Chapitre 7

Mercredi matin…

Shizuka arriva à l’agence en tremblant, elle était terrorisée à l’idée de son entraînement, d’autant plus que Yog-kun lui avait confirmé que ce serait particulièrement dur d’après ce qu’Elin lui avait expliqué sur le chat de leur jeu.

Les jambes de la jeune femme tremblaient et son visage implorait déjà la pitié, elle n’avait pas encore franchi la porte d’entrée de l’agence.

En cette journée le temps était sombre, il avait commencé à pleuvoir pendant la nuit et la pluie n’avait pas l’air de vouloir s’arrêter de sitôt. Cela s’annonçait être une de ces tristes journées d’automne.

C’était là un signe de plus que les choses allaient mal se passer, constata Shizuka en soupirant.

Elle finit par prendre son courage à deux mains, fit coulisser la porte et s’annonça d’une voix timide :

— Je… suis arrivée… 

Tout en refermant le parapluie et en le mettant dans un pot prévu à cet effet dans le vestibule d’entrée, elle s’avança à petit pas vers le meuble où se trouvaient ses chaussons.

Alors qu’elle était en train de retirer ses chaussures, une voix derrière elle la fit sursauter :

— Ah, c’est toi, Shi-chan ? Yo~ 

Le cœur de la jeune femme accéléra dangereusement, elle fit tomber la chaussure qu’elle avait entre les mains et tourna son visage blême, les larmes aux yeux, vers son bourreau.

— Bon…bon… jour… 

Mais à ce moment-là, tandis qu’Elin se mit à bailler et se frotter les yeux avec ses longues et larges manches, elle remarqua que cette dernière ne portait rien en-dessous…

— Aaaaahhhh ! Pourquoi tu ne portes pas de culotte !!!

— Ah zut, j’ai dû l’enlever en dormant. Bah, c’est pas bien grave, on est entre filles…

— Si c’est grave ! Chef, va mettre une culotte s’il te plaît !

Elin la regarda d’un air endormi et peu motivé, finalement très peu différent de son expression habituelle, et dit :

— Je vois pas pourquoi t’en fais un problème à chaque fois… Enfin bon, si ça te permet d’être plus concentrée, je vais aller mettre ça… Ah ! Faut que j’aille chercher le bôken aussi, je vais en avoir besoin.

Shizuka sursauta à nouveau et blêmit plus encore, ses yeux étaient un océan de larmes, mais elle les retenait de toutes ses forces.

— Pou… pour… pourquoi ? 

Elin la fixa quelques secondes froidement.

— Bah, tu vas subir ma tor… mon entraînement, c’est évident qu’il me faut un bôken en tant que bour… entraîneur.

— C’est torture et bourreau que tu viens de dire à l’instant !

Shizuka serra ses poings et cria sur sa chef, elle venait de confesser par deux fois dans la même phrase que ce n’était pas un entraînement mais une séance de torture, elle n’avait pas signé pour ça.

— Enfin… moi pas, mais mes parents l’ont fait à ma place…, pensa-t-elle en baissant la tête et en perdant soudainement toute volonté de vivre.

— Bon, pas de temps à perdre aujourd’hui, tu peux garder tes chaussures nous allons au gymnase, j’ai déjà réservé. Je vais chercher le bôken attends-moi.

— Va plutôt mettre une CULOTTE !!! 

Lui cria-t-elle alors qu’Elin se mit les doigts dans les oreilles, puis d’un pas insouciant remonta les escaliers sans se soucier de la vue qu’elle offrait à Shizuka assise sur la marche de l’entrée.

Cette dernière rougit jusqu’aux oreilles et grommela des reproches à sa chef, sur son manque de maintien, d’élégance et de féminité.

Puis, elle essaya de remettre sa chaussure, mais ses mains tremblaient tellement qu’elle avait du mal à faire les nœuds de ses lacets.

Une voix s’éleva à nouveau derrière elle et la fit sursauter. Ce n’était pas Elin, c’était une voix plus douce, celle de Vivienne.

— Shizuka-san, bien le bonjour. Votre mine nous informe de votre affliction, nous aimerions pourtant tellement pouvoir vous en débarasser.

— Oh ? Oneesama, bon… bonjour. Merci de venir m’encourager, mais ça va aller… je pense… enfin, j’espère.

— Suivez l’entraînement à la lettre et faites de votre mieux, nous sommes convaincues que vous deviendrez en très peu de temps une magnifique et puissante mahou senjo et nous serons fière de nous battre à vos côtés.

— Merci beaucoup, oneesama. Je vous promets de faire de mon mieux !

Quelques larmes de joies ne purent s’empêcher de couler des yeux de la jeune femme face à ces encouragements qui embrasèrent son cœur tout entier.

— Votre écharpe est trop serrée, permettez que nous vous la remettions en place.

Shizuka hocha légèrement de la tête d’un air soumis et admiratif, puis laissa la jeune femme rajuster l’écharpe autour de son cou. Ses yeux brillaient de mille feux face au spectacle de cette superbe et magnifique senpai.

— Vivi-chan, arrête de draguer notre nouvelle, on part en entraînement faut l’endurcir pas l’attendrir.

Elin revint avec un bôken sur l’épaule et une veste grise trop grande pour elle.

— Nous ne voyons point le mal à encourager une si chère et douce kouhai. Nous nous occupons du fort, nous vous appellerons en cas de problème. Veuillez ne pas trop lui faire de mal, s’il vous plaît.

— Yep, je promets rien… A plus tard.

— Je veux pas y aller !!! Oneesama, aidez-moiiii !

Shizuka prit un regard de chien battu et implora l’aide de sa chère et adorée senpai, mais cette dernière joignit les doigts délicatement et lui répondit :

— Nous ne serions guère une senpai digne de ce nom si nous vous choyions sans cesse et cédions à votre propre faiblesse. Vous avez malheureusement besoin de devenir plus forte pour survivre à nos côtés dans ce monde sans pitié. Aussi, nous vous prions de prendre bien soin de vous. 

Elle accompagna ces mots d’un sourire charmant et radieux.

Shizuka se mit à pleurer de honte, de joie, de peur, elle ne savait même plus trop pourquoi au final, tout devenait trop confus.

Elle salua de la main Vivienne alors que Elin la traîna hors de l’agence…

***

Mercredi était le jour de repos de Nakanishi Irina, ce qui en général se résumait à une journée passée à jouer à la console dans la salle de repos aux côtés d’Elin ; ce n’était guère différent de son programme habituel de la semaine, à vrai dire.

En principe, lors de ses jours de repos elle n’avait pas besoin d’accepter de missions, mais dans les faits, puisqu’elle vivait à l’agence, tout comme Elin, elle travaillait sept jours sur sept ; son travail était son domicile et ses collègues sa famille.

En cette journée, toutefois, contrairement à ses habitudes Irina sortit. Elle était en mission spéciale pour le compte de sa chef, mais ce n’était pas relatif à son emploi : en effet, elle avait été missionnée pour acheter le nouveau jeu de la série des Officine, une série de RPG japonais célèbre où le personnage incarnait un techno-magicien qui gérait sa propre officine.

Dans ce jeu, le temps était une contrainte importante, chaque action avait une durée spécifique et puisque le personnage devait honorer des contrats avec des dates limites, il fallait particulièrement bien le gérer.

Un système d’aventure dans les zones sauvages ou désolées permettait de récupérer des matériaux rares pour augmenter la qualité et quantité de l’offre de l’officine.

La série en était actuellement à son vingt-troisième titre, Elin et Irina avaient pré-commandé leur exemplaire des mois auparavant afin d’obtenir en bonus la tapisserie et les goodies de l’édition limitée.

Puisqu’elles avaient pré-commandé, elle avait du temps pour aller récupérer les deux exemplaires, mais les deux femmes étaient, – comme tout fan qui se respecte, – particulièrement impatientes. Irina étant de repos en cette journée, cette tâche lui incombait.

Tout en marchant vers la gare de Takadanobaba en sifflotant, heureuse d’avance de son futur achat et de pouvoir prochainement découvrir un nouvel épisode de cette série qu’elle adorait tant, elle ferma sa veste à capuche plutôt légère pour la saison. Mais, à cause de sa poitrine opulente, elle éprouva quelques difficultés à refermer les derniers boutons et offrit un spectacle des plus agréables aux passants.

Elle bipa sa carte aux portails d’entrée de la gare et s’en alla immédiatement rejoindre la Yamanote Line, une ligne de train célèbre pour faire le tour du centre de Tokyo. Sa destination était Akihabara où elles avaient commandé en raison de la tapisserie qu’ils proposaient.

En effet,dans le cadre des bonus de sortie de jeu, chaque boutique en proposait des spécifiques, ainsi n’importe quel magasin ne faisait pas l’affaire pour un fan. Dans le cas d’Officine Tyaris qui sortait en cette journée, les deux filles étaient intéressées par une tapisserie qui illustrait Tyaris et Orifiel en maillot de bain.

Même si le quartier de Takadanobaba avait développé un penchant otaku depuis l’Invasion, ce bonus spécifique n’était disponible qu’Akihabara.

De fait, elle devait s’y rendre. Ce n’était cependant pas une destination qui lui déplaisait, même si elle n’aimait pas sortir, elle aimait ce quartier remplit d’objets liés à sa passion otaku.

Elle s’estimait très chanceuse d’avoir rencontré Elin, une autre chef n’aurait pas toléré son mode de vie et ses passe-temps.

Plus que les tolérer, Elin l’avait carrément adoptées. C’est elle qui lui avait proposé de rester gratuitement à l’agence et qui au fur et à mesure s’était intéressée aux mêmes passions que la jeune femme ; en effet, lors de leur rencontre, Elin n’était pas fan de jeux vidéo, elle était une personne bien plus triste et qui ne s’intéressait à rien.

C’est à proximité d’Irina qu’elle avait changé et était devenue ce qu’elle était à présent.

Depuis lors, elles jouaient tout le temps ensemble, parlaient souvent de jeux vidéo et parfois d’anime et de manga.

Elin n’était pas encore au niveau d’Irina en ce qui concernait la culture anime/manga, mais elle avait rattrapé son retard dans le domaine des jeux vidéo.

— Aujourd’hui, il fait bon temps, pensa Irina en regardant le ciel gris et pluvieux par la fenêtre du train. J’ai de la chance, ça veut dire que le jeu va être super bon ! Yeah ! Jj’ai trop hâte de rentrer jouer !! 

Irina secouait ses pieds devant elle à la manière d’une enfant enthousiaste.

Quelques personnes à côté d’elle s’étonnèrent de son excitation, mais ne lui prêtèrent au final pas vraiment d’attention.

Pour Irina, un ciel gris et obscur était un beau temps. Puisqu’elle était censée être un vampire, elle ne pouvait sortir que par ce genre de temps ; sous le soleil d’été, elle risquait de mourir assez rapidement.

Elle ne portait pas de parapluie puisqu’en tant qu’enfant des ténèbres, elle ne craignait ni le froid ni la pluie, elle ne tombait jamais malade de toute façon.

Bien sûr, la véritable explication était simplement qu’elle avait un physique terriblement robuste et que ses origines scandinaves la rendait très résistante au froid bien plus doux au Japon.

Elle regarda sa montre, il était presque dix heures et demi. N’étant pas du matin, il lui avait fallu un certain effort pour réussir à se réveiller si tôt, mais elle le faisait au nom de sa passion.

— Bon, plan pour ce matin : je vais acheter le jeu, je flâne dans les magasins jusqu’à midi, je vais manger deux oyakodon et je rentre jouer. Aujourd’hui va être une super journée. Yeah ! Yeah !!

Le train arriva à Akihabara, elle se dépêcha de sortir et de se diriger vers la sortie.

Le quartier d’Akihabara n’avait pas tellement changé depuis l’Invasion, c’était toujours un quartier commercial orienté sur la culture otaku. Puisqu’il y avait une forte fréquentation, après l’Invasion, une grande caserne de mahou senjo s’était établie à Chiyoda et défendait entre autres ce dernier.

Toutefois, on remettait parfois en cause l’efficacité de cette dernière. Puisque la zone à patrouiller était trop grande pour ses effectifs, nombre d’invocations avaient lieu à l’ombre de ses ruelles ; c’était tout simplement impossible de vraiment l’éviter malgré tout le renforcement des mesures de sécurité.

Malgré tout, le quartier était toujours aussi vivant, les articles relatifs aux mahou senjo avaient trouvé des rayons spécifiques et avaient augmenté drastiquement les ventes liés aux mahou shoujo auxquels les puristes les associaient.

Néanmoins, une nouvelle règle était apparue dans ce quartier, elle concernait le cosplay. Autrefois, le cosplay était plus que toléré à Akibahara, il était monnaie courante, mais en raison des risques d’eso-terrorisme engendré par les cultistes, il avait été prohibé à l’exception du dimanche et hors de certaines zones précises.

Évidemment, les maids cafés et les cosplays à but commerciaux devant les magasins avaient contourné la loi en mettant en avant le fait qu’il s’agissait d’un costume de fonction lié à leur exercice.

Irina se déplaçait à Akiba avec aisance, elle connaissait vraiment bien la moindre de ces ruelles et de ces devantures, elle s’y sentait à l’aise malgré sa démotivation du « monde de dehors » qui frôlait la maladie pathologique.

Aussi, en quelques minutes à peine, elle arriva au magasin et finit de régler sa commande et celle d’Elin.

— Nous vous remercions d’avoir choisi notre magasin, la remercia le vendeur en s’inclinant légèrement.

— Ah, de rien ! Je viens presque toujours chez toi de toute façon. La préco pour le prochain Ecchi Samurai ouvre quand d’ailleurs ?

Évidemment, le vendeur l’avait parfaitement reconnue. Comme elle l’avait annoncé, elle venait souvent acheter dans ce magasin et son apparence était malgré tout notable, quand bien même les métisses étaient devenus bien plus fréquents qu’avant l’Invasion.

— Les précommandes commenceront à partir de la semaine prochaine.

— Ok, je repasse mercredi prochain alors. A plus !

Le vendeur ne s’offusqua pas de sa familiarité, c’était son travail. D’ailleurs, le fait qu’une si belle jeune femme lui parle de la sorte lui donnait l’impression qu’il pourrait devenir un jour son ami… voire plus, aussi il en tirait au contraire une certaine fierté.

Après être sortie du magasin, Irina s’écria dans la rue en s’étirant :

— Je l’ai eu !! Bon, allons flâner maintenant…

Plusieurs personnes étonnées la regardèrent sans réellement comprendre, tandis qu’elle se remit en marche.

Quelques ruelles plus loin…

— Même si je suis une fille des ténèbres qui ne craint pas la pluie, pensa-t-elle, les jeux ne risquent pas de prendre l’eau ? Je devrais acheter un parapluie quand même…

Aussi, elle entra dans le premier magasin d’informatique à côté d’elle où elle avait repéré des parapluies transparents pas chers et en fit l’acquisition.

C’est à ce moment-là qu’elle vit une cliente devant elle avec un sachet aux couleurs du même magasin où elle s’était rendue à l’instant.

En tant que fan de jeux vidéo, elle ne put s’empêcher d’observer le sachet en se demandant si la cliente en question avait acheté elle aussi Officine Tyaris. Sa curiosité fut telle que discrètement elle jeta un œil à l’intérieur alors que la trentenaire à lunettes réglait ses achats à la caisse.

Ce n’était pas Officine Tyaris, malheureusement, mais un tout autre jeu. Les sourcils d’Irina se froncèrent un instant, elle s’empressa de payer son parapluie et sortit en vitesse du magasin.

Dans la rue, elle chercha du regard cette femme. Par chance, elle n’était pas allée bien loin, elle venait d’entrer dans un magasin à l’enseigne verte et noire particulièrement célèbre.

Irina mit son sachet à l’abri sous le parapluie et sortit son smartphone de sa poche.

***

Pendant ce temps, dans une salle de sport dans le Big Box de Takadanobaba, Elin et Shizuka s’entraînaient.

Pour être plus exact, seule Shizuka transpirait car Elin assise sur son dos ne faisait rien du tout à part la motiver et lui mettre des tape sur les fesses pour la faire avancer.

— Pourquoi je dois être votre cheval au juste ? Vous pouvez me le rappeler… ?

— Je ne crois pas te l’avoir dit. Ça c’est juste pour m’amuser, puisque t’es super stressée. On va passer aux choses sérieuses bientôt.

— Hein ? Mais j’ai mal aux bras et ça sert à rien ?

— Ça fortifie ton corps, c’est déjà ça. Au pire, si tu n’arrives pas à maîtriser tes pouvoirs tu pourras toujours faire carrière dans le sado-maso.

— HEIN ?! C’est hors de question !!! Je veux pas, descend de mon dos. 

Cette salle de sport était spécialement équipée pour les mahou senjo, les murs étaient renforcés de plaque de métal et la salle était isolé électriquement et disposait de système anti-incendie. Bien sûr, les risques n’étaient pas de zéro, mais on les minimisait pour permettre l’utilisation de pouvoirs magiques.

Elin avait loué cette pièce pour la journée, c’était assez cher, mais elle n’en avait rien dit à Shizuka.

Cette dernière s’était changée en survêtement de sport alors qu’Elin avait juste retiré sa veste et ne portait qu’une culotte et son pull trop grand pour elle.

La chef bondit alors que Shizuka s’écrasa au sol sur le ventre. Puis, elle se mit à s’agiter tout en se plaignant.

— Ouinnn ! Pourquoi j’ai pas intégré une autre agence ?! Ma chef est méchante, sauve-moi Vivienne oneesama !! 

— Si tu crois que Vivi-chan veut d’un mollusque incapable de se battre tu te trompes. Tu as le droit d’être une mahou senjo au physique flasque et mou, un peu comme ces deux choses que tu trimballes sur ton torse, mais dans ce cas tu devras me montrer que tu es apte en magie.

Ces mots firent arrêter les jérémiades de Shizuka, elle escompta de l’effet qu’elle souhaitait provoquer.

Cette situation était sciemment calculée, elle pensait que le véritable problème de la jeune femme n’était pas sa quantité de mana, mais un problème de volonté et de maîtrise de ses pouvoirs.

Elle avait bien perçu le caractère craintif et facilement démotivée de Shizuka, elle était certes pétrie de bonnes intentions, mais elle abandonnait si facilement ; Elin tenait pour cause de sa carence en pouvoir magique ce caractère trop fragile.

Aussi, elle avait commencé par lui faire peur. A présent, elle était passée à la phase humiliation afin de l’obliger à donner le meilleur d’elle-même.

Shizuka cessa ses cris, elle réfléchit à la situation : même si ce n’était qu’une seule fois, si elle réussissait à impressionner sa chef, elle aurait un entraînement plus doux, n’est-ce pas ?

Aussi, elle se releva déterminée à réussir.

— On dirait que tu es un peu plus motivée déjà. Disons ça… Si tu parviens à percer ma barrière avec ta magie, je vais arrêter ma torture et je vais même te payer à manger ce soir.

— Juste réussir à briser le bouclier, ça suffit ?

— Juste ? Tu es bien optimiste ma chère Shizuka. Même si je suis une sorcière d’attaque, ne sous-estime pas ma barrière magique.

— J’y arriverais ! Je vais donner tout ce que j’ai et avant ce soir je vais réussir !

Elin tira à elle une chaise à proximité, elle s’assit en croisant ses jambes et en sortant de sa manche une console de jeu portable.

— Par contre, j’ajoute une condition.

— Laquelle ?

— Tu peux essayer jusqu’à ce soir autant de fois que tu veux, mais chaque heure, tu vas retirer un vêtement. Si tu n’as pas réussi à 19h, tu iras m’acheter un jus de fruit dans le couloir avec ce qu’il te restera de vêtements.

— HEIN ?!!!! Non je refuse, je veux pas, je veux pas !!!! 

Shizuka rougit et couvrit de ses bras sa poitrine comme si elle était déjà presque nue, ce qui n’était pas le cas.

— Je croyais que tu étais sûre de réussir en y passant du temps, annonça ironiquement Elin. Tu perds déjà confiance ?

— Non, je veux pas retirer mes vêtements, je refuse ce marché.

— S’il n’y a que moi je ne vois pas le problème.

— C’est trop embarrassant quand même. Puis aller dans le couloir nue, je mourrais de honte. Je m’en vais, je veux plus être une mahou senjo !

Sur ces mots, Shizuka se dirigea en pleurant vers le banc où se trouvaient ses affaires.

La voix calme et vide d’Elin parvint à ses oreilles à cet instant.

— Il vaut mieux que tu partes en effet. Si tu as si peu de détermination, tu ne pourras jamais devenir une vraie mahou senjo. Sauvez les opprimés n’est pas un jeu, si tu as honte de te déshabiller devant moi, c’est que tu ne prends pas assez à cœur ta mission.

Ces mots pétrifièrent Shizuka, de son côté Elin alluma sa console de jeu et la musique de son jeu prit la place de leurs voix.

Évidemment, pour Shizuka devenir une mahou senjo n’était pas qu’une simple lubie, c’était son rêve depuis toute petite, c’est pourquoi les paroles d’Elin l’avaient profondément touchée, elle se sentait à la fois vexée et honteuse.

Malheureusement, elle n’avait pas tort, sa nudité était un problème bien moindre comparé à ce que subissait de pauvres innocents face à ces redoutables créatures venues d’autres dimensions.

Elle se rendait bien compte que si elle quittait cette salle, en cette journée, à cet instant, elle demeurerait à tout jamais une mahou senjo échouée.

Toutefois, elle ne pouvait s’empêcher de trembler de peur et elle sentait un nœud se former dans son estomac rien qu’en s’imaginant sortir dans le couloir nue.

A cet instant, le visage de Vivienne apparut dans son esprit, ses longs cheveux blonds scintillait alors qu’elle posait un regard bienveillante et chaleureux sur la jeune femme.

Puis, comme surgit d’un lointain passé, un autre visage s’imposa à son esprit, c’était celui d’Hakoto, son amie d’enfance. Cette dernière avait été gravement blessée alors que toutes les deux avaient ignoré la sirène d’alarme et avaient refusé de se rendre dans le plus proche abri.

Shizuka avait toujours admiré les mahou senjo, mais après avoir été secourue par l’une d’entre elle ce jour-là à Nakano, son rêve était devenu une obsession.

Voulait-elle donc réellement abandonner si facilement ?

Puis avait-elle si peu de confiance en elle qu’elle pensait ne pas pouvoir y arriver ?

Elle s’était braquée sur l’idée de sa défaite, mais il restait au moins huit heures jusqu’à l’heure d’échéance, ce n’était pas irréalisable…

— Je vais le faire ! J’accepte ton marché, même s’il est cruel ! Par contre, si je réussis…

— Oui ? Que vas-tu me demander en échange, demanda calmement Elin en levant à peine son regard vers elle.

— Si je réussis, tu vas porter pendant une semaine… non, un mois ! Tu vas porter les vêtements que je t’aurais choisi.

— Si c’est que ça, marché conclu.

Sur ces mots, Shizuka sourit légèrement avec détermination, alors qu’Elin sortit de sa manche une petite télécommande.

Lorsqu’elle appuya sur le bouton, un ensemble de mécanisme se mirent en mouvement dans la pièce, elle venait de verrouiller la porte de l’intérieur ; c’était une mesure de sécurité de la salle afin de permettre aux invocatrices de ne pas laisser échapper leurs monstres.

De même, dans les coins de la pièce, des sortes de coussins d’air se gonflèrent et firent disparaître tous les coins de la salle pour les transformer en angles arrondis. C’était une mesure contre les chiens de Tindalos, des chiens monstrueux capables de voyager dans les replis du temps en utilisant comme porte de sortie et d’entrée n’importe quel angle droit.

Dans une pièce ronde, ils n’avaient aucun moyen de surgir ou de fuir.

Shizuka reprit son calme, elle tira son téléphone portable de sa poche et, au lieu d’activer un dispositif de transformation comme nombre de mahou senjo d’anime qu’elle adorait, elle téléphona chez elle à Yog-kun afin qu’il active sa transformation.

De son côté, Elin fit de même, elle se transforma pour la première fois devant les yeux de Shizuka.

Puis, elle se rassit sur la chaise et nonchalamment se mit à jouer alors que les premiers projectiles de cristal la prirent pour cible ; ils s’écrasèrent sans surprise sur sa barrière magique.

Elin bailla avec désintérêt…

***

Sous la pluie, sous son parapluie, Irina téléphona à la personne qu’elle connaissait le mieux et qui avait le plus d’estime pour elle : Elin.

— Ouais, qu’est-ce qu’il y a Iri-chan ? Un problème avec ta mission ?

— Non, pas du tout, j’ai sécurisé l’objectif de mission, mais j’ai un autre pépin.

— Va-y explique…

En arrière-fond sonore, Irina entendait la voix de Shizuka qui scandait ses noms de techniques.

— C’est Shi-chan que j’entends ?

— Yep. Elle tente de briser ma barrière, c’est son entraînement. Si elle n’y arrive pas rapidement, elle finira nue.

— Ah j’vois j’vois, un entraînement en mode pervers. Tu m’enverras des photos de Shi-chan nue ?

— Tu paies combien ?

— Quatre diamants astraux purs et sept toiles d’outre-tombe, c’est OK ?

— Tu tiens tellement que ça à la voir nue ? Bah, à ce prix-là, j’ai pas de raison de refuser. Pas vrai, Shizuka ? Active-toi un peu, la première heure va bientôt s’écouler.

Irina entendit que la jeune femme hurla quelque chose à Elin, mais la qualité de la transmission ne lui permit pas de savoir quoi précisément.

— Bon, et sinon ton problème ?

— Ah vi ! En fait, ch’viens de capter une sorcière à Akiba.

— T’es sûre que c’en est une ?

— Pas de doute, elle a acheté Black Star Chronicles 7…

— Ah ouais… pas de doute dans ce cas. 

Irina hocha doucement de la tête comme pour exprimer un « eh ouais, je l’avais dit ».

Black Star Chronicles 7 était l’épisode « maudit » de la série, parmi les joueurs il avait extrêmement mauvaise réputation et les ventes avaient été si catastrophiques que le studio de développement du jeu avait failli disparaître. Il parvint à se rattraper du gouffre de la ruine avec le huitième épisode qui s’avéra à l’opposé un franc succès.

Toutefois les fans de longues dates n’oublièrent jamais « le traumatisme de BSC7 » (abréviation de leur jargon) et des légendes urbaines incroyables jaillirent en ligne quant aux raisons de son désastre.

L’une des plus récurrentes était que le code source du jeu incluait des passages fragmentés du Livre d’Eibon et du Necronomicon, plusieurs pages internet et blog étaient destinés à étayer cette théorie.

Mais au-delà du mythe urbain, Irina et Elin avaient une théorie concernant ce jeu. Selon elles, les cultistes débutants, incapables de se procurer une copie de ces deux ouvrages, pouvaient être attirés par la rumeur concernant ce code source douteux, que cela soit vrai ou faux.

Les ouvrages liés au Mythe de Cthulhu avaient été interdit dans les quatre pays restants, mais malgré tout de nombreuses copies illégales circulaient à l’ombre des marchés noirs. Comme souvent dans ce genre de cas, leur accès est bien diffiicile pour un novice dans les arts obscurs ne disposant pas des bons contacts.

Parmi les différentes causes incitant les personnes à se tourner vers ce genre de pratiques dangereuses et interdites, l’isolement et la solitude en est une fréquente. De fait, les novices incontrôlables et agressifs constituaient des cas plus fréquents qu’on ne le pensait.

Leurs destinées sont souvent peu glorieuses, la majorité des novices finit par commettre un crime évident qui attire la présence des mahou senjo et sont livrés à la justice, alors qu’une autre partie finit par rejoindre une secte qui les a repéré avant les officielles. Rares sont ceux qui parviennent à développer seuls leurs pouvoirs en auto-didacte.

Par conséquent, les sorciers isolés sont généralement plutôt faibles.

— Bon, continue de la suivre et de la surveiller, je vais tenter de décrocher un contrat.

— Ça marche ! J’attends ton autorisation. 

Sur ces mots, elle coupa la communication téléphonique et continua d’attendre sa cible à l’extérieur du magasin.

Il n’y avait qu’une seule entrée et sortie possible à ce dernier, elle était sûre de la voir ressortir à un moment donné.

Elle attendit une bonne dizaine de minutes avant de la voir lui passer à côté, puis la prit en filature.

— Oneesama, ne seriez-vous pas intéressée par venir dans notre maid café ? Lui demanda une maid dans la rue en lui tendant un flyer.

— Oh cool, un imouto maid café ! Bah, là j’ai pas le temps, mais j’viendrai la prochaine fois, promis.

Irina attrapa le flyer, fit un clin d’œil à la maid qui se mit à rire, puis elle continua de suivre la sorcière.

Malgré la pluie, il y avait beaucoup de gens dans cette ruelle, Irina préférait donc ne pas passer à l’action de suite, c’était trop dangereux pour les « belles maid ».

Sa cible finit par traverser la rue et se rendre dans un grand magasin à plusieurs étages, elle semblait faire simplement ses courses : elle passa dans le rayon manga où elle en acheta quatre, puis elle se rendit au rayon doujin où elle en acheta une dizaine.

Irina la suivit dans les différents rayons, elle n’était pas très discrète, mais sa cible semblait tellement fascinée par ses achats qu’elle ne la remarqua pas.

« 4 shoujo, 10 erodoujin tentacules…(¬ ¬) »

Envoya-t-elle simplement par SMS à Elin.

La réponse fut rapide.

« Sorcière perverse. Cultiste tu penses ? »

« Pas chur…Pas de Tokyo, dialécte du sud. »

« Sorcière perverse campagnarde. Autorisation reçue, tu peux l’arrêter. »

« (^)»

Irina n’était pas très studieuse, elle faisait un tas de fautes à l’écrit et utilisait beaucoup d’émoticônes pour discuter, mais Elin était habituée à cette façon de communiquer puisqu’elles jouaient ensemble en ligne.

Lorsqu’elles sortirent toutes les deux du magasin, la sorcière semblait joyeuse, elle ne semblait en rien différente d’un client habituel du quartier.

Puisqu’il était midi, elle s’en alla manger dans une célèbre chaîne de restauration spécialisée en volailles, Irina l’attendit à l’extérieur, l’estomac dans les talons, l’eau à la bouche ; elle avait décidé de manger des oyakodon aujourd’hui, elle ne pouvait se permettre de « corrompre » le goût de ce plat qu’elle adorait par-dessus tout en mangeant autre chose, elle s’était déjà retenue de manger des sucreries en matinée pour mieux les savourer…

Lorsque la présumée sorcière sortit, elle se mit en route vers un autre magasin, mais Irina décida de passer à l’action.

Elle lui passa à côté et lui déroba un des sachets pleins de produits qu’elle venait d’acheter avant de se mettre à courir.

Irina n’était pas un génie capable de stratégie complexes, mais il y avait trop de civils autour d’elle, elle devait l’attirer dans un endroit plus désert et c’était la meilleure méthode qui lui soit venue à l’esprit.

Comme elle l’avait espéré, la sorcière la poursuivit. Irina la mena jusqu’à un parking où il n’y avait personne et qui se trouvait à proximité ; c’est là qu’elle l’attendit.

— Pas très sportive…, la gourmanda Irina en la voyant arriver en sueur.

— Sale… teuh teuh… sale voleuse ! S’écria la femme en haletant après avoir couru aussi vite qu’elle l’avait pu.

Son visage était rouge et elle éprouvait du mal à respirer et parler.

Mais l’attention d’Irina fut rapidement attirée par le sachet qu’elle avait en main, elle était assez curieuse et indiscrète lorsqu’il s’agissait de produits otaku.

— Qu’est-ce qu’on a là… BSC7, mouais… Ah ! Ça c’est déjà plus sympa Omega Shot Ultimate… Puis… Oh ! Ça c’est cool, bon choix ! Shot Gun Pantsu Invasion ! Yeah ! J’adore ce jeu.

— Arrêtez de fouiller mes affaires ! Qu’est-ce que vous me voulez au juste ?! Je vais appeler la police. 

La femme serra ses poings énervée, puis elle tira son téléphone de son sac à main.

— Tu peux les téléphoner s’tu veux, mais bon t’es une sorcière donc j’pense que ça va vite chauffer pour ton cul…

La femme qui était sur le point de composer le numéro de téléphone de la police s’immobilisa suite aux paroles d’Irina qui lui prêtait peu d’attention, elle était en train de regarder la boîte du jeu qu’elle adorait.

— Au niveau 5-3, si tu prends à gauche dans le couloir y’a un culotte dégradable en item bonus. Par contre, faut réussir à la chopper, elle est prêt du conduit d’aération… Oh, même en occaz t’as le bonus de préco : la culotte rayée ? T’as de chance !

La présumée coupable ne savait que dire, ne savait que faire, en face d’elle ce qu’elle avait pris pour une voleuse s’était révélée être… En fait, elle n’avait aucune idée de qui pouvait être cette personne, mais elle l’accusait d’être une sorcière, lui volait ses affaires et fouillait ses achats.

Aussi, elle s’approcha d’Irina furieuse et tendit la main :

— Rendez-moi mes affaires, tout de suite !

Puis elle grommela quelque chose dans un dialecte du sud qu’Irina ne parvint pas à comprendre.

— Ouais, ch’sais que c’est pas cool pour une vampire de voler les affaires des autres, mais bon si on se battait dans la rue, ça aurait pu être encore plus mauvais… Tiens, j’te les rends, c’est à toi.

Irina lui remit le sachet, la femme la regarda avec mépris et méfiance. Elle l’avait bien entendue se désigner comme une « vampire », aussi elle était encore plus sur ses gardes.

— Par contre…, annonça Irina, t’es en carcération pour sorcellerie !

— Hein ?! Carcération ? Puis, qui a dit que j’étais une sorcière au juste ?! C’est des accusations graves, jeune femme !

— Ah zut, c’était pas le bon mot. Macération ? Ça a du sens avec macération ?

— NOOOOOOONNN ! Réponds à ma question ? 

Irina se gratta la tête en levant son regard au ciel, elle avait oublié la phrase qu’elle devait utiliser dans ce genre de cas, elle savait que le mot se finissait en –ation- mais elle n’arrivait pas à s’en souvenir.

Pendant quelques secondes son visage parut véritablement douloureux, elle réfléchissait à s’en donner mal à la tête.

Puis soudain, elle frappa son poing dans la paume de sa main et expliqua :

— J’connais plus ce mot, mais c’est pas grave, j’t’amène à la caserne.

— JE NE SUIS PAS UNE SORCIÈRE !!! TU VAS T’EXPLIQUER A LA FIN ?!

Hurla la femme dans son accent campagnard.

— Bah, t’as acheté BSC7, non ?

— BSC7 ?

— Vous utilisez pas ce mot à la campagne ? Black Star Chronicles 7… 

Immédiatement, la femme recula terrifiée, le visage en sueur, elle avait été démasquée si facilement.

Elle tenta de prendre la fuite, mais Irina la rattrapa et fit un balayage du pied qui la fit tomber à terre.

— Ch’suis désolée en plus, la rumeur c’est du flan, on a check avec Erieri et y’a pas de code douteux. Bon, on va à la caserne.

La sorcière au sol la regarda avec colère, elle était trempée et ses lunettes brisées, mais elle n’avait pas l’intention de se rendre comme ça.

Elle avait commencé la magie pour devenir belle et séduire le garçon qu’elle aimait, c’était sa seule chance de pouvoir se marier un jour à lui.

Elle était venue exprès à Tokyo afin d’acheter ce jeu qui n’était pas disponible sur les sites en ligne à cause de rupture de stock, elle voulait profiter de sa journée à Akiba pour faire le pleins de « bonnes choses », mais sa malchance l’avait menée jusqu’à cette folle qui se disait être un vampire.

— Pourquoi un vampire veut m’amener à la caserne ? Un vampire c’est un allié des sorcières, non ?

— Ah bon ? Ch’savais pas qu’on était potes… Faudra que j’demande à Eri-chan, mais dans les jeux y sont souvent ennemis en fait… Puis, ch’suis une vampire spéciale, ch’suis une vampire mahou senjo. Héhéhé !

Irina posa ses poings sur ses hanches et prit une pose fière.

— Hein, t’es pas un peu fêlée comme fille ? Une vampire ne serait jamais accepté chez les senjo !

— J’bosse pour l’agence Tentacool, ch’suis pas une officielle. 

La sorcière grimaça et posa un regard noir sur la jeune femme, elle ne voulait vraiment pas finir en prison, elle savait que les peines pour sorcellerie étaient lourdes et les rumeurs disaient que les senjo faisaient des lobotomies à ces dernières afin de les empêcher d’utiliser la magie.

Aussi, sans se soucier de ses paquets, elle tendit la main et invoqua soudain :

— Shadow Mist ! 

A ce moment-là, une brume noire épaisse sortit de celle-ci et engloba la zone, Irina n’y voyait plus rien.

— Whaaa ! Y’me serait pratique ce pouvoir en pleine journée, vu que ch’suis une vampire… 

Lorsque la brume se dissipa, la sorcière n’était plus là, son sachet et ses lunettes gisaient au sol, mais Irina l’entendit courir dans une ruelle voisine.

Son instinct de fan lui fit prendre le sachet au sol avant de la prendre en chasse, lorsqu’elle la rattrapa elle s’était malheureusement engouffrer dans la foule.

En fait, pour être exact, elle venait de changer d’apparence à l’aide de ses pouvoirs.

C’était l’un des pouvoirs qu’elle avait développé pour séduire l’élu de son cœur, mais il s’avérait qu’il n’aimait pas cette apparence-là non plus, aussi elle avait décidé de passer au plan B, qui était de lui lancer un sort de fascination éternelle, c’était dans cette optique qu’elle était venue acheter le fameux jeu.

— Impossible qu’elle me retrouve dans cette foule, pensa la sorcière en ayant remarqué que la jeune femme venait d’arriver à proximité.

En effet, elle n’était pas sportive, son corps était fragile depuis son enfance et elle n’avait jamais beaucoup pratiqué de sports.

Mais, si elle parvenait à atteindre la gare à quelques rues de là, elle pouvait s’enfuir et retourner chez elle.

Bien sûr, elle était triste d’avoir laissé les trois jeux dans la précédente ruelle, mais elle n’avait pas eu le choix.

Alors qu’elle s’éloignait d’Irina en direction d’une ruelle perpendiculaire, cette dernière qui scrutait chaque passant minutieusement la regarda fixement, puis elle bondit sur elle tel un ressort qui venait de se relâcher et lui porta un unique coup de poing dans le ventre.

La sorcière fut tellement surprise qu’elle ne pensa même pas à esquiver, l’attaque l’envoya au tapis inconsciente.

— C’était facile…, affirma Irina en souriant. Tu sentais encore le graillon et tes vêtements sont les mêmes qu’avant…

En effet, elle commençait à avoir tellement faim que son odorat s’était aiguisé au point d’avoir senti l’odeur de friture spécifique du restaurant où la suspecte avait mangé précédemment ; il fallait dire toutefois qu’une personne normale aurait également senti cette odeur en lui passant à côté, le restaurant étant très petit, malgré la ventilation, l’odeur de friture y était forte et imprégnait facilement les vêtements.

L’odeur lui avait donné une première piste, puis lorsqu’elle avait remarqué les mêmes vêtements, elle avait compris qu’il s’agissait de la même personne.

Toute autre personne qu’Irina aurait eu des doutes face à ce changement d’apparence et aurait cherché à comprendre la situation, mais Irina réfléchissait peu, elle était instinctive et son instinct lui avait dit qu’il s’agissait de la sorcière.

Alors qu’Irina la vit reprendre son apparence initiale, un pendentif autour de son coup se mit à briller et s’élever dans les airs.

Une fois de plus, l’instinct d’Irina et ses années d’expérience en tant que mahou senjo lui firent ressentir un danger imminent.

— Fuyez !! Cria-t-elle. Monstre en approche !

Son cri alerta quelques secondes avant les retentissements de l’alarme d’intrusion dimensionnelle les passants qui réagirent très rapidement.

Le pendentif émit un crépitement et une lueur sinistre, il ouvrit un petit portail qui permit à une créature du mythe de débarquer dans cette rue ; le pendentif était un charme d’invocation avec une condition d’activation liée à la conscience de la sorcière.

C’était son dernier recours, lorsqu’elle avait commencé ses études illégales de magie dans son coin, c’était le premier charme qu’elle avait créé afin de se protéger. Si elle tombait inconsciente hors période de sommeil, le charme s’activerait et le monstre serait contraint de tuer toutes personnes autour d’elle pendant une heure, puis il serait libre d’agir à sa guise.

Afin de rendre l’invocation plus simple, elle avait choisi une créature qui avait une prédisposition naturelle à la violence et au carnage : un rampant.

Cette créature haute était haute de trois mètres, le bas de son corps ressemblait à un agglomérat d’une dizaine de verre de terre géant, alors que le haut de son corps, à la manière d’un centaure, était celui d’un humain difforme.

Ses bras étaient munis d’une dizaine de doigts tous armés de griffes redoutables, sa tête n’avait pas d’yeux, mais deux bouches garnies de dents et partout dans sa peau se trouvaient des trous dans lesquels circulaient de vers de terre de taille normale.

A voir de plus près, sa peau entière était composé de millions de vers de terre qui gigotaient et formaient de manière irrationnelle cet ensemble monstrueux.

En face de lui, il ne restait plus qu’Irina, à distance les civils couraient se mettre à l’abri alors que la sirène commençait à retentir.

Irina ne semblait pas du tout paniquée, elle regardait joyeusement le monstre devant elle :

— J’suppose que tu veux pas repartir, non ?

Le rampant ne parlait pas de langages humains, mais il les comprenait, aussi il secoua la tête pour signifier « non ».

— OK, bah, attends juste un instant que j’me transforme.

Sur ces mots, sans attendre une quelconque réponse de la part du monstre, elle activa sa transformation et se revêtit de sa tenue de mahou senjo : un uniforme militaire, des gantelets de métal et une jupe de lamelles de métal.

De plus, ses cheveux et ses yeux prirent la teinte de l’or.

Le temps de transformation était inférieur à la seconde, même si le rampant avait voulu agir, il n’aurait pas eu le temps.

Le combat commença alors que la créature tendit sa main droite et qu’un rayon noir jaillit de ses doigts.

Irina bondit dans les airs en tournoyant et esquiva le tir, à l’impact le sol se dégrada rapidement jusqu’à tomber en poussière : c’était un rayon de décrépitude.

Non seulement ces créatures ont des caractéristiques physiques au-delà de la norme humaine, mais en plus ils sont capables d’utiliser quelques sortilèges.

De son autre main, d’ailleurs, la créature projeta en direction de la jeune femme une volée de petites flèches de feu ; puisqu’elle était en plein saut, elle ne pouvait les esquiver, elle préféra les détruire en vol en frappant plusieurs fois de son pied.

Elle atteignit la surface d’une façade de magasin et prit appui dessus avant de se projeter de toutes ses forces poing en avant vers la créature.

Même si l’attaque était rapide, la créature parvint à l’esquiver en se rampant en arrière, mais elle fut malgré tout frappée par la multitude de débris projetés par l’impact du poing d’Irina au sol.

Sa peau n’était pas solide, mais au contraire tellement molle que les débris rebondirent dessus sans lui causer la moindre blessure.

Irina profita de leur proximité pour repasser à l’attaque, elle lui administra une droite, puis une gauche, puis encore une droite, une véritable avalanche de coups pleuvait sur le rampant, mais son corps absurdement mou amortissait tous les coups de la mahou senjo.

Le rampant était immunisé contre les attaques conventionnelles, y compris celles d’armes perforantes, si Irina n’avait pas été une mahou senjo et que ses poings n’avaient pas été infusés de magie, elle n’aurait eu aucune chance de produire le moindre dommage.

Même si on avait l’impression que ses attaques étaient inefficace, c’était simplement parce que par nature les attaques de coup de poing de la jeune femme étaient contondantes, c’était un type d’attaque sans effet contre ce corps spongieux ; si elle avait utilisé une arme tranchante, nul doute qu’elle l’aurait déjà blessé.

Afin de forcer la combattante à prendre de la distance, le monstre utilisa un nouveau pouvoir, une onde de décrépitude émana de lui et força Irina à bondir en arrière.

— J’vois… T’es du genre mollasson comme une sorte de slime. Bon écoute, j’ai pas le temps de jouer avec toi, j’ai vraiment la dalle et j’veux jouer à mon nouveau jeu. A une prochaine, monstre de rang 2.

Sur ces mots, Irina ouvrit ses mains et chargea à nouveau. Elle esquiva dans sa course plusieurs rayons et éclairs projetés magiquement par le monstre, puis parvint à nouveau au corps-à-corps où elle le surclassait aussi bien en vitesse, en puissance et en technique.

Au lieu de frapper de son poing fermé, elle frappa main ouvert et enfonça ses doigts dans le torse de la créature comme s’il s’agissait d’un fer de lance.

Le monstre hurla de douleur alors qu’une substance blanchâtre fluorescente jaillit de son corps et que d’ignobles vers giclèrent tels du sang.

Immédiatement, Irina y enfonça également sa seconde main.

Le rampant profita de cette position où elle était coincée dans son corps pour la frapper de ses deux mains pleines de griffes ; même si elle ne pouvait parer de ses mains, elle avait toujours ses jambes de libres, aussi elle porta un coup de pied de chaque jambe dans la paume des deux mains qui s’approchaient d’elle.

A cause de sa force inhumaine, les mains du monstre furent repoussées avec violence. Elle retira rapidement ses mains de la créature et porta un violent coup de poing dans le trou qu’elle venait de produire.

Le gantelet s’enfonça dans le corps du rampant qui hurla encore bien plus fort, émettant des ultrasons que seuls les animaux et certaines mahou senjo parvenaient à entendre.

Elle venait d’exploser un organe étrange à l’intérieur du corps de la créature.

En effet, si l’épiderme était composée de conglomérat de vers de terre qui lui donnaient cette peau molle à l’épreuve de la plupart des attaques, à l’intérieur il y avait une structure musculaire semblable à celle des êtres humains, ainsi que des organes. Mais il n’y avait pas de squelette, à l’instar des invertébrés.

Alors qu’Irina retira sa main et bondit en arrière avant que le monstre ne dégage son aura de décrépitude magique, les vers qui composaient la peau du monstre se désunirent et tombèrent au sol tel de vulgaires lombrics.

Lorsque la vague magique les frappa, ils moururent d’ailleurs instantanément, tous.

Irina n’était pas une mahou senjo studieuse, elle était incapable de lire les kanjis compliqués, – à vrai dire, elle avait déjà du mal avec certains simples, – elle ne pouvait faire des mathématiques complexes et oubliait systématiquement tous ce qu’on lui expliquait, mais elle avait une mémoire basée sur son expérience corporelle.

Puisque ce n’était pas la première fois qu’elle combattait une telle créature, et puisque la fois précédente Elin lui avait dit de frapper précisément à cet endroit précis, elle s’en était souvenu.

Dans le torse d’un rampant se trouve une glande produisant « quelque chose » (les chercheurs hésitent entre des phéromones, une substance chimique ou encore une vibration ondulatoire magique) qui permet aux vers composant sa peau de s’attrouper et de la tisser.

En la détruisant, la créature venait tout simplement de perdre sa carapace, ses muscles n’étaient plus protégés.

Irina prit donc appui au sol de toutes ses forces, elle s’accroupit et provoqua de fortes vibrations qui se répandirent autour d’elle, puis se projeta à nouveau vers la créature tel un flèche.

Cette fois, son poing ne rencontra aucune résistance, elle frappa la créature avec une telle violence qu’elle la transperça tout entière, creusant un gros trou dans son torse.

Face à un tel spectacle, on pouvait véritablement se demander qui était le monstre dans cette histoire, Irina n’avait subi aucune blessure, elle portait sur elle les traces de son meurtre et souriait de manière innocente, elle n’était pas contente d’avoir tué un monstre, mais d’avoir protéger son quartier préféré et ses pairs otaku.

Conformément à leur habitude, les mahou senjo officielles arrivèrent après trois minutes, le combat était fini depuis un moment. Irina avait repris sa forme normale et était revenue auprès du corps endormi de la sorcière.

Le sang du rampant avait disparu avec sa tenue de combat, il ne lui en restait qu’un peu sur le visage, elle s’était nettoyée avec la manche de son pull.

Deux mahou senjo la rejoignirent en volant, l’une d’elle avait une combinaison moulante high-tech avec des propulseurs dans le dos, alors que l’autre ressemblait à un ange en robe élaborée avec des ailes dans le dos.

L’ange s’avança vers Irina, la main sur son arme, prête à dégainer.

— Déclinez votre identité !Dit-elle d’une voix dure à Irina.

— Ch’suis Irina de l’agence Tentacool. Cette fille c’est une sorcière, j’l’ai assommée, mais elle avait un talisman qui a fait *cham* puis un portail est apparu et *bam* un rampant est venu. Le cadavre est par là-bas si vous voulez encore allez voir il est pas encore disparu…

Les deux mahou senjo se regardèrent, elles étaient habituées au manque de convenance et professionnalisme des privées, mais Irina les battait toutes.

— Bon, vu que vous z’êtes là, j’vais rentrer, j’ai un jeu à jouer.

— Attendez ! Montrez-nous votre licence ! 

Irina soupira et prit dans sa poche sa carte d’abonnement de train, à l’arrière se trouvait sa carte d’agence ; au début, elle s’était retrouvée quelque fois embarquée par les officielles faute d’avoir de quoi prouver son identité, aussi Elin lui l’avait mise à l’arrière de son abonnement de train afin qu’elle ne l’oublie plus.

— Cela vous dérangerait de venir à la caserne pour faire un rapport de la situation ? Demanda la mahou senjo en armure futuriste.

— Bah, ch’peux le faire, mais la dernière fois on m’a dit qu’on comprenait rien. C’est p’tet mieux que vous demandiez ça à ma boss. De toute façon, elle a passé un contrat donc… 

La mahou senjo en tenue d’ange prit sa tête dans sa main, elle commençait déjà à avoir mal à la tête en l’écoutant parler.

Aussi, elle fit signe de la main de circuler et Irina s’éloigna en les saluant amicalement, l’air de rien.

Même si Irina n’avait pas pu devenir une officielle, elle était très contente de sa vie actuelle aussi elle ne nourrissait aucune rancœur envers les officielles, en fait elle ne détestait que les monstres qui cherchaient à tuer la population et détruire le monde.

Elle retourna récupérer son sachet et le parapluie qu’elle avait laissé dans le parking où elle avait attendu la sorcière, puis elle s’en alla manger dans le restaurant qu’elle avait choisi. A cause de l’effort du combat, elle mangea non pas deux bols d’oyakodon comme elle avait l’habitude de le faire, mais bien cinq.

A chaque bol, elle félicitait le cuisinier, qui la connaissait fort bien, et son visage devenait un peu plus radieux.

Irina était l’incarnation de la joie, elle ne voyait aucune raison d’être triste. Le monde avait été envahi et vivait dans la peur de l’invasion certes, mais elle jouait tous les jours, elle avait des amies, elle faisait du sport grâce aux monstres et elle se régalait.

— La vie est vraiment trop belle~ 

S’exclame-t-elle en avalant goulûment un morceau de poulet.

***

Pendant ce temps, dans la salle d’entraînement du gymnase, Elin jouait assise sur sa chaise, elle avait finalement dû brancher sa console portable à une prise non loin faute d’avoir une autonomie suffisante.

Le soir était arrivé, il ne restait que quelques minutes avant l’échéance de son pari avec Shizuka.

Cette dernière était épuisée, pleine de sueur, ses cheveux étaient trempés et collaient à sa peau… et elle était nue.

D’une main, elle couvrait ses seins et de l’autre elle tentait encore de percer la barrière magique d’Elin.

Au cours de la journée, elle était tombée inconsciente trois fois, à force de puiser dans les réserves magiques de son corps, mais elle n’avait pas encore réussi à passer outre la barrière magique.

Lorsqu’elle avait perdu ses sous-vêtements, elle avait été si gênée que pendant une heure, elle était tombée à genoux et n’avait rien fait d’autre que se cacher.

Puis, exhortée par les moqueries de sa chef, elle avait repris confiance et avait repris sa tâche.

Un projectile magique parti de sa baguette et s’écrasa péniblement sur la barrière magique, il était encore moins puissants que les précédents, elle était à bout de souffle.

A ce moment-là, Elin rangea sa console dans sa manche et annonça :

— Il est 19 heures, tu as perdu ton pari. Désolée ma Shi-chan, mais tu n’as pas réussi à percer ma barrière.

— Ouinnnnn !!!!

Elle tomba immédiatement à genoux et se mit à pleurer, elle savait qu’avec Elin il n’y avait aucune chance de négociation, aucune chance de revenir sur son pari.

Alors qu’elle se reprit sa forme normale, aucun vêtement ne la couvrait.

En effet, lorsqu’elle était tombée évanouie la troisième fois, Elin les lui avait retirés puisqu’elle les avait perdus, elle avait dit que ce serait de la triche autrement.

Au stade où elle en était, elle n’avait même pas argumenté, elle était tellement frustrée et consternée par son impuissance ; plusieurs heures de mitraillage magique, plusieurs centaines de sortilèges, rien n’y avait fait.

Pourtant Elin lui avait assuré que sa barrière n’était pas si terrible, elle était bien plus axée sur l’attaque que la défense…

Tout ce qu’elle pouvait faire à présent c’était accepté son humiliation et espérer qu’il n’y avait pas trop de personnes dans le couloir lorsqu’elle irait acheter une boisson pour sa chef.

Shizuka, à bout de force, se laissa tomber au sol, elle respirait lourdement, son visage était rouge et elle avait mal à tous ses muscles.

C’était la première fois qu’elle expérimentait un excès d’utilisation de pouvoirs magiques.

— Bon, je te laisse te reposer un peu, mais ne crois pas échapper à ton châtiment.

— Je… je… sais…

— T’es une brave fille, je dois bien le reconnaître. Non seulement tu t’es pliée à mon pari, mais en plus tu es allé jusqu’à épuiser trois fois totalement tes réserves de mana. Est-ce que tu as tiré quelque expérience de cette journée au moins ?

Elle s’accroupit pour voir de plus près le visage de Shizuka, qui reprenait sa respiration.

— Oui… c’est dangereux d’épuiser trop de mana d’un coup en plein combat.

— Pour sûr . Si tu avais été dans un combat réel, tu ne t’en serais pas tirée avec juste quelques vêtements en moins… Et donc pour y remédier ?

— Utiliser moins de mana par attaque… et mieux concentrer son énergie ?

— Tout juste. L’un de tes gros problèmes, c’est que tu dilapides tes réserves magiques inutilement, tu gaspilles tellement de mana qui part dans l’air et qui n’apporte aucune puissance à ton attaque. Quant à ton autre problème, c’est ta paresse.

— Ma paresse ?

Shizuka était quelque peu perturbée de s’entendre dire cela par quelqu’un qui avait passé sa journée à jouer assise sur une chaise.

— Ouais, pourquoi crois-tu que j’ai fait ce pari ridicule ?

— Par perversion et sadisme ?

— Ouais, un peu quand même… Mais c’est surtout que tu te reposes trop sur les autres et tu as peur de faire d’efforts. En te mettant dos au mur face à ton embarras, tu as fait l’effort de te relever encore et encore. Actuellement, c’est ton unique point fort.

— Merci pour cette remarque…, dit ironiquement Shizuka.

— Mon hypocrisie ne te sauvera pas en combat réel. Bon, assez bavarder ! Je dois rendre la salle dans une demi-heure, si tu ne te lèves pas les employés auront un joli spectacle.

Annonça-t-elle en observant les fesses de Shizuka qui se mit immédiatement à crier.

Toutefois, elle savait qu’Elin avait raison, elle devait se relever avant d’aggraver son cas.

— Je… je… je dois vraiment…

— Ouais, tu vas aller me chercher un soda dans le distributeur, mais je te préviens je veux pas de café, un jus de fruit ou un soda peu m’importe. Voilà la monnaie.

Elin lui tendit une pièce de cinq cents yens.

— Tu peux te prendre quelque chose pour toi aussi, mais ramène-moi la monnaie. 

Shizuka prit la pièce, se mit à pleurer et blêmit en se dirigeant vers la porte qu’Elin venait de débloquer.

Elle la regarda avec les yeux les plus implorants qu’elle pouvait avoir, elle lui demandait clémence, mais tout ce qu’elle rencontra c’est des yeux froids et peu expressifs.

Découragée et prête à mourir socialement, elle mit la main sur la poignée de la porte lorsque la voix d’Elin l’interpella :

— Je me disais que puisque tu as au moins eu le courage de mener le pari jusqu’au bout et vu que t’as fait de ton mieux… je te laisse le droit de prendre avec toi un seul vêtement dans cette pièce. Un vêtement, OK ? Je préfère te préciser que si tu me tentes de m’entourlouper avec une serviette ou autre je te jette dehors à coup de pied dans le derrière. Alors que vas-tu choisir ?

Même si c’était bien peu, les yeux de Shizuka s’illuminèrent, des larmes en coulèrent involontairement à cause de la joie, qui fut de courte durée.

Qu’allait-elle choisir ?

Dans tous les cas, ce serait honteux : si elle prenait son pull, on pouvait voir la partie inférieure, si elle prenait sa jupe c’était la partie supérieure qui était découverte. Si au moins elle avait eu une veste plus longue…

Elle n’était pas sûr de la manière dont réagirait Elin mais face à son désespoir, elle choisit :

— Ton pull ! 

Elle ferma les yeux prête à se faire expulser de la salle.

Même si Elin avait une dizaine de centimètres de moins que Shizuka, c’était assurément le vêtement le plus long qui se trouvait dans la pièce avec la veste de celle-ci. Toutefois, il y avait une autre idée derrière ce choix, celui de faire sentir un peu d’humiliation à son propre bourreau.

— Ouais, si tu veux… 

Sur ces mots, Elin sortit une pile d’objets de ses manches, puis elle retira son pull et l’envoya à Shizuka sans être en rien gênée.

Vêtue d’une simple culotte, elle se rassit par terre et reprit sa partie.

Shizuka enfila le pull et rouge jusqu’aux oreilles affronta son destin, elle ouvrit la porte et s’avança dans le couloir de la honte.

Quelques dizaines de secondes plus tard, elle revint en courant dans la pièce et tomba à genoux, ses yeux étaient emplis de larmes et elle était pâle comme un linge.

— Ti… Tiens… Ta boisson…et la monnaie.

Elle n’avait plus la force de se relever, la gêne qu’elle avait éprouvée devant ces quelques personnes dans le couloir l’avait achevée, elle voulait mourir et disparaître des mémoires à jamais…

— Oh, du melon soda, bien vu… Je reprends mon pull, enfile des vêtements et allons-nous doucher.

Elle reprit son pull sans accorder plus de pitié que cela à la jeune femme.

Reniflant son bien, elle remarqua :

— T’as mis ton odeur partout dessus… Bah, ça fait partie du jeu, pas vrai ?

Shizuka se remit à pleurer et crier, Elin enfonça ses doigts dans les oreilles et attendit qu’elle se calma.

Puis, elles utilisèrent les douches du gymnase et retournèrent à l’agence où Shizuka passa sa soirée à pleurer toutes les larmes de son corps.

Elle n’eut pas la force de retourner chez elle cette nuit-là, elle dormit dans son bureau alors qu’Irina et Elin jouèrent presque toute la nuit à leur nouveau jeu.

Lire la suite – Chapitre 8