Prologue

Tokyo, an 20XX…

Dans le quartier de Nakano.

Les sirènes retentissaient, tout le monde savait ce que cela voulait dire : une attaque des Anciens.

Nombre de ces créatures terrifiantes disposant de capacité de téléportation ou autre pouvoir d’ouverture de portails dimensionnels, il était impossible de les empêcher d’attaquer en plein cœur des territoires humains.

Quelques zones étaient protégées par des boucliers magiques générés par des mahou senjo, mais la majorité du territoire était vulnérable à ces attaques surprises, ces raids dimensionnels.

La seule mesure efficace pour s’y opposer était une intervention rapide des mahou senjo, la moyenne de temps d’intervention venait récemment de passer à deux minutes trente et un dans la zone Tokyo et était toujours à cinq minutes environ dans le reste du Kantô.

De fait, le peuple vivait dans la peur des Anciens, les civils allaient travailler, ils sortaient, mais ils savaient que tels les tremblements de terre les monstres pouvaient frapper n’importe quand et n’importe où.

De nombreux abris souterrains avaient été aménagés en ville pour accueillir d’urgence les citoyens lors de ces attaques, ainsi que des sirènes d’alarme pour signaler l’arrivée de l’ennemi.

C’est lors d’un épisode malheureux de la sorte, où tous les citoyens du quartier de Nakano accoururent dans les abris ou se barricadèrent dans leurs demeures, que deux fillettes d’environ dix ans couraient dans la galerie reliant la gare au Nakano Broadway, une grande allée vitrée normalement bondée et pleine de magasins.

La première fillette à la longue chevelure noire tenait la main de la seconde et l’entraînait dans sa course dans cette galerie.

—  Allez viens, Hakocchi, on va pouvoir les voir…

La dénommée Hakocchi, les larmes aux yeux, ses cheveux mi-longs fouettant son visage rouge en raison de leur course répondit d’un faible hochement de tête.

Elles n’avaient pas été abandonnées par leurs parents, elles avaient bien entendu retentir la sirène et savaient ce qu’il fallait faire dans ce genre de cas, elles avaient appris les procédures à l’école, mais elles ne s’étaient pas rendues au refuge, elles s’étaient cachées et avaient attendu quelques minutes que la foule se disperse avant de courir vers leur objectif : la zone de combat.

Même si c’était risqué, les deux fillettes avaient un rêve, un rêve qui brillait devant leurs yeux tel un phare en pleine tempête : elles voulaient devenir des mahou senjo !

Aussi, elles avaient décidé que cette fois elles ne se cacheraient pas et qu’elles iraient voir de leurs propres yeux ces combattantes de l’Humanité, ces jeunes filles capables de s’opposer aux pires monstres de l’histoire humaine.

Elles avaient vu quelques avions traverser rapidement le ciel et se rendre dans une zone au-delà du Nakano Broadway, ce grand centre commercial, le combat devait être à quelques centaines de mètres de leur position.

— Un jour, nous aussi on deviendra des mahou senjo, n’est-ce pas, Hakocchi ?

— Oui… Shizuka-chan, un jour nous aussi…

Hakoto était une fille plus timide et réservée que Shizuka, au demeurant on aurait pu croire qu’elle la suivait pour lui faire plaisir, mais en réalité elle avait le même genre de passion pour les mahou senjo que son amie.

— Je tiendrai promesse, le jour où j’en deviendrai une, tu deviendras ma femme.

— Oui ! Avec plaisir !

C’était une promesse innocente de deux filles trop jeunes qui ne savaient pas réellement ce que cela impliquait, le genre de promesse sans valeur qu’on pouvait avoir à cet âge-là.

Malgré sa fatigue et son essoufflement, Hakoto lança un sourire à Shizuka qui venait de tourner la tête vers elle tout en ralentissant son rythme de course ; elles s’échangèrent un sourire honnête et complice.

Mais, à cet instant précis, un horrible et puissant bruit, suivi d’un impact, retentit dans la galerie, juste en face de Shizuka : quelque chose tel un projectile à haute vitesse venait de traverser la baie vitrée qui servait de plafond à la galerie et venait de s’enfoncer dans le sol à quelques mètres devant Shizuka.

A cause du souffle et de la poussière soulevée par l’impact, les deux filles furent projetées en arrière et s’écrasèrent au sol quelques mètres plus loin en perdant connaissance.

Celle qui ouvrit la première les yeux était Shizuka, elle avait voulu voir le champ de bataille de ses propres yeux, mais ce dernier était finalement venu à elle.

Les débris étaient tombés tout autour d’elle et certains l’avaient même heurtée, elle avait mal partout et était sûre d’avoir des hématomes à cause de cela.

La fumée se dissipant un peu devant elle, elle vit que le projectile qui s’était écrasé dans la galerie n’était autre qu’un de ces horribles monstres à l’existence improbable et absurde, un des Anciens.

La créature insectoïde releva son corps plus grand qu’un être humain, ressortant des débris et poussant une sorte de cri strident et douloureux pour des oreilles humaines, sûrement son cri d’agonie.

Alors que Shizuka le regardait avec effroi la créature à la forme d’un insecte mutant, normalement munie de six pattes mais n’en disposant plus que de trois, à la tête informe pleine de tentacules, elle constata qu’elle était couverte de sang.

Elle ne sentait pourtant aucune douleur assez vive et forte pour justifier une telle vision d’horreur, elle était sûre de n’avoir senti que des chocs légers, rien qui aurait pu provoquer un tel saignement.

Que s’était-il donc passé ?

Alors que ses yeux se baissèrent, elle remarqua rapidement que ce n’était pas son propre sang. C’était celui de son amie Hakoto : son dos était perforé par des débris pointus et son visage avait une pâleur cadavérique ; elle était à moitié couchée sur Shizuka.

Dans un élan d’héroïsme, au moment de l’impact, elle s’était interposée pour sauver son amie et future épouse.

Shizuka hurla d’horreur et de détresse, les larmes coulèrent à flot de ses yeux alors qu’elle entrapercevait la tête difforme de la créature se tourner dans sa direction.

A partir de cet instant, que la cause fût la douleur, la vue du sang, la vue de cette être innommable ou bien encore les ultrasons émis par le cri d’agonie du monstre, sa conscience s’engouffra dans une sensation étrange de confusion.

Elle se souvint d’un bref instant de chaleur, du toucher d’un être vivant, puis du froid absolu du néant…

Lire la suite – Chapitre 1