuma porta une série de coup de poing, certes puissants, mais trop lents pour atteindre sa cible.

L’elfe semblait jouer avec lui comme un chat joue avec sa proie, il contre-attaquait avec de légères coupures aux jambes ou aux bras.

Comme l’avait expliqué Claelyss, le corps de Yuuma ne guérissait pas les attaques des dagues anti-magiques, elles saignaient et ne se refermait pas.

Après quelques minutes d’attaques et de contre-attaques, Yuuma entendit un son caractéristique et autour de lui, plusieurs carreaux d’arbalète vinrent se planter dans son dos.

Sous l’effet de la douleur, il s’écroula en avant, aux pieds de l’elfe.

« Hahaha ! Tu es de loin le plus drôle, humain. Tu pensais vraiment pouvoir me vaincre ? Claelyss, j’avais prévu de m’occuper de toi en première, mais je vais finalement avoir la chance de contempler ton visage désespéré au moment où j’aurais éliminé ton zombie. »

L’elfe saisit la tête de Yuuma et le regarda droit dans les yeux en se léchant les lèvres.

« Je me demande quelle expression tu feras lorsque je t’aurais ouvert la gorge ?

– Arrête ! Ce conflit ne le regarde pas, cria Claelyss avec une expression désespérée. Relâche-le, je me rends, fais de moi ce que tu voudras ! »

Ses yeux étaient emplis de larmes, elle se mordait les lèvres et serrait ses poings sous l’effet de frustration et de l’impuissance.

Elle finit par baisser la tête résignée et laissa pendre ses bras à ses côtés.

« Je t’en prie ! Il est sans valeur pour vous… »

Malgré son visage baissé, Yuuma vit des larmes couler de ses yeux et s’écouler sur le sol terreux du parc.

« Quoi, tu veux rire ?! Yoima est notre champion local, c’est grâce à lui que vous avez gagné aujourd’hui. Regarde donc par ici et contemple son ultime regard. »

A ce moment-là, l’elfe saisit Yuuma par derrière, il lui retint le visage et l’orienta vers Claelyss.

Mais la jeune elfe continua de regarder le sol en pleurant.

C’est alors que l’elfe planta une dague dans la cuisse de Yuuma, la douleur lui fit pousser un hurlement de douleur qui s’éleva dans la nuit.

Immédiatement, Claelyss leva la tête, ses yeux étaient des torrents de larmes, ils croisèrent les yeux du jeune homme et semblait lui implorer le pardon.

L’elfe laissa volontairement la dague dans la cuisse, probablement était-il conscient de sa faculté de régénération ; il se saisit de son autre dague et la posa lentement et sadiquement sur la gorge de Yuuma.

« Voyons voir comment tu vas crier cette fois ? Ah, suis-je bête… tu ne pourras crier avec la gorge ouverte… Hahaha !! »

Mais alors qu’il se mit à rire, le jeune homme bougea, il lança quelque chose en direction de Claelyss.

Lorsque l’elfe noir cessa de rire, il regarda en direction de son ennemie.

« Tu devrais… arrêter d’être aussi enthousiaste quand tu tues quelqu’un, espèce d’antagoniste de série Z ! »

Il comprit rapidement son erreur, mais il était déjà trop tard.

Claelyss saisit la dague anti-magique que le jeune homme dissimulait depuis le début du combat dans sa manche et la planta au sol pour dissiper la prison magique.

L’instant d’après, avant même que l’elfe ne put entreprendre la moindre action, elle disparut dans un flash de lumière et porta un coup de poing dans la poitrine de ce dernier.

Le coup chargé d’énergie de lumière projeta un rayon semblable à un laser à travers le thorax de l’elfe noir et créa un énorme trou dans ses chairs, immédiatement cautérisées.

Avant que le corps puisse s’écrouler au sol, Claelyss disparut à nouveau dans un flash de lumière et une série de sept impacts lumineux se firent voir tout autour de Yuuma.

« Incroyable ! »

Le jeune homme ne trouva que ce mot là pour exprimer sa stupéfaction face à la puissance écrasante de sa maîtresse.

Suite à quoi, à son tour, il tomba inconscient suite à la perte de sang.

***

Ilmeryl fit tourner sa chaise de bureau en direction de l’homme qui se tenait couché par terre, au centre de la pièce. Entre ses mains se trouvait une canette de Dr Fester qu’elle porta à ses lèvres.

Elle but quelques gorgées avant de la jeter à terre au milieu des innombrables détritus et des cadavres qui s’y trouvaient.

En effet, Ilmeryl venait de se battre.

En rentrant chez elle, trois personnes cachées dans le salon obscur, des humains armés de pistolets semi-automatiques avec des silencieux et de couteaux de survie particulièrement affûtés, l’avaient pris pour cible.

Mais c’était sans compter sur la redoutable affinité de leur adversaire,- cette petite elfe noire pas vraiment intimidante,- avec l’élément « ténèbres ».

A peine ouvrirent-ils le feu sur elle que des volutes d’obscurité tels du brouillard dense s’interposèrent et la protégèrent.

Avant même de pouvoir réagir, les ténèbres autour d’eux s’animèrent : une gueule garnies de plusieurs rangées de dents dévora l’un d’entre eux, ne laissant que quelques morceaux en guise de miettes, alors que plusieurs pics d’obscurité transpercèrent un second.

Le dernier eut apparemment plus de chance, des tentacules d’ombre vinrent le saisir et l’immobiliser au sol.

Il se trouvait actuellement au centre de la pièce, les tentacules retenaient ses membres de leur contact à la fois visqueux, froid et immatériel. Ses yeux à travers les trous de sa cagoule exprimaient l’horreur et la terreur.

D’un mouvement de l’index de la jeune elfe, un des tentacules retira la cagoule de l’homme avant d’encercler son front et de lever la tête en direction d’Ilmeryl.

Bien sûr, il hurlait de toutes ses forces, sa terreur était telle qu’il risquait d’en mourir d’une seconde à l’autre.

Cette dernière était au-delà d’une personne sur le point de mourir, l’homme criait pour le salut de son âme, ce qui le retenait à l’instant était un corps étranger, un monstre sans forme qui allait faire bien pire que le tuer.

Du moins, c’était le genre d’impression humaine qu’il éprouvait face à ces ténèbres mouvantes et plus ou moins tangibles.

« Tais-toi, crier ne te servira à rien. Cette pièce est mon sanctuaire, je l’ai consacrée pour l’isoler de tout le reste du bâtiment. Même si une bombe venait à y exploser, personne n’en saurait rien. »

Mais l’homme ne se calma pas, il hurlait encore et encore.

Ilmeryl fit signe de la main et les tentacules lâchèrent l’assaillant.

Il se calma suffisamment pour arrêter de crier, mais les larmes s’écoulèrent de ses yeux comme s’il était redevenu un enfant craintif.

Ilmeryl ne lui prêta pas la moindre compassion, elle se leva et, arrivant devant lui, elle écrasa de sa botte sa main.

« J’ai des questions à te poser et j’espère que tu seras assez intelligent pour y répondre. »

Le visage de l’homme se tordit de douleur, mais il trouva la force dans sa détresse d’acquiescer.

« Très bien, tu es un bon garçon. Alors qui t’envoie ? Pourquoi essayer de me tuer dans mon propre sanctuaire ? »

Un sanctuaire servait normalement de lieu de prière, mais Ilmeryl l’employait ici de manière détourné. En vérité, cette pièce était bien plus une cage pleine de fauves qu’un sanctuaire.

En effet, elle n’avait pas besoin d’incanter pour manipuler les ténèbres de cette pièce, elles lui répondaient au doigt et à l’œil, elles étaient comme animées de leur propre volonté et d’une dévotion sans faille envers leur maîtresse.

Contrairement à d’autres protections, son « sanctuaire » n’était pas destiné à empêcher des voleurs d’entrer dans la pièce, mais il était destiné à les piéger à l’intérieur et les offrir en sacrifice aux ténèbres qui l’habitaient.

Tout en pleurant, l’homme expliqua ce qu’il savait, il lui expliqua ses ordres et narra l’opération depuis le début sans omettre le moindre détail.

Alors qu’elle referma la porte de l’appartement derrière elle, des bruits horribles accompagnés de hurlements s’élevèrent dans le salon, elle seule pouvait les entendre.

– Les humains sont donc finalement impliqués…

Pensa-t-elle en s’éloignant de son domicile et en ignorant les suppliques de miséricordes de l’espion.

***

Lorsque Yuuma rouvrit les yeux, il se trouvait allongé dans la chambre de Claelyss, dans son lit.

Cette scène lui sembla particulièrement familière, ce n’était pas la première fois qu’il vivait quelque chose de la sorte.

La voix de Claelyss s’éleva, elle ne s’adressait apparemment pas à Yuuma.

Globalement, le jeune homme se sentait bien à l’exception de la douleur qui lui brûlait la cuisse ; il se redressa et s’assit dans le lit.

Contrairement à la première fois, il n’était pas nu, seul son pantalon lui avait été retiré et un bandage était enroulé autour de sa cuisse.

Il avait encore quelques petites coupures de-ci de-là sur les jambes, des pansements avaient été posés dessus.

Même s’il n’était pas nu, il était en caleçon, ce qui suffit à le faire rougir et l’inviter à se rhabiller ; apparemment, Claelyss n’avait pas fini de s’occuper de ses blessures, elle l’avait laissé coucher sur le lit dans cette tenue.

L’elfe avait quitté la pièce, elle communiquait dans le langage des elfes dans le couloir, sûrement un coup de fil.

Même s’il entendait toute la conversation, impossible de comprendre le moindre mot de ce qui était dit, cette langue ne ressemblait nullement au japonais.

Quelques secondes plus tard, Claelyss ouvrit lentement la porte et regarda d’un air inquiet en direction du jeune homme :

« Tu es réveillé ? Je suis rassurée… »

Le jeune homme était encore un peu rouge, savoir qu’elle l’avait déshabillé pour la seconde fois le mettait dans l’embarras.

« Oui, je vais mieux, t’inquiètes pas. Mis à part la blessure à la jambe, le reste est très léger. »

Elle referma la porte derrière elle et vint s’asseoir à l’autre bout du lit. Elle évitait de regarder le jeune homme, son visage était angoissé, elle cachait quelque chose mais n’arrivait pas à l’exprimer.

« C’était tes supérieures au téléphone ? »

Demanda indiscrètement le jeune homme pour rompre la glace.

« Oui, c’était eux. Je les ai informé de la tentative d’assassinat des elfes noirs…

– Tiens, au fait ! Les téléphones fonctionnent dans Alfheim ? Je croyais que vous étiez plus branchés sur la magie… »

Elle posa aussitôt un cristal de la taille d’une télécommande sur le lit, pas besoin d’être magicien pour se douter que c’était un objet magique.

« Cristal de communication, c’est le seul moyen pour communiquer avec Alfheim depuis Midgard.

– Pratique. J’espère que vous n’êtes pas facturé pour son utilisation, comme ça tu pourras m’en donner un pour qu’on puisse communiquer ensemble quand tu rentreras à Alfheim. Hahaha ! »

Le jeune homme se mit à rire de manière un peu forcée certes, mais honnête, sans autre arrière-pensée que détendre l’ambiance et aider Claelyss à lui parler.

Après ce qu’elle avait dit dans le parc, il se doutait bien qu’elle se sentait coupable envers lui, elle pensait que son implication était une mauvaise chose.

« Écoute, Claelyss, dit Yuuma en posant délicatement sa main sur celle de l’elfe. Ne t’en veux pas pour ça, ce n’est pas ta faute si les elfes noirs ont triché et ont essayé de nous assassiner. Au contraire, grâce à toi je m’en tire juste avec une blessure à la jambe. »

Mais ces paroles ne semblaient pas vraiment rassurer la jeune elfe, des larmes commencèrent à couler de ses yeux.

« Je ne devrais pas te le dire, mais Ilmeryl m’a tout expliqué… à propos de vos passés et de cette stupide rivalité. Je sais que tu n’avais pas le choix et que ça ne t’enchante pas vraiment. J’ignore pourquoi j’ai refusé à l’époque, mais je pense que je devais moins te connaître par rapport à maintenant, je ne devais pas connaître toute la vérité. Ne pleure donc pas, j’ai pleinement accepté de t’aider à présent…

– Tu la connaissais… et tu avais accepté… »

Dit-elle en levant son regard plein de larmes et en interrompant le jeune homme.

D’une voix plus forte :

« Tu savais tout ! Je t’avais tout expliqué ! Je t’ai menti alors que tu… alors que tu… »

Elle ne parvint pas à finir sa phrase, elle se mit à sangloter en baissant à nouveau la tête.

Yuuma avait mal au cœur, il ne supportait pas de voir Claelyss pleurer. Il ignorait ce qui s’était passé, mais il était sûr que son lui du passé tout autant que son lui du présent détestaient ça.

Il lui saisit la main avec plus de force et lui leva la tête en lui soulevant le menton :

« Ecoute-moi bien, Clae. Peu importe ce qui s’est passé, je sais ce que je ressens à présent, et je ne t’en veux pas. Arrête de désespérer et de t’inquiéter pour moi, tu m’entends ! »

Les paroles de Yuuma la calmèrent un peu, suffisamment pour qu’elle sèche tant bien que mal ses larmes de sa manche et qu’elle cesse de sangloter ; elle était déterminée à tout lui avouer.

Quelques dizaines de secondes plus tard, de sa voix tremblante, elle expliqua :

« Je vais tout te raconter… tu finiras peut-être par me détester, moi, celle qui t’a tout pris… celle qui n’a cessé de t’impliquer. Je suis venue à Akiba il y a deux mois à la recherche de joueurs compétents. Au début, j’étais perdue et pleine de pression à cause de cette assignation que je n’ai jamais vraiment comprise. »

Elle arrêta quelques secondes son récit pour faire apparaître dans le creux de sa main une sphère de lumière :

« Ma spécialité est la canalisation de lumière et le combat à mains nues, je n’ai pas vraiment compris pourquoi le Conseil à choisi d’envoyer la fille d’un perdant pour remporter la Compétition, d’autant plus qu’actuellement la situation est critique à Alfheim. Le monde peut s’appauvrir autant qu’il le veut, aux premières gouttes de l’énergie d’Yggdrasil, il redevint luxuriant. Mais nous… ses habitants… cela fait trois cent ans que nous vivons dans la misère, subissons des épidémies… nous commençons à être de moins en moins nombreux, si nous ne remportons pas cette Compétition, la guerre civile aura raison de notre espèce. »

Suite aux explications d’Ilmeryl, Yuuma s’était douté de la gravité de la situation, mais entendre ce récit de la bouche de quelqu’un qui vivait à Alfheim était encore plus frappant.

« Une fois ma peur passée, j’ai commencé à comprendre comment fonctionnait votre monde, comment fonctionne Akiba. J’ai eu donc l’idée d’accepter ce travail dans un maid café et j’en ai profité pour me renseigner sur les meilleurs joueurs de GSUF III. C’est là que j’ai entendu parler de Yoima, le redoutable Démon du Crépuscule qui était probablement le meilleur joueur de Tokyo. J’ai manipulé quelqu’un qui te connaissait pour t’attirer au maid café… »

Yuuma était pendu à ses lèvres, il avait beau avoir tenu un discours digne d’un héros de shonen, une part de lui était tout de même très curieux quant à son passé.

« La première fois que nous nous sommes rencontrés, tu m’as tout de suite apprécié, j’ignorais vraiment pourquoi, sûrement que tu me trouvais à ton goût. Tu m’as un jour affirmé que tu adorais les maid plus que tout. Ça m’a grandement facilité la tâche, tu n’arrêtais pas de revenir au maid café. Au début, tu cherchais des prétextes et tu demandais à être servi par d’autres maid, mais au bout d’un moment tu es devenu plus direct et tu ne demandais plus que moi. C’est à ce moment-là que j’ai fini par tout t’expliquer, j’ai arrêté de te mentir et je t’ai expliqué mon histoire. Tu as ri et tu m’as dit que si ce n’était que ça, tu acceptais de m’aider sans problème, aucun joueur ne pouvait te résister. »

Au fond de lui, Yuuma se sentait rassuré, son soi du passé n’était pas très différent de celui qu’il était à présent ; dans la même situation, il aurait dit la même chose.

En temps normal, se faire manipuler était quelque chose que tout le monde détestait, Yuuma y compris, mais pouvait-on vraiment en vouloir à une jolie fille maladroite dans ses relations avec autrui et qui n’avait pas vraiment eu d’autre choix ?

Qui plus est, cette même fille arrivait malgré le poids sur ses épaules à se sentir suffisamment coupable pour risquer la meilleure chance de survie de son peuple en lui révélant la vérité.

Malgré l’expression foncièrement triste de Claelyss, il ne put s’empêcher de sourire tendrement alors qu’elle entra dans la partie la plus sombre de son récit :

« La semaine dernière, alors que tu devais me rejoindre au maid café comme à ton habitude, tu n’es pas venu. J’ai essayé de te téléphoner, mais en vain. J’aurais bien aimé me rendre chez toi pour rassurer mon inquiétude, mais tu ne m’avais jamais donné ton adresse. Finalement, le lendemain, quelqu’un a répondu au téléphone, mais ce n’était pas toi… »

– Ah ? Je vivais avec quelqu’un d’autre ? Une épouse ?

Il espéra du plus profond de son cœur ne pas avoir été le type de personne à courir plusieurs femmes en même temps.

« C’était la police. Apparemment, tu avais été retrouvé mort la veille… assassiné. »

– C’est une blague ? Si je suis mort, comment je peux être ici ?

« J’étais au bord du désespoir, je venais de perdre la meilleure chance de pouvoir gagner la Compétition… et surtout, je venais de perdre… la seule personne qui s’était montrée gentille envers moi… mon seul ami. »

En effet, Ilmeryl lui avait bien expliqué que Claelyss avait perdu famille, statut, ami suite à la défaite de son père.

« Lorsque j’ai repris mes esprits, je suis allé voir ton cadavre à la morgue… j’avais une horrible idée en tête, une idée que je n’aurais jamais dû envisager. La lichefaction.

– Tu veux dire le procédé pour devenir une liche ? La créature mort-vivante qu’on trouve dans certaines fictions ? Celle qui ne peut pas mourir… ?

– Celle qu’on ne peut tuer qu’en détruisant l’objet auquel elle est liée. »

Elle détacha la barrette à cheveux où se trouvait la gemme rouge qui servait à maintenir en vie Yuuma.

« En principe, c’est bel et bien ça… dit Claelyss en fermant délicatement la main sur la barrette. Mais dans le cas présent, c’était encore un mensonge de ma part. Tu n’es pas lié à cet objet, c’est moi qui ai de l’affection pour celui-ci… c’est la seule chose qui me reste de mon père, un cadeau qu’il m’a donné avant de partir pour la Compétition. L’objet auquel tu es lié par le pacte qui t’a ramené d’entre les morts, est ici ! »

De son index fin est délicat, elle désigna sa poitrine avant de poursuivre :

« Ma vie ! Tant que je vivrais tu vivras, si je meurs tu redeviendras un cadavre. Dire qu’à l’origine ce rituel ne servait pas à ça, je l’ai détourné pour en faire une horreur… »

Elle se couvrit le visage de honte et recommença à pleurer.

« Calme-toi, calme-toi… Quel était ce rituel dont tu parles ? »

Il lui prit les mains délicatement, révéla son visage et la regarda dans les yeux :

« C’est un ancien rituel que m’a transmis ma mère, un rituel d’union amoureuse entre deux elfes. Actuellement, cette pratique a presque entièrement disparue, mais jadis certains couples très passionnés choisissaient de partager leurs cœurs. Si l’un d’entre eux mourrait, le conjoint mourrait à son tour. C’était un gage d’amour éternel et de confiance absolu. Mais moi, je l’ai détourné, je l’ai modifié pour le lancer sur ton cadavre et partager mon énergie vitale pour que tu puisses m’aider. C’est à ce moment-là que j’ai pris tes souvenirs… j’avais… j’avais peur que tu m’en veuilles et que tu refuses de m’aider. »

C’était donc le fin mot de l’histoire.

En réalité, elle avait promis de lui rendre sa liberté mais elle n’avait jamais eu les moyens de le faire, si elle retirait le rituel, -à condition qu’elle puisse le faire,- il redeviendrait un cadavre.

C’était un choc, c’était difficile à assumer d’un seul coup.

Néanmoins…

« Désolée… je suis désolée… vraiment désolée… »

Claelyss se remit à sangloter en répétant ce mot encore et encore, comme si elle ne voulait plus jamais dire autre chose.

Au fond de lui, Yuuma pleurait également : il était donc mort. Ce monde dans lequel il avait connu joies et tristesses, il l’arpentait illégitimement grâce à la magie d’un autre monde.

Mais il pleurait non seulement pour lui, mais aussi pour elle. Du début à la fin, elle avait été le pion indésirable sur cet échiquier : bannie, rejetée et finalement exploitée.

Le jour où elle aurait dû pleurer la mort de son seul ami, elle avait été harcelée par sa mission et avait profané l’interdit de la mort, elle avait partagé sa propre vie et offert son cœur en sacrifice pour sauver les siens.

Le sang monta au cerveau de Yuuma, il était autant en colère qu’il n’était triste, elle ne méritait pas un tel traitement.

Motivé par un fort sentiment de compassion et d’affection, sans réfléchir, Yuuma la saisit par les épaules et rapprocha ses lèvres des siennes.

Au moment de ce doux contact, les yeux de Claelyss s’écarquillèrent et les larmes cessèrent, elle n’opposa aucune résistance.

Le jeune homme ferma les yeux et immédiatement il fut non seulement assailli par la douceur et la tendresse de ce contact, mais il fut également envahi d’images et de scènes se déroulant devant lui : c’était ses propres souvenirs.

Il se rappela son enfance, puis ses études. Finalement, enchaînant les échecs sociaux, il était devenu depuis presque un an un NEET, il vivait sur ses économies, l’aide que lui apportait ses parents et quelques baito occasionnels.

Il n’avait jamais révélé son adresse à Claelyss parce qu’il avait eu trop honte de son petit appartement et de son statut social.

Lors de sa première rencontre avec elle, il était tout de suite tombé amoureux de son apparence, puis, à force de la connaître, ce sentiment était devenu de plus en plus fort jusqu’à ce que…

Leurs lèvres se détachèrent, l’elfe s’était calmée, elle regardait tendrement et tristement le jeune homme.

Yuuma sourit et porta sa main à l’oreille de Claelyss, et plus précisément à sa boucle d’oreille en forme de chat.

« Tu as donc accepté ? Je savais qu’elles t’iraient à merveille. »

Le visage de l’elfe devint complètement rouge.

Lors de leur dernière rencontre avant sa mort, Yuuma avait pris son courage à deux mains, il lui avait offert ces boucles d’oreilles et, par la même occasion, il lui avait demandé de sortir avec lui.

Claelyss très maladroite et n’étant pas habituée aux relations humaines avait paniqué, elle avait balbutié et finalement elle avait reporté sa réponse au lendemain, le jour où il n’avait pas pu être présent, puisqu’il avait été assassiné la veille dans une ruelle sombre ; les souvenirs de son assassinat étaient trop bref et flous, il ne savait pas qui l’avait tué, ni comment.

Si Claelyss portait ces boucles d’oreille depuis le réveil du jeune homme, est-ce que cela voulait dire qu’elle l’avait accepté ?

De même, le fait qu’elle ne portait que sa robe de maid, était-ce pour lui faire plaisir également ?

Il se souvint le jour où il lui avait dit qu’il adorait les robes de maid plus que tout, elle était allée se cacher après l’avoir traité de pervers, puis ils s’étaient mis à rire ensemble.

« Ne… ne te fais pas d’illusions… je les porte parce que j’aime les chats… et pas parce que… »

Sa voix s’affaissa lentement, elle ne finit pas sa phrase.

Hochant de la tête, elle reprit la parole timidement :

« Ou… oui… j’ai… accepté… »

Son visage embarrassé et délicat était le plus beau spectacle que Yuuma eut jamais vu de sa vie.

Son cœur fondait face à elle comme de la cire fondrait au soleil.

Il la serra fort dans ses bras et lui dit d’une voix calme et rassurante :

« A partir de maintenant, tu vas arrêter de t’inquiéter pour moi. Je suis mort dans une ruelle comme un misérable avant d’avoir pu recevoir la réponse de celle que j’aimais et toi, par l’amour que tu portais en toi, tu m’as ramené à la vie pour corriger ce tort. Je m’en fiche des raisons, je m’en fiche des mensonges que tu as été contrainte de me raconter, tout ce qui m’importe c’est de rester avec toi jusqu’à la fin. Mourir en même temps que toi, c’est pas plus mal, je t’assure. »

Malgré sa volonté de la calmer, elle se remit à pleurer, mais cette fois c’était des larmes de joies.

Yuuma lui caressa la tête et la garda dans ses bras. La tension disparut peu à peu.

Soudain…

« Désolé d’interrompre vos retrouvailles, mais nous devrions partir d’ici. »

La voix d’Ilmeryl qui se trouvait à l’entrée de la pièce s’exprima de la sorte.

***

« Pourquoi devrions-nous partir ? »

Demanda Yuuma en se séparant de Claelyss.

Cette dernière, se cachant de l’elfe noire, sécha ses larmes du mieux qu’elle put avant de dire :

« En effet, j’ai reçu ordre de rester ici et d’attendre l’agent spécial d’enquête. »

C’était donc le contenu de l’appel qu’elle avait précédemment passé à ses supérieurs.

« Puis, pouvons-nous vraiment te faire confiance alors que les tiens ont essayé de nous tuer ? »

Le visage d’Ilmeryl ne changea pas, il resta impassible et froid.

« J’ai également été prise pour cible par des humains qui m’attendaient dans mon appartement. Les elfes d’Alfheim se sont servis de toi pour nous faire passer pour des tricheurs et s’assurer la victoire par ce biais-là. »

Claelyss la regarda en plissant les yeux, pour des raisons évidentes elle ne la croyait pas.

« Attends un instant… dit Yuuma. En gros, tu viens de dire que les elfes blancs ont utilisé un elfe noir pour nous attaquer et faire croire que vous cherchiez à nous éliminer pour pouvoir gagner ? Pourquoi auraient-ils fait ça ? En plus, on a gagné notre premier point aujourd’hui…

– L’affaire est compliquée et tordue, mais en résumé tu as raison : les elfes blancs ont passé des accords avec les hommes de Midgard pour rendre la Compétition invalide et gagner automatiquement suite à notre triche. »

Ilmeryl raconta ce qu’elle avait appris de l’espion qu’elle avait interrogé, ainsi que ses propres déductions et ses propres recherches après avoir trouvé les DVD.

Les elfes blancs en crise depuis 300 ans avaient finalement pris contact avec les humains et leur avaient demandé leur aide en échange d’objets magiques introuvables sur Terre.

Les humains avaient deux missions : la première était de trouver et assassiner les recrues potentielles de l’équipe d’Alfheim afin de pouvoir utiliser ces meurtres plus tard et les imputer aux elfes noirs.

Leur seconde mission était d’espionner Claelyss afin d’avoir un maximum d’informations sans éveiller ses soupçons… jusqu’au moment fatidique de l’assassinat.

En effet, le Conseil avait choisi à juste titre cette paria, cette solitaire détestée de tous injustement, en guise de « sacrifice acceptable et adéquat ». Quel elfe enquêterait quant à la mort d’une traîtresse détestée de tous ?

Pour mener à bien l’assassinat, le Conseil avait proposé un contrat très profitable à un assassin elfe noir, un traître doublé d’un sadique qui pratiquait cette profession plus par lubie que par nécessité. Les espions humains devaient l’aider à se déplacer incognito.

De plus, le Conseil avait gagné sa loyauté par le biais des deux dagues anti-magiques, un secret gardé jalousement par Alfheim et qui était d’une valeur inestimable pour un assassin de son acabit.

« Malgré votre victoire aujourd’hui, je suppose que le Conseil a préféré jouer la carte de la sécurité. D’autre part, Yuuma, tu es l’élément indésirable de l’équation, ils n’avaient pas prévu que tu reviennes d’entre les morts. »

En effet, comme l’avait expliqué Claelyss le rituel était une improvisation d’un autre rituel qui n’avait absolument rien à voir, personne ne pouvait prévoir qu’elle l’utilise.

« Pour la première fois, les humains de Midgard ont été impliqués dans notre conflit, ils ont commencé à fomenter leurs propres plans de leur côté. L’espion qui a essayé de te tuer et qui portait les DVD faisaient ses rapports directement au gouvernement japonais, mais il est fort à parier que d’autres gouvernements dans l’ombre soient sur le coup.

– Mais, pourquoi avoir essayé de te tuer toi aussi ? Et que veulent les gouvernements ? Demanda Yuuma à présent debout dans la pièce.

– Mon assassinat est lié aux humains, ils veulent semer le chaos entre nos deux peuples et raviver les flammes des guerres ancestrales. Leur but… l’espion ne le connaissait pas, mais je suppose qu’il s’agit de nos ressources et de notre magie. S’ils m’ont choisie, c’est parce que je suis aussi une brebis galeuse au sein de mon équipe.»

Le silence s’instaura pendant quelques secondes, Yuuma et Claelyss réfléchissaient à ces révélations.

Calmement, Ilmeryl reprit la parole :

« Vous avez deux choix : soit vous me faites confiance et nous partons d’ici tous les trois et nous arrêtons de faire partie de l’échiquier du pouvoir, soit vous restez ici et vous pourrez constater mes dires dans quelques dizaines de minutes lorsque les elfes d’Alfheim viendront finir le travail qui a été commencé. En tout cas, à partir d’aujourd’hui j’arrête de faire partie de leurs manigances infâmes.»

Claelyss avait l’air méfiante, elle ne savait si croire les dires d’Ilmeryl.

Pour sa part, Yuuma lui faisait confiance, elle était son amie, sa sauveuse et une personne de confiance.

Aussi…

« Claelyss, je sais que ça ne doit pas être facile pour toi, mais j’ai entièrement confiance en Ilmeryl. Si tu n’as pas confiance en elle, aie confiance en moi. Partons avec Ilmeryl et survivons tous les trois. »

Yuuma lui tendit la main en prononçant ces mots.

Claelyss fit la moue, elle était contrariée pour une raison que Yuuma comprenait mal. Finalement, elle accepta de lui prendre la main, et par la même de s’enfuir avec lui, et d’abandonner la Compétition.

Yuuma lui sourit et leva son poing en l’air avec un certain enthousiasme :

« Allons-y ! J’ai l’impression d’être dans un manga à présent, entouré de deux puissantes magiciennes elfes, fuyant trois mondes en même temps. »

Il se mit à rire bruyamment alors que les deux filles portèrent un regard noir et lourd sur lui. Il sentit des frissons le parcourir, lâchant la main de Claelyss, il se gratta l’arrière de la tête et fit quelques légères courbettes d’excuses.

« Bon, j’arrête de plaisanter. Quittons cet appartement… »

Même si l’instant était dramatique, même si ces deux elfes venaient de trahir leurs peuples respectifs pour choisir égoïstement de vivre, Yuuma se sentait quelque part libéré, il se sentait enthousiaste de ce nouveau chapitre de son existence.

Il partit en tête, quitta l’appartement et fit signe aux filles depuis le palier de le suivre.

***

Alors que Claelyss passa à côté de la jeune elfe noire, cette dernière lui dit à voix basse :

« Ne crois pas que tu vas gagner sans combattre…

– Hein ? »

Claelyss se retourna vers Ilmeryl alors qu’une montée d’adrénaline envahissait son corps. Elle était prête à affronter cette ultime traîtrise.

« Ne crois pas que je vais te le laisser sans combattre. Tu as gagné cette première bataille, mais je serai ton éternelle rivale en ce qui concerne Yuuma. »

Ilmeryl la regarda impassiblement, leurs yeux se fixèrent pendant quelques secondes, puis elle se dirigea d’un pas léger et élégant vers la sortie.

Claelyss expira de soulagement, ce n’était donc pas une trahison, elle n’avait donc pas à la combattre…

– Attends une seconde, qu’est-ce que je dis ?! C’est encore pire en fait !!!

Se tenant la tête, ses yeux exprimaient sa confusion.

Finalement, elle se dirigea vers la sortie, éteignit la lumière et ferma la porte.

Soupirant sur le palier, elle dit à voix basse :

« C’est donc ainsi que tout ça se finit. Qui aurait cru à une telle alliance. »

Levant les bords de sa jupe, Claelyss dit d’une voix plus forte tout en rougissant :

« Attendez-moi, goshujinsama3 ! »

Puis, elle se mit à courir pour rattraper Yuuma et Ilmeryl…

Lire la suite – Épilogue

Notes de bas de page

  • 3:Terme utilisé principalement par les maids dans les « maids cafe »et qui signifie « Mon seigneur » ou « Mon maître ».