Chapitre 3 – Bienvenue à Tentakool

— Où suis-je ? demanda Shizuka à haute voix.

— Bienvenue dans l’agence Tentacool, Shi-chan.

Portant les yeux sur l’origine de cette voix, elle vit une petite personne assise sur une chaise, les jambes croisées, le regard mystérieux…

— Une loli… ?

A son réveil, la première personne qui apparut devant ses yeux n’était autre que cette fille manifestement très jeune, assise les jambes croisées devant elle.

— Je suis Elin, la directrice de cette agence. Contente de te voir reprendre tes esprits.

Le ton de sa voix était très calme, assez peu expressif et monocorde, ses yeux bleus qui fixaient Shizuka étaient de même, ils n’exprimaient aucun sentiment, une simple vacuité.

Elin était une jeune fille qui ne semblait pas avoir plus de treize-quatorze ans, – Shizuka la suspectait toutefois d’être plus âgée à cause de son regard détaché et de son statut de directrice, – elle ne mesurait qu’environ un mètre quarante, peut-être même un peu moins.

Ses longs cheveux châtains dont les pointes descendaient jusqu’aux genoux tellement ils étaient longs étaient attachés en deux couettes tenues par deux rubans rouges.

Son grand pull noir, bien trop grand pour elle, descendait jusqu’à mi-cuisse, ses manches donnaient l’impression qu’elle n’avait pas de mains tant elles étaient bien trop longues pour ses petits bras ; sur ce pull était imprimé dans une police d’écriture qui donnait l’impression qu’il s’agissait d’un tag : « Kick out Chtulhu ! ».

En dessous elle ne portait pas de jupe (ou alors son pull était suffisamment long pour remplir ce rôle), simplement des chaussettes montantes noires et des chaussures en tissus blanches.

C’était une tenue parfaitement inappropriée à une directrice d’agence, c’est ce que pensa en cet instant Shizuka.

— Je sais ce que tu penses : « Pourquoi une loli serait directrice d’une agence ? C’est pas possible ! » Mais je t’assure que je suis bien la directrice.

Elin prononça ces paroles en essayant d’imiter une personne (de sa connaissance, très certainement) plus émotive qu’elle, le résultat très étrange laissa Shizuka plus que perplexe.

Un lourd silence s’installa pendant quelques secondes, elle ne savait vraiment pas quoi répondre à cela, ses pensées du moment était très confuses.

— Demande quelque chose au moins, tu vas me faire regretter de t’avoir sauvée.

— Ah ?! Euh… Désolée. Je suis encore un peu surprise et j’en ai oublié la politesse. Je te… euh, je vous remercie de m’avoir sauvée, Elin-san.

— Elin. Tu peux oublier le –san- et le –vous- aussi, j’aime pas vraiment ça, dit-elle en se grattant l’arrière de la tête. De toute manière, je les utiliserai pas, je te préviens.

— Mais… euh….

Même si Elin avait l’apparence d’une collégienne, elle occupait malgré tout le poste de directrice, aussi sa situation hiérarchique était supérieure à celle de Shizuka. Elle avait déjà fait involontairement l’erreur de la tutoyer en se basant sur sa seule apparence, mais, même si elle l’avait demandé, elle avait l’impression que ç’aurait été une erreur de tomber dans ce piège.

Il n’était pas impossible que dans le futur elle oublie les formules de politesse à son égard, mais les abandonner dès leur première rencontre…

— Désolée, je ne vais pas réussir à suivre cette demande, répondit Shizuka avec gêne. Par contre, vous pouvez m’appeler simplement « Shizuka », cela ne me dérange pas.

— Je refuse, je préfère Shi-chan.

— Euh, d’accord… Comme vous voulez…

Shizuka se gratta l’arrière de la tête de façon gênée. Même si elle n’était elle-même pas une experte du langage soutenu, Elin paraissait être le genre de personne à faire uniquement ce qu’elle voulait et à ne pas prendre en compte la volonté d’autrui. En général, Shizuka éprouvait quelques difficulté à interagir avec ce genre de personnes.

Mais, outre ces considérations, à cet instant-précis autre chose attira son attention : elle avait froid dans le dos : elle ressentait un courant d’air s’attaquant directement à sa peau. En baissant les yeux, elle rougit instantanément, elle remarqua qu’elle était nue sous la couverture.

— Kyaaaa ! s’écria-t-elle en s’enfonçant sous cette dernière pour se cacher.

— Ah ? Tu es du genre embarrassé… je vois, je vois… fit remarquer Elin sans affiché plus d’étonnement que cela.

— On t’a retrouvée comme ça, tu n’avais même plus de culotte, ajouta-t-elle de manière complètement détachée.

Shizuka frissonna de terreur. Elle avait été retrouvée dans cet état ? Mais alors…

— Je plaisante. Je t’ai déshabillée pour te laver et t’empêcher de fuir.

— C’est cruel comme plaisanterie !! s’écria Shizuka en blêmissant légèrement. J’ai vraiment cru que…

— J’ai une proposition à te faire et si tu refuses tu vas devoir rentrer toute nue à travers la ville… poursuivit Elin en ignorant la précédente remarque et sans la ménager de ses menaces.

La tête de Shizuka sortit timidement de sous la couverture, elle était rouge et avait les larmes aux yeux ; cette blague, elle ne la trouvait pas drôle du tout. De même, elle ne savait pas encore de quoi voulait lui parler Elin, mais l’idée de rentrer nue jusqu’à chez elle était absolument impensable, c’était un vil chantage à ses yeux.

— Je rigole… dit-elle en essayant de rire mais sans réellement y arriver. Même si tu refuses, je te donnerai ma culotte pour rentrer, bravo bravo.

Sur ces mots, elle applaudit pour la féliciter de cette réussite, mais Shizuka ne répondit que par un regard désabusé et perplexe.

— C’est quoi ce sens de l’humour pourri, pensa-t-elle.

Toutefois, les paroles qui sortirent de sa bouche furent différentes :

— Rendez-moi mes vêtements ! S’il… S’il vous plaît !

C’est avec un ton d’abord déterminé, mais qui était devenu au final implorant, qu’elle prononça ces mots.

— Pourquoi je ferais ça avant que tu n’acceptes ?

— Parce que… parce que… parce que c’est trop gênant ! S’il vous plaît !!

Shizuka la supplia littéralement du regard, elle était au bord des larmes, elle se sentait humiliée et avait peur d’Elin tout autant qu’elle avait eu peur de Satomi.

Elle savait être belle, mais pourquoi y avait-il soudain tellement de personnes obsédées par son corps ?

— Tu n’as pas d’humour… Je vais te rendre tes vêtements, ils doivent être secs maintenant.

Elin se leva et se dirigea vers la sortie de la pièce.

— Attends-moi ici et ne touche à rien. Ah ! Je suis bête, tu ne vas partir nulle part toute nue, pas vrai ?

— Merci de le souligner à nouveau…

— Dire que je faisais un peu d’humour pour te faire plaisir… dit-elle en marmonnant et en passant la porte qui menait à un couloir.

— Quelle personne bizarre, pensa Shizuka en l’observant quitter la pièce.

Lorsque la porte se referma, elle expira de soulagement un instant, puis elle regarda la pièce autour d’elle.

Il s’agissait d’un bureau plutôt vide, il y avait un meuble avec plusieurs écrans d’ordinateur, un meuble métallique qui devait vraisemblablement servir à ranger des dossiers (elle avait vu le même dans des films), une plante verte sûrement artificielle dans un coin de la pièce et le canapé où elle était assise.

Shizuka se sentit seule d’un coup, elle ne savait pas où elle se trouvait, dans les mains de qui elle était tombée et elle n’avait ni son portable ni sa baguette magique pour communiquer avec Yog-kun.

Une folle envie de pleurer monta en elle, mais elle fut vite chassée par le souvenir de ce qui s’était passé.

— Quel traître, ce Yog-kun ! Cette fois, il va m’entendre, il m’a trahie !!

La tristesse laissa place à la colère, elle était vraiment furieuse ; en plein combat l’abandonner à son triste sort, c’était vraiment horrible, tout ça pour un jeu en ligne.

— Pffff, je vais te mettre à la porte lorsque je rentrerai, je veux plus te revoir…

Soudain, une pensée horrible s’imposa à son esprit : Satomi avait-il… ?

Affolée, elle plongea la tête sous la couverture et la ressortit rapidement en poussant un soupir de soulagement.

— Heureusement, c’est pas le cas…

Elle n’était pas moins furieuse cela dit, mais elle était rassurée quant à ce point-là ; elle avait donc été sauvée par Elin avant que cela n’ait pu arriver. Mais qu’était-il arrivé à Satomi ?

Le temps s’écoula. Elle trouva cette attente très longue, probablement la vécut-elle si péniblement parce qu’elle était impatiente de poser des questions et de pouvoir se rhabiller ; il n’y avait même pas d’horloge dans cette pièce pour lui indiquer l’écoulement du temps.

— S’il y a un PC, il doit y avoir l’heure sur les écrans.

Elle était sûre que l’ordinateur était allumé, elle entendait le bruit du ventilateur de ce dernier.

Aussi, elle jeta un œil en direction de la porte toujours close, puis elle se leva sur la pointe des pieds et se dirigea vers les écrans d’ordinateur de l’autre côté du bureau.

Sur le premier écran, elle trouva affiché le « bureau » ; le fond d’écran était un personnage d’anime aux cheveux rouges.

Sur le second écran, elle vit un jeu vidéo en cours, Elin avait sûrement attendu le réveil de Shizuka en jouant.

— Pffff, encore une fan de jeu vidéo… elle me rappelle l’autre traître…

Rapidement, elle constata que non seulement elle lui rappelait Yog-kun, mais qu’elle jouait aussi au même jeu que lui.

C’était un nouveau FPS-RPG en ligne que Yog-kun avait obligé Shizuka à aller acheter dans une boutique spécialisée en échange d’informations et d’un nouveau pouvoir. Malheureusement, elle n’avait toujours pas réussi à maîtriser ledit nouveau pouvoir, mais Yog-kun affirmait que cela arriverait bientôt.

Ses yeux revinrent sur l’écran du jeu, le personnage d’Elin se trouvait dans un hall d’attente ou nombre de joueurs circulaient.

Involontairement, la fenêtre de dialogue dans un coin de l’écran attira ses yeux, ils s’écarquillèrent rapidement.

Elin avait discuté récemment avec un certain Yoggy-the-wizard et Shizuka connaissait ce pseudonyme puisque c’était celui de Yog-kun.

Bien qu’impoli, elle posa la main sur la souris et fit défiler l’historique des messages.

Des larmes montèrent à ses yeux en même temps que son visage s’illumina de joie : Yog-kun ne l’avait pas trahie, il avait bluffé.

Dans la discussion elle lut des messages qui disaient :

« Une fille est en combat contre un sorcier de Shub-Niggurath, tu peux aller l’aider ? »

« C’est une de mes protégées, je te demande ce service. »

« Je suis en communication avec le sorcier, je vais lui faire perdre du temps. Ton employée arrive quand au juste, ça craint de son côté. »

« Ouais, tu peux garder la culotte si tu la sauves, ça devrait le faire. Même sale si tu veux, je lui expliquerai. »

Shizuka sursauta en lisant ces mots, toutefois.

Sa culotte ? Yog-kun avait promis en guise de paiement sa culotte usagée ? C’était… c’était… dégoûtant ! Elin aussi serait une perverse comme Yog-kun ?

Alors qu’elle était perdue dans ses pensées devant cet écran, en proie à un sentiment complexe à la fois de joie, de gratitude et de dégoût, elle sentit une froide sensation sur ses fesses : une main.

— Kyaaaaa !

Shizuka s’éloigna d’un bond affolée. Elin était revenue, elle portait dans l’une de ses mains un panier avec des vêtements à l’intérieur et venait de toucher les fesses de Shizuka de l’autre main.

— Mais… mais…

— C’est ta punition pour avoir espionné mes conversations. Si tu ne retournes pas à ta place, petite curieuse, je vais recommencer…

Shizuka ne demanda pas son reste, elle s’enfuit jusque sur le canapé et se blottit à nouveau complètement terrorisée sous la couverture.

— Tiens, tes affaires.

— Me… Merci… Vous connaissez Yog-kun ?

— Ouais, je joue avec lui. Il m’a dit qu’une de ses protégées avait des problèmes, j’ai envoyé Vivi-chan.

— Vivi-chan ?

— Ouais, une de mes employées. Je vais te raconter pendant que tu te changes.

— Quoi ?! Je veux pas me changer devant vous !!

— On est entre filles, y’a pas de problèmes, tu sais ?

— Justement, il y en a un. Tu es amie avec Yog-kun et tu m’as déshabillée, tu es sûrement une perverse aussi !

Le visage d’Elin ne changea pas même après ces accusations, et elle alla tranquillement s’asseoir sur sa chaise de bureau en face du canapé.

— Je ne quitte pas la pièce, rassure-toi. Je reste sur cette chaise, change-toi où tu veux dans cette pièce.

— Tu m’écoutes au moins ?!

Sous l’effet de la colère, Shizuka avait oublié de la vouvoyer, mais elle ne s’en rendit même pas compte.

Elin hocha de la tête, puis fit tourner sa chaise en direction d’un coin de la pièce pour indiquer qu’elle ne regarderait pas ; Shizuka n’était pas particulièrement rassurée pour autant.

Une pensée soudaine lui traversa l’esprit, elle commença à fouiller dans le panier.

— Où est ma culotte ? se demanda-t-elle intérieurement, la pensant disparue et aux mains de cette présumée loli perverse.

Mais, elle la trouva rapidement puisqu’elle était au-dessus de ses autres vêtements avec son soutien-gorge – d’ailleurs ses sous-vêtements étaient propres et sentaient la lessive.

Shizuka regarda Elin d’un air suspicieux et lui demanda :

— Qu’est-ce que vous avez fait ? C’est suspect…

— Je les ai simplement nettoyés dans une machine à laver. Tu trouves ce genre de comportement suspect, toi ? Tu aurais préféré que je te les rende sales ?

— NON ! C’est pas le problème, mais… mais… la promesse avec Yog-kun…

— Si tu avais lu la suite, tu aurais vu que nous avons changé d’idée. On a négocié une nouvelle chose, mais tu n’as pas besoin de t’en soucier pour le moment. Et ne t’inquiètes pas, puisque j’ai juste pu faire une photocopie de ta culotte, je n’ai pas pu avoir son odeur.

— QUOI ?! Une photocopie ?! Tu es… tu es vraiment une perverse au final !!

Alors que Shizuka lui criait cette insulte, Elin se mit calmement les doigts dans les oreilles pour ne pas entendre.

— Si tu cries autant, c’est que tu as fini de te changer, c’est ça ? On peut passer à la suite ?

— Non, non ! Grrrr, je vous déteste toi et Yog-kun !

— Ce n’est pas très gentil, je t’aime déjà tellement pourtant…. Bon, je vais commencer à t’expliquer ce qui est arrivé, tu as précisément deux minutes quarante et une secondes pour t’habiller, après je me retourne…

— Hein ?! C’était pas dans le marché !

Suite à quoi, Elin bailla, puis commença le récit du sauvetage de Shizuka.

***

« En fait, après que tu es entrée dans l’hôtel… enfin, ce love hôtel, avec le sorcier nommé Satomi…

Je sais pas comment tu t’es fait avoir, ça se sentait que c’était pas un type correct, il y avait écrit sur son front que c’était un pervers notoire et un cultiste.

Enfin bref… Au moment où tu as franchi la barrière magique avec lui, Yog-kun a senti quelque chose d’étrange, une sorte de perturbation dans votre lien, ce qui lui a mis la puce à l’oreille.

Nous étions en train de farmer l’instance du Bastion de l’Empereur, à la recherche d’un fusil d’élite niveau 65, lorsqu’il m’a averti qu’il y avait un souci avec sa protégée.

— Vous vous connaissiez déjà ? demanda Shizuka en interrompant le récit.

— Ouais, on a joué à d’autres jeux ensemble avant de passer sur celui-là. On peut même dire qu’on fait partie de la même guilde.

— Il m’a jamais parlé de tout ça… s’étonna Shizuka.

— En même temps, tu t’intéresses aux jeux auxquels qu’il joue ?

Shizuka ne pouvait répondre à cette question, elle savait très bien qu’elle ne s’intéressait nullement aux passions de son familier, elle savait vaguement lorsqu’il changeait de jeu puisqu’elle était forcée de le lui acheter.

— Bon, m’interromps plus, je continue de t’expliquer ce qui s’est passé…, affirma Elin en baillant à nouveau.

« Où en étais-je… ? Yog-kun sachant que je suis une mahou senjo indépendante, a demandé mon aide pour aller voir ce qui se passait à l’hôtel où tu te trouvais.

Nous avons rapidement compris qu’il devait s’agir d’une barrière pour te piéger.

Ouais, Yog-kun m’avait déjà parlé de toi, l’apprentie qu’il héberge chez lui et qui veut entrer dans une agence et devenir une mahou senjo célèbre. Ton cas m’avait déjà intrigué pour diverses raisons.

Du coup, j’ai accepté sa demande d’aide et j’ai de suite pressé Vivi-chan de partir à ta rescousse. Pendant ce temps, nous avons discuté rémunération avec Yog-kun et nous sommes arrivés à un accord sur le chat de la guilde.

Lorsque Vivi-chan est arrivée devant l’hôtel, elle m’a téléphoné et m’a informée de la situation :

— Elin-san, nous sommes au regret de vous annoncer que cette barrière magique est de classe 3, il y a un ensemble complexe de quinze verrous. Nous pensons qu’il nous faudrait plus qu’une dizaine de minutes pour nous en défaire.

— Fais de ton mieux, Vivi-chan.

— Entendu, chef. Nous allons de ce pas nous transformer. Quels sont vos ordres concernant notre cible ?

— S’il s’agit d’un sorcier, je m’en fiche, tu peux faire ce que tu veux.

— Nous vous remercions de votre confiance et nous mettrons en œuvre l’ensemble de nos ressources pour satisfaire votre demande.

C’est vrai que ça aurait pu être plus rapide en utilisant la force brute, mais Vivi-chan n’est pas une experte en la matière.

Du coup, il fallait gagner du temps puisque tu étais tombée aux mains de l’ennemi. C’est lorsque tu as pris contact avec Yog-kun qu’il s’est proposé de manipuler le sorcier et de l’obliger à parler, il est allé jusqu’à mettre en scène sa trahison. Tout faisait partie de notre stratagème, ni plus ni moins.

Quand Vivienne est arrivée dans le couloir en défonçant le mur, tu étais déjà évanouie et ton agresseur était prêt à passer à l’action.

Elle a sûrement dû lui dire quelque chose du genre :

— Que c’est disgracieux de votre part d’appeler de l’aide pour attaquer cette pauvre jeune fille. Ne m’en veuillez pas, mais je m’en vais de ce pas vous corriger pour vos péchés.

La connaissant, c’est le genre de réplique qu’elle utiliserait.

Suite à quoi, elle a détruit le Rejeton de Shub-Niggurath et a arrêté Satomi.

En bref, à part toi et le mur, il n’y a pas eu d’autres victimes dans l’affaire, les personnes endormies ont pu être sauvées à temps grâce à Vivienne.

Ensuite, elle t’a ramenée ici, je t’ai lavée et j’ai attendu que tu te réveilles.

Tu connais toute l’histoire à présent…

***

Shizuka demeurait un peu confuse face à ce récit, elle avait eu tellement peur, elle avait eu le sentiment d’avoir été une souris prise au piège de deux cruels matous, et les paroles d’Elin paraissaient éluder le combat de Vivienne contre le sorcier de telle sorte qu’on aurait pu croire qu’il s’agissait d’une affaire de peu.

Aussi, en finissant de se vêtir, elle demanda d’une voix hésitante :

— Elle l’a vaincue comme ça ? Si facilement ?

— Vivi-chan est forte, c’était un sorcier débutant, de la vermine pour elle…

— Mais je croyais qu’il avait mis en place une barrière de classe 3 avec quinze verrous ? demanda Shizuka, étonnée.

— En effet, mais ce genre de vocabulaire, ça veut rien dire en vrai…

— C’est toi qui l’a utilisé pourtant !!! hurla Shizuka qui s’énervait des informations imprécises qu’elle recevait et qui augmentaient son incompréhension de la situation.

Une fois de plus, Elin se boucha les oreilles de ses doigts, et une fois de plus, Shizuka avait oublié de la vouvoyer sous le coup de la colère.

— C’est possible. J’aime bien quand elles le font à la télé… Possible que Vivi-chan n’ait pas dit ça, mais c’est pas très important au final…

Shizuka avait envie de pleurer, elle ne pouvait pas croire qu’une personne pareille soit à la tête d’une agence de mahou senjo.

Elle ne la connaissait que depuis quelques minutes, mais elle était sûre d’une chose, elle ne voulait vraiment pas travailler avec une chef pareille, c’était hors de question.

Ayant fini de se rhabiller, Shizuka, qui s’était cachée derrière le canapé, retourna s’asseoir.

Elle voulait partir de cet endroit au plus vite, elle était certes reconnaissante envers Elin, Yog-kun et Vivi-chan, mais elle était fatiguée et voulait rentrer s’allonger. Néanmoins, considérant la faveur qu’elle avait reçue, il aurait été particulièrement malpoli de partir de la sorte.

— Merci. Je vous remercie Vivienne-san et vous-même d’être venues à mon secours, s’il y a quelque chose que je peux faire pour vous rendre la pareille, n’hésitez pas. Rien d’obscène par contre, ça je refuse !

Shizuka agita ses mains devant elle alors que quelques gouttes de sueur coulaient sur son visage, elle venait de repenser à ses mots et elle appréhenda ce qu’on pourrait lui demander.

— Tu me prends vraiment pour une perverse, en vrai ? demanda à basse voix Elin tout en se grattant l’arrière de la tête. Bah, t’inquiètes pas, Yog-kun a déjà payé pour toi.

Shizuka parut surprise, cela ne ressemblait pas au familier qu’elle connaissait. Toutefois, le fait de l’avoir sauvée dans l’ombre et d’avoir tout arrangé sans qu’elle le sache, c’était aussi quelque chose d’inattendu de sa part.

A ses yeux, il avait toujours été un NEET fainéant et un cas singulièrement désespéré. Il n’y avait rien à en tirer, avait-elle pensé à maintes reprises. Mais cette fois, il l’avait agréablement surprise au point que son expression s’attendrit en pensant à ce renard à plusieurs queues qui se trouvait sûrement chez elle en cet instant.

— Je vais lui prendre plein de chips et de cola en rentrant, il l’a mérité ce coup-là ! Pensa-t-elle. Par contre… qu’a-t-il bien pu lui offrir comme dédommagement… ? Si finalement, ce n’est pas ma culotte…

Il ne lui fallut que quelques secondes de réflexion pour trouver la réponse :

— Des objets en ligne, c’est sûrement ça ! Il lui a offert un fusil ou une autre arme dans son jeu, un truc rare sûrement. Bon, va vraiment falloir que je fasse des efforts pour le remercier…

Comme souvent dans ce genre de moments, Shizuka était totalement plongée dans ses pensées, elle n’avait plus vraiment conscience du monde autour d’elle.

Lorsqu’elle reporta son attention sur Elin, cette dernière lui tendait quelque chose, une sorte de carte de visite.

— Pourquoi ? demanda Shizuka interloquée.

— Je viens de te le dire. Shi-chan, tu n’écoutais pas ?

Shizuka afficha un sourire gêné, elle ne voulait pas l’avouer, mais elle n’avait effectivement rien entendu.

Elle prit à deux mains la carte comme il était de coutume de faire pour les cartes de visite, quand bien même elle se rendait compte que ce n’en était pas une, puis elle la rapprocha pour la voir de plus près.

Il ne s’agissait effectivement pas d’une carte de visite, pas plus qu’il ne s’agissait d’une carte bancaire, cela ressemblait davantage à un badge de travail sur lequel se trouvaient son nom et prénom, son adresse, sa signature et sa photo.

Sur cette dernière, d’ailleurs, Shizuka était endormie ce qui lui laissait supposer qu’elle avait été prise il y a peu, à son insu.

— Qu’est-ce que… ?

— Bienvenue dans mon agence, Shi-chan. Tes horaires de présence sont de 9h à 19h. Tu es libre le mardi, mais pas le dimanche, il se passe toujours quelque chose le dimanche.

— Quoi ?!

— Yog-kun m’a dit que tu voulais entrer dans une agence privée, voilà ton rêve exaucé. Bravo, bravo.

— Hein ?! Mais je… je n’ai pas donné mon accord !

— C’est faux, tu as signé ici et ici.

Shizuka regarda les documents que lui montrait Elin ; il y avait bien son sceau en guise de signature, mais elle n’avait jamais fait ça, Elin l’avait sûrement utilisée pendant son sommeil.

— Je sais ce que tu penses, Yog-kun m’a demandé de prendre des preuves.

Elin tira de sa manche son téléphone portable et rapidement montra une vidéo dans laquelle Shizuka en sous-vêtements, les yeux mi-clos, tamponnait les documents.

— Mais !!! J’ai jamais fait ça !! s’écria-t-elle vigoureusement.

— C’est Yog-kun qui a manipulé ton sommeil à distance, les familiers sont capables de faire ça, tu sais ?

— QUOI !!!!

— En échange de mon aide, j’ai demandé à ce que tu nous rejoignes, je t’aime déjà bien, en fait…

— Mais je ne voulais pas intégrer cette agence ! Pas comme ça en plus !

— Tu t’attardes trop sur des détails, Shi-chan. Tu auras un salaire et tu vas devenir forte avec nous, sois contente.

Shizuka tomba à genoux, elle ne voulait pas travailler avec une chef aussi bizarre, elle avait envie de pleurer encore et encore comme une enfant gâtée.

— Félicitations, tu as atteint ton rêve de toujours.

Elin se mit à applaudir, mais son visage était toujours vide d’émotions et elle n’avait pas même pris la peine de se lever.

— C’est une blague ?! Ce contrat n’a aucune validité, on voit bien que c’est pas moi, je suis en train de dormir.

— Tu veux passer devant un tribunal et leur expliquer pour Yog-kun et les laisser te voir dans cette tenue ?

Shizuka sursauta à cette simple pensée, puis ses traits se déformèrent sous l’effet d’une douloureuse évidence : elle avait été complètement piégée.

Si elle était en sous-vêtements sur cette vidéo, c’était uniquement pour qu’elle n’ait pas envie de la montrer à qui que ce soit.

De plus, elle ne voulait pas vraiment révéler l’existence de Yog-kun, les familiers de type « dieux d’un autre monde » étaient interdits dans la plupart des pays du monde actuel, même à Kibou ils étaient à peine tolérés ; c’était d’ailleurs une des nombreuses raisons qui l’avaient poussée à faire une croix sur une carrière de mahou senjo officielle.

— Bien, puisque c’est décidé, on se revoit demain matin. C’est un plaisir de travailler avec toi, Shi-chan.

Sur ces mots, Elin se leva, s’installa derrière son ordinateur, mit un casque avec microphone sur sa petite tête et commença à jouer.

— Je te déteste, Yog-kun !!! pensa Shizuka en fermant la porte de la pièce derrière elle et en se dirigeant vers le bout du couloir où se trouvait la sortie.

— Et je te déteste aussi, Elin !!!

Les épaules basses, Shizuka quitta l’agence Tentacool, après avoir demandé son chemin elle arriva à la gare de Takadanobaba et rentra chez elle…

Lire la suite – Chapitre 4