Chapitre 2

Dans cet hôpital en ruine, endroit des plus inquiétants aux yeux de Shizuka qui avait grand mal à marcher tant ses genoux tremblaient, — surtout depuis qu’elle avait failli être tuée aux côtés d’Elin sans crier gare, — les quatre filles s’avançaient avec détermination à la recherche de leur commanditaire qui leur avait faussé compagnie.

Toutefois, la nouvelle recrue commençait à prendre du retard derrière elles, ses jambes engourdies par la terreur étaient lourdes. Afin de l’aider, Vivienne, — qui avait repris son apparence normale sûrement pour ménager son corps, — lui prit la main et lui chuchota à l’oreille :

— Ma tendre amie, n’ayez crainte, nous sommes avec vous. Nous vous l’avons déjà affirmé précédemment, mais nul monstre ne vous fera du mal tant que vous serez à nos côtés, nous vous en donnons notre parole d’honneur.

— Merci… mais… vous ne devriez pas faire de telles promesses, on ne sait jamais ce qui peut arriver.

— Si nous venions à faillir à celle-ci, nous en assumerions pleinement la responsabilité comme il se doit à une guerrière digne de ce nom de le faire.

Shizuka avait peur de comprendre, aussi elle ne posa pas plus de questions ; Vivienne était assurément une noble, sa manière d’agir et de parler le reflétait parfaitement.

Cette fois, malgré les antécédents entre elles, Shizuka accepta cette main tâchée du sang et de la souffrance des monstres qu’elle avait torturé, elle était chaude et douce comme dans ses souvenirs. Depuis l’épisode du centre commercial, elle n’avait plus senti cette douceur contre sa main, un sentiment de vague nostalgie s’immisça en elle.

Soudain, alors qu’elle était perdue dans ses pensées, elle sentit près d’elle une autre présence : c’était Irina qui s’était rapprochée et souriait à pleines dents.

— Tu veux ma main aussi, Shi-chan ?

Elle lui tendit sa main, enveloppée dans son lourd gantelet de métal. Outre le fait que le contact du métal n’était pas le plus réconfortant qui soit, le gantelet dégoulinait du sang des monstres qu’elle avait frappé, aussi la jeune femme porta un regard dégoûté sur cette main qui lui était tendue.

— Sans façon, senpai. Ta main…enfin ton gantelet…enfin voilà quoi…

Irina baissa son regard sur sa main pour remarquer ce qui provoquait un tel dégoût. Au lieu de s’en offusquer, elle se mit à rire bruyamment, puis sans même demander l’autorisation, elle passa son bras sous de celui de Shizuka sans la toucher de sa main et se mit à marcher joyeusement à ses côtés.

— Voilà ! Comme ça, y’a pas de souci, non ?

— Kyaaa ! Qu’est-ce que tu fais ?!

— Ch’suis jalouse, moi aussi j’veux participer ! Moi aussi j’aime Shi-chan !

Une nouvelle fois sans prévenir, Irina fit une bise sur la joue droite de Shizuka qui surprise ne réagit pas de suite, mais à peine réalisa-t-elle que les lèvres d’une fille venaient de se poser sur sa peau, un frisson parcourut son corps entier et elle rougit.

— Sen…Senpai ?!

Mais à ce moment-là, une nouvelle attaque surprise la prit de court, un autre bisou parvint à atteindre sa joue gauche, il était aussi doux et chaleureux que le premier, il s’agissait cette fois de Vivienne qui était restée silencieuse jusque lors.

— Oneesama ! Vous aussi…

— Héhé, j’crois que la compétition va commencer, pas vrai Vivi-chan ?

— Nous ne vous considérons point comme une rivale, en quelque domaine que ce soit. Veuillez cesser d’importuner notre chère recrue, vous finirez tôt ou tard par la faire fuir.

— Bah non, elle a trouvé ça lovely, pas vrai Shi-chan ?

Shizuka se retrouvait prise entre deux feux, elle ne savait que dire, elle ne savait que faire, son visage était devenu rouge comme une tomate et elle s’était pétrifiée, comme un petit animal prit au piège entre deux prédateurs affamés.

— Nous sommes pourtant convaincue que vos lèvres lui ont inspiré un profond dégoût, nous avons rétabli à temps l’équilibre en apposant notre douceur de l’autre côté, mais une purification serait de mise là où vous l’avez souillée.

— J’ai rien pigé de ce que t’as dit, Vivi. T’es pas juste jalouse ?

Alors que Vivienne allait répondre calmement à cette accusation, une silhouette plus petite que les trois filles s’approcha et porta son regard froid sur elles.

— Vous avez pas fini les pipelettes ? Je m’en fous de ce que vous faites hors boulot, mais là c’est pas le moment.

— Ai… aide-moi, Elin…, implora Shizuka les larmes aux yeux, elle avait peur pour son corps à bien des égards.

— Tssss ! C’est de ta faute d’être aussi molle et aussi faible… A partir de demain, je renforce l’entraînement… et les humiliations…, affirma-t-elle en se retournant et en faisant virevolter ses couettes.

— QUOI ?! NOOOOOOOON !

Shizuka avait vraiment envie de pleurer, déjà comme ça elle arrivait à peine à soutenir cet entraînement qui frisait la torture mentale, pouvait-elle en supporter davantage ?

— Si tu veux pas que ça arrive, bouge toi les fesses et suis-moi sans avoir besoin de tes senpai pour marcher… Vous deux, laissez-la ! Si elle arrive pas à suivre, elle servira de nourriture aux chiens.

Elin se remit à marcher en tête, même si elle n’était pas tendre, elle utilisait rarement des paroles si dures envers Shizuka. Au fond d’elle elle était inquiète pour sa recrue, mais elle savait également que si cette dernière ne se ressaisait pas, elle risquait réellement de mourir stupidement au cours d’une mission. Son expérience des combats lui avait fait apprendre que les collègues les plus à risque en mission sont soit celles qui ont trop pris l’habitude et qui n’ont plus peur de rien, — ces dernières commettent généralement l’erreur de manquer de vigilance et de ne pas se préparer à l’inattendu,— soit les filles au contraire trop peureuses et qui finissent par commettre des erreurs à cause de leur stress.

Même si elle avait dit des paroles cruelles, elle ne comptait pas laisser mourir Shizuka, et ce sous aucun prétexte. Si Elin avait été si populaire dans l’armée et si elle avait encore à ce jour nombre d’entrées chez les officiels, — à travers d’anciennes recrues qui avaient été promues et qui lui devaient généralement la vie, — c’était parce qu’elle avait toujours privilégié la survie de son unité à la réussite de la mission ou à sa propre sécurité.

Souvent, elle avait pris des décisions qui allaient contre les ordres afin de protéger ses sœurs d’armes, elle avait toujours assumé les conséquences de ces échecs à leur place, quand bien même elle n’était pas le chef de l’unité ; c’était une des nombreuses raisons qui lui avaient valu sa « retraite » forcée du corps militaire des mahou senjo.

Les deux filles s’éloignèrent un peu de Shizuka, elles n’avaient pas forcément compris les intentions de leur chef, bien plus intelligente qu’elles ne l’étaient et qui pensait d’une manière qui leur échappait souvent, mais elles avaient pleine confiance en elle.

— Désolée, Shi-chan. J’repasse devant, fais de ton mieux pour nous suivre, OK ?

— Vous avez entendu les ordres de notre chef, n’est-il pas ma chère amie ? Nous avons pleine confiance en vous, vous êtes une digne mahou senjo, vous parviendrez à nous rejoindre.

Sur ces mots, elles se mirent à suivre Elin en laissant un peu en arrière Shizuka.

— Hééééé ! Faites pas comme si vous m’abandonniez, je vais vous suivre !!! S’écria-t-elle en serrant fort sa baguette magique contre son torse et en versant quelques larmes à l’idée d’être abandonnée dans un lieu aussi sinistre.

D’une certaine façon, l’attention de ses senpai avait réussi à vaincre sa peur, elle n’avait évidemment pas disparue, elle était profondément angoissé par ce lieu qu’elle savait rempli de monstres, mais les savoir si proches d’elle lui permettait d’avoir le courage d’avancer derrière elles.

Quelques minutes plus tard, sans nouvelles attaques des Veilleurs temporels, elles arrivèrent dans une grande pièce où les brancards et les lits d’hôpitaux avaient été disposés proprement contre les murs. Sur ces derniers reposaient de multiples bougies noires, ainsi que nombre d’objets tels des cristaux, des statuettes qui n’étaient pas sans laisser penser à des outils liés aux pratiques magiques.

Au centre de la pièce se trouvait un ensemble de cercles et d’inscriptions tracées par le biais d’encres rouges (sûrement un mélange à base de sang, estima Shizuka), ainsi que la silhouette de Tsukahiko qui se tourna vers elles.

— Vous êtes arrivées plus rapidement que prévu… et aucune n’est morte, quelle surprise !

— Bah, ouais, on est balèze. Hihihi ! Commenta Irina les bras derrière la tête avec insouciance.

— C’était donc ton plan : nous amener ici pour que nous nous occupions des toutous qui te poursuivent ? C’était bien pensé, mais bon je m’y attendais…

— Ah bon ? Comment auriez-vous pu vous y attendre ? Demanda interloquer l’homme.

— Tu pues la magie, déclara franchement Irina. Pis, Elieli t’as trouvé louche depuis le début…

— Vous êtes impressionnantes, j’espère sincèrement ne plus vous revoir. Sur ce, il est temps pour moi de me retirer.

Tsukahiko fit une révérence respectueuse avant que le cercle autour de lui ne se mette à luire et qu’une colonne de lumière bleue n’en jaillisse et l’enveloppe. Cela ne dura qu’une ou deux secondes, mais lorsque les regards des filles se portèrent à l’endroit où le sorcier s’était tenu, il n’était plus là.

— Tu maîtrises donc la téléportation, grommela Elin. Comme je m’en doutais, c’est pas un sorcier de bas étage…

— Chef, que faisons-nous à présent ? Demanda Vivienne tout en souriant à Shizuka derrière elle.

— Nous rentrons à l’agence ? Demanda soulagée cette dernière.

— Vivienne transforme-toi vite ! Vos barrières !

Quelques secondes après avoir donné ces ordres, le cercle au centre de la pièce se remit à briller et une onde de choc s’en dégagea, puis se répandit dans les couloirs de l’hôpital, provoquant des secousses qui firent s’écrouler les murs intérieurs.

Grâce à la barrière d’Elin, puis celle de Vivienne qui apparut une fraction de seconde plus tard, les filles ne subirent pas de blessures, mais se trouvant proches de l’épicentre le danger était bien réel.

Une fois de plus, Shizuka fut prise de court, elle n’eut pas le temps de réagir, elle écarquilla ses yeux alors qu’elle sentit le sol trembler, l’onde de choc passer à ses côtés et qu’elle vit des volutes d’énergie se heurter contre les barrières magiques. Cela ne dura que quelques secondes.

Puis, alors qu’elles disparurent, une être gigantesque se dressa devant elles, sa hauteur était telle qu’il détruisit en partie le plafond de l’étage supérieur : il s’agissait d’un monstre-arbre, une sorte d’arbre gris métallique disposant au lieu de ses branches de tentacules organiques couverts d’ergots et suintant d’un ichor immonde. Au centre de ce tronc se trouvait une bouche garnie de dents, de la bave s’écoulait, elle était bien plus proche de celle humaine que d’une quelconque sève.

Sans connaître ce monstre, Shizuka n’avait pas très envie de se laisser attraper par l’un de ses tentacules, elle avait vu trop de scènes érotiques dans les jeux vidéos ou mangas pour savoir comment cela risquait de se finir. Aussi, elle déglutit.

Les autres filles semblaient calmes, elles observaient le monstre se manifester, il ne passa pas de suite à l’attaque, sûrement était-il déstabilisé par son apparition.

— Que fait donc un Mhughon dans cet endroit ? Demanda Vivienne en dégainant sa rapière de son fourreau.

— C’est Tsu-kun qui l’a fait venir, hein hein, Eri-chan ?

— Vous en posez des questions toutes les deux… Bon, on s’en occupe et on s’en va. Shizuka, va nous attendre dehors, ça va être difficile de te protéger.

— Hein ? Mais, je… je voudrais…

— Écoute mes ordres, bon sang.

Shizuka ne pensait vraiment pas recevoir ce genre d’ordre de la part de sa chef, elle eut un très mauvais pressentiment soudain ; si Elin estimait le monstre suffisamment fort pour qu’elle ne puisse pas la protéger, c’était qu’il devait être très dangereux.

Une part d’elle voulait vraiment être utile aux filles, mais elle se rendait compte que dans le pire des cas en restant combattre à leurs côtés, elle risquait au contraire de les mettre en péril, il valait mieux obéir aux ordres cette fois et piétiner sa fierté personnelle que se rendre coupable des blessures de ses alliées, voire pire.

Tout en retenant ses larmes, Shizuka se retourna et s’enfuit dans le couloir sans se retourner, elle ne vit pas un des tentacules la poursuivre et être arrêté par une série d’attaques de Vivienne. Malgré sa force et le nombre d’attaques, elle ne parvint pas le sectionner, mais le retint suffisamment longtemps pour que Shizuka puisse quitter la zone de combat.

— Il est vraiment résistant, fit remarquer Vivienne en se léchant les lèvres. Il va pouvoir souffrir longtemps… miam…

— Le sous-estime pas, Vivi. Les Mhughon sont dangereux.

— Bon, à présent que Shi-chan est partie, et si on déployait notre plein potentiel ? Demanda Irina en frappant ses poings l’un contre l’autre de manière intimidante.

— Pfff, comme si tu te retenais jusqu’à maintenant, répliqua Elin en levant les épaules.

— J’ai toujours envie de dire ça, ça fait vachement manga d’action, non ?

— Toujours aussi simple d’esprit, ma chère Irina-san. Vous êtes digne de vous-même, persifla de manière dédaigneuse Vivienne.

— C’est gentil, je m’attendais pas à des compliments de ta part, Vivi. Héhé, on va bien s’amuse !

Le combat débuta peu après, alors que Shizuka continuait de courir dans les couloirs vides et parfois éboulés. Elle avait une étrange sensation, un mal-être à l’intérieur de son cœur, mais elle avait du mal à en définir l’origine. De plus, son corps était bien épuisé, elle avait utilisé nombre de sortilèges dont un puissant, elle ressentait des courbatures dans ses muscles et ses jambes endolories ; elle ralentit malgré elle l’allure de sa course.

Quelques minutes plus tard, alors qu’elle entendait des bruits de combat dans l’immeuble, elle finit par atteindre la cour où elle reprit son souffle. Elle n’avait pas croisé de Veilleur temporel, pas plus que d’autres monstres ; en considérant le fait qu’ils chassaient uniquement celui qui avait rompu le tabou, soit Tsukahiko, c’était finalement assez normal qu’aucun ne profita de son éloignement pour l’attaquer.

— J’espère que tout se passe bien pour elles, pensa Shizuka en s’asseyant sur les quelques marches de l’entrée.

A ce moment-là, ses yeux se levèrent et, apercevant le ciel, elle comprit quelle était cette étrange sensation en elle : il ressemblait à une vaste flaque d’huile sur de l’asphalte, multicolore et liquide, on aurait réellement dit une flaque d’huile mouvante.

— Qu’est-ce que c’est que ça ?! S’écria-t-elle alors que ses yeux s’écarquillèrent.

— C’est un kekkai, répondit calmement Yog-kun à travers la baguette magique. Je t’en ai déjà parlé non ?

— Oui, en effet, il y a des créatures ou des mahou senjo capable de créer des espaces dimensionnels isolés afin d’empêcher la destruction matérielle dans notre monde, non ?

— Ouais, ça sert aussi de prison, c’est le cas justement là.

Shizuka se calma un peu, savoir de quoi il s’agissait la rassurait en quelques sortes. En revanche, l’idée d’être prise au piège la dérageait grandement.

— Je peux faire quoi pour sortir de la barrière ? Ou alors pour la détruire ?

— Je vois pas pourquoi tu veux faire ça… Tant qu’il y a un kekkai, les monstres en peuvent pas sortir, et aucun sorcier ne peut venir vous gêner.

— Tu as probablement raison, mais… mais… si les choses tournent mal… les officielles…

— Je pense qu’Elin va t’en vouloir si tu appelles des officielles en renfort.

— Quand bien même ! Elle avait l’air de penser que c’était un monstre puissant, si elles tombent… ce serait horrible…

Shizuka prit sa tête dans ses mains en pensant à l’éventualité qu’elles puissent périr. Elle ne s’inquiétait pas trop pour Elin, mais elle savait que ses collègues ne faisaient pas partie du top 5 mondial, elles étaient juste très fortes, mais pas immortelles. Il se pouvait qu’elles remportent le combat, mais que Vivienne ou Irina ne s’en sortent pas…

Cette seule idée de perdre des collègues la terrifia au point de la faire trembler tout entière et de lui donner envie de revenir sur ses pas pour les aider. Mais rapidement l’idée qu’elle augmenterait les probabilités que cet horrible scénario se produise s’instilla dans ses pensées, elle sentit une profonde déprime l’envahir. Elle ne pouvait pas les aider, elle n’en avait pas la capacité, elle ne pouvait qu’attendre et espérer que les choses se passent bien.

— Pour détruire un kekkai, faut soit tuer la personne qui l’a généré, soit disposer d’un pouvoir permettant d’ouvrir une brèche au nexus, expliqua Yog-kun après un court silence. Si c’est le Mhughon qui l’a généré, t’as aucune chance de le détruire, ces bêbêtes là sont super résistantes, t’es pas encore assez puissante. Quant à forcer une ouverture, ça fait pas partie de tes pouvoirs.

— En somme tout ce que je peux faire c’est attendre et espérer…

— Yep, cette fois faudra t’en contenter…

Shizuka ramena vers elle ses genoux qu’elle serra dans ses bras, elle laissa tomber à côté d’elle sa baguette, puis se mit à pleurer malgré elle ; elle sanglotait et tentait de se retenir, mais elle n’y parvenait pas complètement.

— Tu… tu vas me demander… quoi en échange des infos ? Demanda-t-elle à son familier, en entrecoupant sa phrase de sanglots.

— Deux paquets de chips me suffiront. Tu devrais pas déprimer, t’as fait de ton mieux aujourd’hui, je suis sûr qu’elles sont toutes contentes de toi.

C’était très rare que Yog-kun essaye de lui remonter le moral, en général leur relation était plutôt conflictuelle, elle ne cessait de l’insulter et de le traiter de fainéant, de NEET et de parasite et, de son côté, il lui rendait la vie difficile par diverses choses, comme en vendant ses sous-vêtements sur internet pour pouvoir avoir de l’argent pour acheter des contenus pour ses jeux en ligne, ou encore lui voler de l’argent pour commander des pizzas et bien d’autres choses du genre.

Contrairement aux anciennes fictions mettant en scène des mahou shoujo, — genre d’anime que Shizuka adorait depuis son enfance,— son familier à elle était plutôt inutile, il ne donnait que rarement de bon conseils, il ne venait pas sur le terrain, il ne l’aidait pas à trouver des stratégies pour vaincre des monstres, rien de tout cela ; il passait son temps devant l’ordinateur à jouer à des MMO et à manger des chips et boire du cola.

Aussi, ce comportement lui parut avant tout suspect.

— Comment… ça se fait que tu… dises… des choses… sympas ?

— Bah, ça m’arrive aussi… Puis, je voudrais te demander de l’argent pour acheter des barrettes de RAM, ce PC rame à fond.

— Va mourir !

— Ce que t’es méchante avec ton familier préféré.

— Crève !

Yog-kun, au lieu de le prendre mal, se mit à rire un instant, puis il se tut. Le silence dura quelques dizaines de secondes pendant lesquels il était possible d’entendre les bruits de combat à l’intérieur et les sanglots de Shizuka à l’extérieur.

— Ils sont si forts que ça les Mhughon ? Finit-elle par demander alors qu’elle se calma un peu.

— Yep, ‘sont plutôt pénibles. Ils sont super résistants, très forts et le poison de leurs tentacules est paralysant. En général, ils profitent de la paralysie pour engloutir leurs victimes. Y sont cons comme leurs pieds par contre, pour ça que c’est des serviteurs des Parasites de Vulka et des Vulkoii. Mais bon, pas de quoi faire peur à la petite Elin, non plus…

Shizuka déplia ses jambes et sécha ses larmes de ses manches, elle voulait être prête à les attendre dignement lorsqu’elles ressortiraient, mais avant même qu’elle n’ait pu se relever, quelque chose démolit un des murs à l’étage et s’écrasa dans la cour.

La jeune femme dût fermer les yeux à cause du nuage de poussière, l’impact avait eu lieu à quelques mètres d’elle seulement.

Lorsqu’elle put les rouvrir, elle vit un long tentacule au sol, il avait été comme arraché de force, ce qui lui fit penser qu’il s’agissait de l’œuvre d’Irina.

— Pour arracher un tentacule de cette taille, pensa la jeune femme, elle a dû forcément le toucher… Est-ce qu’elle va bien ? N’était-elle pas paralysée et dans la gueule du monstre ?

Mais elle ne put pas s’inquiéter longuement pour sa collègue puisqu’elle vit le tentacule continuer de se mouvoir au sol, il se dirigeait vers elle.

— Quoi ?! Il…

Elle se leva rapidement et pointa sa baguette en direction de cette chose qui rampait vers elle et de toutes ses forces elle exprima sa volonté de le détruire :

— Quartz Pickaxe !

Elle se rendit compte au moment où le pic de cristal fondit sur son adversaire qu’elle n’avait malheureusement aucune chance de le blesser avec cette faible attaque, mais il était déjà trop tard, elle avait utilisé son incantation.

Probablement parce que le membre n’était plus alimenté par le sang ou la sève du monstre, il ne profitait plus de sa vitalité aberrante, sa résistance surnaturelle n’était plus aussi importante, comme s’il commençait à sécher. Aussi, malgré toutes attentes, le projectile de Shizuka perça un trou dans celui-ci.

— Hein ? Ça suffit ?

— Ouais, c’est qu’un bout arraché au monstre, je suppose qu’il est moins résistant.

— Dans ce cas ! Opal Rain !

Shizuka leva sa baguette qui se mit à luire avant qu’une pluie de cristaux colorés se mit à pleuvoir sur son adversaire, détruisant chaque parcelle de sa chaire gris métallique.

Lorsque le sortilège s’arrêta, la jeune femme pointa sa baguette vers son adversaire, mais il ne restait plus que des petits morceaux disséminés de-ci de-là, plus rien ne bougeait. Néanmoins, là où son sang s’était écoulé, de la fumée noirâtre s’élevait, comme si le sang corrompu de cet être cherchait à faire moisir la terre elle-même.

— C’est réglé… cette fois…, dit-elle assez fière à elle-même.

Puis, soudain, sa tête se mit à tourner, elle avait épuisé bien trop de ressources dans son corps, elle tomba à genoux et se sentit si fatiguée qu’elle ne pouvait plus bouger ; l’instant d’après, elle tomba face contre le terre et sombra dans l’inconscience…

***

Quelques minutes auparavant, alors que Shizuka quittait la zone de combat à la demande d’Elin, le combat débuta.

Cette fois ce fut le Mhughon qui avait l’initiative de l’attaque, il balaya de ses tentacules végétales la zone, mais se heurta aux barrières magiques d’Elin et de Vivienne.

Après une série d’attaques discontinues, la barrière végétale de Vivienne céda sous la violence des attaques.

— Je vous ai dit qu’ils ont une force aberrante, expliqua Elin. Vous avez deux secondes pour passer à l’assaut. 1…2…

C’est avec un timing parfait que les filles passèrent à l’attaque alors que la barrière d’Elin (qui n’est pas une sorcière spécialisée en défense) céda à son tour.

— Alba Rosa !

Des roses blanches poussèrent sur la rapière végétale de Vivienne qui la transforma en fouet et porta une attaque au Mhughon. Cependant, Irina frappa de toutes ses forces un pan de mur à moitié détruit à côté d’elle et à la manière d’un ballon le projeta sur son adversaire.

Les deux attaques passèrent au travers du barrage de tentacules fouettant l’air devant le monstre et atteignirent son corps principal.

— Thamiel.

Une boule de flammes noires vint s’adjoindre à l’attaque, l’explosion engloba non seulement le corps principal mais également les tentacules proches.

Mais alors que la poussière retomba, elles virent la monstre parfaitement intact, ses tentacules s’agitaient encore autour de lui et sa gueule grande ouverte suintait de bave.

— Ch’crois qu’on l’a juste énervé, non Elieli ?

— Pffff, il m’énerve aussi ce monstre. La dernière fois que j’en ai abattu un, on a prit une demi-heure pour percer sa satanée armure.

— Une demi-heure ? Miam, que de délices en perspective. Je n’arrive presque plus à me contrôler…

— Eli-chan ? Qu’est-ce qu’on fait, la folle va partir en vrille dans quelques instants…

— Pffff, vous m’énervez autant que le monstre. Bon, Irina passe en mode défense, Vivienne tu t’occupes de dévier ses attaques. Je vais concentrer mes plus puissants sorts.

— Pourquoi ne pas profiter de cette orgie de plaisir ? En finir rapidement, c’est… impropre… c’est… obscène…

Sur ces mots, Vivienne se lécha les lèvres de manière érotique.

— Faites ce que je vous dis, bon sang.

Pour Elin qui était d’un type plutôt impassible, la voix qu’elle venait de prendre était sûrement la plus énervée qu’elle puisse.

Elle avait certes un mauvais souvenir de ce monstre. Ce qu’elle venait de taire à l’instant, c’est que le combat qui avait duré une demi-heure avait tué un des membres impatient de l’unité et avait envoyé à l’hôpital deux autres filles ; elle avait donc dû finir le combat en solitaire.

Toutefois, il y avait une magie malsaine dans l’atmosphère autour d’elle qui l’inquiétait tout autant que le monstre, elle voulait s’en débarrasser au plus vite pour pouvoir enquêter sur cet élément. Elle avait certes envoyé Shizuka à l’extérieur, mais elle n’avait aucun certitude qu’il n’y aurait pas un autre monstre, ou simplement que le sorcier qui les avait trahi ne reviendra pas s’en prendre à elle.

Il fallait en finir vite, le plus vite possible, mais le Mhughon qui se trouvait devant elles figurait parmi les Anciens les plus résistants, ce qui l’irritait plus qu’elle ne l’aurait souhaité.

Irina frappa ses poings l’un contre l’autre et son corps se recouvrit d’une couche de métal, puis elle s’avança en direction du monstre qui la prit immédiatement pour cible. Mais les tentacules qui allaient s’abattre sur elle, furent à leur tour prit pour cible par la rapière-fouet de Vivienne.

Elle n’avait pas la force pour les trancher ou même percer leur résistance, mais elle parvint malgré tout à en dévier une partie.

Irina se conforma aux ordres de sa chef, elle la connaissait depuis quelques années et savait qu’elle n’agissait ainsi que dans une seule circonstance : l’inquiétude. Aussi, elle suivit le plan à la lettre, elle resta en défense et bloqua ou dévia les tentacules qui la prenaient pour cible.

Pendant ce temps, les flammes noires se réunissaient autour de la sorcière qui était surnommée la Lolita des Flammes noires, elle allait utiliser une de ses plus puissantes attaques. Ayant fini de rassembler son énergie, elle rouvrit les yeux et les porta sur le corps gris métallique du Mhughon.

— Harab Serapel.

Elle frappa le sol à ses pieds de son poing, puis se mit à courir autour du monstre, interposant sa barrière magique face aux quelques rares tentacules qui n’étaient pas déviés par les deux filles, puis elle revint à sa position initiale. Au sol, une traînée de flammes noires continuaient de brûler là où elle avait foulé le sol.

— Reculez toutes les deux !

Irina et Vivienne suivirent les indications, elles vinrent se placer aux côtés de leur chef.

*clac*

Alors qu’elle fit claquer ses doigts, les flammes au sol s’élevèrent et formèrent un dôme autour du monstre qui enveloppa presque entièrement son corps, seule la partie haute demeurait à l’extérieur. Les flammes se mirent à tourner et à se concentrer avec une telle force que rapidement la sphère se mit à ressembler à un petit soleil noir ; même à l’extérieur les filles ressentaient la chaleur de la sphère. Contrairement à ses autres attaques de flammes noires qui provoquent des dégâts de désintégration, et non de chaleur, le sort Harab Serapel consistait à un crée une zone où la température atteignait à peu près un million de degré, donnée qui avait été jadis analysée par l’armée.

Au final, les flammes noires d’Elin ne suivaient aucune logique du monde, c’était des flammes qui désintégraient et ne brûlaient pas, mais qui tantôt elles pouvaient tout de même provoquer des brûlures.

De même, bien que noires, elles diffusaient tantôt de la lumière et tantôt de l’obscurité. Les scientifiques qui s’étaient penché sur leur analyse autrefois avaient conclu qu’il s’agissait d’une énergie proche de celle utilisée par certains Anciens, une sorte d’énergie inconnue de l’Humanité et dont la logique échappait aux lois de la physique usuelle. En conclusion, c’était des paroles complexes pour simplement masquer l’échec de la science à les comprendre.

Elin savait qu’elle ne viendrait pas à bout du monstre avec cette attaque redoutable, mais elle espérait détruire les couches supérieures de son épiderme et rendre son armure plus fragile.

— Impressionnant ! S’écria Vivienne. Je ne savais point que notre chef avait un tel sortilège.

— Elle l’utilise pas souvent, expliqua Irina. La zone est fixe, suffit que le monstre bouge avant le début et c’est foiré. En plus, Eri-chan m’a expliqué que plus la zone est grosse, moins l’attaque est puissante, donc c’est pas évident. Pas vrai, Elieli.

— Arrêtez vos blabla et reprenez vos souffles, le combat continue.

Tout comme elle l’avait annoncé, le Mhughon était encore là, intact, comme s’il n’avait pas souffert du tout.

— Whaaa ! C’est du solide, y’a pas à dire !

— En fait, je commence à m’ennuyer. Il a beau être solide, s’il ne crie pas on perd toute la joie liée à notre combat. Quelle frustration…

Le combat reprit rapidement alors que le monstre se mit à refrapper de ses tentacules les jeunes femmes, elles se dispersèrent afin de ne point lui permettre de profiter de la taille de ses membres pour les atteindre toutes en même temps.

En effet, considérant la taille des tentacules, un seul était capable de les toucher toutes les trois d’un coup, à condition qu’elles se trouvent côte à côte. Se disperser lui faisait perdre cet avantage, il était obligé de répartir ses attaques entre elles.

Alors qu’elles encaissaient les multiples attaques, que les murs de l’hôpital s’écroulaient autour d’elles, Elin remarqua un détail qui la fit sourire un très bref instant.

— J’ai un plan qui va se jouer en deux temps. Suivez mes ordres les filles.

— Bien entendu, chef ! Débarrassez-nous de cette aberration au plus vite et retournons taquiner Shizuka-san.

Le monstre venait de passer de hors-d’œuvre à produit bon pour la poubelle dans l’esprit de la jeune noble. En effet, comme elle l’avait expliqué précédemment, elle n’était pas intéressée par une créature qui ne pouvait souffrir, aussi poursuivre ce combat était des plus inintéressants pour elle.

— Yep, ch’t’écoute Elieli !

Irina répondit en frappant de ses deux poings un tentacule qui venait sur elle.

— Bon, voilà l’idée…

Elin n’exposa pas la phase 1 de son plan en détail, elle se contenta de donner des ordres aux deux filles quant à ce qu’elles devaient faire.

L’instant d’après, Vivienne passa à l’attaque :

— Millium Rubus Rosa !

Des roses apparurent à ses pieds et projetèrent des lianes semblables à des tentacules devant elle, elles se saisirent non pas du corps principal du Mhughon, mais d’un tentacule spécifique. Les dizaines de lianes l’enchevêtrèrent jusqu’à complètement l’immobiliser, ce qui n’empêcha pas les autres de continuer de les attaquer.

— Gamchicoth.

Elin tendit sa main et une langue de flamme noire intense en jaillit et décrivit une trajectoire complexe qui passa entre les tentacules qui la prenaient pour cible. Grâce à ses flammes, elle saisit à son tour le tentacule du monstre, elle encercla un endroit spécifique de celui-ci. Ce qu’Elin avait vu précédemment était une légère craquelure se trouvant sur un des membres, elle avait sûrement été produite par son attaque précédente. Par le biais de sa langue de flamme qu’elle amplifia rapidement, elle comptait ouvrir cette craquelure et sectionner le membre.

— Maintenant !

A cet instant, Irina s’accroupit et tel un ressort elle détendit ses jambes et se projeta de toutes ses forces contre le tentacule en question. Elle le frappa de son poing et sans réellement comprendre pourquoi elle entendit un son sec puis le membre se détacha et fut projeté hors de l’hôpital en passant par une des fenêtres.

Elin avait réussi à passer outre l’épiderme du monstre, elle avait garrotté avec sa langue de flammes noires ce dernier et c’est l’attaque d’Irina qui l’avait arraché.

Les deux subalternes sourirent en voyant le plan de leur chef porter ses fruits, puis demandèrent presque en même temps :

— Et la phase 2 ?

— Quelles impatientes… Vivienne, inocule-lui ton poison paralysant par la chaire à vif de la blessure. Il faut aller vite, il ne sera pas affecté longtemps.

Tout en évitant les attaques du monstre qui n’avaient pas de cesse, Vivienne fit claquer son fouet quelques dizaines de fois en une fraction de secondes et cibla le moignon du tentacule arraché. Conformément au plan, elle ne cherchait pas à produire des dégâts importants mais simplement à faire passer le poison des roses blanches de son fouet à l’intérieur du corps du monstre.

Initialement, elle aurait pensé qu’un monstre-arbre était immunisé à ses poisons, mais si Elin lui disait d’agir ainsi, c’est qu’il y avait une possibilité qu’ils puissent l’affaiblir.

Comme l’avait pensé Elin, le poison produisit son effet, un poison normal n’affecterait clairement pas un Ancien, mais tout comme ses flammes n’avaient pas de logique physique quantique, le poison de Vivienne avait ses propres règles.

Après avoir ralenti le rythme de ses attaques, le monstre finit par se figer complètement.

— Irina, attaque de toutes tes forces la bouche. Mais fait attention à ne pas y entrer.

— OK !

Afin de gagner en puissance et en vitesse, Irina fit disparaître son armure de métal, sauta en direction du monstre et retomba sur la bouche au centre du tronc en portant un coup de ses deux pieds en même temps. Un tintement terrible se répandit dans l’hôpital, c’était comme si deux morceaux de métal extrêmement solides venaient de se heurte ;, cette impression n’était cependant pas réellement fausse puisque les dents du monstre étaient effectivement composées d’une structure organique métallique non terrienne, et de même Irina était liée à la magie du métal qui circulaient dans tout son corps.

Irina parvint à détruire une première rangée de dents par sa puissante attaque, mais elle dût s’acharner en portant des dizaines de coups de poings pour abattre les autres rangées ; le tintement désagréable se reproduit encore et encore.

Finalement, Irina bondit en arrière et s’écria :

— Il recommence à bouger. A toi de jouer, Elieli !

— Je t’ai pas attendue, idiote !

Effectivement, pendant l’assaut d’Irina, Elin avait concentré sa magie dans l’intention de lancer un de ses plus puissants sortilèges, elle comptait en finir au plus vite, elle était vraiment inquiète pour Shizuka.

— Samael.

Les flammes noires jaillirent telle une tornade autour de la sorcière, elles se concentrèrent comme si elles étaient désireuses de l’embraser. Rapidement Elin disparut au sein de ses propres flammes.

Soudain, tel un projectile, Elin s’envola en direction du monstre, les flammes autour d’elle l’enveloppaient de manière si intense qu’on aurait pu la croire s’être transformée en une boule de flammes.

Samael visait un point spécifique : la gueule du monstre. Cette boule de flamme noires désintégrantes entra par la bouche grande ouverte grâce à la brutalité d’Irina et creusa un tunnel à l’intérieur du monstre ; Elin ressortit à l’étage supérieur par le haut du corps de ce dernier.

Les trois filles observèrent leur ennemi quelques secondes encore, s’attendant à le voir reprendre le combat, cependant ses tentacules étaient tombée mollement au sol, le monstre était vaincu.

— Trop forte, Elieli ! Yeah ! T’es la meilleure des chefs ! S’écria Irina en bondissant sur place et en levant son poing de manière enthousiaste.

— J’estime que la durée du combat a été bien inférieure à une demi-heure, chef. Devons penser que notre trio est plus efficace que celui avec lequel vous avez combattu précédemment ?

— Soyez pas prétentieuses, jeune filles, dit en faisant claquer sa langue Elin et en s’approchant d’un trou dans le plafond. Il vous reste pas mal de progrès à faire, je vous assure.

— Héhéhé ! Elin est toujours comme ça, elle fait jamais de compliments.

— Tu crois que tu les mérites ? Demanda-t-elle en sautant dans le trou et en rejoignant son unité à l’étage inférieur. Vous jacassez trop toutes les deux, allons rejoindre Shizuka.

— Oh oui ! Rejoignons ma douce et chère bien-aimée.

— Ch’sens qu’elle va encore devoir s’enfuir. Hahahahaha !

Tout en riant bruyamment, Irina, les bras derrière la tête, salie par la bave et l’ichor du Mhughon, se mit en marche dans le couloir. Mais soudain, elle s’écroula au sol et arrêta sa transformation.

Ses deux alliées la regardèrent avec surprise.

— Stupide Irina ! Quand je te disais que tu mérites pas des félicitations. T’as réussi à t’empoisonner sur le monstre, pas vrai ?

— Eli-chan~ ! Ça brûle dans les jambes !

— Pas de temps à perdre, Vivienne aspire le poison.

— Noooooooonnnnn, pas Vivi-chan !!!

— Que votre volonté soit faite, chef.

Sur ces mots, le regard de Vivienne devint lubrique et sadique, elle se lécha les lèvres et alors qu’Irina se mit à ramper pour s’éloigner d’elle…

— Millium Rubus Rosa !

Des lianes jaillirent de roses apparues à ses pieds et s’en allèrent l’enchevêtrer dans une position plutôt tendancieuse, les bras tendus au-dessus de sa tête, les jambes écartées. Même si elle était forte sans être transformée, — son corps parcourut par un puissant poison qui l’affaiblissait, — Irina n’avait pas les moyens de résister à la jeune femme.

— Pourquoi tu gigotes comme ça ? Tu n’arrêtes pas de faire des propositions indécentes à Vivi et Shizuka ? Demanda Elin en regardant de manière blasé ce spectacle.

— Ouais, mais Vivi est folle, elle va me faire des trucs trop pervers ! Noooooooon, sauve-moi Elin ! Ch’suis une vampire, c’est à moi d’aspirer le sang, pas l’inverse !!!

— Bon appétit〜 ! Conclut Vivienne avant se rapprocher d’elle, de retirer de ses cuisses des morceaux de dents du Mhughon et de commencer à lécher la blessure de manière érotique.

— Ça chatouillllllle !!! Arrêeeeeete !!!

Malgré les protestations, Vivienne ne cessa point, Elin se détourna de ce spectacle qui devenait de plus en plus licencieux, et jeta un œil par une des fenêtres non loin d’elle. Dans la cour, elle vit le corps allongé de Shizuka, les restes de morceaux du tentacule qu’elles avaient sectionnés précédemment, mais également une barrière magique tout autour de l’hôpital. Comme elle s’en doutait, elles étaient dans un kekkai qui les empêchait de sortir.

— Je rejoins Shizuka dans la cour, rejoignez-nous quand… vous aurez fini vos cochonneries.

Sur ces mots, elle salua de la main les deux filles devant elle et bondit par la fenêtre brisée.

Les fleurs de lys se mirent à fleurir autour d’Irina tel un lit de fleur où elle reposait, elle riait aux éclats puisque le contact de Vivienne la chatouillait.

***

Shizuka attendait dans la rue sombre de cette ville, elle n’était pas à Tokyo, mais à Nagaoka, sa ville natale.

Elle reconnut rapidement la période de l’année, c’était l’été, la période des festivals. D’ailleurs, Shizuka portait un yukata de couleur principalement rouge avec divers motifs floraux.

— C’est un de mes souvenirs.

Sa voix se superposa à l’image qui défilait devant ses yeux, elle était dans une sorte de rêve. Elle ne distinguait pas réellement son corps, il était flou, seul son yukata était parfaitement détaillé ; elle reconnaissait parfaitement toutefois que la personne qui se trouvait devant ses yeux n’était autre qu’elle-même.

Elle attendait sous un arbre à l’abondant feuillage

— C’était en quelle année déjà ? Je me souviens de ce yukata que j’avais loué, mais c’était il y a combien de temps… ?

Alors que Shizuka s’interrogeait de la sorte, une fille s’approcha d’elle. Elle la connaissait parfaitement, c’était son amie d’enfance : Hakoto.

A l’instar de Shizuka, puisqu’il s’agissait d’un rêve, les traits de la jeune femme étaient flous, mais on distinguait aisément qu’elle portait ses cheveux attachés dans une coupe complexe et qu’elle portait un yukata vert.

— Hakoto. Merci d’être venue… j’y croyais plus… vraiment, dit Shizuka d’une voix timide.

— Je n’aurais pas fait l’affront d’une absence à ma meilleure amie, répondit-elle d’un ton presque outré. Allez, ne perdons pas de temps j’ai envie de m’amuser avec toi.

Ensemble, elles se mirent en route vers la zone où se déroulait le festival, elles s’étaient donnée rendez-vous à quelques rues de distance afin de pouvoir facilement se retrouver, hors de la foule. En s’en rapprochant, les bruits de la foule, mais aussi les rythmes traditionnels des tambours se firent entendre.

Sans prévenir, Hakoto prit la main de Shizuka et chuchota à son oreille pour être plus facilement entendue.

— Ainsi nous ne nous perdrons pas.

Malgré la rougeur sur le visage de Shizuka, elle acquiesça de la tête et se laissa emporter par la charmante jeune femme.

— C’est à ce festival que…

A peine Shizuka pensa à cet événement, qu’elle le revit devant ses yeux. En effet, elle avait eu un moment extrêmement embarrassant lors de ce festival. Pendant qu’elles marchaient dans la foule, l’obi de Shizuka s’était défait ; était-ce la faute d’un tiers ou alors un simple accident, elle n’en sut jamais rien. Alors qu’elle marcha, la ceinture tomba à terre et son yukata s’ouvrit, dévoilant ses sous-vêtements devant des inconnus.

Shizuka se mit à pleurer, puis s’enfuit à travers la foule sans prêter attention à Hakoto.

Ce n’est que bien plus tard que son amie la retrouva dans un coin isolé et obscur, assise sur des marches, en train de pleurer les genoux ramenés vers elle.

— C’est vrai, quelle honte ! Heureusement que je portais quand même des sous-vêtements sous mon yukata… Même des années plus tard, je pourrais mourir de honte.

Hakoto s’approcha de Shizuka, lui caressa tendrement la tête et lui dit :

— Si tu te lèves, je te remets ton obi correctement.

— Mais !! Ils ont… vu… ils m’ont vu !

— On n’y peut rien, ce qui est arrivé est arrivé. Puis, tu n’as de quoi rougir, tu es très mignonne, au lieu de pleurer parce qu’ils t’ont vu, tu devrais vouloir les écraser sous tes pieds pour avoir voler le privilège de te voir.

Mais Shizuka ne fut pas du tout réconfortée par ce genre de phrases, elle se jeta dans les bras de son amie pour y pleurer. Après quelques minutes, elle finit par se calmer un peu et Hakoto commenter à nouer l’obi de son amie.

Pendant ce temps, Shizuka tout en continuant de pleurer et de se plaindre :

— Déjà… qu’on me déteste… en classe…

— Justement, si on te déteste qu’est-ce que cela change ?

— Oui mais… mais…

— Tu fais trop attention à ce que pensent les autres, tu sais ?

— C’est pas juste les autres… Une mahou senjo… elle… ne montre pas…

— Une mahou senjo peut montrer ses sous-vêtements si c’est pour sauver le monde, j’en suis persuadée. D’ailleurs, dans la saison 5 de StarLight Magical, elle finit bien à moitié nue en affrontant le grand méchant non ?

Hakoto était aussi une fan de mahou senjo, elle l’était devenue en fréquentant Shizuka.

— Ouais mais… mais…

Shizuka ne savait plus trop quoi dire, elle avait juste envie de pleurer sur son malheur. Dans le silence, Hakoto finit d’arranger la ceinture du yukata.

— Tu… tu ne devrais pas traîner avec moi…, expliqua-t-elle en sanglotant. Si tu restes avec moi, tu n’aurais pas d’autres amis, puisque tout le monde me déteste.

— Et après ? Que veux-tu que j’en ai à faire de l’amitié des autres, puisque je t’ai toi ?

— Vraiment ?

— Si je te suis depuis tellement d’années, c’est parce que je te trouve bien plus intéressante que les autres de l’école. En fait, je devrais te remercier, tu m’évites de devoir leur parler.

Shizuka ne dit rien, elle était à la fois contente et à la fois triste, elle aurait voulu pour sa part être aimée des autres étudiants et elle aurait aimé qu’on ne se moque pas d’elle. Elle avait de fait du mal à comprendre qu’une fille si belle et si gentille comme l’était Hakoto préfère sa compagnie à celle des personnes plus populaires de l’école.

— Tu es sûre ?

— De te préférer ? Certaine même ! A mes yeux, il n’y a pas de personnes de plus important que toi, Shizuka-chan.

Sur ces mots, leurs regards se croisèrent, les deux filles se regardèrent droit dans les yeux quelques dizaines de secondes. Le cœur de Shizuka accéléra à un rythme inquiétant, c’était la première fois qu’elle sentait cette chaleur monter en elle, la première fois qu’elle ressentait ce genre d’attirance pour une fille de son âge.

C’est à cet instant que les feux d’artifice résonnèrent, les deux filles tournèrent instinctivement leurs visages vers le ciel embrasé par les feux d’artifices aux multiples couleurs.

Hakoto prit la main de son amie et posa la tête sur son épaule tendrement, toutes les deux admirèrent silencieusement ce spectacle qui allait durer un long moment, Nagaoka étant, malgré l’Invasion, la capitale kibanaise du feu d’artifice.

L’actuelle Shizuka revoyait un souvenir complexe, puisqu’il était à la fois douloureux, embarrassant mais agréable.

— Je me demande si j’étais amoureuse d’Hakoto ?Se demanda-t-elle en assistant à son souvenir.

Quelques temps après ce festival, son amie d’enfance déménagea sans vraiment la prévenir et à l’école Shizuka fut encore plus la cible des moqueries, elle était devenue « la nudiste du festival ».

— Quelle adolescence difficile, pensa la jeune femme. Je crois que je suis encore mieux actuellement…

Sa pensée s’étiola alors qu’elle reprit lentement conscience.

***

A son réveil, la première personne que vit la jeune femme était sa chef, Elin. Elle n’avait pas encore reprit son apparence normale, elle avait toujours ses cheveux et yeux rouges, même si son regard froid et blasé étaient toujours les mêmes. Contrairement à Vivienne, son caractère ne changeait pas.

— Tiens, t’es revenue à toi.

— Elin ? Où sommes-nous ?

En effet, Shizuka n’avait pas l’impression d’être dans son lit, pas plus que sur le canapé du bureau de sa chef. Elle jeta un regard à droite et à gauche, elle constata qu’elle était sur un escalier froid, sa tête reposait sur les cuisses d’Elin.

— Qu’est-ce que… ?!!S’exclama-t-elle en se rendant compte de sa situation.

— Te fais pas d’inquiétudes, j’ai juste fait ça parce qu’il n’y avait pas de bancs ou d’endroits où te poser dans le coin. Tu ferais mieux de t’éloigner d’ailleurs, sinon je te jetterai moi-même

— Quelle délicatesse avec une blessée…

Shizuka se redressa, son corps était fatigué à un stade où elle pensait ne même pas pouvoir marcher, — bien sûr elle n’était plus transformée.

— Qu’est-ce qui s’est passé ? Demanda-t-elle à sa chef.

— On a battu le Mhughon, Iri-chan a été empoisonnée et est en train de se faire prendre… non je veux dire qu’elle se fait sucer le poison par Vivi. Je t’ai vue par la fenêtre et je suis venue. T’as affronté le tentacule qu’on a sectionné ?

— Ah oui, je m’en souviens… J’ai réussi toute seule !

Elle fit le signe de la victoire en direction de sa chef, puis soudain elle s’écria en réalisant enfin :

— Elles font quoi toutes les deux ?!

— Des choses sexuelles sûrement… Si tu veux les rejoindre, elles sont au troisième étage.

— Non, sans façon…

Rien que de penser à ce qu’était capable de faire Vivienne en forme transformée, l’envie de s’enfuir à toute vitesse s’élevait en elle.

— Nous sommes toujours à l’hôpital ?

— Yep.

A ce moment-là, des bruits de pas en approche se firent entendre, les deux filles se tournèrent pour voir arriver leurs deux collègues, elles avaient toutes les deux reprit leur apparence normale, Vivienne portait sur son épaule Irina qui traînait le pas.

Lorsqu’elles arrivèrent non loin des deux autres filles, Irina dans un effort de volonté s’éloigna de Vivienne et se jeta dans les bras de Shizuka :

— Je peux plus me marier Shizukaaaaaa~ ! Il me reste plus que toi à présent, marrions-nous !

— HEIN ?! Qu’est-ce que tu racontes ? Depuis quand je suis devenu le plan de secours ?!

— Mais !! Je t’aime Shi-chan !!

— Veuillez-vous éloigner d’elle, nous vous en serions reconnaissantes. Vos bras souillés pourraient salir la pureté de notre nouvelle recrue, veuillez-vous tenir à une distance de dix mètres au moins, annonça durement Vivienne en s’asseyant entre les deux filles.

— Dix mètres, t’es vache toi ! La faute à qui si je suis souillée, en plus ?

— Nous ne voyons guère de quoi vous voulez parler. La souillure se trouvait déjà dans votre cœur depuis fort longtemps, veuillez ne point nous rendre coupable de crimes que nous n’avons commis.

— Bon, vous avez fini vos blabla ? Dit sérieusement Elin. On s’en va d’ici, y’a plus rien à y faire.

Shizuka la première se leva et se prépara à partir, elle en avait assez de cet endroit ; à dire vrai, elle n’avait jamais voulu s’y rendre, elle détestait les maisons hantées et encore plus les hôpitaux hantés. Même si elle pensait n’avoir plus d’énergie, la perspective de partir loin de là lui donna la force de se lever, mais elle sentait ses jambes faibles.

— Prête-moi ton épaule, Shi-chan.

— Ce monstre était tellement puissant que même toi t’es dans cet état ?

— Nan, il avait juste un poison, je sens plus mes jambes inférieures.

— Parce que tu as des jambes supérieures ? Lui demanda Shizuka pour relever sa faute.

— Vous devriez être plus vigilante en combat plutôt que de vous jetez dans la gueule des monstres, lui reprocha Vivienne. Nous allons vous prêtez notre épaule, Shizuka-san est également très faible, n’est-il pas ?

Shizuka acquiesça de la tête en portant un regard bienveillant à sa senpai. Malgré la peur que lui inspirait Vivienne transformée, elle était contente de constater qu’elle lui portait une telle attention.

— Non pas toi, t’es trop folle… Eri-chan, porte-moi !

Lorsque les filles se tournèrent vers Elin, elle reprit sa forme normale, bailla et les regardant sans motivation du haut de son mètre quarante. Considérant la différence de taille, Elin n’était pas la plus indiquée pour la porter.

Mais, alors que les filles se regardaient l’une l’autre, une voix entra dans leurs oreilles :

— Tiens, mais ne serait-ce pas cette fainéante de planche à pain ?

Alors que les regards des quatre filles se tournèrent vers le trou dans l’enceinte de l’hôpital, elles aperçurent quatre nouvelles filles, plus précisément des mahou senjo.

Elin se tourna vers l’une d’entre elle, une femme en armure high-tech moulante, aux cheveux rouges attachés en une ponytail latérale. Elle bailla, fit le signe de victoire en direction de l’inconnue et dit :

— C’est bon, la menace est vaincue. T’es venue pour rien, Jess. Ça fait une plombe au fait…

— Tsssss ! Je reconnais bien ton attitude de bonne à rien, Elin.

Jessica Whitestone croisa les bras et prit un air agacé en scrutant la loli.

En même temps, une des filles vêtues en miko s’écria :

— Aaaaaaahhhhh ! Shizuka-chan ?!

Shizuka l’observa attentivement, même si elle avait changé, il n’y avait aucun doute sur l’identité de cette fille, elle la connaissait fort bien :

— C’est toi Hakoto ?

— Que je suis ravie de te rencontrer à nouveau, ma Shizuka-chan !

Hakoto avait les larmes aux yeux tant sa joie était sincère et profonde.

Lire la suite – Chapitre 3