Isekai Dakimakura – Arc 2 – Prologue

Je me réveillai seule dans mon lit d’auberge. Mon esprit était flou et confus.

Je bâillai avant de regarder par la fenêtre. J’étais à Ferditoris, le ciel était dégagé et les gens vaquaient à leurs occupations matinales habituelles.

Que s’était-il passé la veille au juste ?

L’aventure que j’avais vécu avec Tyesphaine et les filles me paraissait lointaine, comme un vague rêve. Combien de temps s’était écoulé au juste ?

D’ailleurs, où étaient-elles ?

Je m’empressai de m’habiller. Je m’étais endormie avec mes couettes, ce que j’évitais de faire pour ne pas avoir la trace des rubans et ne pas emmêler les cheveux.

Comme tous les matins, je lançai mon sortilège de Toilettage pour s’occuper de ma coiffure. Sans aucun doute, ce sort est bien meilleur que n’importe quel peigne, il démêle les cheveux avec délicatesse sans rien casser. La magie a la patience et la précision nécessaire pour défaire les nœuds. Le confort de ce monde laisse à désirer comparé à mon précédent, sauf sur certains aspects comme celui-ci.

Tout en me laissant coiffer, je me rendis dans la salle commune à la recherche de mes amies.

N’ayant pas de douleur particulière à la tête, j’excluais la gueule de bois des motifs de ma confusion. De même, on ne m’avait pas assommée et mise au lit, enfin apparemment.

La table que j’occupais habituellement dans cette auberge était libre.

Aucune de mes amies ne s’y trouvait assise.

Étonnant.

Un doute horrible m’envahit alors que je m’assis à ma place : et si… j’avais rêvé ma précédente aventure contre le nécromant ?

Peut-être étais-je à peine arrivée en ville et n’avais-je jamais rencontré les filles…

Mais à cet instant, alors que mon esprit se perdait dans ses doutes, un très IMPORTANT détail attira mon attention : la salle commune était pleine de filles. Il n’y avait aucun homme !

En soi, c’était déjà quelque chose d’étonnant. J’ignorais s’il existait ou non une parité homme femme dans les royaumes humains, mais j’avais le sentiment de n’avoir jamais vu une auberge aussi peuplée de clientes.

Toutefois, ce n’était pas ce qui attirait le plus mon attention, au point de me faire écarquiller les yeux et de me remplir d’une joie si intense que je crus exploser.

Ces filles…

Elles avaient toutes des couettes !

Des twintail ! Comme je les appelais dans mon précédent monde !

Il y en avait partout ! De toutes les longueurs ! De tous les styles !

Des twintail hautes, dont les bases commencaient au-dessus des oreilles, donnant souvent un style plus enfantin mais ô combien adorable !

Des twintail à mi-hauteur, donc les rubans ou élastiques les nouaient au niveau des oreilles !

Des twintail basses trouvant leur origine au niveau du cou !

Puis il y avait des twin side up, une coiffure où la majorité des cheveux était détachée à l’exception deux majestueuses mèches sur chaque côté !

Des doubles tresses aussi !

Des dango twintail !

C’était un festival simplement dans l’auberge, je n’arrivais plus à contenir ma joie !

Je me levai en poussant un cri d’extase.

— C’est… c’est… c’est le paradis !!!

Plusieurs filles se tournèrent vers moi, je n’avais pas été discrète du tout.

Je m’excusai et me fit toute petite en me rasseyant, mais les larmes envahissaient déjà mes globes oculaires.

Je remarquai à cet instant que j’avais oublié de mettre ma capuche. Dans la panique, je la cherchais derrière moi et me rendis compte n’avoir pas du tout enfilé ma cape. Elle était à l’étage.

Cependant, personne ne me regardait. Personne n’était intrigué par ces oreilles pointues.

— Les elfes sont si méconnus ? me demandai-je à basse voix.

Pourtant, mes camarades avaient de suite reconnu ma nature.

Hésitante, je me levai et décidai de remonter chercher ma cape. Dans le doute, on ne savait jamais…

C’est là que je tombai nez à nez avec Mysty dans l’escalier.

— Fialiiiii !

Elle m’enlaça amicalement.

— Hier soir ! Haha ! Tu étais si marrante ! J’pensais pas que les elfes étaient si fun !

— Qu’est-ce que j’ai fait au juste ?

En levant les yeux, je découvris que Mysty portait aussi des twintail. Ce n’était pas la première fois, elle avait même témoigné aimer ça, mais cette fois c’était de sa propre initiative. Je n’avais rien demandé.

Je ne pus m’empêcher de la fixer l’air bête, sans l’écouter, quelques instants.

Ça lui allait si bien~ !

— Eh, tu m’écoutes ? On dirait que t’es ailleurs ?

— Oui, oui, je t’écoute. Tu parlais de quoi déjà ?

— Vous bloquez le chemin toutes les deux. Vous voulez pas faire vos cochonneries ailleurs ?

C’était la voix de Naeviah. J’étais rassurée, je n’avais pas rêvé. Ma rencontre avec mes nouvelles camarades aventurières était donc réelle.

Naeviah fut rapidement saisie par Mysty qui lui passa un bras autour du cou.

— T’as raison, v’nez on va à la table toutes les trois.

Oubliant la raison pour laquelle je voulais revenir dans ma chambre, je restais bouche bée une nouvelle fois. Naeviah aussi !

Elle avait des twintail !

Kyaaaaaaaaaaa ! C’était le plus beau jour de ma vie ! J’étais comblée de bonheur !

Mes adorables et bien-aimées twintail étaient partout !

Celles de Naeviah étaient hautes. Avec son visage pâle et ses cernes, il y avait un contraste qui équilibrait l’effet juvénile dégagé par les couettes.

Je ne fis aucune remarque, mais, en rougissant, Naeviah me demanda :

— Tu as un problème ? Pourquoi tu me fixes au juste ? D’ailleurs qui t’as donné l’autorisation de le faire ?

— Rien… ça te va bien…

— Je… je ne vois pas de quoi tu parles, idiote !

Elle détourna le regard en gonflant les joues, une attitude tout tsunderesque.

Mysty nous poussa sans ménagement sur les chaises avant de commander un copieux petit-déjeuner.

Je ne disais mot et profitais de cette situation. J’avais peur qu’en demandant le motif de tout ça, j’allais dissiper la magie de l’instant.

C’est finalement Tyesphaine qui vint s’en occuper d’une certaine manière.

— Bon… bonjour tout le monde.

— Yo ! Tyes ! Viens te jeter un godet aussi !

— Plus important… Qu’est-ce que tu as fait, Fiali ?

Son visage était rouge de honte, mais je ne le remarquai pas de suite. En effet, ce qui attira mon attention étaient ses magnifiques twintails. Elles commençaient au niveau de ses oreilles, tenues par des rubans, et descendaient si bas.

— Whaaaaa !

— Je… j’en étais sure… c’est toi… pas vrai ?

— De quoi ?

— Cette coiffure…

— Elle te va bien, Tyes, c’est quoi le souci ?

— Oui, c’est quoi encore le problème ? demanda Naeviah. Et toi, qu’est-ce que tu as encore fait, elfe de la malchance ?

— Depuis quand j’ai un tel surnom ?

Pourquoi Tyesphaine était-elle la seule à se rendre compte que ce n’était pas normal que tout le monde portât cette coiffure ?

Même si j’en étais ravie au plus haut point, je me rendis compte soudain qu’en effet il y avait quelque chose de réellement anormal. Même les passantes dans la rue avaient toutes des twintails ! Et il ne semblait n’y avoir aucun homme !

J’ignorais si les dieux avaient décidé de me récompenser suite à ma mission ou alors s’ils m’avaient en quelque sorte pris en pitié, mais c’était assez proche de ce que j’aurais donné comme définition du paradis.

— Tu… tu as fait quelque chose ? Avec ta magie ?

— Non, j’ai rien fait Tyesphaine. Et d’ailleurs pourquoi tu es la seule à trouver ça bizarre ?

— Qu’est-ce qui est louche ? demanda Mysty. Je vous écoute mais je vous pige pas depuis avant.

— Je reconnais que même pour moi c’est obscur. Tu vas parler, elfe perverse ?

Je regardais tour à tour Mysty et Naeviah, puis je soupirai.

— Vos cheveux. Vous ne voyez rien ?

Elles touchèrent leurs couettes, ce qui me fait bondir le cœur, — voir une fille toucher et caresser ses propres couettes était toujours un spectacle des plus touchants.

— Je pige pas. J’ai rien fait de spécial…

— Vous commencez à m’énerver toutes les deux… Vous allez dire ce qu’il y a ?

Tyesphaine approcha ses mains de ses rubans et tira dessus pour les défaire mais aussi fort tira-t-elle ils ne défirent pas.

— Et ? demanda Naeviah.

— Attends…

Puisqu’elle ne pouvait pas ouvrir le ruban, bizarrement, elle décida de les faire glisser vers le bas. C’était une autre manière de les retirer. Cette fois, les rubans quittèrent ses cheveux, mais au lieu de se répandre comme ils l’auraient normalement fait, ses cheveux restèrent en place.

Pire que ça, les rubans disparurent de ses mains et réapparurent sur ses cheveux.

— J’vois pas trop le souci. T’as des rubans magiques, Tyes ?

— Essaye avec les tiens.

Mysty avait des barrettes. Elle essaya de les ouvrir, en vain.

— Ah ? On dirait qu’elles sont bloquées.

— Tsss ! Je comprends pas qu’on débatte de cheveux de si bon matin. Vous avez toutes trop bu hier ou quoi ?

Naeviah essaya de retirer ses rubans mais n’y parvint pas non plus. Elle grimaça et prit un couteau sur la table.

Je frissonnai en pensant qu’elle allait couper ses cheveux, comme ça, comme une sauvage. Un tel spectacle aurait pu me tuer de chagrin.

Je tentai de la retenir, mais c’était trop tard. Je vis la scène défiler au ralenti, elle trancha ses rubans et passa immédiatement ses doigts dans ses cheveux pour les dénoués.

— Tu vois ? Pas de quoi…

Mais, à cet instant, elle retira d’urgence ses doigts en sentant ses cheveux s’animer. Devant nos yeux, ils se remirent en position et des rubans réapparurent.

— Whaaaa ! C’est incroyable cette magie ! En fait, tout le monde est forcé d’avoir des twintail ? C’est génial !

— Non, Fiali… c’est bizarre ! Tu… tu as lancé une malédiction ou quoi ?

— Pas à ma connaissance. Et en plus, on appellerait plutôt ça une bénédiction, dis-je fièrement.

— Tsss ! Je vois pas pourquoi tu la ramènes comme ça au juste, idiote.

Naeviah m’attrapa la tête pour me décoiffer et m’ouvrir mes twintail. Mais elle n’eut pas plus de succès que précédemment dans cette tâche.

— Dites les filles ?

— Oui, Mysty ?

— C’est si grave que ça ? C’est une coiffure plutôt jolie. On peut pas les défaire, j’ai envie de dire que c’est pratique. Pas besoin de se coiffer le matin.

Je ne pus m’empêcher de me mettre à rire face au caractère simple et pratique de Mysty.

— Je ne sais pas d’où ça vient mais elle a raison. Vous devriez être contentes, poursuivis-je.

— Toi… Tu vas arrêter de transférer tes fantasmes sur nous ? Espèce d’elfe perverse et fétichiste des cheveux !

Naeviah mit plus de force pour me décoiffer. En vérité, elle me faisait un peu mal mais je sentais ses cheveux me caresser le visage, je n’osais pas lui dire d’arrêter.

— Je suis pas… perverse…

— Donc tu es une fétichiste ? Tssss !

— Hahaha ! Vous êtes marrantes toutes les deux ! J’vais me joindre à vous ! T’aimes ça, Fiali, hein ?

Mysty attrapa ses couettes et commença à me fouetter le visage avec elles. Tout était trop confus, je ne savais plus ce qui m’arrivait, mais c’était le bonheur !

Je sentais l’odeur respectives de leurs cheveux ! je sentais la douceur et la délicatesse de leurs couettes ! J’étais aux anges !

Vivre ça et mourir ! pensais-je à cet instant.

Mais le pire devait encore arrivé. L’apothéose ! L’apogée du bonheur qui devait me faire exploser !

À travers le rideau de cheveux, je vis que Tyesphaine se cachait le visage. Elle était rouge comme une tomate et grommelait trop bas pour être entendue des autres :

— Tu… tu les aimes tellement… ? C’est… indécent… mais devrais-je aussi… ?

Je craignais de comprendre son intention.

Elle s’approcha en baissant le regard timidement.

— Je… je…

Elle ne finit pas phrase et me posa ses twintails sur le visage.

— Kyaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !!!

Je me réveillai en sursaut.

En général, ce genre de réveil brutal était plutôt réservé aux cauchemars mais cette fois c’est la surabondance d’un bonheur incroyable qui m’avait tiré des bras de Morphée.

Cette fois, je me souvenais de tout : j’étais dans mon sac de couchage, à l’intérieur de mon abri magique.

Avec les filles nous avions pris la direction du sud pour nous rendre au monastère de Moroa qui était ma seule piste valable actuelle.

Après une journée de marche, ponctuée de pauses, nous avions décidé de dormir à la belle étoile.

Puisque je disposais d’un sortilège permettant de créer un abri et puisque j’avais posé quelques « alarmes magiques » tout autour, personne n’avait pris de tour de garde. J’avais confiance en ma magie et les filles avaient confiance en moi.

C’était un sacré rêve en tout cas.

Emmitouflée dans ma couche, je repris mon souffle et mon esprit se perdit au paradis des twintail.

Ce n’était pas comme si je n’en voyais jamais dans ce monde-ci, il arrivait que des filles en portassent mais les seules que j’avais caressées étaient les miennes.

À vrai dire, j’étais très contentes des miennes, mes cheveux d’elfes étaient magnifiques. On pourrait se moquer de moi, mais c’était important à mes yeux.

Pouvoir partir à l’aventure avec de chouettes filles et avec mes twintail, je me surprenais parfois à me dire que c’était peut-être bien la définition du bonheur.

Mais mes aspirations positives soudaines vinrent se heurter aux souvenirs de ma précédente vie.

— Je ne devrais pas trop m’attacher à cette situation, elle prendra fin tôt ou tard, me dis-je avant de soupirer et perdre un peu de ma bonne humeur.

Puis soudain, je me réalisai quelque chose : je n’avais jamais eu de sac de couchage.

Aucune de nous n’en transportait puisqu’ils étaient trop encombrants. Pas plus que de tentes d’ailleurs, même si l’utilité de cette dernière était effacée par mon sort d’abri.

Par contre, dormir à même le sol, même si je l’avais fait de nombreuses fois, c’était toujours aussi nul.

Nous avions juste acheté des coussins avant notre départ, eux pouvaient facilement entrer dans nos sacs et besaces.

Si je n’avais pas de sac de couchage, quelle était donc cette sensation autour de moi. C’était doux et chaud…

Je compris soudain…

C’était un corps humain. Ses bras m’enveloppaient, j’étais plaqué contre lui.

La raison pour laquelle mes yeux, pourtant capables de voir dans l’obscurité, ne voyaient rien était simplement parce que mon visage était collé à la peau de quelqu’un et j’avais bien une idée de qui il s’agissait.

— Mysty ?

Elle ne répondit pas. Ma voix était étouffée.

Je voulu me libérer, mais elle me serra plus fort encore.

Ses jambes étaient passée autour des miennes.

J’avais eu beau faire attention à me positionner loin d’elle en allant me coucher, cela n’avait rien changé. En fait, je me disais de plus en plus qu’elle était somnambule.

Je pris mon mal en patience.

C’est la destinée d’un dakimakura, il faut que je m’y fasse…, pensai-je en essayant de reprendre le sommeil.

Au moins je n’aurais pas froid.

***

Mais le matin.

— Perverse ! J’hallucine ! Tu faisais quoi encore à Mysty ?

J’ouvris à peine les yeux que j’entendis les cris de Naeviah.

Elle était au-dessus de moi, les mains sur les hanches, une expression colérique sur le visage.

— Bon… bonjour, Naeviah…

— Je me fiche de ton bonjour ! Tu deviens de pire en pire ! Après ce que tu as osé… Regarde ce que tu fais !

J’étais persuadée qu’il y avait un malentendu, mais j’observais malgré tout autour de moi.

Comme je m’en souvenais, cette nuit, Mysty était venue me prendre dans ses bras en bon dakimakura que j’étais. Au matin, elle avait un peu relâché sa prise et, à présent, elle dormait sur le dos, ma tête reposait sur sa poitrine…

— Nue ?!

Je fus surprise une fois de plus de la découvrir déshabillée au réveil.

En fait, elle n’était pas totalement nue, dans son sommeil elle avait retiré son haut et baissé en partie son bas. Disons qu’elle ne couvrait pas vraiment les bonnes parties.

— Tu… tu as fait quoi à Mysty ?

— Moi ? Mais j’ai rien fait, dis-je en me dégageant.

Une pensée soudaine me traversa l’esprit : si Tyesphaine voyait ça, elle allait rajouter un quiproquo de plus.

Sans répondre à Naeviah qui me reposa la même question, je me hâtais de remettre ses vêtements à Mysty.

C’est alors que mon regard s’arrêta sur une silhouette : celle de Tyesphaine.

— Que… qu’est-ce qui se passe ici ?

Elle bâilla tandis qu’elle se frotta les yeux. Elle était si mignonne encore à moitié endormie.

— Bonjour…, dis-je calmement, l’air de rien.

— Il y a que cette elfe perverse a fait des choses à Mysty pendant son sommeil ! répondit Naeviah de plus en plus énervée.

— J’ai rien fait ! C’est elle qui est venue dormi à côté de moi… enfin qui m’a attrapé pendant mon sommeil…

— Attrapée ? répéta Tyesphaine en sursautant.

— Je m’en fiche de savoir qui a forniqué avec qui au juste ?

— For… forniqué ?

Tyesphaine se cacha le visage en marmonnant et en manquant de pleurer.

— Du coup, c’est quoi le problème au juste ? demandai-je à Naeviah calmement. Je dormais paisiblement, Mysty est venue m’attraper, si quelqu’un devrait se plaindre, c’est moi, non ? Elle m’a réveillé en pleine nuit, j’ai cru étouffer.

Naeviah frappa le sol du pied avec hystérie.

— En plus tu ramènes ça sur le tapis ! Je suis sûre que tu as comparé !

— De quoi tu parles au juste ?

À ce moment-là, Mysty ouvrit les yeux et se les frotta comme un chat au réveil.

— Yo ! Qu’est-ce qui se passe ? On joue à quoi ce matin ?

— Bonjour Mysty. Naeviah m’en veut parce que tu es venue dormir avec moi.

Mysty bâilla puis dit :

— C’est quoi le problème ?

— C’est que tu étais nue ce matin ! Elle t’a fait des choses pendant ton sommeil !

Mysty se leva et me tendit la main pour m’aider à me lever également.

— Et alors ? C’est grave ?

Naeviah grinça des dents, puis gonfla des joues.

— Mysty… tu… c’est toi qui est allé dans la couche de Fiali… ou bien… ?

— C’est sûrement moi, dit Mysty en passant ses bras derrière la tête. Parfois je me réveille pas à la même place qu’en allant me coucher. D’ailleurs, j’étais là-bas à côté de mon sac.

Elle désigna du doigt ses affaires.

— Haha ! Ch’suis désolée, ça m’arrive depuis toute petite… Mais je pensais pas que ce serait un problème. Après, si du coup vous voulez dormir avec Fiali, vous gênez pas, moi ça me dérange pas.

— QUOI ? Mais ça va pas ?!

— Avec Fia… li… ?

Tyesphaine eut une sorte de moment d’absence. À quoi pouvait-elle penser au juste ?

— Euh… bon déjà, y a rien eu du tout, dis-je. Puis bon, décidez pas à ma place, je suis pas le coussin qu’on se prête…

— Toi, tais-toi !! Je ne t’ai toujours pas excusée, perverse !

— Haha ! C’est trop marrant de voyager avec vous ! Dès le matin on s’éclate ! J’prépare un p’tit-déj’ pendant que vous finissez votre sketch ?

— C’est pas de la comédie ! cria Naeviah.

Tyesphaine s’était assise et cherchait à reprendre ses esprits. Contrairement à Mysty qui ne cessait de rire, cette confusion de bon matin l’avait éreintée.

Je restais debout, interdite, en me disant que la vie de dakimakura était plus compliqué que ce que j’aurais pensé.

***

Même si Mysty était toujours insouciante et n’avait pas l’air de prêter beaucoup d’importance aux choses, sa cuisine était succulente.

La fois précédente je m’en étais déjà rendue compte mais j’avais là la confirmation : ce n’était pas un coup de chance, elle était réellement un cordon bleu.

Lorsque nous avions fait nos courses avant notre départ, nous avions pris principalement des denrées à longue conservation, sachant pertinemment que ce serait au détriment du goût.

Mysty avait pioché dans nos réserves, avait allumé un feu (une fois mon abri dissipé pour éviter la fumée de s’y accumuler) et avait commencé à préparer quelque chose en utilisant une casserole qu’elle avait dans ses affaires.

Rapidement, il en était ressorti une sorte de bouillasse à la couleur brune, évoquant… je préfère ne pas le dire.

L’aspect visuel était assez peu encourageant, je le reconnais.

Tyesphaine et Naeviah regardaient leur plat avec un dégoût non dissimulé.

— Goûtez, goûtez !

Je ne sais pas quelle tête je faisais, mais je n’étais pas réellement inspirée non plus. L’odeur était agréable, un mélange de viande et d’un quelque chose de sucré.

— C’est quoi ? lui demandais-je.

— De la gastronomie d’aventurier. Une sorte de purée avec de la viande séchée réduite en lamelles, des épices et des tubercules que j’ai attrapé hier en marchant.

Je me souvenais qu’elle avait ramassé des plantes à un moment donné. Même si c’était moi l’elfe, elle était largement plus habile que moi pour reconnaître ce qui était mangeable.

Mysty mit sa cuillère pleine en bouche et esquissa une expression agréable.

— Si c’est la couleur qui vous fait peur, j’ai mis un peu de cacao, pour ça que ça ressemble à de la…

— Stop !! Merci Mysty ! l’interrompis-je. Je vais goûter !

Je mis dans la foulée ma cuillère en bouche.

Contrairement à son apparence, le goût était sucré et plutôt riche. C’était comme éplucher un oignon, à chaque instant je découvrais un nouveau parfum inattendu.

C’était la première fois que je mangeais quelque chose du genre.

J’engloutis sous les regards de mes deux autres compagnonnes qui paraissaient encore perplexes.

— Mmm, c’est trop bon ! Tu assures, Mysty !

Je levai le pouce avant de remettre une cuillerée en bouche.

— Héhé ! Contente que ça te plaise ! J’avais dit que ça serait bon normalement.

— Normalement… ? l’interrogea Naeviah.

— Avec la cuisine, on sait jamais. Je fais tout un peu comme ça, parfois c’est bon, parfois c’est moins bon.

Une cuisinière à l’instinct. J’en avais entendu parler dans ma précédente vie. Certaines personnes ne suivaient aucune recette et avaient simplement un instinct de ce qui se mélangeait bien ou non.

Quel don enviable !

J’aurais préféré avoir ça que mon aura dakimakura qui m’apportait des cris hystériques de bon matin…

Mysty m’accompagna dans mon repas, les deux autres n’étaient pas encore rassurées.

Pauvre Mysty, pensais-je, après avoir cuisiné tout ça.

Mais elle ne paraît pas s’en préoccuper. Un peu comme une mère qui savait que tôt ou tard l’appel du ventre ferait céder les réticences, elle ne disait rien et laissait les assiettes devant les deux enfants difficiles.

Lorsque j’eus fini, je lui redemandais. Elle me sourit :

— Tu aimes à ce point ?

— C’est meilleur que ce que j’ai mangé à l’auberge en vrai.

— Hoho ! Tu me flattes, ma petite Fiali !

Mes compliments et l’entrain avec lequel je mangeais fini d’avoir raison de mes deux autres camarades qui s’observèrent en silence quelques temps.

— Après toi, Tyesphaine.

— Mais… je t’en prie, Naeviah.

Finalement, tacitement, elles décidèrent d’enfourner leur cuillère en même temps. Et en même temps leurs expressions changèrent du tout au tout, passant du dégoût au délice.

— C’est… bon…

— C’est quoi cette magie ? Comment un truc comme ça peut être si bon ?

— Héhé ! C’est juste le cacao je vous dis…

— En tout cas, si j’étais un homme, dis-je, je te demanderai en mariage de suite. Vu ce que tu es capable de faire avec quelques provisions, j’imagine la tuerie avec des ingrédients frais.

— Hahaha ! Tu me flattes ! Moi aussi je veux me marier avec toi, vu comme tu manges avec appétit !

Je constatais que contrairement à moi, elle n’avait pas utilisé de formule conditionnelle, mais je préférais ne pas rajouter de l’huile sur le feu vu ce qui s’était passé au réveil.

Néanmoins, le regard noir de Naeviah sur moi était sans équivoque, elle m’en voulait et avait relevé aussi.

Quant à Tyesphaine, je l’entendis marmonné tout bas.

— … c’est un injuste…

Note pour plus tard : ne pas faire trop de compliments à Mysty sur sa nourriture.

Je sentais que ce serait difficile de me retenir.

Après mangé, nous rangeâmes nos affaires et reprîmes la route vers le monastère.

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