Chapitre I Que l’incantation commence !

Incantation I

« Ah, t’es enfin réveillé, Ren-kun ? »

Je venais à peine de me réveiller, mes sens étaient encore confus. Où étais-je ? Cette voix féminine, à qui appartenait-elle ?

N’étant pas encore adulte, je ne connaissais pas vraiment cette sensation mais je l’associé à l’idée que je me faisais d’un lendemain de beuverie, ma tête tournait un peu et je n’arrivais plus à me souvenir de quoi que ce soit de la veille.

Devant mes yeux se tenait une fille mignonne, son visage semblait gentil, mais à cause de ses vêtements noirs elle m’ inspirait malgré tout la peur.

Sa taille était plutôt moyenne pour une fille, elle avait des cheveux châtains mi-longs qu’elle portait détachés.

D’une voix faiblarde, je lui demandai :

« Tu es qui ?

– Ah ? T’as oublié ? Sérieux ?! »

A dire vrai, en regardant son visage, les souvenirs me revinrent, je la connaissais… Par contre, j’avais complétement oublié son nom, nous n’étions qu’au deuxième jour de la rentrée, c’était normal de n’avoir pas mémoriser tous les noms de ses camarades de classe.

En effet, cette fille du même âge que moi n’était autre qu’une camarade de classe que j’avais vu la veille… ou l’avant-veille ? J’ignorais combien de temps j’étais resté inconscient.

« Excuse, j’ai oublié ton nom… Pourquoi je me réveille ici, au fait ? Et sinon, on est où précisément ? »

Cet endroit était sombre et l’air était lourd, pour des raisons mystérieuses. La seule source de lumière était composé par un ensemble de petites flammes qui dansaient au-dessus de bougies noires disséminées un peu partout dans la pièce. Cela donnait un air singulièrement lugubre à cet endroit.

« Pour de vrai ?! C’est vilain ça !! Oublier le prénom d’une jeune fille pure et innocente comme moi, c’est pas cool du tout ! Dit-elle en prenant un ton exagéré et ironique. Mais~, les vilains garçons… sont très attirants, pas vrai ? »

Est-ce qu’elle tentait de me draguer ? Vraiment ?

Involontairement, je rougis.

« Kanai-san, veuillez cesser je vous prie. Pouvons-nous débuter à présent ? »

La voix d’une autre personne s’éleva. Mon regard se tourna vers l’origine de cette voix morne mais polie.

Dans un coin de la pièce se trouvait une fille assise. Elle était incroyablement belle, la forme de son visage était tout simplement parfaite, mais son expression faciale était détachée et froide, un peu comme s’il s’agissait d’un être qui évoluaient dans un autre monde. Ses longs cheveux noirs étaient attachées en une queue de cheval qui descendait jusqu’au bas du dos. Son port était altier, il s’en dégageait une sorte de noblesse.

Elle avait parlé tout en lisant un ouvrage épais et lourd, sans lever le regard ; cela renforça son aura de distance et de froideur.

« Whaaa ! Quel canon… »

Je ne pus empêcher ma bouche de prononcer ces mots, je rougis encore plus en les regrettant rapidement ; c’était embarrassant de confesser de telles choses à la première rencontre, qu’est-ce qui m’avait pris au juste ?!

Contrairement à la fille précédente qui, malgré sa beauté supérieur, avait un aspect plus commun, je me souvenais bien mieux de cette seconde fille. Elle se nommait Kuroda Mana, elle était également dans la même classe que moi. Lors de la présentation, elle n’avait rien dit sur elle, simplement son nom et était retournée à sa place avec une démarche hautaine.

Malgré sa simplicité, cette présentation avait ébahi tout le monde dans la pièce, elle avait une prestance digne de l’image d’une noble.

Les cours n’avaient commencé que depuis deux jours que Mana-san était déjà devenue la fille la plus populaire de la classe, aussi bien auprès des garçons que des filles, d’ailleurs.

« C’est clair !! Dit Kanai en mettant ses bras derrière la tête. C’est tout à fait ma pretty princess Mana-chan chérie, une beauté classique et imbattable ! Hahahaha ! »

Kanai se mit à rire, j’ignorais si c’était un rire sincère ou non, mais son appellation en anglais m’indiquait quand même que les possibilités que le rire soit ironique étaient plutôt élevées.

« Kanai-san, veuillez m’appeler par mon nom de famille, je vous prie. Pour quelqu’un de votre genre, Kuroda-san sera tout à fait convenable.

– Comme d’hab’ avec les filles de bourges, elle parle comme un livre…

– Mon instruction me permet de parler de la sorte. Lorsque vous aurez fini de converser de choses futiles, pourrions-nous poursuivre les préparatifs du rituel magique ? »

Bien sûr, son regard ne se leva même pas, elle continua de lire tout en parlant avec Kanai.

Toutefois, ces derniers mots soulevèrent quelques interrogations en moi…

« Hein ? Un rituel magique ? Sérieux ?! Vous voulez faire quoi au juste ?! »

Dans ma panique, je me mis à observer pour la première fois l’endroit où je me trouvais. Il s’agissait d’une pièce du lycée, aucun doute là-dessus, mais elle était complétement plongée dans l’obscurité, les fenêtres étaient fermées et au sol il y avait de nombreux symboles bizarres et des cercles. D’ailleurs, je constatais être au centre de ces cercles et marques ésotériques.

C’était déjà assez flippant en soi, mais après toutes ces interrogations, mes pensées revinrent à des éléments plus primaires, plus proche du concept de survie et je remarquai donc à cet instant que…

« Aaaaaah ! Pourquoi est-ce que je suis nu ?! Et pourquoi je suis attaché aussi ?! Bandes de perverses, vous voulez faire quoi au juste ???

– Tsss ! Ce que t’es bruyant… Tais-toi et reste calme, Ren, ce rituel n’est pas douloureux…»

Une nouvelle voix féminine s’éleva, elle provenait de mon dos (seul endroit où je n’avais pas pu regarder en observant la pièce). Alors qu’elle se rapprocha de moi, cette personne entra dans la zone éclairée par les bougies, ce qui me permit de la reconnaître.

Cette fille aux cheveux roux se nommait Rossi Selena. Elle faisait partie de la même classe que nous trois et étant la seule la seule étrangère, elle avait été rapidement remarquée.

Selena était aussi mignonne que les Kanai et Kuroda, mais, probablement à cause de son phénotype d’occidentale,  elle dégageait un type de beauté différente.

Son teint de peau était vraiment pâle, même pour une étrangère, sa peau était blanche comme la neige et semblait lisse et douce.

Elle portait ses longs cheveux roux attachés en deux couettes soutenus par des rubans rouges. A cet instant, à l’instar de ses deux autres camarades de classe, elle portait ces mêmes vêtements noirs qui ressemblaient à des tenues de prêtres catholiques.

En un sens, on aurait vraiment dit quelque scène de comédie romantique issue d’un light novel ou d’un manga, j’étais le seul garçon, presque entièrement nu (il me restait malgré tout un caleçon pour préserver un peu de dignité), au milieu d’un trio de filles splendides. C’était presque trop irréel pour que mon esprit y croit vraiment…

Toutefois, ma nudité mettait cette introduction en péril, c’était une situation critique à bien des égards.

« Eh, vous autres ! Vous voulez faire quoi au juste ? Du harcèlement sexuel ?

– Ne dis pas n’importe quoi, espèce d’idiot ! »

Dit Selena en croisant les bras et en me regardant du coin des yeux. Je constatais que quelques tâches de rougeur étaient apparues sur son visage.

« En plus, poursuivit-elle, tu portes toujours un caleçon, tu peux m’en être reconnaissant.

– Bah ouais, si c’était pour moi, je l’aurais arraché aussi. »

Dit Kanai avant de se mettre à siffloter en se rapprochant de moi. Grâce à l’éclairage, je pus voir en cet instant son impressionnante poitrine. Déjà lors de la présentation, tous les garçons n’avaient pu échapper à « ce détail », mais d’une façon ou d’une autre, elle me parut encore plus volumineuse en cet instant.

En moi, je m’en étonnais vraiment… ce genre de dimension n’était pas fréquente.

« Mais nous pouvons toujours le retirer maintenant, si tu veux… »

Dit-elle en se léchant les lèvres de façon suggestive une fois arrivée à quelques dizaines de centimètres de moi.

« Sans façon… vraiment… dis-je alors que des gouttes de sueur s’écoulèrent abondamment sur mon visage.

– Mizuno-san, soyez sans craintes, nous sommes également dévêtues sous nos soutanes, c’est un prérequis du rituel. A présent, préparons-nous à…

– Ahhh ! Pourquoi tu lui l’as dit, Mana ?!C’était déjà embarrassant comme ça !

– Quoi ?! A poil ? Même pas de sous-vêtements ? »

Parfois, je m’étonnais moi-même de ma rudesse, je ne pus m’empêcher de dire ce genre de choses en cet instant.

Certes, savoir que la nudité de ces filles splendides n’était couverte que par cette simple tenue et surtout imaginer qu’il n’y avait rien sous leurs vêtements, c’était particulièrement excitant.

Mon regard passa de l’une à l’autre malgré moi. Dès notre première rencontre, nous étions tous dans un tel embarras, dans de telles tenues. Cette situation craignait à mort !!

Selena cacha de ses mains sa poitrine alors que son visage rougit à nouveau, cette attitude innocente la rendit encore plus mignonne.

« Ne me regarde pas, espèce de sale pervers !! C’est indécent ! »

 Complétement à l’opposé, Kanai adopta une attitude décontractée et nonchalante, elle croisa les bras sous sa poitrine, ce qui permit de la voir encore plus facilement et de la mettre en valeur.

« Tu aimes ce que tu vois ? Mais, si tu veux, tu pourrais en voir encore bien plus encore… »

Elle se rapprocha de moi tel un prédateur attiré par l’odeur de sa proie.  Ses lèvres n’étaient plus qu’à quelques centimètres de mon oreille lorsqu’elle chuchota :

« Cette soutane… tu veux voir ce qu’il y a en-dessous ? »

Elle était vraiment sérieuse ? On venait à peine de se rencontrer, je ne pouvais croire qu’elle était si éprise de moi déjà.

« Mais… c’est pas gratuit.  »

Je restais bouche bée pendant quelques secondes, puis je finis par lui crier en rougissant :

« Ne te moque pas de moi !

– Dommage♪  J’étais sérieuse, pour ma part… »

A ce moment-là, Selena tira Kanai pour l’éloigner de moi et cria avec un visage empreint de colère :

« J’ai tout entendu. Vous êtes tous les deux des idiots et des pervers !!

– Pourquoi moi aussi ? J’ai rien fait moi !

– Parce ton existence en elle-même est une pure idiotie ! Stupide pervers !! »

Sur ces mots, elle tira la langue à mon intention et ferma les poings de manière colérique.

Pendant ce temps, Mana continuait de lire son livre en silence, elle ne s’intéressait pas à ce qui se passait autour d’elle.

Selena reprit la parole, elle croisait les bras et avait un air particulièrement sérieux :

« Eri, arrête s’il te plait ce genre de choses. Nous nous sommes regroupées pour un but précis, pas pour tes plaisanteries idiotes.

– Ouais, mais en vrai… tu serais pas un peu jalouse, en fait ? Tu veux pas plutôt te joindre à nous à la place ?

– Qu’est-ce que tu as dit ?! Cette… cette sale nymphomane !! »

Le visage de Selena bouillonnait de rage, peu s’en fallait pour que de la vapeur sorte de ses oreilles ; si elle le prenait aussi mal, c’était sûrement parce qu’elle avait imaginé une telle possibilité, non ?

« Nympho… ? Si on s’y met à deux, on pourra lui soutirer pas mal de blé, tu sais ? »

Tout en disant cela, elle se tourna vers Selena et lui lança un clin d’œil et fit le geste de l’argent de la main.

« Aaaaaahhh ! Smettila scema !

– Arrête avec les langues étrangères, Selena ! »

Mais, Selena s’énerva de plus en plus, elle gonflait ses joues et tapait du pied par terre.

« Libérez-moi ! Laissez-moi partir !! Que quelqu’un vienne m’aider, ce sont toutes des folles et des perverses !! »

Je criais à l’aide de la sorte, je voulais vraiment recouvrer ma liberté et partir de cet endroit de fou au plus vite, mais bientôt mes espoirs allaient sombrer dans le néant.

« C’est inutile, Mizuno-san. Grâce à l’usage d’un sortilège permanent, le son ne quitte plus l’enceinte de cette pièce. Je vous prie donc d’abandonner toute résistance. Plus vite vous vous soumettrez, plus vite nous pourrons mettre un terme à votre supplice. »

Mana me regarda droit dans les yeux pour la première fois, puis elle retourna à son livre.

« Comme l’a dit Mana, arrêtons de dire n’importe quoi et mettons-nous au travail. »

Sur ces mots prononcés d’une voix bien plus calme, elle repoussa en arrière une de ses couettes, puis elle s’éloigna de moi.

« Désolé, Ren, elles sont trop sérieuses toutes les deux… Bah, on ne peut rien y faire… Commençons. »

Eri affichait une expression de sincère déception.

« Attendez un peu ! Vous y croyez vraiment à ces choses-là ? A la magie et aux rituels et tout ça ? »

Elles portèrent toutes sur moi un regard étonné (sauf Mana qui n’avait aucune expression). Selena fut la première à répondre :

« Bien sûr, puisque nous sommes des vraies sorcières. Et peut-être que toi aussi tu l’es, Ren-san. »

C’était une réunion de chuunibyou[1] ou quoi ?! Elles croyaient vraiment avoir des pouvoirs surnaturels ?! Elles prenaient vraiment au sérieux le fait qu’elles soient des vraies sorcières ?  Cette situation devenait de plus en plus critique… Comme les vraies sorcières, allaient-elles me sacrifier à Satan ou me faire bouillir dans un chaudron ?

Soudain l’ambiance s’assombrit, j’avais de plus en plus peur pour ma vie. Je ne pouvais que cacher ma réaction face à elles. Même si elles disaient n’importe quoi et plaisantaient, j’étais quand même attaché sur une chaise presque nu.

En plus, je n’avais aucune idée de leurs véritables intentions. Cet endroit était dangereux à bien des égards, mais je ne pouvais rien faire d’autre qu’attendre.

Peut-être que Mana avait compris mes inquiétudes, elle ferma son livre et m’expliqua :

« Ne soyez point effarouché, Mizuno-san. Puisqu’il s’agit d’un rituel d’éveil magique, vous ne sentirez aucune douleur… en principe. Suite à quoi, nous vous libérerons de vos entraves. »

Mais cette explication ne me rassura pas du tout, cela semblait trop à un mensonge. Je pensais à nouveau appeler à l’aide, mais même si j’avais fait du boucan auparavant, personne n’était venu. La raison pouvait-elle être la position isolée de cette salle dans le lycée ? Ou alors comme l’avait dit Mana le son ne pouvait pas quitter l’enceinte de la salle à cause de leur magie ?

Je ne croyais pas à la magie mais il était possible que cette pièce ait été étudié pour ne pas laisser échapper le son, dans tel cas effectivement elle avait raison, mes cris ne servaient à rien.

Sincèrement, je ne savais que penser de tout cela…

« Eh, je commence vraiment à flipper. Si vous arrêtiez vos plaisanteries, hein ? Je pense que vous vous êtes bien amusée jusqu’à maintenant, non ? En échange de ma libération, je suis prêt  à vous inviter à manger un truc. J’invite, bien sûr. Hein, ça vous va ? C’est bon ?

– Vraiment ? Ok, après le rituel, je veux bien que tu m’invites à bouffer. »

La réponse d’Eri fut directe, elle semblait contente de mon idée.

« Je te le promets ! Bon, tu me détaches du coup ?

– Mais, ch’peux pas… Les préparatifs sont finis au fait ? »

Tout en souriant, Eri s’approcha de Selena.

« Pas encore. J’ai  pas fini de tracer le cercle de soumission. Eri-san, puis-je te laisser t’en occuper ? Demanda cette dernière.

– Ouais, ouais. L’encre et le pinceau sont où ? »

Mana répondit à la place de Selena en pointant l’endroit du doigt.

Eri s’en alla prendre ces affaires avant de s’approcher de moi. Cette odeur… ça puait !

Ce liquide rouge visqueux et étrange puait affreusement.

« C’est quoi ce truc ? Ça pue grave ! »

Eri le regarda avec surprise puis elle répondit franchement :

« Tu parles de ce liquide… A l’intérieur, y’a du sang  de grenouilles, du sang humain, de l’œil de triton en poudre… Sinon, y’a de la mandragore, bien sûr, de la datura, à faible dose car très toxique, et quelques autres herbes aux propriétés magiques… Mais vaut mieux pas que tu saches, je pense… »

J’avais un peu peur…  Non, en fait, j’avais carrément peur, les paroles d’Eri craignaient trop !

A cause du stress, je déglutis.

Lorsqu’elle lut la peur sur mon visage, Eri dévoila un sourire sadique. Elle plongea  le pinceau dans le liquide et commença à peindre sur mon corps.

« Hahaha… Arrête, ça chatouille ! Arrête !!!

– Tu veux vraiment que j’arrête ? Bah, je peux arrêter d’utiliser le pinceau et utiliser mes doigts à la place si tu veux… »

Je pensais à ce qu’elle venait de me dire et les doigts étaient sûrement bien pires, en fait.

« Non, arrête tout ! Arrêtez de me harceler, bon sang !! »

Mais Eri ne s’arrêta pas, elle lâcha un « kukuku » et, fièrement, elle plongea les doigts dans le liquide. Puis elle se mit à dessiner sur ma peau.

Ce n’était pas une méthode de professionnel détaché, mais une manière de me toucher érotique qui visait à provoquer l’excitation, elle me touchait à peine des doigts de manière à me faire ressentir peu à peu le contact avec ses doigts féminins délicats.

Elle commença par la poitrine, dessinant un sceau magique, puis ses doigts se mirent lentement à descendre alors que l’expression sur son visage n’annonçait rien de bon.

« Ren-kun~ Tu aimes ?

– Non,  arrête, je t’en supplie ! Où est-ce que tu touches au juste ?! C’est un viol c’est ça, espèce de perverse !! Au secours, aidez-moi !!!! »

A cet instant, j’avais  l’impression de n’être pas très viril, mais elle n’avait vraiment pas l’air de vouloir s’arrêter.

« Sale délurée, arrête de jouer et termine le sceau ! »

Selena était vraiment en colère, son visage était  devenu carmin.

« Pffff, quelle chiante cette étrangère… Ouais, ouais, j’ai pigé. »

Suite à quoi, pour mon plus grand soulagement, elle se tint tranquille et acheva sa tâche.

« Merci pour votre collaboration, dit Mana au visage inexpressif. Rossi-san, pourriez-vous je vous prie vous placer dans le cercle au sud ? Kanai-san se placez-vous dans celui à l’est, s’il vous plaît. Pour ma part, je me disposerai dans celui à l’ouest et au nord nous installerons la Replica. Est-ce que cela vous sied ?

– Ouais, mais tu peux m’appeler simplement Selena, tu sais ?

– Les bourgs ne peuvent pas dire des noms simples, pas vrai ? Bon, on s’y colle ? »

Conformément aux préparatifs, elles se placèrent dans les petits cercles dessinés autour du plus grand.

Seulement à cet instant, je prêtais attention aux dits cercles magiques.

Dans le pourtour du grand cercle se trouvaient des inscriptions et symboles anciens et étranges. Situé à chaque extrémité du cercle, il y en avait quatre plus petits.

Comme l’avait suggéré les paroles de Mana, ces cercles étaient placés aux quatre points cardinaux.

A l’intérieur de ces derniers, nombre de symboles ésotériques et, à présent, il y avait une fille dans chacun sauf celui au nord. Dans celui-ci, au lieu d’une personne se tenait une sorte de poupée de la taille d’un coussin environ. Son apparence était grotesque et effrayante, on aurait dit une sorte de monstre.

Contrairement aux lycéennes normales, elles n’étaient pas effrayées  par la sorcellerie et tout ça.

« Oh putain, c’est chiant ! Pourquoi du latin ? C’est pas du japonais ça… ! »

Après être entrées dans les cercles, chacune avait pris une feuille en main et s’était mise à lire. Eri se plaignit de suite et se tourna vers Mana comme pour demander des explications.

« Pour les questions relatives aux rituels magiques, les paroles constituent un facteur primordial. Bien qu’en japonais les effets seraient sensiblement les mêmes, cette fois nous ne disposons pas de traduction. Qui plus est, à part Rossi-san, nous sommes au même niveau, je ne comprends pas plus que vous le latin.

– Ah bon ? Toutes les deux vous ne comprenez vraiment pas le latin ? » Demanda Selena d’une voix surprise. »

Pendant ce temps, alors qu’elles étaient distraites, j’essayai de m’évader, mais les cordes étaient vraiment trop solides, c’était impossible.  J’avais vu plusieurs fois ce genre de scène dans les films, mais les cordes réelles ne brisent pas facilement.

J’ai eu beau essayé, chaque essai se solda par un échec.

« J’y pige rien. Les langues étrangères c’est trop compliqué !

– Héééé ! On va faire comment ? Si Eri-san n’arrive pas à lire en latin, que faisons-nous ?

– Rossi-san, ne vous préoccupez pas de cela, Kanai-san ne fait que vous induire en erreur par tromperie. Même si elle ne comprends pas ce langage, elle peut le lire et l’incanter, rassurez-vous. »

Eri passa les bras derrière la tête et se mit à regarder en l’air d’un air taquin comme si elle voulait fuir les reproches.

« Mais le latin ça reste trop chiant quand même… »

Dit-elle d’un ton léger presque sifflant.

« Peut-être préféreriez-vous en Araméen ou en Enochien ?

– Pas moyen ! Vraiment pas moyen ! C’est encore pire comme langues… au final, le latin c’est pas si mal, hein ?

– Dans ce cas, puisque c’est réglé, débutons l’incantation. »

Le rituel débuta, toutes les trois en même temps fermèrent les yeux, tendirent leurs mains devant elles et prononcèrent les paroles de l’incantation.

Les petits cercles d’abord se mirent immédiatement à luire, puis au fur et à mesure de l’avancée du rituel, le gros s’illumina à son tour.

L’atmosphère du lieu devint soudain très lourde, il y avait un changement notable même si on n’était pas un superstitieux comme moi.

 Ensemble, elles prononcèrent les paroles suivantes :

« Quattuor magici venti, qui aeternis sideris limbis flant, isto circulo vergite. »

Eri seule prononça la phrase suivante :

« Quod ab oriente spiritalis tempesta venit et culpas deleto. »

Puis, ce fut au tour de Mana :

« Quod ab occidente nimbi naturarum perditam mentem ostendite. »

Enfin, ce fut le tour de Selena :

« Quod ab meridie flammae aetheris conscientia parate. »

Enfin, toutes ensembles elles finirent par :

« Nos spiritus lethargicos cineres immortalis animae vehite et ista anima ad novam vitam regite.»[2]

Ces mots furent prononcées des dizaines de fois au point qu’ils s’inscrivirent dans ma tête sans même comprendre leur sens,  c’était un rythme entêtant qui fit crouler peu à peu ma volonté.

Lorsque tous les cercles se mirent à briller d’une même lumière, conscience était devenue si faible que je m’évanouis…

Incantation II

Tout cela n’avait été qu’un rêve ? C’était un peu difficile à croire tant il m’avait paru réel, mais d’un autre côté l’inverse était tout aussi difficile.

C’était le genre de pensée qui m’agitait à mon réveil.

Mon dernier souvenir se trouvait dans la salle du club de magie, mais lorsque j’ouvris les yeux je n’y étais plus, j’étais assis dans un des couloirs du lycée.

L’autre différence notable avec celui-ci, c’était que j’étais à présent habillé, je portais mon uniforme scolaire habituel.

Quel rêve étrange avais-je donc fait… Mais pourquoi m’étais-je endormi dans ce couloir au juste ?

A vrai dire, pour diverses raisons, c’était assez inquiétant…

Qui plus est, après les cours, il n’y avait personne dans cet endroit, c’était bien trop silencieux.

En temps normal, j’aurais pensé que c’était plutôt une bonne chose, mais après ce que je venais de vivre de façon onirique, après cette scène dans le club de magie gravée dans ma mémoire, ce silence me fit vraiment peur…

Soudain, je me souvins d’un détail qui allait peut-être me permettre d’apporter la lumière sur cette affaire : Eri avait peint des symboles bizarres sur mon corps, il restait peut-être quelques traces d’eux qui attesteraient la véracité de ce rêve ou non…

C’est pourquoi, en plein dans l’enceinte sacrée du lycée, j’ouvris les boutons de ma chemise pour observer mon torse. Malgré l’absence totale d’élèves, cela restait très gênant.

Mais, il ne restait rien, aucune marque sur mon torse.

Et si au final, tout cela n’avait vraiment été qu’un rêve étrange ?

Je regardai ma montre, il était dix-neuf heures.

« A défaut d’en savoir plus ou de pouvoir y faire quelque chose, rentrons… »

Je pris mon sac et me dirigeai vers la sortie de l’école. Ce faisant, je repensais à la scène, je ne pouvais pas croire que ce n’était qu’un rêve, elle était trop réelle à mes yeux… Y aurait-il de la vraie sorcellerie à l’œuvre dans cette histoire ?

Tout en enfilant mes chaussures dans le vestibule d’entrée, je me souvins de la veille, le premier jour de cours, soit le jour de la rentrée…

***

Même s’il s’agissait d’une nouvelle classe, puisqu’il y avait des personnes qui se connaissaient du collège, deux groupes s’étaient immédiatement formés.

Le premier était composé de gens isolés qui n’avaient pas partagé les mêmes années de collège et qui ne connaissaient personne.

Le second, dont je faisais partie, était composé des connaissances ou amis du collège qui s’étaient immédiatement regroupés.

Dans mon établissement précédent, pour diverses raisons inexpliquées, je n’étais pas très populaire, j’avais peu d’amis, seul Hinata était parvenu à devenir mon meilleur ami.

Pourquoi est-ce que je n’arrivais pas à me faire beaucoup d’amis, je n’ai encore à ce jour pas la réponse à cette question. Sûrement une question de feeling, puisque mon look et mon apparence sont plutôt normales.

Comme d’habitude dans la vie d’un lycéen, le premier jour était synonyme de recrutement des clubs.

Personnellement, aucun ne m’intéressait vraiment, j’étais plutôt partisan du club « Rentrer à la maison »,  mais déjà par le passé Hinata m’avait traîné plus ou moins de force dans ceux qu’il avait envie de rejoindre.

En cette matinée du second jour avant le début des cours, Hinata avait reçu le prospectus d’un certain club de magie, c’est pourquoi à midi pendant la pause déjeuné il vint m’en parler et m’affirma de suite d’un ton décidé :

« Allons ensemble à ce club ! »

Tout en posant sur la table le flyer pour le montrer.

Ce dernier était très sobre, il n’y avait pas d’image, une simple étoile à cinq branches et une invitation sommaire à rejoindre le club ; le flyer ne donnait pas l’impression qu’il s’agissait d’un club cherchant à tout prix à recruter des membres.

Ma réponse fut évidente et froide :

«  Pourquoi ce club bizarre ? T’es sérieux ? »

Disons que je ne comprenais pas vraiment les intentions d’Hinata, quoi que je m’en doutais un peu déjà. La magie c’est un truc de chuunibyou, pour un lycéen faire partie d’un club de ce genre c’est un peu la honte, c’est ce que je pensais à cet instant.

Était-ce possible qu’Hinata avait une passion cachée pour ce genre de choses ?

Pourtant, même au collège, il n’avait jamais été un chuunibyou…[3]

« Attends, un peu, Ren. Je devine tes pensées mais c’est faux ! Complétement faux ! La raison c’est… la raison… (il se rapprocha de moi) dans ce club y’a plein de filles canons ! »

Je soupirai, je m’attendais à une réponse de ce genre, on parlait bien d’Hinata après tout, le type qui courait après toutes les filles mignonnes qu’il croisait.

Je me moquais souvent de lui à cause de ça, en affirmant que ses critères étaient des plus bas du moment qu’il s’agissait d’une fille.

« Ah ouais, ça te ressemble bien comme réponse… Je me disais… »

Hinata se gratta la joue tout en riant nerveusement.

« Héhé… Évidemment, les files sont la raison principale à tout.

– Surtout pour des pervers de ton calibre, c’est sûr. »

Lui dis-je en prenant un regard moqueur. Sa réponse fut une fois de plus attendue :

« Je ne suis pas plus pervers qu’un autre, c’est toi qui essaye de faire genre…, dit-il en croisant les bras pour faire semblant d’être énervé.

– Et donc dans ce club, il y a qui au juste ?

– Je peux pas te dire précisément, mais j’ai vu que notre numéro 1 du classement des canons du lycée en fait partie : Kuroda Mana. Il y avait aussi cette étrangère mignonne, Rossi Selena, la numéro 4… »

Le classement des canons du lycée… ? Je n’étais même pas au courant qu’une telle chose existait déjà, mais cela ne m’étonnait pas qu’Hinata soit au courant.

Les garçons du lycée avait fait un travail très rapide, nous n’étions à peine que le premier jour de cours et ils avaient déjà établi un tel classement ? S’ils utilisaient cette énergie pour leurs études…

Hinata commençait à s’échauffer tout en parlant du classement, il s’était levé et avait pris une pose de combat, poing fermé et le pied sur la chaise. Bien sûr, tout le monde nous regardait.

« Eh, calme-toi, idiot !! »

Remarquant la raison de mon embarras, Hinata se sentit également gêné et se rassit non sans avoir présenté ses excuses par le biais d’une légère révérence.

« Ok, j’ai compris y’a des canons dans ce club, mais ça fait pas un peu ringard la magie et tout ça ? Pas très cool pour notre côte de popularité, non ?

– On s’en fout, si on peut avoir de superbes petites amies, non ?

– Je vois… En fait, tu es un idiot patenté !

– Bah, c’est sûrement le cas, mais ose nier que tu veux aussi une copine, hein ? »

A dire vrai, je n’y avais jamais sérieusement pensé.

Si j’en avais une je serais probablement content… je pense, mais d’un autre côté, ça signifiait aussi ne pas avoir autant de liberté qu’en étant célibataire, non ?

Et de toute manière, avec les cours et tout ça, j’avais autre chose à penser au final.

C’est pourquoi, je n’étais pas encore décidé si en chercher une ou pas.

-De toute manière, j’ai le temps, je suis encore jeune, pensais-je.

« J’en sais rien de ce genre de chose, espèce d’idiot pervers.

– Mais pas du tout voyons… Ici, le seul mec louche c’est toi !

– Je ne vois pas en quoi… Sincèrement, tu penses pouvoir faire tomber amoureux de toi une telle princesse ? C’est juste pas possible pour toi, sois pas prétentieux.

– Whaaa, t’es cruel, Ren ! Pourquoi tu penses ça ? »

Je soupirai, c’était tellement évident pourtant.

« Eh bien… Tu joues pas dans la même cour qu’elle… et j’ai pas envie d’intégrer ce club de toute manière. Par contre, si tu veux y aller, pas de souci, fais donc… »

Le visage d’Hinata exprima son mécontentement, il dit exaspéré :

« Ren, depuis combien de temps on est ensemble, déjà ?

– Depuis un bout de temps… Mais en parle pas comme si on était un vieux couple marié, tu me dégoûtes ! »

Je tirais la langue comme si j’avais mangé un plat avarié et lui fit signe de s’éloigner de la main. Bien sûr, ce n’était qu’une blague, je n’avais pas envie de me fâcher avec lui et je savais qu’Hinata était plutôt réceptif à ces dernières.

« Désolé, mais je te suis pas cette fois… Souvent tes idées sont pourries, mais là c’est encore pire que d’habitude… »

Hinata ferma les yeux et joignit les mains comme s’il priait.

« Cette demande sera ma dernière, Ren. Tu peux pas l’accepter pour me faire plaisir, à moi ton meilleur ami ?

– C’est quoi cette dernière demande, tu comptes mourir ou quoi ?! »

A cet instant, j’ai soupiré et j’ai pensé que c’était vraiment pénible, mais en effet, c’était mon meilleur ami depuis bien longtemps.

J’avais espéré qu’il ne jouerait pas la carte du sentimentalisme, j’avais fait erreur.

« Bon, dis-je exaspéré, puisque je ne veux pas me décider, on va tirer ça à pile ou face. T’en dis quoi ?

– Héhé, que tu ferais mieux d’accepter de suite, tu sais que je gagne toujours à ce jeu. J’accepte, à toi l’honneur Ren ! »

Hinata me regarda avec un air victorieux, il était vrai que depuis le collège, ce moyen de décision était devenu notre rite, notre éternelle coutume et il gagnait presque toujours, à croire que les pièces l’aimaient.

A chaque fois, il disait :

« La chance est une richesse, seul l’argent peut donc décider pour nous. »

Il gagnait dans  quatre-vingt-dix pourcent des cas.

Pourquoi avais-je donc proposé ce jeu sachant que j’allais perdre ?

C’était une bonne question mais je pense simplement que je n’avais pas envie de lui dire « non » et que même si je ne gagnais que dans dix pourcent des cas, je pouvais espérer sur la main du Destin pour refuser en tout diplomatie.

Je pense qu’une partie de mon cœur avait simplement accepté l’idée de perdre et d’accepter tout simplement.

« Face. Prêt à perdre ? »

Je ne prêtais pas attention à sa remarque et je lançai la pièce en l’air. Voulais-je perdre ou gagner, j’allais bientôt connaître la réponse qui se cachait dans mon cœur.

Le résultat, sans surprise, fut ma défaite, mais je ne peux pas dire que cela m’attristait considérablement.

Laisser le hasard décider a toujours cette part de Fatalité qui rend les choses plus faciles à accepter… ou alors était-ce réellement ce que je désirais… allez savoir.

« Gagné ! Bon, on y va après les cours…

– Pas le choix… Ouais, allons-y ce soir… »

Dis-je en me grattant la tête et en remettant la pièce dans mon porte-monnaie.

Hinata afficha un large sourire de victoire d’autant plus sincère que j’avais initialement refusé.

***

C’est pourquoi après les cours, nous sommes allées tous les deux au club de magie.

Même si on avait toqué, personne ne nous répondait, il semblait n’y avoir personne dans la salle du club.

Cela m’aurait bien arrangé de repartir, mais Hinata insista et passa le premier :

« Je me permets d’entrer… »

Il ouvrit la porte et entra, je le suivis.

Tout de suite, une odeur étrange entra dans nos nez. Elle était âcre et désagréable, qu’était-ce donc que cette puanteur, c’était la question que je me posais en cet instant ?

Cette odeur pestilentielle était digne de l’Enfer, elle pouvait être effectivement associée à de la véritable magie, à n’en point douter.

J’avais envie de fuir plutôt que de supporter ça, mais Hinata ne se laissa pas décourager, il ne baissa pas les bras et répéta une fois de plus :

« Nous nous permettons d’entrer. Nous sommes venus pour nous inscrire. Eh !! Y’a quelqu’un ? »

Une petite voix qui  n’exprimait que froideur répondit :

« J’ai bien entendu votre voix. Je vous en prie, veuillez entrer. »

Dans un coin de cette pièce plongée dans la pénombre, derrière un bureau se trouvait une personne que nous reconnûmes être Kuroda Mana.

Elle était seule et lisait  un épais livre à la couverture en cuir qui n’était pas sans rappeler les livres de magie des contes de fée.

Sur le bureau, d’ailleurs, se trouvaient un tas d’étranges choses parmi lesquelles un brûleur d’encens qui était probablement l’origine de cette puanteur presque insupportable.

« Vous souhaitez donc vous joindre à notre club ? Puis-je quémander vos raisons ? »

Bien entendu, Hinata était gêné, il ne pouvait pas  dire la vérité et révéler ses véritables intentions.

« Euh… Je veux me trouver une copine, c’est pour ça que je veux vous rejoindre. »

S’il venait à dire ce genre de choses, en tant que lycéen, je pense que ça correspondrait à un suicide social.

A la place, il mentit bien sûr :

« Eh bien, en fait, nous sommes intéressés par la magie… Pas vrai, Ren-kun ? »

Je détournai le regard et confirmai d’une voix sans entrain ; je n’aime pas beaucoup mentir en fait, sa stratégie était à la limite de l’acceptable selon mes critères.

Calmement, Mana ferma le livre, elle croisa les bras et nous inspecta minutieusement.

« J’ai bien entendu votre requête, mais de quelles compétences surnaturelles disposez-vous ?

– Euh… Pour le moment, aucunes. »

C’était chose rare que de voir Hinata prendre une expression si soumise et désolée.

« Je m’en doutais. Qui plus est, vous n’êtes pas des filles, pour quelles raisons devrions-nous accepter votre candidature ? »

Hinata était hésitant, il ne pouvait pas vraiment répondre.

« Ce club est réservé aux filles, je ne savais pas, dis-je d’un air faussement surpris. Je me demande par contre si c’est bien conforme aux règles de l’école… »

Hinata avait de plus en plus de mal à parler, il avait beau être du genre bruyant et emporté, face à un mur de glace comme Mana, il perdait tous ses moyens.

C’était sûrement le type de fille avec lesquels il avait le plus de difficultés à interagir.

Quelle ironie que celle qu’il voulait comme petite amie et qui était la raison majeure de sa volonté d’adhésion au club soit en réalité ce type de personne.

D’ailleurs, cette dernière se tourna vers moi avec son regard glacial.

« Quel est votre nom ?

– Mizuno Ren.

– Je tâcherai de m’en souvenir. Mizuno-san, souhaitez-vous réellement être admis dans notre club ? »

Je soupirai, elle venait de poser le doigt sur le majeur problème de notre entreprise, il n’y avait qu’une personne sur deux qui désirait réellement faire partie du club et, à ce moment-là, il était de plus en plus indisposé.

« En vrai, la personne la plus intéressée c’est Hinata, pas vrai ?

– Toutefois, devenir un magicien n’est pas chose superficielle, vous en êtes conscients ? Il est nécessaire de s’entretenir avec le Diable et de conclure un pacte, nos âmes s’obscurcissent et deviennent affreuses. Vous souhaitez donc vraiment payer ce genre de prix ? »

C’est ainsi que s’exprima l’inexpressive Mana.

En un sens, cette explication justifiait au moins ses yeux vides et sa voix monocorde, c’était logique pour quelqu’un n’ayant plus d’âme.

A cause de ces paroles, mais également de l’ambiance générale, elle parvint à faire blêmir Hinata, je pus constater d’ailleurs que ses jambes commençaient à trembler de peur.

« C’est une blague, pas vrai ?

– En est-ce bien une… ? Répondez prestement, je vous prie. Si vous en êtes incapables, jamais vous ne serez aptes à acquérir les sombres et interdites arcanes. »

Hinata sursauta lorsqu’elle parla de « sombres et interdites arcanes », il était terrifié par cette fille, sûrement avait-il déjà changé d’avis à cet instant.

Mais, à cause de l’attitude et de la stratégie de celle qui se tenait devant nous, je ne voulais plus perdre, même si auparavant je me fichais d’entrer dans ce club.

« Pour sûr. Les formulaires d’inscriptions, s’il te plait. »

Nos regards se sont croisés à ce moment-là, un duel de volonté débuta et dura quelques secondes, au terme duquel elle reprit la parole :

« J’ai bien reçu votre demande et je vais m’appliquer à y porter satisfaction. Toutefois, avant d’accéder à cette dernière, nous souhaiterions vous soumettre un test d’admission. Je vous prie de patienter un instant. »

Elle commença à chercher quelque chose dans une boîte se trouvant derrière le bureau.

« Pourquoi  as-tu répondu à ma place ? Me demanda Hinata.

– Parce que tu avais la trouille, Hinata-kun~ »

Lui répondis-je en le prenant un peu de haut pour le faire réagir.

Lorsque Mana revint en face de nous, Hinata gonflait les joues et avait l’air vexé.

« Suivez mes instructions,  je vous prie. Mizuno-san, veuillez passer en tête. »

Elle me donna un bien étrange pendentif, il était vieux et couvert de symboles magiques gravés dessus. D’une certaine façon, il dégageait une présence mystérieuse… du moins, c’était mon ressenti face à ce dernier.

Alors que je le pris en main, je ressentis immédiatement un étrange picotement et une sensation complexe.

« Veuillez passer le pendentif autour de votre cou, puis posez votre main sur cette pierre magique, je vous prie. »

Je suivis son explication, c’est alors qu’un frisson me parcourut le corps, je n’en comprenais pas vraiment la raison.

Normalement, je ne croyais pas à la magie, aux yokai et aux dieux, mais lorsque la pierre où j’avais posé ma main se mit à luire, quelque chose dans mes convictions fut ébranlé. Évidemment, cela pouvait tout aussi bien être un trucage, mais cette sensation en moi ne pouvait être une mystification…

Sur le visage de Mana, aucun changement, elle me regarda toujours avec son visage inexpressif.

« Je vois. C’est à votre tour, dit-elle en se tournant vers Hinata. Je vous en prie, faites de même. »

Hinata n’était pas du tout rassuré, il mit lentement le pendentif autour de son cou en tremblotant légèrement, puis il approcha sa main de la pierre.

Mais cette fois, rien ne se passa.

Nous attendîmes quelques secondes, mais la pierre ne brilla pas.

« Vous pouvez cesser, toute attente ultérieure sera inutile. J’ai pu constater par moi-même du résultat, il me paraît concluant. Toutefois, Hinata-san, nous vous présentons toutes nos excuses, nous ne pouvons donner suite à votre candidature. Nous vous prions de chercher un autre club qui mettra d’avantage en valeur vos qualités et compétences. Mizuno-san, en ce qui vous concerne, veuillez patienter un instant, je m’en vais récupérer le formulaire d’inscription.

– Eh ! Attends un peu, Mana-san… Si Hinata n’est pas accepté, moi non plus je m’inscris pas. »

Soudain, nous entendîmes des « miaou » dans la salle, un chat au pelage roux venait d’entrer dans la pièce par une des fenêtres qui était entrouverte et qui laissait entrer un peu de lumière dans cet endroit.

Mana se tourna vers cet animal, elle ne dit rien et se contenta de l’observer de son regard vide.

Le chat s’assit, Mana continua de le regarder, ce dernier miaula une nouvelle fois comme si elle communiquait avec la jeune femme.

Même s’il était mignon, ses réactions étaient étranges de mon point de vue… J’avais déjà eu un chat par le passé et je trouvais ses réactions… un peu trop humaines.

Sûrement que quelqu’un n’ayant jamais eu ce genre d’animal dans sa vie quotidienne n’aurait vu là rien de bizarre, mais à mes yeux, -peut-être faussés par la précédente sensation,- ce chat était louche.

« Très bien, j’ai compris. Nous acceptons vos candidatures, vous pouvez donc vous réjouir. »

Pourquoi ce changement soudain ?

A ce moment-là, je n’en comprenais pas vraiment la raison… Hinata non plus par ailleurs.

D’un côté, elle avait depuis le début exprimé son désintérêt envers nous, puis lorsque je la menaçais de ne pas entrer dans le club si Hinata ne le pouvait pas, elle avait changé d’opinion…

Qu’est-ce que tout cela cachait au juste ?

Quelques secondes après, alors que j’étais en plein questionnement, elle nous tendit les formulaires d’inscription.

Le chat me fixait comme l’aurait fait un être humain. Ce chat… il était décidemment trop louche, c’était quoi ce truc au juste ?

Je me demandais soudain si comme dans les récits folkloriques de sorcières, ce chat n’était pas son familier ?

Toutefois, les familiers des sorcières sont des chats noirs, celui-ci était roux. Etait-ce un subterfuge pour le rendre discret dans la société moderne ?

« Mana-san, c’est ton chat ? Lui demandai-je tout en saisissant un stylo pour remplir le formulaire.

– Je me le demande… »

J’inscris dans les différentes cases mes informations personnelles, puis je tendis le stylo à Hinata pour qu’il en fasse autant.

Pendant ce temps, j’essayai d’approcher le chat afin de le caresser, mais il s’enfuit. Au moins, cette fois, c’était une réaction logique pour un tel animal.

« C’est fait. Tenez, Kuroda-san… »

A cause de la voix d’Hinata, je détournai mon attention et je revins vers eux.

La jeune femme lut rapidement les formulaires, puis les rangea sur un coin du bureau.

« Ce sera tout pour aujourd’hui. A compter de demain, les activités du club débuteront. Veuillez faire attention sur le chemin du retour. »

Elle prononça cette phrase d’une voix morne, puis se rassit et reprit sa lecture.

Nous l’avons saluée et sommes rentrés.

En chemin, aucun d’entre nous ne savait quoi dire, nous avons gardé le silence.

***

Le lendemain (donc le deuxième jour de la rentrée),  j’ai assisté à des cours complétement normaux : ennuyeux et désagréables.

C’était une ambiance très différentes de la veille au soir où nous avions eu l’impression d’avoir mis les pieds dans un territoire de l’étrange.

Pendant les cours, je réfléchis à ce qui s’y était passé, nous nous étions inscrits dans un bien douteux club, tout ça à cause d’Hinata.

Qu’est-ce qu’on pouvait bien faire dans un club de magie ?

Allait-on vraiment faire des rituels avec des sacrifices et tout ?

Impossible que l’école autorise une telle chose, toute la mise en scène de Mana devait être de la poudre aux yeux, c’était juste un club de chuunibyou qui se prenaient au sérieux et qui n’avaient pas compris que nous étions à présent des lycéens.

En tout cas, il faudrait éviter de s’en vanter, notre côte risquait de descendre plus bas que jamais.

Même si je maudissais ce caractère qu’était le mien de n’avoir pas saisi ma chance de m’esquiver de cette sombre histoire, je devais reconnaître que j’étais un peu intrigué.

Que ce soit les réactions froides et impassibles de Mana ou son soudain changement d’avis, tout cela était trop suspect et méritait enquête.

Après les cours, nous sommes donc allés tous les deux au club.

« Merci, Ren. Même si je sais qu’au début tu ne voulais t’y inscrire, tu l’as fait pour moi. Merci, t’es un vrai pote, je l’oublierai pas. »

En chemin, Hinata me fit cette confession qui m’embarrassa et me fit penser aux dernières paroles d’un mourant.

« Idiot ! Je l’ai pas fait pour toi, je t’assure… C’est juste que… qu’elle m’énervait avec ses grands airs… »

C’était au moins la moitié de la vérité.

Nous nous sommes mis à rire et quelques minutes après nous étions à nouveau devant la porte du club.

Puis… puis… mes souvenirs sont confus, je ne me souviens plus du tout.

A mon réveil, j’étais nu et attaché à une chaise… et j’avais vécu cette horrible scène tellement irréelle que je l’avais prise pour une introduction de light novel.

Alors que je repensais à tout cela chemin faisant, la réalité de ce deuxième jour devint de moins en moins évidente. Avais-je vraiment vécu tout ça ?

Qui plus est, où était donc passé Hinata ?

Depuis le collège, je l’attendais tous les jours ou presque, je rentrais rarement seul…

Incantation III

Cette nuit-là, j’ai fait un rêve étrange, je m’en souviens fort bien.

C’était un endroit complétement enneigé, un paysage blanc jusqu’à l’horizon, c’est dans cet environnement que je me trouvais.

Je marchais lentement, probablement sans  destination.

Etrangement, le froid ne me posait aucun problème, je ne ressentais nullement ses effets.

Quelques heures plus tard, j’arrivai en face d’un immense château de glace, si gigantesque que c’en était absurde ; ses tours se perdaient dans les nuages tant elles étaient hautes.

Mais, à mes yeux, tout cela était parfaitement logique et normal, j’entrai donc sans hésitation.

Est-ce que par hasard, ce château était le mien ?

C’était comme si je connaissais déjà les lieux, même si pour un demeurant c’était un labyrinthe complexe et insurmontable, j’y évoluais sans me perdre.

Cet endroit était vide, trop vide, il n’y avait absolument pas âme qui vive, il en résultait un tel sentiment de solitude, seul le bruit de mes pas résonnait.

Combien de temps se passa-t-il au juste ? Je ne pouvais pas vraiment l’estimer mais pour sûr cela me parût long.

A cet instant, je remarquais distinctement que je ressentais deux consciences superposées, c’était particulièrement étrange et propre au monde des rêves.

Il y avait d’une part, cette conscience du moi qui évoluait dans le rêve que je reconnaissais à la fois comme mon ego mais qui semblait agir de par sa propre volonté, et mon autre moi qui réfléchissais à ce qu’il observait de plus loin.

Pour faire simple, il y avait un « moi acteur » et un « moi spectateur », les deux se reconnaissaient comme étant la même personne, mais ils étaient malgré tout différents.

Mon « moi spectateur » analysait les réactions de mon « moi acteur » sans vraiment pouvoir influencer ses actions et ses sentiments.

Alors que le « moi acteur » était familier de ce lieu et était détaché, le « moi spectateur » ressentait l’abattement provoqué par cette horrible solitude.

Malgré tout, je poursuivis.

J’entendais du bruit hors du château, à mesure que je progressais les bruits devinrent plus forts et plus distincts, c’était des voix humaines.

Finalement, je parvins au sommet d’une tour ou quelque chose comme ça. Depuis cette hauteur, j’avais une vue sur le paysage environnant.

Contrairement à mon arrivée au château, dans la plaine blanche que j’avais traversé se trouvait une armée médiévale, une très grande armée composée de milliers d’hommes et brandissant des centaines de bannières différentes.

La majorité d’entre elles, toutefois, était marquée d’un symbole de croix, bien qu’il y avait des formes spécifiques à chacune.

Sans parler, sans observer, sans même réfléchir, je commençai une incantation. Alors que je levai les mains au ciel, une tempête de neige soudaine se leva.

Au début , elle était faible, dans les rangs de l’armée elle cause peu d’inquiétude, personne ne prit la fuite, mais rapidement, à mesure que le vent se renforça la neige tomba plus abondamment, les soldats ne voyaient plus rien.

Se mêlant aux hurlements du vent, les cris des soldats s’élevèrent dans cette plaine, leurs corps et leurs chevaux congelaient progressivement.

Je me tenais debout dans cette tempête de morts, d’un regard fatigué j’observais chacune de leurs avancées suicidaires, je recueillais chacun de leur cris d’agonie et me portait garant de chacun de leurs blasphèmes ; ils savaient qu’ils allaient à l’encontre de leur mort mais ils essayaient quand même d’avancer jusqu’au château au nom de leurs idéaux ; ou alors, étais-je la seule personne à me rendre compte que leurs efforts étaient vains ?

Contrairement à eux, cette tempête ne semblait avoir aucun effet sur mon corps, sûrement parce qu’elle était d’origine magique.

Puis elle cessa et le paysage réapparut à nouveau.

Dans la plaine, il n’y avait plus que des statues de glace de soldats en majeure partie recouvertes par la neige, ceux qui étaient visibles affichaient des traits de douleur, de terreur et de rage ; même si j’étais triste face à ce spectacle, mon « moi acteur » ne pleurait pas et n’éprouvait aucun remord face à ses actes.

Mais, sur la tour, il y avait à présent une autre personne, un des survivants de ce massacre qui venait de se produire sous mes yeux.

Il était grand, il avait de longs cheveux blonds et une aura de noblesse incroyable.

Il me parla mais, peut-être parce qu’il s’agissait d’un rêve, je n’entendis pas sa voix.

Je ne répondis rien, je ne bougeais plus…

Puis, d’un coup, il se rapprocha de moi, me saisit les épaules et m’embrassa.

QUOI ?!!! Pourquoi est-ce qu’un homme m’embrassait dans mon rêve alors que je suis également un homme ?!

C’est pas possible ! C’est !!!! Je ne suis pas comme ça !!!

Je ne pensais pas être amateur de garçons, même dans les tréfonds de mon inconscient…

Que devais comprendre de la situation au juste ? Etait-ce un de mes fantasmes enfouis et désapprouvé qui se révélait dans mon rêve ?

Non, je refusais de croire en cette théorie, qu’on arrête ce rêve !

Soudain, comme pour exaucer mon souhait, une vive douleur se fit sentir dans mon ventre et se propagea à travers l’ensemble de mon corps.

Je baissai les yeux et je vis une épée qui me traversait le buste, j’allais mourir aucun doute là-dessus, mon sang s’écoulait abondamment dans la neige immaculée et la teintait de rouge.

Je levais les yeux vers le chevalier et me rendit compte qu’il allait me suivre dans la tombe puisqu’il s’était transpercé avec moi.

Il me saisit les épaules et me sourit alors que nos forces nous quittaient.

Finalement, j’ouvris les yeux en sursaut et en sueur.

Même quelques minutes après la fin de ce cauchemar, il me semblait sentir la douleur de la lame dans mes tripes.

« Quelle rêve détestable ! » M’exclamai-je assis dans mon lit.

Depuis quand avais-je des aspirations à devenir un meurtrier qui génocide des armées de chevaliers et depuis quand étais-je devenu homosexuel ?

C’était le rôle que j’avais tenu dans ce rêve pourtant. Toutefois, pour me rassurer, je fis appel au fait que je n’étais que spectateur, cet autre moi n’était pas moi, je n’étais pas fautif.

Mais cette excuse était bien hypocrite au final, je m’étais reconnu dans la personne qui agissait et je voyais par ses yeux, même si j’étais incapable d’aller à l’encontre de ses actes.

J’éprouvais des inquiétudes sur mon état mental à mon réveil… même si ce n’était qu’un rêve,  ne pouvait-il pas cacher un malaise en moi ?

Ou alors, avais-je rêvé de cela à cause de ce maudit club de magie qui m’avait contaminé avec leurs idées de chuunibyou ?

Impossible de ne pas penser à ce dernier, en fait.

Le plus probable était que le rêve avait été inspiré par mes inquiétudes de la journée, mais soudain un doute affreux m’envahi…

Et si ce cauchemar était lié à leurs rites bizarres ?

Impossible de croire à la magie comme elles, mais j’avais lu des choses sur l’hypnose et les plantes neurotoxiques et je me souvins également que Mana faisait effectivement brûler quelque chose dans l’encensoir du club.

Espèce de sales sorcières, qu’est-ce que vous m’avez fait dans vos délires, bon sang ?!

A ce moment-là, je pris ma décision, j’allais retourner au club et leur demander des explications…

***

Après les cours, je retournai seul au club de magie.

*Toc toc*

J’attendis, mais personne ne me donna de réponse.

« Je me permets d’entrer. Eh, y’a quelqu’un ?! »

J’ouvris la porte tout en les interpellant, comme dans mes souvenirs, il y avait tout un tas de choses bizarres dans ce lieu qui était, comme la fois précédente, plongé dans la pénombre.

Il ne paraissait pas y avoir âme qui vive.

Cet endroit n’était assurément pas réconfortant, même lorsqu’il n’y avait personne ; c’était digne de ce qu’on pouvait imaginer d’un club de magie, où plutôt de sorcellerie, puisque je vis dans un coin un chaudron (qui était plus décoratif qu’autre chose puisqu’il n’y avait pas de cheminée dans la salle).

Soudain, j’entendis des pas provenant du couloir, puis les voix de deux filles.

Je ressortis immédiatement pour les attendre dehors, lorsque deux silhouettes arrivèrent derrière moi, bien plus proches que je l’avais initialement estimé.

« Eh, c’est Ren-kun ! Ça va, mon chéri ? »

Tout en entrant et en se rapprochant, Eri me fixa sans ménagement.

C’était quoi au juste ce « mon chéri » qu’elle venait d’utiliser ? Elle est vraiment idiote cette fille ?

« Ouais, ouais, c’est bien moi… Mais je suis pas ton chéri. »

Un peu derrière elle se trouvait Mana qui, comme à son habitude, affichait un visage inexpressif.

Cette fois, toutes les deux portaient leurs uniformes de cours.

« Meuh si, Ren c’est mon chéri. Tu préfères que je t’appelle autrement, peut-être ?

– Je suis pas ton petit ami et tu le sais très bien. Arrête donc de me chercher tout le temps, tu veux ?

– C’que t’es cruel ! T’as pas envie de sortir avec une fille mignonne avec des gros obus comme les miens ?

– Une fille mignonne avec de gros seins, pourquoi pas, mais ce sera pas toi en tout cas… »

Je pris une expression volontairement dure et distante alors que j’étais conscient de dire des choses bien cruelles pour une fille.

Toutefois, ce n’était pas une fille normale, quelque chose en moi me disait qu’il s’agissait simplement d’Eri, si je me montrais trop gentil, elle finirait par me sauter dessus dans cette salle sans en avoir rien à faire de personne.

Je la connaissais depuis très peu de temps, mais mon instinct me disait de me méfier de ce prédateur féminin à gros seins.

« Eh bien, mon chéri est un sadique… Voilà qui est intéressant. J’peux être aussi bien sado que maso, pas de souci… »

Tout en disant ces mots, elle se rapprocha les lèvres en avant. Je la retins par les épaules et lui dit :

« T’as vraiment un problème dans ta tête, je pense… Non, en fait, j’en suis sûr : t’as un grain ! »

Pendant ce temps, au lieu de m’aider, Mana nous passa à côté et entra dans la salle comme si nous n’existions pas.

Du moins, avec son visage impassible et sa démarche de fantôme, c’était ce que j’avais cru, mais une fois à l’intérieur elle dit à notre attention :

« Vous pourriez poursuivre votre querelle amoureuse dans la pièce, je vous prie. Je ne souhaite nullement que le club exhibe de telles activités dans le couloir.

– Et ça t’embête pas à l’intérieur de la pièce ?!

– Ouais, continuons ça à l’intérieur, mon chéri. On jouera aussi la scène de réconciliation comme tout bon couple, ça te va ?

– Non ça me va pas du tout, espèce d’idiote ! Je m’en vais ! »

Alors que j’essayai de m’éloigner dans le couloir, à ce moment-là Eri me retint par la manche de ma veste.

Lorsque je me retournai pour lui dire de me lâcher, oubliant complétement au passage la raison de ma venue dans ce club, elle souffla dans sa main et me projeta au visage une étrange poudre.

« Teuh, teuh ! C’est quoi ça ? Tu… Qu’est-ce que… »

Je ne pus finir ma question que je m’écroulai au sol.

Avant que mes yeux ne se ferme pour un petit moment, je vis Eri devant moi, elle m’envoya un baiser de la main.

Eriii ! Qu’est-ce que tu veux me faire, bon sang ?!

Tu as utilisé le même genre de piège la précédente fois, lors du rituel, pas vrai ?

Mana était donc complice dans tout ça ?

C’était le genre de pensées qui me frappèrent cette fois alors que je sombrais dans l’inconscience.

Ce qui m’étonne à l’heure où j’écris ces lignes, c’est que les fois précédentes, je n’ai gardé aucun souvenir ou presque du moment où je suis tombé. Avait-elle utilisé une poudre différente cette fois-là ? Ou alors, était-ce moi qui commençait à mieux réagir face à ce poison ?

***

Plus tard, je me réveillai dans la salle du club, cette fois encore j’étais attaché sur une chaise.

Bien plus qu’un réveil difficile, c’était un réveil confus, dans ma tête régnait un chaos des plus complet, j’avais l’impression de ne plus savoir quel jour nous étions, si je rêvais ou j’étais éveillé, si mes souvenirs étaient vrais ou faux…

Trop de choses inexpliquées s’étaient passées, trop de choses que mon esprit reconnaissait comme irréelles mais qu’une partie de moi trouvait normales.

Cette sensation était loin d’être plaisante.

Tout comme la fois précédente, la pièce était plongée dans l’obscurité ou pour être plus précis, je me trouvais dans la pénombre, puisque un peu de lumière de l’extérieur passait au travers des rideaux et éclairait péniblement les environs.

Mes premières paroles furent :

« Enfoirée d’Eri ! Eh, tu es où ?! »

Avant d’entendre la réponse à ma question, j’entendis derrière moi un léger mouvement, trop indistinct pour vraiment me donner plus d’informations que vaguement sa localisation.

« Tu veux me voir, mon chéri ? »

Comme toujours sa voix était joyeuse et provocante, elle se trouvait clairement derrière moi, pas très loin.

« Encore attaché ? Et nu en plus ? Ah non… ouf… »

Je baissai mon regard et me rassurai en me rendant compte que j’avais toujours mon uniforme de lycée.

« Ne dis pas ce genre de choses, tu me donnes envie…

– Pfff. C’est un de tes fantasmes c’est ça ? »

J’entendis son rire en réponse à ma question, il dura quelques secondes, puis elle reprit la parole :

« Tout à fait, c’en est un. J’adore les cordes et le bondage ! J’avoue que j’en ai pleins d’autres au passage. Et toi, t’aimes les cordes et tout ça ?

– Pas du tout ! Du coup, je vais te le demander gentiment encore une fois : peux-tu me détacher ?

– Quel dommage, moi j’aime ça… Du coup, on s’amuse un peu ?

– Tu m’écoutes un peu ?! Relâche-moi ! »

Mais Eri ne m’écoutait pas, elle vint se placer devant moi et s’assit sur mes genoux.

« Eh ! Arrête ! Te joue pas de moi, espèce de perverse !

– Ouais, mais non… J’ai pas envie, mon chéri. Faisons pleins de câlins et de choses censurées ! »

Tout en répondant, elle commença à ouvrir ma chemise.

« Mana-san, es-tu là ? «

Afin de me protéger de cette folle délurée, j’appelai à l’aide la seule personne qui me paraissait censée, ou du moins qui pouvait l’arrêter.

« Affirmatif, je suis bien présente. »

Pendant qu’Eri défaisait les boutons de ma chemise, je cherchai l’origine de la voix. Ce n’était pas si facile, avoir une fille sur les genoux, sentir sa chaleur et son souffle si proche, sentir sa poitrine me frôler, mon cœur palpitait et mon cerveaux avait déclaré l’état d’urgence…

Mana se trouvait derrière le bureau, silencieuse, inexpressive, elle lisait.

« Aide-moi, Mana ! Tu veux vraiment qu’elle fasse ce genre de choses dans la salle du club ?

– De quel genre de choses parlez-vous précisément, Mizuno-san ? »

Etait-ce une blague ? Je ne pouvais croire qu’elle ne comprenait pas les intentions d’Eri, nous étions entre lycéens et non pas entre primaires…

Les doigts de cette folle d’Eri me touchèrent soudain le torse, mon cœur s’affola bien plus encore à cause de cette douce et chaude main qui provoqua un frisson dans tout mon corps.

« Arrête de te foutre de moi ! Tu as très bien compris ! Aaaah, mais arrête bon sang !

– T’es un puceau, pas vrai ? »

Me demanda Eri alors que mon visage s’enflamma encore davantage.

« Idiote ! Je suis un lycéen… !

– Rien à voir. Ch’suis aussi au lycée mais plus pucelle pour autant…, dit-elle avec un regard plein de lubricité.

– Mana-san, aide-moi, je t’en supplie ! Elle est trop dangereuse cette perverse ! »

A cet instant, les mains de cette dernière commencèrent à s’attaquer à mon pantalon, elle le  déboutonna lentement. Elle ressemblait vraiment à un fauve jouant avec sa proie.

« Pourquoi devrais-je vous aider ? Par votre faute, Mizuno-san, le précédent rituel s’est soldé par un échec. Peu m’en chaut de votre pureté et intégrité, elles ne sont pas nécessaires. »

Aucun sentiment, un ton monocorde du début à la fin de la phrase, mais des paroles qui me firent mal, voilà le style de Mana.

« Hééééééé ! »

M’écriai-je ne voulant pas croire cette réponse, je ne pouvais penser qu’une personne raisonnable resterait là à attendre que ça se passe.

« De surcroît, si vous vous révéliez être effectivement celle que nous cherchons, la quatrième sorcière, que vous conserviez ou non votre pureté ne remettra nullement en cause la prophétie. Kanai-san, faites donc à votre guise, mais je vous prie de vous exécuter en silence, j’ai moult lectures à poursuivre. »

Eri lui répondit par un salut militaire et un « Roger ! » crié d’une voix enthousiaste.

Puis elle ouvrit le dernier bouton alors que je hurlais :

« Nooooooooooooooon ! »

Mais à cet instant, soudain, la porte de la salle s’ouvrit avec fracas et Selena entra hâtivement. Son souffle était rapide comme si elle avait couru, elle semblait fatiguée.

« Eri-san, Mana-san, nous avons un problème… »

Elle ne put finir sa phrase puisque ses yeux se tournèrent vers Eri et moi, elle rougit soudain de colère :

« Qu’est-ce que vous faites ?! Bande de pervers !!! »

Tout en hurlant, Selena couvrit ses yeux de ses mains.

« Pas du tout, pas du tout… Je voulais juste dépuceler Ren-kun. Tu veux te joindre à nous ? A trois c’est rigolo aussi.

– Ca va pas ?!!! Cria Selena en serrant ses poings furieusement. Mana-san ? Pourquoi tu ne l’as pas arrêtée ?! »

Mana tourna son visage éternellement figé dans le vide expressif vers la jeune femme et répondit :

« Parce que je n’ai aucun intérêt à le faire, je ne souhaite que lire au calme. Qui plus est, puisque nous n’avons pas besoin de la virginité de Mizuno-san dans le cadre de notre prophétie, je ne constate donc aucune incohérence logique à mon raisonnement et ma décision. Enfin, nous sommes toujours dans l’expectative de savoir si Mizuno-san est bel et bien la quatrième sorcière que nous recherchons, s’il s’avérait ne pas l’être cela aurait encore moins de conséquences. »

Les épaules de Selena tombèrent un instant confrontée à cette réponse qui avait l’allure d’un raisonnement logique de machine, puis elle rit nerveusement pour cacher sa colère sûrement et répondit :

« J’y crois pas… Cela dit, ça te ressemble bien de t’installer derrière ton bureau à jouer les voyeuse… Quant à toi, la nymphomane ! Dit-elle en pointant du doigt Eri. Tu vas arrêter tout de suite, tu m’entends ?! Dans la salle du club, les activités sex… opposées au règlement de l’école sont interdites ! »

Les yeux de Selena se plissèrent de manière menaçante et de réelles flammes apparurent sur son corps pour manifester sa colère.

« J’ai compris… Pfff, cette sorcière chiante… Faudra un jour que tu perdes aussi ta virginité et que tu te décoinces un peu.

– TAIS-TOI !!! Je veux plus t’entendre, sale lycéenne nymphomane !! »

Selena était vraiment très en colère, les flammes crépitaient sur ses vêtements sans les brûler, mais je ressentais depuis ma position leur chaleur ; face à ce spectacle, ne pas croire en la magie devenait de plus en plus difficile.

De mon point de vue, elle était la seule lycéenne à avoir une réaction normale dans ce club.

J’étais vraiment reconnaissant envers elle, je la voyais comme une alliée.

Eri se redressa et s’éloigna un peu de moi.

« Merci, Selena-chan. Tu m’as vraiment sauvé, t’es quelqu’un de bien… »

Mais, je m’étais trompé, même si je venais de la remercier, elle tourna vers moi un regard furieux et hostile :

« Ren-san, ne profite pas de la situation… Espèce de pervers profiteur !! »

J’étais plutôt surpris de son accusation :

« Hééé ? Même si tu dis ça, la seule victime c’est moi ici !

– Tais-toi ! Tais-toi !! »

Selena tapa du pied par terre pour accentuer son ordre de me taire.

Mon pantalon était toujours ouvert, j’étais toujours attaché à la chaise, elle était certes intervenue pour arrêter Eri mais elle n’avait toujours rien mentionné quant à ma libération.

« Rossi-san, veuillez-vous calmer, je vous prie. Veuillez également nous renseigner quant à ce problème que vous évoquiez en entrant. »

La voix morte de Mana calma les flammes ardentes de la jeune étrangère, qui toussota un instant, puis prit la parole :

« Oui, en effet… J’ai rencontré le directeur, il a refusé le certificat de création de notre club. Quand je lui ai demandé la raison, il m’a répondu que la description ne convenait pas. Que faisons-nous du coup ?

– Bah, on est des sorcières ! Dit Eri en passant ses bras derrière la tête ce qui fit rebondir sa grosse poitrine. On a qu’à utiliser des moyens magiques… »

Même si à cause de l’urgence du moment je n’avais pas pris la peine de mener des recherches approfondies, j’avais bien vu les flammes danser sur le corps de Selena, j’avais senti leur chaleur.

Evidemment, on aurait pu penser à quelques trucages encore, mais je commençais à me demander de plus en plus si elles ne disaient pas la vérité.

La magie existait-elle donc réellement ?

Etrangement, une partie de moi acceptait facilement cette vérité sans même en être effrayé.

Je me demandais pourquoi soudain ça m’était si facile à accepter, pourquoi cela me semblait si naturel ?

« Le devrions-nous ? »

Pendant que je réfléchissais, Mana prit la parole, les deux autres filles se rapprochèrent d’elle.

« Mana, est-ce par hasard tu veux fermer le club ? Demanda Eri.

– Pour Kanai-san, ce sera Kuroda comme je vous l’ai déjà dit précédemment. L’objectif de notre club est de retrouver la quatrième sorcière, même sans ce dernier nous pouvons poursuivre notre recherche, il est de ce fait devenu inutile. »

Mais Selena afficha une certaine colère sur son visage.

« Ce n’est pas ça le problème ! Nous sommes des sorcières, pourquoi devrions-nous fermer le club ? En plus, nous n’avons pas confirmé si Ren-san en est une ou non ?

– Je ne crois pas qu’il soit celle que nous cherchons, même après le rituel il n’a fait montre qu’aucune manifestation spontanée de pouvoirs magiques, dit Mana.

– J’pense pareil, dit Eri. En plus, les sorcières sont toutes des nana, c’est évident non ? A moins que… Ren n’est pas un mec en vrai… Faut que je vérifie ça de suite. »

Eri se tourna vers moi en tendant les mains, elle avait une expression provocatrice et se léchait les lèvres en se rapprochant.

« Je ne tolérerai pas de choses délurées dans ce club, Eri-san ! »

Une fois de plus, les flammes s’allumèrent sur le corps de Selena, mais elles étaient moins vive  cette fois.

« Je ne pense pas que cette proposition soit à rejeter. En effet, nous n’avons pas vraiment pris le soin de confirmer le genre biologique de Mizuno-san, il se peut que nous soyons dans l’erreur. S’il s’avérait que Kanai-san ait raison et qu’il ne soit aucunement un homme, la situation changerait singulièrement, vous en convendriez. »

Puisqu’il s’agissait de Mana, cette phrase n’avait pas un sens caché mal tourné, c’était simplement une réflexion froide et logique. Etant donné qu’elles cherchaient une sorcière, c’était un détail à vérifier, quoi de plus normal.

Mais, même si c’était censé, cela ne me convenait pas :

« Je suis un homme, arrêtez de vous foutre de moi !

– J’crois que ce que je vois ! »

En se rapprochant, l’expression faciale d’Eri avait un peu changée, elle était encore plus délurée et de la bave coulait de ses lèvres.

« Stop ! Smettila un po, mi stai dando sui nervi, ciota ! Ce problème est sérieux, arrêtez de rire.

– Moi aussi, ch’suis sérieuse… Je me demande si c’est pas une nana déguisée… »

Ma première impression en les observant avait été de croire que Mana, qui paraissait la plus sérieuse était la chef du club, mais je me demandais si finalement Selena n’agissait pas plus en tant que tel.

Même si elle était une étrangère, et malgré le fait que Mana appartenait à une famille riche et influente, elle imposait ses décisions avec vigueur.

Dans ce club, elle était la plus normale, mais ses crises de colère étaient tout de même effrayantes.

Afin de protéger ma dignité, en cet instant précis, j’ai estimé avoir besoin d’une alliée, c’est pourquoi je lui ai demandé :

« Selena, je peux sûrement t’aider avec cette histoire de directeur… Moi aussi je suis entré dans le club, ça me concerne aussi, pas vrai ? A propos, Hinata n’est pas venu ? »

Selena croisa les bras et tourna son regard furieux vers moi :

« En Hinata, il n’y a aucun signe de pouvoir, c’est pourquoi nous avons finalement refusé sa candidature. A dire vrai, nous sommes encore indécises à propos de toi. Normalement, puisque tu as fait briller la pierre magique, tu devrais avoir des pouvoirs au moins endormis, mais même après le rituel d’éveil tu ne sembles pas en avoir…

– Actuellement nous sommes donc confrontées à deux problèmes, dit Mana en poursuivant l’explication de Selena. Le premier est lié à Mizuno-san, est-il la quatrième sorcière ou non ? Le deuxième concerne la salle du club que nous risquons de perdre. Quelle solution allons-nous mettre en œuvre ?

– Comme vient de le dire Mana-san, je pense que nous devons étudier plus longuement le cas de Ren-san. Aussi, je vous propose que nous le gardions dans le club jusqu’à la fin de l’étude. Commençons par résoudre ce problème déjà… »

Une fois de plus, elle s’était exprimée en tant que chef.

« Je n’oppose aucune objection. Kanai-san, pour votre part, en éprouvez-vous à l’égard de ce projet ?

– Hein ? Bah, depuis le début ch’suis pour qu’on le garde de toute façon. Ren-kun est beau gosse et il est marrant quand je le harcèle, moi j’dis qu’on le garde ! »

Je ne savais pas vraiment si être content ou non de cette décision de groupe. Le mieux pour moi aurait été qu’elles décident de me laisser partir et que je reprenne ma vie normale.

« Parfait. Donc c’est décidé, Ren-san reste avec nous. Passons au point suivant, que faisons-nous concernant le club ? »

Avec un regard autoritaire, Selena croisa les bras tout en agitant ses couettes.

Eri répondit la première :

« Perso, je m’en fous du club, mais j’veux montrer nos pouvoirs à Ren.

– Pourquoi tu veux faire une telle démonstration ? Demanda Selena avec suspicion.

– S’il me voit dans un moment cool, il va tomber pour moi et peut-être même vouloir coucher.

– Mana-san, tu en penses quoi ? »

Selena ignora complétement la réponse d’Eri, elle posa cette question à la silencieuse Mana.

« Même si nous n’avons nulle nécessité de cette pièce, elle rend notre réunion plus aisée. C’est pourquoi, une intervention magique, comme vous le proposiez précédemment, serait probablement avisée.

– Ottimo ! Puisque tout le monde est d’accord, commençons les préparatifs de notre contre-attaque magique. »

Leurs visages à toutes les trois devinrent sérieux…

« Euh, ce serait pas mal de me détacher… pas vrai, les filles ? »

Selena tourna vers moi un regard noir et d’une voix énervée me dit :

« Tu en es encore à ça ? »

D’un coup, elle mit un sac sur ma tête, tout devint obscur et je ne pouvais plus rien faire d’autre que les écouter et me plaindre de mon traitement.

Incantation IV

« Que dites-vous de ce plan ? » Demanda Selena.

De mon côté, j’étais une fois de plus ligoté à une chaise et j’avais un sac sur la tête qui m’empêchait de les voir.

Elles avaient discuté d’une stratégie à suivre, mais je n’avais pas tout écouter, j’étais occupé à tenter de me défaire de mes liens.

Ce que j’ai entendu par contre :

« Qu’est-ce que tu racontes ?

– Bah, laisse tomber.

– Explique-toi, s’il te plait. »

Dans mon imagination, Selena croisait les bras et observait de manière suspicieuse Eri, mais ce n’était que mon image mentale de la scène que je ne pouvais voir.

« Euh, puisque t’es du genre trop coincée du cul, proposer de s’infiltrer dans le bureau du dirlo, ça m’a un peu surprise. Mais pas de souci, va-y, ça me paraît un bon plan.

– Pour le club de magie, je peux le faire… Puis, c’est pas une si vilaine chose, non ? Simplement tamponner le formulaire d’acceptation, c’est tout.

– P’tet bien… ‘Fin, de mon point de vue, je m’en fous. De toute manière on est des sorcières, on est toujours les vilaines des histoires donc faire ça ou autre chose… Bah, tu comptes y aller quand ? Maintenant  ou demain ? »

J’entendis Selena grommeler, puis d’un coup elle se mit à marmonner quelque chose dans une langue étrangère, sûrement une langue européenne. Du latin, je présume.

Soudain, « Miaou », j’entendis un miaulement dans la salle.

Un miaulement ? Il y avait un chat dans la pièce à mon arrivée ? Etait-ce le même que la dernière fois ?

La voix d’Eri s’exprima à nouveau :

« T’as fini de te transformer ? C’que t’es lente… »

Le chat sembla répondre à la question par des miaulements agressifs.

Selena s’était-elle vraiment transformée ?

La raison de sa gêne qui m’avait valu cette capuche sur la tête était donc qu’elle ne souhaitait pas utiliser ses pouvoirs devant moi ?

« Chéri, c’est un cadeau de ta femme bien-aimée… Instant fanservice ! »

Tout en s’écriant joyeusement de la sorte, Eri retira le sac sur ma tête.

Devant mes yeux se trouvait une culotte rouge à l’allure plutôt adulte…

Mon visage rougit immédiatement.

« C’est… c’est celle de qui ? La tienne, Eri ?

– Yep, c’est la mienne. Elle est jolie, pas vrai ? Tu aimes~ ? »

Alors qu’elle tendit vers moi le morceau de tissu, le chat au pelage roux se mit à miauler furieusement. Il était exactement identique à celui de la dernière fois.

Eri le regarda,  « miaou miaou », elle l’imita en se moquant de lui, puis elle mit la culotte sous mon nez.

J’avoue que sans être un pervers,- mais VRAIMENT PAS ! ,- à cette distance de cet objet interdit et érotique, je sentais entrer dans mes narines une odeur qui m’était inédite… Mon cœur s’affolait, j’étais pétrifié.

« Ren-kun, t’en dis quoi de cette odeur ? »

Alors que la culotte allait finir en contact avec mon visage, le chat bondit et l’arracha des mains d’Eri, puis il s’en alla dans un coin de la pièce où il déposa son butin.

Immédiatement après, il hérissa le poil et miaula furieusement.

Eri eut un fou rire, à l’opposé d’elle je m’en remettais à peine, j’étais gêné comme jamais.

Aimait-elle à ce point ce genre de blagues ? Avait-elle à ce point si peu de gêne et de bon sens ?

« Ouais, ouais, j’ai pigé, Miss la chatte, j’arrête ! Tiens au fait, Ren-kun, c’était la culotte de Selena si tu n’avais pas capté . Elle est ultra énervée, la prochaine fois que tu la verras, elle va te réduire en cendre, c’est certain. Pas vrai, Miss Miaou Miaou ? »

Une nouvelle fois, elle s’esclaffa de manière détestable.

Le chat était furieux, il sortait griffes et crocs.

J’en eus la certitude en cet instant, même si j’avais du mal à le croire, -c’était impossible pourtant, ce genre de choses n’existent pas,-  mais cette chatte n’était autre que Selena.

« Qu’est-ce qu’il y a Selena ? Pourquoi tu dis plus rien ? Pourquoi tu reprends pas forme humaine pour m’engueuler ? Hahahahaha ! »

Provoquer quelqu’un de la sorte, c’était bien une attitude digne d’elle.

Selena, sous forme animale, prit une position de combat et semblait prête à bondir sur Eri.

« Whaa ! J’ai peur~ Si tu reprends forme humaine, tu seras à poil devant Ren, n’est-ce pas ? Et ça t’as trop honte de le faire, même si je t’énerve bien plus. Hihihi !

– Pourriez-vous cesser toutes les deux, je vous prie. Si vous souhaitez faire étalage de vos sous-vêtements, utilisez les vôtres, Kanai-san. »

Hééééé ?! C’était prendre ma défense ça ?! C’était un moyen de mettre fin au conflit, CA ?!

Si tu veux me protéger, ne donne pas ce genre d’idées saugrenue au cerveau tordu de cette perverse !!

Par ces mots, elle venait de donner carte blanche à ce monstre de perversion, elle venait de lui suggérer de se mettre à table.

« Ok, ça marche ! »

Sur ces mots, les mains d’Eri glissèrent sous sa jupe et infiltrèrent ce territoire interdit de la femme, puis elle baissa d’un coup sa culotte.

C’était un modèle simple,  blanche… ça ne ressemblait pas du tout à l’image qu’elle donnait d’elle, j’avais pensé à quelque chose de plus érotique venant d’elle.

Après l’avoir retirée, elle l’approcha lentement de moi, savourant sadiquement l’embarras et la gêne qu’elle provoquait sur mon visage.

« Elle est encore chaude, Ren…

– Arrête !! Que quelqu’un l’arrête !!! »

Je me mis à hurler tout en m’agitant sur ma chaise, lorsque soudain, la porte s’ouvrit…

***

Nous étions tous surpris et tournâmes en même temps nos têtes en direction de la porte de la salle du club.

Un inconnu la fit coulisser et entra sans rien demander.

Cet homme paraissait avoir la trentaine, il portait un uniforme et avait une apparence soignée et beau garçon.

Je pensais qu’il s’agissait sûrement d’un professeur, mais…

« Bienvenue, Monsieur le Directeur. Pouvons-nous vous être utiles à quoi que ce soit ? »

Bien sûr, Mana prononça ces mots sans aucune surprise ou émotion, elle l’observait de ses yeux vides comme elle seule savait le faire.

Eri qui venait d’être surprise dans un moment embarrassant, sa culotte en main, demanda sans la moindre pudeur :

« Whaaa ! Quelle surprise ! Hello, M’sieur le Dirlo. Y s’est passé un truc ? »

De mon côté, je me sentais complétement honteux, j’étais non seulement attaché à une chaise, mais mon pantalon gisait à mes pieds et Eri avait mis sa propre culotte devant mon visage. Allait-il penser que nous tenions des activités douteuses dans ce club ?

Aurait-il eu tort de le penser, d’ailleurs ?

« Euh, actuellement… euh… c’était pas… des choses honteuses… »

J’étais tellement stressé que les mots sortirent de ma bouche sans réfléchir, mon explication était tellement nulle qu’il n’y avait aucun doute qu’il me prendrait pour un détraqué sexuel.

Il ferma brusquement la porte, puis nous scruta d’un regard perplexe.

« Soyons sur nos gardes, je vous prie. Un simple mortel n’aurait jamais pu pénétrer notre kekkai, veuillez le dénoter.

– Yep, j’sais, Mana-chan. C’est trop clair qu’y a un problème…

– Nous en avons précédemment discuter, pour Kanai-san ce sera Kuroda-san, je vous prie. Veuillez ne pas me nommer à votre guise.

– Ouais, ouais, mais pas envie, c’est trop chiant d’appeler les gens par leurs noms de famille… »

Elles étaient parties dans leurs disputes habituelles et frivoles sans concéder d’attention au directeur.

Toutefois, il y avait quelque chose qui me tracassait en cet instant :

« Un kekkai ? C’est comme dans les manga, une zone magique ? Comment j’ai pu rentrer avec Hinata la dernière fois ? »

Mana tourna vers moi son regard froid comme la glace et me répondit :

« C’est après votre passage que nous avons décidé d’en ériger un, nous nous sommes rendues  compte qu’il était possible de nous importuner et donc nous l’avons érigé. »

En ayant sûrement assez d’être ignoré, le directeur se passa la main dans les cheveux et adopta une pose hautaine et dit d’une voix imposante :

« Sorcières hérétiques qui reniez le nom de Dieu, c’est en son nom et pour sa gloire éternelle qu’il faut que je vous châtie. Je voulais prendre un peu plus de temps avant d’agir, mais je ne peux laisser votre présence impie corrompre mon école… »

Attendez un moment ! Il les croit vraiment dans leurs histoires de sorcellerie et autres délires de chuunibyou ?

Le directeur n’aurait-il pas un problème dans sa tête au juste ?

« Euh, Monsieur le directeur…, dis-je le visage crispé. Vous savez, toute cette histoire de sorcières et tout ça, c’est une sorte de blague. Ces filles sont juste un peu atteinte, elles ne méritent pas de punitions… seulement d’aller voir un psy en fait… »

Mais il ne m’écoute pas, il était entré dans un délire religieux, il changea de position et, serrant son poing devant lui en direction des filles, il dit d’une voix forte et à la limite de l’hystérie :

« C’est pourquoi !  Viles sorcières hérétiques ! Crevez ! Au nom du Père Eternel, crevez ! CREVEZ ! CREVEZ !! Hahahahahahahahahahahahahahahaha !!!! »

Il se mit à rire d’une manière particulièrement bruyante et malsaine, son corps se pencha en arrière alors qu’il riait de toute son âme.

Alors que sa voix emprunte de folie et de sadisme résonna dans la pièce, son costume noir se désintégra et devint des flammes qui l’encerclèrent, qui dansèrent sur son corps et qui se transformèrent en une armure de chevalier en métal.

« Je me questionne quant à cette appellation d’hérétique, dit Mana sans expression. Nous sommes au Japon et la plupart des personnes ne sont pas de confession catholique, est-il donc possible de dire que des sorcières soient par définition hérétiques ?

– On s’en bat de tes questions métaphysiques, Mana-chan. Cette scène de fanservice devenait intéressante, bon sang !! Les spectateurs se demandaient tous si j’allais mettre ma culotte sur le nez de Ren ou alors dans sa bouche et si j’allais ensuite relever ma jupe pour la lui montrer. Espèce de taré, casse toi, tu gênes ! Ah, ça m’énerve, ça me fout carrément en rogne ! Je déteste ce genre de pète-c***** pénible en plus ! »

Bien sûr aucune des deux ne paraissait vraiment inquiète de la métamorphose du directeur et elles parlaient chacune  leur propre langage sans vraiment s’écouter.

Eri frappa le parquet du pied, elle grogna et jeta d’un mouvement de bras nonchalant sa culotte dans la salle.

L’instant d’après, elle se mit à incanter en japonais  :

« Issues des tréfonds de mon cœur, j’en appelle aux brumes de destruction, suivez mon ordre et  jaillissez ! Faites disparaître toute vie ! »

Contrairement à son langage plutôt familier, voire vulgaire par moment, lorsqu’elle incantait elle utilisait des paroles plus belles et une formulation plus correcte.

Une brume d’une couleur verte étrange apparut et enveloppa la jeune femme, cette couleur m’évoqua rapidement celle du poison ; peut-être une idée venue des jeux vidéo que j’avais joué, mais c’était ma première impression en la voyant. J’étais donc très inquiet mais à cause de mes liens, je ne pouvais bouger.

« Hééé ! Ça devient dangereux tout ça, laissez-moi partir, j’y comprends rien de vos histoires ! »

Eri tourna sa tête vers moi tout en continuant de diriger son corps vers son ennemi, elle m’envoya un baiser de la main :

« Attends, s’t’plait, mon chérie d’amour. J’vais vite l’écrabouiller et je reviens m’occuper de toi. Ne rate pas le spectacle, en plus j’ai plus de culotte, observe bien. »

Elle me fit un clin d’œil et leva rapidement sa jupe pour me laisser voir ses blanches fesses, c’était un spectacle très rapidement mais il s’imprima profondément dans mes yeux ; sans être pervers, je reste un garçon, mon cerveau est formé à capter ce genre de choses.

Cela ne m’empêcha pas de rougir et de saigner légèrement du nez.

« Qu’est-ce que tu fous, sale perverse ! »

Mais Eri m’ignora, elle s’avança de quelques pas et tendit la main vers le directeur :

« Disparaît ! »

La brume verte s’éloigna rapidement du corps de la jeune femme et le prit pour cible, rapidement elle l’encercla.

Mais ce dernier continua de rire, il ne semblait pas du tout inquiet,  d’un coup il fit un mouvement brusque de bras et la brume disparut.

« Kanai-san, je crains que nous ayons affaire à un véritable inquisiteur, il a activé son aura. »

Lorsque Mana fit ce commentaire à sa collège, le directeur se calma un peu, il se redressa correctement tout en cessant progressivement de rire.

Puis, il finit par dire :

« C’est mon tour, je suppose. Epée de lumière qui abat le Mal, apparaît ! »

Dans sa main apparut une épée de lumière, il se mit en position d’attaque.

« Aaaah ! Il me gonfle ! Bien sûr, il devait avoir sa put*** d’aura anti-magique ! Pourquoi les inquisiteurs sont aussi pénibles, bon sang ?! Mais… Ren-kun, ne rate pas une seule seconde, tu vas voir comment que ch’suis trop cool !

– Kanai-san, vous êtes toujours bien trop bruyante. Ne souhaiteriez-vous pas mon aide dans ce combat ?

– Fais comme tu veux… Mais me gêne pas ! »

Suite à ces mots, elle se remit à incanter et son corps se modifia : ses bras gonflèrent un peu, ils se recouvrirent d’une sorte de chitine de couleur sombre alors que des sortes de tentacules vinrent les encercler et les recouvrir comme un gros bracelet ; les manches de son uniforme se déchirèrent.

Contrairement à ce qu’elle avait dit, ce n’était pas du tout cool, c’était juste dégueulasse à voir.

De son côté, Mana se mit également à incanter dans une langue inconnue, du sang jaillit de sa main et forma une sorte d’arc liquide, fait de sang.

Elle adopta une position de tir qui me fit me douter qu’elle avait sûrement pratiqué du kyūdō[4]. Elle arma une flèche d’os qu’elle fit apparaître soudain.

Devant ces manifestions évidentes de magie, mes derniers doutes s’écroulèrent, elles étaient des sorcières, des utilisatrices de pouvoirs magiques.

Le combat commença.

Contrairement à l’image que je me faisais des sorcières issues des jeux vidéo et des mangas, Eri était plutôt adroite au corps à corps, elle faisait le poids face à ce chevalier en armure et à l’épée de lumière.

Son style de combat était l’opposé de son langage et de sa manière d’agir normale, elle était rapide et gracieuse, elle se battait avec élégance telle une danse de combat.

De son côté, la patience et l’adresse de Mana était impressionnante.

Même si l’inquisiteur se battait au corps-à-corps contre Eri et que sa fenêtre de tir était réduite, elle parvenait à toucher sa cible. Par contre, elle ne tirait pas rapidement, elle prenait le temps d’ajuster sa visée pour ne pas toucher son alliée.

Toutefois, l’armure du directeur était solide, les flèches n’arrivaient pas à percer cette épaisse couche de métal. De temps en temps, il se protégeait à l’aide de son épée de lumière et les déviait.

Soudain, au cours d’un enchaînement d’attaques où Eri avait l’avantage,- elle attaquait si vite qu’elle ne laissait que peu de répit à son adversaire,- le directeur parvint à l’aide d’une esquive en arrière à trouver une faille dans la défense de la jeune femme et il lui porta un coup d’estoc à l’épaule.

Son épée bloquée quelques instants dans le corps de la sorcière, il ne put se défendre contre le tir de Mana qui vint percer l’armure et s’enfoncer dans son bras.

Puisqu’ils étaient tous les deux blessés, ils reculèrent un instant et une pause se marqua dans le combat ; contrairement aux scènes des films, malgré leurs blessures, aucun des deux ne semblait souffrir de leur blessure.

« Joli tir, Mana ! Dommage que tu ne puisses pas utiliser ta nécromancie sur lui…

– Tout comme vous le dites, c’est regrettable. Si j’avais pu l’employer sur lui, le combat aurait été bien plus aisé, mais en raison de leur aura antimagique les véritables inquisiteurs sont de réelles menaces. »

Eri incanta rapidement et la blessure de son épaule se referma magiquement. Des sortes de filaments verts s’étaient infiltrés dans la plaie et l’avaient refermée. Ce genre de soins magiques étaient vraiment impressionnants.

« Eh ! Enfoiré, tu veux vraiment continuer le combat ? On est deux, on est pas blessées et on est super fortes, continuer le combat c’est comme se suicider en fait. »

Mais, il se mit à rire aux éclats à nouveau. Il était si confiant que ça dans sa réussite ?

Alors que les deux filles l’observaient, il continua de rire.

A quoi pouvait-il penser ?

« Sales sorcières fourbes et méprisables, vous pensez être les seules à pouvoir utiliser la magie ? »

Je ne comprenais pas trop ce qu’il y avait de surprenant à la situation mais Eri semblait l’être légèrement (Mana était inexpressive, inutile de le préciser).

« Sérieux ?! Mana-chan, ta flèche était un peu trop puissante, il a perdu la tête j’crois bien… Eh oh, allô, t’es un chevalier du dieu chrétien, vous avez pas de magie. »

Sa réponse fut simple, sans incanter il pointa sa main ouverte vers Eri et lui tira un rayon de lumière.

Elle esquiva de justesse en se jetant sur le côté, le rayon poursuivit sa trajectoire en ligne droite… et il me frappa directement.

Cela ne faisait pas mal, je ressentais  juste un picotement bizarre.

Lorsque j’ouvris les yeux suite à cette attaque, je vis que de nouvelles entraves étaient apparues sur mon corps : des chaînes de lumière.

« Eh bien, je me demande si j’ai raté ma cible… mais peut-être pas… »

Dit le directeur en souriant et en refermant son poing.

« Des chaînes vitales… A partir de maintenant, mes blessures seront les siennes, je vous laisse imaginer ce qui lui arrivera si vous me tuez… Me suivra-t-il dans la mort ? Ne le fera-t-il pas ? C’est vous les expertes en magie, vous en pensez quoi ? »

Puis il se mit à rire à nouveau de façon démente tout en prenant un pose hautaine.

« Grrr… Mana-chan, t’en penses quoi ? C’est du flan ou pas ?

– Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un subterfuge.

– C’est bien digne de vous autres sorcières, vous nous sous-estimez et, à présent, qu’allez-vous donc faire ? Sacrifier votre chéri, votre esclave sexuel ? »

Son visage était devenu très sérieux d’un coup, il était vraiment effrayant, j’en frissonnais.

Toutefois…

« Je suis pas leur esclave sexuel… en fait, je fais même pas partie du club… »

Dis-je d’une petite voix hésitante.

« Dis pas n’importe quoi, chéri. »

Mais le combat reprit soudain sans que je puisse me défendre d’avantage.

Malgré la maîtrise du combat au corps à corps d’Eri, l’inquisiteur avait à présent un avantage certain : c’était moi, son otage.

Même si son épaule était blessée il avait l’avantage, puisque Eri s’était mise uniquement en défense et Mana ne tirait plus, -elle préparait son tir mais le retenait,- elles hésitaient toutes les deux à agir à cause de moi.

Eri subit une nouvelle blessure, cette fois au niveau du ventre ; elle semblait particulièrement vilaine et douloureuse, mais elle ne cria même pas.

Puisque sa magie avait l’air d’être orientée sur le contrôle corporel, avait-elle la possibilité de désactiver la douleur à l’intérieur de son corps ?

Tout le laissait à penser…

Mais dans le cas du directeur, quelle était l’explication ? L’adrénaline engendrée par son fanatisme ou alors sa magie ?

Le directeur afficha un sourire sadique et porta un coup de pied à la jeune femme qui la fit reculer.

Il s’approcha d’elle alors que son visage funeste était éclairé par cette funeste épée de lumière.

Mana tira à cet instant-là, elle visa l’épaule où l’armure avait déjà était brisée,- en fait, depuis le début du combat, elle avait concentré ses tirs sur cet endroit précis jusqu’à le fragiliser,- la flèche s’enfonça dans la même épaule.

A cet instant, j’eus vraiment super mal, je ne pus m’empêcher de crier.

J’ai honte, mon cri était tellement aigu qu’on aurait dit une fille. En même temps, pour ma défense, c’était la première blessure sérieuse de ma vie, c’était normal… je pense.

Il n’y avait pas de blessure sur mon corps, mais juste une affreuse douleur.

J’avais lu un jour qu’il était possible de mourir de douleur, de fait si elles venaient à tuer le directeur je risquais vraiment d’y passer ?

Contrairement à eux, je n’avais pas d’expérience de combat, cette douleur me fit paniquer, je me secouais sur ma chaine à la recherche de ma libération.

Tous s’arrêtèrent de se battre à cet instant, les filles parce qu’elles ne savaient quoi faire et l’inquisiteur parce qu’il tentait de récupérer de sa blessure ; il surmontait donc bel et bien la douleur grâce à des efforts de volonté, il n’était pas immunisé.

« Ce n’était effectivement pas un subterfuge, dit Mana. En effet, leurs vies sont liés magiquement à présent, mais je ne peux vous laisser mourir Kanai-san.

– Héééé ? Quelle surprise, Mana-chan, tu es donc amoureuse de moi ? Si la situation n’était pas aussi critique, je te sauterais dans les bras… mais… cet enfoiré a impliqué mon chéri, je vais le… »

Le visage d’Eri prit une expression de colère qui était opposée à son expression habituellement insouciante.

« N’ayez aucun mauvaise interprétation de mes paroles, Kanai-san, je vous prie. Toutefois, Mizuno-san n’est pas une sorcière avérée, à l’égard de la prophétie son existence n’est pas déterminante et il se pourrait qu’il n’ait aucune importance. Aussi, je préfère préserver votre vie à la sienne, vous êtes bien plus nécessaire. »

QUOI ?! Non, non, non, ne dis pas des choses si horribles ! Pas dans un moment pareil, pas avec ce visage sérieux !

J’ai rien fait moi, pourquoi veux-tu me sacrifier comme ça ?

« Eh ! Ne me tuez pas !! »

Elle arma une nouvelle flèche dans son arc et me répondit :

« Vous m’en voyez réellement navrée, Mizuno-san. C’est un simple raisonnement logique, je n’ai pas le choix. »

Sa manière de parler n’était pas agressive du tout et son visage n’avait pas changé, mais elle venait de dire qu’elle allait me sacrifier, c’était la signification de ses mots.

« Eh, stupide fille de bourge ! Je ne te laisserais pas tuer mon chéri, si tu le tues tu seras la prochaine ! Puis, Selena ! Stupide chatte de gouttière ! Libère Ren tout de suite, on s’en fout de ta timidité, t’entends ? »

Quelques miaulement se firent entendre, c’était la réponse de Selena.

Eri se releva en tenant sa blessure, ses jambes tremblaient même si elle ne se plaignait pas de son état ; le sang coulait abondamment de sa blessure au ventre.

« J’te dis qu’on s’en fout de ta poitrine plate et de tes poils pubiens roux. Fais boire cette potion à Ren, tout de suite ! »

Elle lança une potion à mes pieds, c’était une petite flasque similaire à celles des RPG mais plus petite.

L’inquisiteur, qui avait posé genou à terre depuis quelques secondes, se releva à son tour, il avait sûrement aussi mal que moi mais il gérait bien plus virilement la chose, il semblait prêt à reprendre le combat.

« J’ai bien reçu votre demande, Kanai-san. Veuillez soigner votre blessure je vous prie, je m’occupe de le retenir. »

Mana utilisa un autre pouvoir à cet instant-là, elle rassembla le sang qui s’était écoulé dans la pièce et en fit une épée.

Puis, elle engagea l’inquisiteur au corps à corps et le combat se poursuivit.

Elle était moins adroite que Mana à cette distance, mais puisque l’ennemi était déjà blessé et que ses mouvements avaient ralenti, elle avait les compétences suffisantes pour faire gagner du temps à son alliée jusqu’à son rétablissement.

Pendant ce temps, derrière moi une voix faiblarde et gênée me dit :

« Ne te retourne surtout pas ! Si tu le fais, je vais t’anéantir, tu m’entends ? Attends un instant, je vais récupérer la potion. »

Evidemment, c’était la voix de Selena. Elle s’accroupit derrière moi, tendit la main et attrapa la potion à mes pieds.

Elle dégageait vraiment une bonne odeur, malgré la douleur cette pensée me traversa l’esprit.

Sans me retourner, je pus tout de même voir ses longs cheveux et son épaules blanche comme la neige ; puisqu’elle s’était rapproché de moi, je pus sentir son incroyable parfum.

Je ne pouvais rien voir réellement, mais la savoir nue derrière moi, si proche de moi, c’était très excitant, aussi je rougis.

« Pourquoi tu rougis, idiot ? C’est pas le moment ! Tiens, bois-ça… mais interdiction de me regarder, je te préviens ! »

Elle se rapprocha encore pour faire passer son bras devant moi et me faire boire la potion (je sentis un peu sa poitrine contre l’arrière de ma tête, je le reconnais).

Quel goût atroce ! C’est inhumain de faire une potion pareille !

Je ne savais pas les effets qu’elle devait avoir, face à cette situation critique personne n’avait demandé à Eri, mais quelque chose se passa, mon corps se réchauffa de l’intérieur.

Je fermai les yeux, je me sentais faible.

Pendant quelques secondes, je ne pouvais penser à rien.

Lorsque je repris conscience, mon corps était devenu froid… très froid.

C’était la première fois que je ressentais ce genre de froideur de ma vie, mais je me sentais bien… plus que jamais.

Elle n’était vraiment pas un problème pour moi, un peu comme dans mon rêve.

En cet instant, j’étais devenu une sorcière.

***

A mon réveil, la première chose que j’entendis ce fut la voix de Selena :

« C’était quoi au juste cette potion ? Pourquoi Ren a-t-il rapetissé ? »

Puisqu’elle était en plein combat, Eri donna une réponse courte :

« C’est une potion de changement de sexe.

– Hein ? Pourquoi tu voulais que je lui fasse boire ça ? »

S’étonna Selena nue derrière moi.

« S’il devient une fille, il sera plus petit et pourra se libérer des chaînes magiques… c’est ce que j’ai pensé. »

En effet, même si ces chaînes magiques étaient composées d’énergie, elles avaient l’air de se comporter comme de réelles chaînes, son raisonnement était hasardeux mais pas improbable.

Mon nouveau corps était effectivement bien plus petit… vraiment plus petit !

Les chaînes glissèrent de mon corps et tombèrent à terre, puis disparurent.

J’eus l’impression que ça faisait un moment que je n’avais pas été libre, mais en raison du combat à proximité, je me levais sans tarder.

A cause de la différence de taille,  mon caleçon tomba d’un coup, il rejoignit à mes pieds mon pantalon qu’avait déjà baissé Eri précédemment ; ma chemise était bien trop large pour moi mais couvrait les parties à présent à découvert.

Dans la fenêtre proche je vis mon reflet, j’étais devenu une fille de petite taille à la longue chevelure argentée.

Lorsque je dis longs, ils l’étaient vraiment, ils s’écoulaient sur mon corps et arrivaient jusqu’à mes genoux.

Quant à mes yeux, ils étaient devenus d’un rouge bien peu commun.

En tendant ma main vers cette fille qui me paraissait incroyable, je vis que ma peau était devenu blanche comme la neige, probablement aussi blanche, voire plus, que celle de Selena.

Sans aucun doute, cette fille mignonne devant moi n’avait rien à voir avec mon apparence normale, sa beauté était vraiment envoûtante.

On aurait pu s’attendre à ce qu’une potion de changement de sexe me féminiserait et ferait ressortir un « moi féminin », c’est ce qui arrive généralement dans les fictions dans ce genre de cas, le garçon devenu fille garde des traits en commun avec son nouveau corps comme la couleur des cheveux, la couleur des yeux, etc.

Mais dans mon cas, la fille que j’étais devenu n’avait rien de commun avec moi, elle n’avait même pas le même phénotype, elle était apparemment caucasienne.

En peu de mots, j’étais devenu une sorte de loli étrangère super mignonne.

« Ce corps, est-ce vraiment moi ? »

Ma voix était également très douce et envoûtante, mais je n’avais pas le temps de penser à tout ça, puisque je vis qu’Eri venait de subir une blessure.

En effet, afin de protéger Mana  qui était sur le point de se faire blesser, Eri avait arrêté ses soins magiques, s’était interposée, avait réussi à parer le coup d’épée avec ses bras, mais l’inquisiteur l’avait frappée à nouveau au ventre.

Ce coup l’avait projeté contre le mur voisin et avait aggravé la blessure déjà présente.

Le directeur s’avança vers elle en la menaçant de son épée, son intention d’en finir avec elle était évidente.

Cette lycéenne, elle avait été très cruelle envers moi, mais je ne pouvais vraiment pas accepter de la voir souffrir plus longtemps.

A ce rythme, elle allait sûrement mourir d’une seconde à l’autre et cette simple et atroce pensée suffit à me faire tourner la tête et me rendre fou…

Eri était mal au point, Mana ne pouvait pas le blesser avec son épée de sang, elle ne pouvait que se défendre (en effet, puisqu’elle est composée de magie, elle est affectée par l’aura d’inquisiteur), Selena se cachait, il n’y avait personne pour sauver la situation… sauf moi.

« Permettriez-vous que nous nous en occupions ? »

C’était ma pensée en cet instant, je voulais intervenir et sauver Eri, mais cette manière de parler, ce n’était pas celle que j’utilisais habituellement, d’une certaine façon ces paroles sortirent naturellement de ma bouche.

Le directeur se tourna vers moi, il semblait contrarié et fatigué par son combat, mais sa détermination brillait dans ses yeux. Il détestait vraiment les sorcières au point de frôler la folie furieuse, je n’étais pas encore décidé de quel côté de la ligne « folie » il se trouvait ; était-il presque fou ou alors était-il encore un peu sain d’esprit ?

« Attends un instant, ma chère petite, ce sera ton tour après le sien. »

Il arma son coup pour l’abattre sur Eri, son épée de lumière brilla au-dessus de sa tête, mais lorsqu’il l’abattit un mur de glace apparut pour protéger la sorcière.

« La sorcière du nord. »

Ces paroles, qui aurait certainement été pleines de surprise dans une autre bouche, venait de sortir de celle de Mana sans aucune émotivité ; elle était prête à agir, mais je l’avais pris de court.

Tout en m’approchant du directeur, je me débarrassais du pantalon et du caleçon qui pendaient à mes pieds et me défit de mes chaussettes et chaussons.

« Nous serons votre ennemi à présent. Nous vous conseillons de vous préparer à votre décès imminent. »

D’où me venait cet excès de confiance en moi ? Pourquoi étais-je si hautain ?

Cela étant dit, je ressentais effectivement un puissant pouvoir dans mon corps.

Précédemment, le mur de glace était apparu sans incantation, je n’avais fait que désirer protéger Eri et la magie s’était exprimée à ma place.

Peut-être que cette fois aussi…

« Ma petite sorcière, ta magie est inutile contre moi, me dit le directeur. Que vas-tu faire ? Une épée de glace ? Une arme de givre ? Mais au corps-à-corps, en tant que faible sorcière, tu ne feras jamais le poids. »

Il avait sûrement raison, en combat rapproché il avait l’avantage physique et technique. Sans réfléchir, sans l’écouter, seul le désir de tuer montait en moi, tout le reste disparut.

Cette haine profonde et intense… c’était la première fois que je la ressentais ainsi.

Au cours de ma vie, il y avait bien sûr eu des personnes que j’avais détesté, mais jamais à l’égal de cette rancœur qui m’envahissait en cet instant.

L’incantation sortit d’elle-même de ma bouche, provenait-elle de mon cœur ou bien de mon cerveau ? Je ne savais trop…

« Extirpe-toi des tréfonds de mon essence et manifeste ton courroux, ô glaces éternelles. Toi qui te dresse devant moi en ennemi, que ton enveloppe charnelle et ton âme sombrent dans ma prison de glace et que les portes du domaine outre-tombale se referment sur les affres de ton âme. Apparaît KISTEISEN (Mausolée de Glace) ! »

Autour du directeur, un vent extrêmement froid se mit à souffler, il tourna encore et encore, des cristaux gelés miroitaient charriées par ce souffle congelé.

« L’aura antimatique vous protège des attaques directes, n’est-il pas ? A l’opposé, notre magie n’affecte actuellement que l’air autour de vous et la transforme en cocon de glace, votre aura ne saurait vous en prémunir. »

Les filles me regardaient mais ne disaient mot alors que s’exécuta ma sentence et qu’il se retrouva prisonnier d’un bloc de glace dans lequel  il ne pouvait plus bouger.

C’est ainsi que le combat prit fin.

Après quelques dizaines de secondes d’étonnement…

« Quelle surprise… Ren-san, tu peux le libérer ? Tu n’as quand même pas tué le directeur, non ? »

Avant même que je ne puisse répondre, Mana le fit à ma place :

« Personnellement, peu m’importe de lui, il était un inquisiteur après tout.

– Yep, pareil, j’m’en fous aussi. Pis si on le libère, il voudra encore nous tuer, donc ce serait con de le faire…

– Euh… mais !! C’est le directeur quand même, on ne tue pas des êtres humains comme ça ! Qu’est-ce qu’on va faire ? »

Pendant que Selena nue et embarrassée s’agitait derrière la chaise, je touchai le cercueil de glace et je dis sèchement.

« Nous avons pris trop de temps de toute manière, à cause du froid son cœur s’est arrêté. Mademoiselle Selena vous êtes trop douce, combien de sorcières les inquisiteurs ont-ils torturées et brûlées vives ? Puis… »

Ces mots… Ils ne semblaient vraiment pas venir de moi.

En effet, depuis quelques secondes ma conscience était vacillante et confuse, ma tête était en proie à trop de pensées.

Au final, qui était-ce ? Ou plutôt qui étais-je ?

Cette autre existence je la reconnaissais comme « moi » mais sans l’être vraiment, une bien étrange sensation qui n’était pas sans me rappeler le rêve qui m’avait mené au club en cette journée.

J’étais sûr d’une chose toutefois, cette autre moi détestait l’Inquisition du fond de son cœur, je ressentais sa haine comme faisant partie de mes propres sentiments.

Eri vint interrompre le cours de mes pensées et ma phrase :

« Whaaaa ! T’es trop cool et trop chaude comme ça, Ren-chan ! »

En effet, je ne pouvais lui donner tort sur ce second point, tout comme elle venait de le dire j’étais dans une tenue plutôt affriolante avec simplement cette chemise déboutonnée qui laissait entrevoir ma mince poitrine et mes jambes nues.

Même si j’étais un homme, je couvris mes seins.

« Arrêtez de me fixer, fille lubrique et indécente. »

Ce furent mes derniers mots en forme féminine puisqu’à cet instant je redevins un homme.

Si ma tenue était gênante en tant que femme, elle le devint bien plus en tant qu’homme alors que ma chemise devint plus courte.

Je m’empressais de couvrir la partie basse de mon corps, mais Eri tournait déjà vers moi son regard pervers.

« Faisons des choses inavouables, mon chéri… »

De la bave coulait de sa bouche tandis que Selena se mit à crier toujours cachée derrière sa chaise.

Mes cris et ceux de Selena s’entremêlèrent, accompagnés de la respiration lourde et des sifflement d’excitation d’Eri, tout cela créa un tumulte des plus chaotiques.

Au sein de cette confusion, une seule personne maintenait son calme : Mana, l’impassible.

« La sorcière du nord s’est enfin manifestée devant nous. Enfin, le monde peut se diriger vers sa révolution. »

Même si j’entendis parfaitement ses mots, je n’en compris pas encore le sens.

En cet instant, ma principale préoccupation était de défendre ma chasteté de cette folle furieuse d’Eri qui tentait de me sauter dessus alors que Selena ne cessait de crier et de nous jeter les objets à portée de main…

Chapitre 2: Une nuit de Walpurgis sous le signe du Chaos

Notes de bas de page

[1] Chuunibyou, terme assez célèbre dans la culture otaku qui s’est vulgarisé dans la culture japonaise et qui fait référence principalement à des collégiens (mais le terme est à présent également utilisé pour des personnes plus âgées) qui croient avoir des pouvoirs magiques et qui ont des délires de fabulations.

[2] Même si Ren ne dispose pas à ce stade de la traduction de ces mots, les voici en note :

« Les quatre vents de magie qui soufflent dans les limbes astrales éternelles convergent en ce cercle, au gré de nos volontés réunies. Que la tempête spirituelle qui s’abat depuis l’Est balaye les regrets. Que les nuages des essences de l’Ouest fassent ressurgir les pensées égarées. Que les flammes éthérées du Sud reforgent l’individu. Que nos souffles charrient les cendres léthargiques de l’âme immortelle et l’élèvent à une nouvelle conscience. »

[3] Chuunibyou est composé du kanji de 中 (chuu) qui provient du mot 中学校 (Chuugakkou) soit collège. En principe, ce phénomène touche surtout les 2ème année de collège, d’où la remarque de Ren.

[4] Le kyūdō est le tir à l’arc à la manière japonaise.