Tome 1 – Chapitre 1

« Demain, avait-elle dit, à midi… »

Yumeki se répéta à mi-voix ces mots comme pour se confirmer qu’il n’avait pas rêvé ; en effet, cette journée de la veille avait tout l’air d’un songe. Lorsqu’il était revenu chez lui, il s’était trouvé dans une sorte d’incertitude profonde. Il avait passé tout le chemin du retour à se demander si tout cela était bien vrai.

Une fois à son domicile, trempé, sa première action avait été de se jeter dans son bain, ce qui avait eu pour effet de renforcer en lui l’idée que tout ceci n’avait été au final qu’un rêve ou une mise en scène. Il en était sorti totalement purgé des événements de la journée, jusqu’à ce qu’il retrouve dans sa poche la jiimove dont il s’était servi. Elle l’avait rappelé à la réalité, ou dans ce cas devrions-nous dire à la fiction, brutalement et soudainement. Tout devait s’être bel et bien déroulé comme dans ses souvenirs, quand bien même ces événements fussent incroyables.

À partir de ce moment-là, il avait beaucoup réfléchi et très peu dormi ; la nouvelle réalité qu’on lui avait présentée était difficile à accepter. Heureusement, c’était le week-end et, en tant qu’employé de bureau, il ne travaillait pas. Il avait donc le temps de faire le point sur sa situation.

Il était parti de chez lui avec cette expectative, celle d’avoir plus d’explications. Il s’était entraîné à être plus dur, en passant du temps devant son miroir à essayer de rejeter des propositions fantaisistes et déplacées… et à se montrer plus ferme lorsque la jeune femme refuserait ses demandes d’informations.

Mais, lorsque Linka arriva, un peu avant l’heure, son cœur s’engourdit. Il savait qu’il ne pourrait lui tenir tête, elle était bien trop mignonne pour qu’il puisse se montrer un tant soit peu strict avec elle.

À l’instar de la veille, elle était vêtue simplement. Cette fois, elle portait un pull à manches longues, trop longues pour sa petite taille, ce qui n’était pas pour diminuer son capital moe. Sur ce pull de couleur rose figuraient les visages de trois filles très mignonnes issues d’un anime méconnu de Yumeki, mais qui devait vraisemblablement être célèbre puisqu’il en avait vu des affiches publicitaires en sortant de la gare.

Elle portait avec ça une jupe noire qui s’arrêtait un peu au-dessus de ses genoux.

Alors qu’elle se dirigea vers lui, elle fit de larges gestes de ses bras et afficha un large sourire plein de franchise et de bons sentiments. C’était presque comme une scène de rencontre d’un shoujo manga, les trames de fond en moins.

Plusieurs groupes de jeunes hommes se tournèrent pour la regarder s’approcher de Yumeki. Un peu à la manière du sixième sens de certains animaux, ce dernier sentit un danger imminent, une hostilité ambiante centrée sur lui : les regards, qui s’orientèrent vers lui, étaient bien plus froids et menaçants que nécessaire, ils étaient littéralement emplis de jalousie.

Lorsqu’elle arriva face à lui, elle saisit les bords de sa jupe et s’inclina en guise de salutation. C’était des manières quelque peu inappropriées pour cette époque, mais, considérant le lieu où ils se trouvaient, cela ne perturba personne ; au contraire, cette façon de l’accueillir, très probablement inspirée de quelque personnage fictif, ne fit que la rendre encore plus adorable et désirable aux yeux de tous ces otaku.

Si, jusqu’alors, il pouvait demeurer dans leurs esprits un soupçon de doute quant aux intentions de la jeune femme, ce n’était plus le cas. Elle venait de confirmer clairement quelle personne elle venait voir, ce type à l’allure jugée quelconque et indigne de la beauté radieuse de la jeune femme.

Aussi, les regards jaloux ne s’en trouvèrent que renforcés. Ils devinrent sanguinaires, à tel point qu’on aurait pu les croire appartenir à une meute de loups affamés aux yeux rouges luisants, ou à une armée de yandere, couteau à la main.

Involontairement, Yumeki put entendre quelques chuchotements provenant d’un groupe de jeunes hommes derrière lui :

« Qu’est-ce qu’elle est belle ! »

« Qu’est-ce qu’elle peut bien lui trouver ? »

« Tu crois que c’est une otaku ? »

Confronté à ces réflexions, un frisson lui traversa la colonne vertébrale. Il se sentit menacé et très gêné, c’est pourquoi il lui rendit timidement le salut. Ses traits se crispèrent :

« Et si nous allions ailleurs ? Tu connais un bon coin ? »

Elle hocha la tête en guise d’acquiescement et lui adressa un incroyable sourire.

« Suis-moi, je connais un endroit bien pour parler…

– Euh, ouais, c’est cool… Ah! Je paie, bien sûr.

– Ah ! C’est gentil ! Merci ! »

Et tout en marchant :

« … Ah, oui, à propos, tu ne m’as pas aidé hier… pour l’histoire de l’ordinateur… »

Yumeki employa un ton qui se voulait tout sauf réprobateur, au contraire, il prononça ces mots avec une sorte de crainte et de timidité. Il n’aimait pas l’idée de lui faire un reproche quelconque, il voulait simplement détendre l’atmosphère en engageant la discussion.

À cet instant, néanmoins, il se jugea maladroit. Ce n’était pas la meilleure façon pour briser la glace que de commencer par une sorte de réprimande.

« Aaaahhhh, c’est vrai, j’avais oublié. »

Ces mots furent suivi d’un *Tehee*, ainsi que d’une petite frappe de sa petite main délicate sur sa tempe droite. Le tout était, bien entendu, accompagné du spectacle d’un tirage de langue franchement mignon.

C’était là une forme d’excuse moe empruntée à de nombreux anime, une sorte de lieu commun connu de tous les fans du milieu, dont ne faisait pas partie Yumeki. Pour lui, cela parut adorable, mais étrange.

Aussi, il s’arrêta quelques instants, il la regarda à la fois charmé et interloqué, puis, il reprit la marche et le cours de la discussion :

« Désolé, je ne voulais pas te contrarier… Mais j’ai vraiment besoin d’un nouvel ordinateur.

– Non, non, t’inquiète, c’est moi qui suis en tort, je te l’avais promis hier. Je suis sincèrement désolée ! »

Elle prononça ces mots en prenant un air attristé, puis joignit ses mains et inclina légèrement la tête en signe d’excuse. Yumeki se sentit encore plus gêné de cette courtoisie, il s’accusa une nouvelle fois d’avoir ainsi mené la conversation.

Mais, il remarqua que s’il s’excusait à nouveau, cela ne ferait que créer une boucle, elle s’excuserait à son tour et lui de même car il se sentirait réellement coupable de l’avoir forcée à s’excuser, et ainsi de suite.

Il fallait que quelqu’un brise le cercle vicieux, sinon il n’y aurait pas de fin. Il chercha donc du regard comment changer de sujet de discussion. Ils étaient encore en train de marcher sous le pont-rails, il pouvait toujours voir l’écran géant de l’UDS. D’ailleurs il put y observer la publicité du jeu vidéo qu’il avait aperçu la veille, c’était là un bon sujet pour relancer la conversation.

« Tiens, au fait, dit-il en se grattant l’arrière du crâne, tu connais ce jeu-là ? »

Il s’arrêta de marcher, se tourna à moitié et pointa du doigt l’écran géant derrière lui. Elle s’arrêta à son tour pour regarder dans la direction qu’il désignait. Les passants, nombreux en cette journée, comme tous les dimanches d’ailleurs, les contournaient et continuaient d’affluer dans les deux sens de la rue.

Mince, je suis stupide ou quoi ? Si je commence à lui parler de jeux vidéo, elle va penser que je suis intéressé… Et moi qui voulais me tirer de cette histoire le plus rapidement possible, ça va pas être facile après ça…, pensa-t-il, désespéré par lui-même, alors qu’il attendait la réponse de Linka.

Elle hocha la tête et se mit à parler tout en reprenant la marche :

« Bien sûr ! C’est Excellent Blade 4. Il n’est pas encore sorti, il va sortir en magasin dans une semaine. C’est un excellent RPG, les 3 premiers… enfin, les 5 premiers… car il ne faut pas oublier l’épisode 0 et le 3 SP… Le premier est sorti il y a 7 ans sur la PG1… »

Au point où il en était, il se hasarda, une fois de plus sans vraiment réfléchir à ce qu’il faisait, à l’interrompre pour lui demander :

« Euh… PG1 ? SP ? »

Ces demandes d’explications la coupèrent si brusquement qu’elle afficha une certaine stupeur sur son visage.

« … Euh… Ah… Oui ! Oui, c’est vrai que tu ne connais pas ces termes… SP, ça vient de special en anglais. C’est pour dire qu’il s’agit d’un épisode bonus de la série. En fait, la fin du 3 ne clôturait pas vraiment l’histoire, donc les développeurs ont sorti une suite directe… Euh… il faut savoir que les Excellent Blade, c’est toujours le même univers qui évolue à chaque épisode, mais c’est jamais les mêmes personnages… Sauf que là, dans le SP, c’est la suite du 3, on utilise les mêmes personnages et on connaît la suite de l’histoire…Tu me suis ?

– Oui, pour le moment, ça va. Et PG1 ? Tu parles de la Play Game, c’est ça ?

– Oui ! dit-elle en élevant la voix, sur un ton extatique. C’est exactement ça ! Je parle de la toute première. Tu dois savoir qu’actuellement, on en est à la 4, non ? »

Il hocha légèrement la tête suite à cette question et répondit :

« Ils passent les pubs à la TV et j’ai vu les affiches dans le métro. »

Elle arbora un large sourire de satisfaction comme si ces paroles l’eurent touchée au plus profond de son être.

Il poursuivit :

« En fait, je connais aussi la PG1, j’avais des amis qui l’avaient achetée à l’époque. Moi, j’avais la Ligero 64.

– Incroyable ! Tu vois que tu aimes les jeux vidéo…

– J’aimais, dit-il pour interrompre sa phrase.

– Je n’en suis pas si persuadée… Bref, le premier est sorti sur la PG1, il y a 7 ans, puis vint le 2… »

Le monologue, ou plutôt l’exposé historique de la saga des Excellent Blade, dura encore une dizaine de minutes, jusqu’à ce qu’ils arrivent devant un bâtiment, un peu à l’écart des zones d’affluence du quartier.

Les différents panneaux indiquaient qu’un petit restaurant familial se trouvait là, un de ces rares restaurants en ville qui ne soient pas affiliés à l’une des grosses chaînes de restauration que l’on trouve dans tout le pays.

Malgré l’heure qu’il était, à travers la vitrine, Yumeki remarqua un grand nombre de places vacantes.

Linka entra la première. Elle franchit le seuil de la porte, salua le serveur comme si elle le connaissait bien, puis alla directement s’installer à la table.

« Ici, on devrait pouvoir parler tranquillement. »

Lorsqu’il entra à son tour, il put comprendre la raison de son premier constat : le local était totalement vide, ils étaient les seuls clients. Cet endroit était petit : il n’y avait de la place que pour une dizaine de personnes, la majorité de celles-ci se trouvant autour du comptoir.

Une certaine tristesse, malgré lui, l’envahit face à ce spectacle ; le lieu lui paraissait pourtant charmant avec sa décoration simple et démodée. Une odeur émanait de la cuisine, une odeur de viande grillée qui lui ravit les narines.

Il alla s’asseoir avec une certaine timidité.

« Bienvenue chers clients. » dit le serveur à l’intention de Yumeki et de Linka, leur proposant deux tasses de thé froid et souriant de manière agréable et polie.

Linka regarda Yumeki et demanda comme si elle connaissait la réponse :

« Un gyuudon, ça te va ? »

Il se contenta de hocher la tête alors que Linka, sans perdre de temps, commanda deux gyuudon.

« J’ai vraiment faim. Pas toi ? »

« Euh, non, ça va… Tu es sûre qu’on peut parler tranquillement ici ? » demanda Yumeki en regardant le serveur qui passait derrière le comptoir, en direction des cuisines.

« Pas d’inquiétude, c’est des gens bien. Ils ne travaillent pas pour l’ennemi, c’est sûr à 100%. »

Il regarda une nouvelle fois autour de lui comme s’il se méfiait de quelque chose, très probablement inquiété par l’évocation du mot « ennemi ». Mais il dut bien se rendre à l’évidence, elle avait sûrement raison. D’autant qu’elle semblait connaître le serveur. Elle était une habituée, manifestement.

« Donc… euh, par où commencer ? »

Elle prononça ces mots en prenant l’air de quelqu’un qui s’interroge intérieurement, ses sourcils se baissèrent de manière adorable tandis que ses yeux se levèrent pour regarder en l’air. Pour couronner le tout, elle posa son doigt fin et délicat sur le coin de ses lèvres, une pose particulièrement mignonne, une fois de plus, très probablement inspirée par quelque personnage de manga.

« … Euh, on pourrait commencer par se présenter correctement ? » proposa timidement Yumeki. L’idée ne parut pas totalement la convaincre, elle réfléchit encore quelques secondes avant de dire :

« Oui, on peut commencer par ça. Donc, tu t’appelles Motomachi Yumeki et… ? »

Elle interrompit sa phrase comme pour lui demander de prendre le relais et de poursuivre sa propre présentation.

C’est à cet instant que le serveur revint avec deux bols garnis de lamelles de bœuf desquels émanait une odeur particulièrement appétissante. Yumeki marqua une pause volontaire le temps du service.

Puis, prenant ses baguettes en main, il finit par répondre aux attentes de la jeune femme :

« J’ai 24 ans, je suis célibataire et je travaille dans une entreprise à Shinjuku. Tu veux savoir quoi de plus ?

– Bon appétit !

– Bon appétit ! »

Sur ces paroles, les deux commencèrent à manger. Linka, après avoir avalé une première bouchée, reprit la parole :

« Mmmm, délicieux ! Bah, qu’est-ce que je veux savoir de plus… ? Tu as quoi comme passion dans la vie ? Comment se fait-il que tu sois opposé à la culture otaku alors que tu la connais plutôt bien ? »

Suite à ces paroles, elle avala une nouvelle bouchée et, une nouvelle fois, ses yeux et les traits de son visage exprimèrent le délice que lui était ce repas.

C’est vrai que c’est drôlement bon, pensa Yumeki. Ce restaurant est vraiment sympa, elle avait raison. Qu’est-ce qu’elle est expressive quand même, j’ai du mal à croire qu’elle puisse réellement manipuler qui que ce soit.

Suite à quoi, il reprit d’une voix calme et faiblarde :

« C’est vraiment bon. Bah, mes passions dans la vie… Je n’y ai pas vraiment réfléchi…

– Comment ça ? Tout le monde a des passions… Tu ne vas pas me dire que tu es de ceux qui ne font que travailler, rentrer chez eux et qui ne font jamais rien qui leur plaît ? »

Elle prononça ces mots avec un enthousiasme qui révélait un intérêt pour la question, mais également un ton un peu réprobateur. Yumeki estima rapidement que ce mode de vie sans passions ni passe-temps devait être symétriquement opposé au sien, elle qui avait l’air d’être une personne passionnée et marginale.

« En fait, je travaille depuis seulement quelques mois, j’ai pas encore eu le temps de vraiment m’habituer… Et je rentre tard, donc je ne fais pas grand-chose. Avant ça, j’étudiais beaucoup et je n’avais pas le temps non plus de faire quoi que ce soit. »

Linka s’arrêta de manger et prit un regard sincèrement désolé, elle ne semblait pas trouver ce sort enviable. D’ailleurs, elle finit par dire :

« C’est horrible ! Comment tu fais pour tenir le coup ? »

Il ne pouvait pas voir son propre visage, mais il était persuadé de l’avoir regardée avec des yeux perplexes à cet instant-là.

Qu’est-ce qu’elle peut bien faire dans la vie pour dire des choses pareilles ? se demanda-t-il. Devoir chercher un travail est une chose normale…

« Et toi ? Qu’est-ce que tu fais ? dit-il en ignorant quelque peu la précédente remarque et apaisant les traits de son visage.

– Non, non, pas encore… Tu ne m’as pas dit pourquoi tu n’aimes pas la culture otaku. »

Le visage de Linka eut une sorte d’expression contrariée et fâchée qui n’était pas très crédible. Linka n’avait pas un visage à pouvoir faire peur, ce qui donnait à cette expression un quelque chose à la fois de ridicule et de terriblement mignon.

« Je ne déteste pas vraiment la culture otaku, je ne sais pas ce qui te fait dire ça… C’est juste que je n’en suis pas un et je ne l’ai jamais été. Lorsque j’étais au collège et, au début du lycée, je jouais à des jeux vidéo et je regardais des anime, comme tous les garçons de cet âge. Rien d’anormal. Ensuite, je n’ai plus eu de temps à cause de mes études et j’ai arrêté, ça s’arrête là. »

Il marqua une pause pendant laquelle il continua son repas.

« C’est tellement triste ! En fait, tu as un potentiel dont tu ne soupçonnes pas l’étendue. Comme je te le disais hier, ce genre de pouvoir n’est accessible qu’à des personnes passionnées, des otaku qui sont très en phase avec leurs collections. Si tu y portais réellement aussi peu d’intérêt que tu le dis, ça n’aurait pas dû fonctionner…

– Encore avec cette histoire ? Bon, d’accord, j’admets que ce que j’ai vu hier était bien réel, ce n’était ni une mise en scène, ni un rêve… Donc… je suis obligé d’admettre que le surnaturel existe bel et bien… Par contre, concernant cette histoire de don…

– Je t’assure que c’est vrai ! Quelle raison aurais-je de te mentir ? »

Les yeux de Linka avaient pris une teinte brillante, ou pourrait-on dire pétillante, montrant son réel engouement pour cette conversation. Aussi, elle le fixait sans cligner des yeux, comme si sa réponse allait déterminer l’avenir du monde. Il ne comprenait pas bien ses intentions, pourquoi cette réponse serait importante ? Ou alors, était-ce autre chose qu’elle attendait ?

Encore un langage codé de femme, pensa-t-il en se rappelant des discours de certains de ses collègues qui parlaient de la « langue mystérieuse des femmes ».

Il avait beau y réfléchir, il ne trouvait pas de réelle réponse à sa question. Il y avait bien une cinquantaine d’explications possibles quant à ce qu’elle pouvait y gagner dans sa manipulation, mais, malheureusement, puisque leur rencontre était fortuite, aucune ne trouvait de réelle crédibilité.

Comment aurait-elle pu savoir où il se trouvait ?

D’ailleurs, cette interrogation rappela à son esprit un autre élément : avant de la rencontrer, il s’était perdu et, à la lumière de ses connaissances actuelles, la façon dont cela s’était produit avait clairement des allures surnaturelles.

Et si leur rencontre avait été programmée ? Il se posa cette question avant de se demander par qui elle aurait pu l’être. Il était vrai qu’il ne savait pas si Linka disposait de pouvoirs ou non, mais elle lui paraissait bien trop honnête dans sa personnalité pour avoir fomenté un tel plan.

D’autre part, pourquoi l’aurait-elle choisi lui, lui qu’elle ne connaissait pas ?

Il ne savait plus qu’en penser.

« Eh bien… je ne sais pas ! En fait, je sais tellement peu de choses sur toi ! Je ne connais même pas ton nom de famille… »

Il prononça ces mots de façon quelque peu accusatrice, cela s’était produit involontairement. Même s’il se méfiait d’elle, il n’avait pas réellement de grief à son égard, il n’avait aucune vraie intention de la blesser ou de la froisser.

« Un nom de famille ? C’est si important que ça pour toi ? Euhh… Bah… Je suis Sasaki Linka… Ou alors tu préfères Abe Linka ? C’est toi qui choisis… »

Elle prononça ces paroles sur un ton détaché et insouciant qui, auprès de quelqu’un de plus susceptible, aurait pu avoir l’air d’une sorte de moquerie. Yumeki commençait un peu à la cerner, elle n’était pas du genre à se moquer de lui.

Néanmoins…

« Tu sais, ça ne m’aide pas à te faire confiance. Quelqu’un n’ayant pas de nom de famille, c’est super louche, tu ne penses pas ? »

Elle lui répondit d’un sourire honnête et franc, sans prononcer le moindre mot.

« Bon, puisque tu ne veux pas me donner ton nom de famille… probablement parce que tu es célèbre… »

Il avait dit cela d’instinct, il n’en savait rien, mais au final, cette pensée lui sembla la plus logique, il n’avait pas d’autres explications quant à ces cachotteries.

Il poursuivit :

« … Je vais continuer de t’appeler uniquement Linka. Ça te convient vraiment ?

– Ouiiiiii ! » avait-elle répondu en levant les bras et prenant un air de victoire. Son caractère enjoué se manifestait de nouveau.

« Bon, j’écoute la suite… Mettons le nom de famille de côté, pour le moment. Tu fais quoi dans la vie ? »

Elle porta une nouvelle fois l’index de sa main gauche — la droite tenait les baguettes qu’elle utilisait pour manger — sur le bord inférieur de ses lèvres comme pour marquer un temps d’attente, puis elle répondit d’un air enjoué :

« Je suis conseillère ! Ah, non ! Disons plutôt que je suis une sorte de guide… Bah, c’est difficile à dire… C’est vraiment important ? »

Il la regarda d’un air dépité, la réponse lui parut tout sauf normale. Son étonnement était tel que les baguettes qu’il tenait entre ses doigts glissèrent et tombèrent sur la table.

« Il y a une question te concernant à laquelle tu peux vraiment répondre ? »

Son ton de voix était à la fois irrité et blasé. Tout ce mystère commençait à l’épuiser.

Elle se contenta de lui répondre par un large sourire, puis elle désigna du doigt les baguettes qu’il avait laissé tomber sur la table. C’est à cet instant qu’il s’en rendit compte.

Après avoir repris ces dernières et recommencé à manger, il dit, toujours sur le même ton de voix :

« Bon… bon… passons également sur ton… travail ? Qu’est-ce que tu peux me dire, du coup ? »

Ayant fini son bol, elle posa les baguettes horizontalement sur celui-ci et joignit ses mains en guise de remerciement pour le repas.

Elle le regarda directement dans les yeux :

« Assez parlé de moi, parlons plutôt de la « Collection ». Je pense que ça t’intéressera bien plus ! Comme je te l’expliquais hier, les otaku les plus passionnés, ou les plus en harmonie avec leur passion, développent des pouvoirs surnaturels liés à leurs collections.

– Oui, tu m’as déjà parlé de ça, en effet. Même si je ne comprends pas vraiment comment ça fonctionne.

– Eh bien, un fan de jeux vidéo, par exemple, pourra gagner des pouvoirs similaires à ceux d’un jeu qu’il affectionne, ou d’un genre qu’il collectionne… Il n’y a pas vraiment de limites ou de règles pour ça. »

Elle prit une gorgée de thé et poursuivit :

« Normalement, chaque « collectionneur » possède sa propre collection principale et même s’il en a plusieurs, c’est toujours de la principale que découlent ses pouvoirs. Par exemple, si un fan d’anime dispose également d’une collection de jeux vidéo, ses pouvoirs seront quand même liés aux anime.

– Qui définit ces règles ? Comment peux-tu en savoir autant ?

– J’ai beaucoup observé ! Si ta question était de savoir si je connais le MJ ou alors si j’ai accès à un Guide Stratégique, la réponse est non… »

Elle eut une sorte de moue suite à ces mots, une moue des plus adorables. Une fois de plus, son visage n’était pas fait pour les expressions négatives.

« Un MJ ? C’est quoi ?

– Maître de jeu, c’est un terme de jeu de rôle sur table. Il s’agit de celui qui raconte l’histoire et arbitre… une sorte de Dieu dans le monde et l’histoire qu’il met en place…

– Je comprends vraiment pas, désolé.

– Le jeu de rôle sur table, c’est compliqué, il faut avoir essayé pour vraiment le comprendre. Tu connais un peu les MMORPG ?

– Tu parles du jeu… comment il s’appelle déjà… World quelque chose ?

World of Mernax ! Oui, c’en est un parmi un tas. Ici au Japon, ils ne sont pas super populaires, mais, ailleurs dans le monde, des millions de joueurs jouent à ce genre de jeu… Quoi que récemment, même ici… »

Yumeki profita de cette pause pour appeler le serveur et commander un second gyuudon.

Linka lui sourit comme si son appétit lui faisait plaisir à voir. Le fait est qu’il n’avait pas beaucoup mangé la veille et il avait vraiment faim. En tant normal, il se serait arrêté au premier.

Il rougit et dit sur un ton proche de l’excuse :

« Les événements d’hier m’ont donné faim… Je n’ai pas mangé en rentrant… »

Elle se contenta de continuer de sourire, puis elle poursuivit :

« Dans ce genre de jeu, il y a des règles, et des arbitres qui les font respecter, les autorités suprêmes du jeu, qu’on appelle MJ ou GM en anglais, Game Master. C’est à peu près le même genre de concept…

– Tu pouvais pas le dire plus simplement depuis le début ? »

À son tour, il arbora une moue à la fois réprobatrice et enfantine.

« Désolée ! Je ne suis pas habituée à ce qu’on ne connaisse pas ce genre de mots. »

Sur ces paroles, elle inclina légèrement la partie supérieure de son corps et baissa la tête, en guise d’excuse.

« D’ailleurs, au passage, reprit-elle en regardant le plafond, le clavier que tu as utilisé hier devait être celui d’un joueur de MMORPG, c’est presque sûr à 100 %… »

Elle marqua une courte pause au cours de laquelle le serveur revint avec la commande de Yumeki.

« Je continue l’explication… Actuellement, le nombre d’utilisateurs de pouvoirs de la Collection dans le quartier ne dépasse pas la centaine, très peu d’entre eux vivent ici, d’ailleurs. C’est dommage car les pouvoirs de la Collection sont plus puissants lorsqu’on se trouve à Akiba.

– Ah bon ? Tu ne peux les utiliser qu’ici ?

– Non, c’est pas ce que j’ai dit… En fait, ils sont juste moins puissants, mais un collectionneur peut les utiliser quand il veut et où il veut… à condition d’avoir toujours sa collection… »

La bouche encore pleine, comme s’il ne pouvait s’empêcher de faire part d’une étonnante découverte, Yumeki dit :

« … Donc s’il perd sa collection… *gloup* … il perd ses pouvoirs ? »

Linka mit sa main devant la bouche pour rire brièvement, puis elle répondit :

« Il n’est pas obligé de l’avoir sur lui, mais si sa collection venait à être détruite, ou égarée, il perdrait ses pouvoirs, en effet. Et, bien sûr, plus elle est grande et rare, plus ses pouvoirs sont puissants.

– Ouais, affirma Yumeki en hochant la tête.

– D’ailleurs, si tu n’as pas de place chez toi, j’ai un appartement que je peux te fournir pour y mettre ta future collection… ça t’intéresse ? »

Il la regarda avec de grands yeux, s’arrêta temporairement de mâcher et pensa :

Comment peut-elle se permettre de donner des appartements à des gens qu’elle ne connaît pas ? Qui est cette fille, bon sang !?

Après quelques secondes de lourd silence, au cours desquelles on n’entendait que les tintements d’assiettes, l’écoulement de l’eau et quelques autres bruits similaires provenant de la cuisine, il répondit sur un ton ferme et gêné :

« On verra plus tard, j’ai pas encore accepté tous tes trucs…

– D’accord, c’est vrai que je n’ai pas fini mon explication. Donc, où en étais-je… ? Ah oui, toi qui veux savoir des choses sur moi, je vis bel et bien dans ce quartier. Je te le conseille vivement aussi, c’est amusant de vivre à Akiba. »

Son visage parut encore plus enjoué qu’il ne l’était en général, mais Yumeki sembla discerner une pointe de quelque chose d’autre dans ses yeux, un sentiment flou qu’il ne parvenait pas à désigner.

C’est sans crier gare qu’elle poursuivit par les mots suivants :

« Je ne suis pas encore sûre, mais j’ai l’impression que nous avons une relation spéciale. »

Yumeki avala de travers, et manqua de s’étouffer. Tandis qu’il se frappa le torse, Linka, sans tarder, se leva et vint lui taper le dos. Ces mots, « relation spéciale », l’avaient quelque peu perturbé.

Il avala d’un trait le contenu de sa tasse, et finit par se reprendre.

« C’est bon… c’est bon, merci, Linka. Tu voulais dire quoi par là ? »

Il rougit involontairement. D’après ce qu’il avait pu juger de cette fille, cela aurait été étonnant qu’elle soit tombée amoureuse de lui, mais une part de lui-même nourrissait malgré tout cet espoir. Au fond, il demeurait un homme et elle, une séduisante femme.

Aussi, préféra-t-il demander pour être sûr.

« Bah, tu as utilisé hier deux types de pouvoirs de collections différentes… C’est pas normal… Tu as utilisé le pouvoir de la collection des jeux vidéo et de celle du MMO… Mmmm… Peut-être que ton concept de collection est élargi par rapport à d’autres, serait-ce les jeux vidéo dans leur totalité ? »

Elle marqua une pause pendant laquelle elle réfléchit. Cela laissa le temps à Yumeki de reprendre ses esprits, le doute était bel et bien dissipé.

« Il faudra faire des tests, finit-elle par conclure. Nous allons te faire commencer plusieurs collections et on verra… Cela dit… le fait que tu puisses accéder, même de manière faible, aux pouvoirs d’une collection sans en avoir une toi-même… c’est déjà spécial en soi… »

Elle replongea à nouveau dans son monde. Il avait voulu la reprendre sur sa certitude qu’ils commenceraient ensemble plusieurs collections, mais il avait préféré se taire. Il pouvait toujours refuser plus tard et le fait de trop le répéter lui donnerait le mauvais rôle.

Une pensée jaillit soudainement en lui : les dernières paroles qu’elle lui avait adressées la veille.

« Mmmm, désolé de t’interrompre dans tes… théories, mais tu voulais dire quoi hier par devenir un chevalier, ou un truc dans le genre ?

– Hein ? J’ai dit ça ? »

Ses traits affichèrent un étonnement manifeste. Elle poursuivit :

« J’ai oublié, désolée. Je sais plus… peut-être que je te proposais de m’aider à contrer les plans des extraterrestres… Tu deviendrais une sorte de chevalier volant à mon secours… non ? »

Yumeki ne parut pas vraiment convaincu par cette réponse, mais il dut une fois encore s’en contenter, elle était décidément une fille qu’il trouvait des plus énigmatiques.

« D’ailleurs, tu en parlais hier déjà, c’est qui ces extraterrestres ?

– Bah, je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de leur parler. Depuis qu’ils sont arrivés à Akiba, il y a quelques semaines, ils se sont contentés d’acheter des produits rares et de me poursuivre pour m’enlever. Ce que je peux te dire, c’est qu’il y en a de plusieurs sortes, certains sont même capables de prendre forme humaine…

– S’ils ont forme humaine… qu’est-ce qui te fait dire qu’ils sont extraterrestres ? lui demanda Yumeki en l’interrompant dans son explication.

– Eh bien… ils ont toujours un petit détail qui cloche. Le dernier qui a essayé de m’enlever, il avait des yeux globuleux qu’il cachait derrière des lunettes de soleil, y compris en pleine nuit…

– Je vois, je vois… Et mis à part essayer de t’enlever, ils font quoi ? D’ailleurs, maintenant que j’y pense, comment tu as fait pour t’en sortir les autres fois ? »

Suite à ces deux dernières questions, Yumeki posa ses baguettes et but une nouvelle gorgée de thé, puis il regarda Linka dans les yeux. Toujours aussi paisible et douce, elle semblait réfléchir, probablement à la façon dont elle allait répondre, sans trop en dire ; en tout cas, c’était ce que pensait Yumeki.

« En fait, j’ai pas mal couru, je me suis cachée à plusieurs reprises.

– Et simplement en courant tu as pu t’en sortir ? » demanda-t-il d’un air suspicieux.

Il se doutait qu’elle cachait autre chose.

« Parfois, j’ai peut-être… utilisé quelques petits pouvoirs…

– Ah, j’en étais sûr ! Tu as aussi des pouvoirs… Il était impossible qu’une fan de ton calibre n’en ait pas ! »

Elle baissa un peu le regard, et afficha une sorte de sourire gêné alors que ses doigts s’agitaient nerveusement. La voir dans cet état rappela Yumeki à son bon sens, il s’était laissé emporter par ce jeu de dévoilement des secrets et il en avait oublié les convenances.

Aussi, il dit tout en baissant la tête en guise d’excuse :

« Pardonne-moi, je me suis laissé emporter. C’est que tu me caches tellement de choses que…

– C’est pas grave… Mais, désolée de te décevoir, mes pouvoirs ne sont pas… si géniaux… Ils sont faibles et pas vraiment pratiques, je ne les utilise pas beaucoup. En fait, j’aimerais bien éviter de les utiliser…

– D’accord, je vois que c’est un sujet déplaisant, je ne vais pas t’en demander davantage. Par contre, dis-m’en plus sur ces extraterrestres puisqu’on va devoir les affronter. »

Ces derniers mots allumèrent une étincelle dans les yeux de Linka, qui releva la tête soudainement et lança à Yumeki un regard à la fois étonné et affectueux.

« Ça veut dire que tu acceptes de m’aider ?! Youpi !! »

Sur ces mots, elle leva les bras en guise de victoire et de joie. Yumeki se rendit rapidement compte de ce qu’il venait de dire, ou plutôt de sous-entendre ; se rétracter à l’avenir serait difficile.

Involontairement, il rougit et détourna la tête tout en faisant la moue, le genre de réaction qui lui donnait un air plutôt enfantin.

« Qu’est-ce qu’il y a ? Tu fais ton tsundere masculin ?

– JE SUIS PAS UN TSUNDERE ! »

Yumeki cria ces mots en tournant à nouveau les yeux vers Linka. Puisqu’ils étaient les seuls clients présents, cette hausse de voix soudaine ne provoqua une réaction que chez le serveur, qui se trouvait depuis le début de leur conversation derrière son comptoir. Il était en train de s’occuper, apparemment, de nettoyage.

Par une sorte d’instinct, Yumeki se rendit compte qu’il venait d’attirer son attention, et, gêné, baissa à nouveau le regard.

Linka avait également dû s’en rendre compte puisqu’elle regarda par-dessus l’épaule de Yumeki et fit signe au serveur que tout allait bien. Puis, elle dit :

« C’est exactement ce qu’un tsundere dirait… *Lalala* »

Elle détourna son regard vers le plafond, ce qui lui donnait un air taquin. Yumeki ne répondit que par une sorte de soupir de défaite. Après quelques secondes, néanmoins, elle reprit la conversation :

« En tout cas, je suis contente. Tu verras, on va bien s’amuser…

– C’est un jeu ou une question de vie ou de mort, toute cette histoire ? À t’entendre, ça ne te fait pas tellement peur.

– Ah ! Euh… Oui, en effet ! Tu préférerais que je joue les princesses en détresse et que je me mette à pleurer ?

– Je n’ai jamais dit ça !

– Bah, je n’ai pas peur car je sais que tu vas me protéger… et j’avoue que toute cette histoire me paraît amusante, on dirait un anime.

– J’étais sûr que tu pensais ça ! Tout dans la vie est une sorte de jeu pour toi ? »

Elle sembla réfléchir à nouveau. Soudain, comme si la vérité lui avait sauté aux yeux, elle répondit sur un ton très enjoué :

« Oui ! Je pense que la vie est mieux comme ça, il faut pas trop se prendre au sérieux et il faut voir le romanesque et l’imaginaire partout. J’ai tort de penser comme ça ? »

Il avait la confirmation de ce qu’il pensait.

Cette fille est folle, elle ne fait pas la différence entre jeu et réalité. Je ferais mieux de refuser…, pensa-t-il tout en la regardant.

Elle continuait de lui sourire d’une façon tout ce qu’il y a de plus adorable.

Néanmoins, elle est gentille, elle ne ferait de mal à personne. Je ne peux pas la laisser dans ce pétrin toute seule.

« Je ne sais pas vraiment… La philosophie et les autres trucs du genre, c’est pas mon fort, en fait. Bref, qu’est-ce qu’il faut savoir encore pour t’aider ? »

Elle joignit les mains sous son menton, tout en émettant quelques *hihi* amusés.

« Bah, je peux te dire qu’ils essayent de priver les otaku de ce qui les intéresse. La semaine dernière, ils ont provoqué un problème de livraison avec un camion qui transportait les nouveaux light novels de la série de Seirei Utsukushi Sekai… Il s’agissait du tome 6, celui dans lequel Sanami doit affronter le grand dragon bleu, Orukurisu, et dans lequel Sera doit se rendre sur les terres de la sombre féerie…

– Mmm, mais encore ? Je te signale que je connais pas cette série.

– Ah, oui ! Faudra sûrement que tu commences à les lire, c’est super ! En plus, il y a plein de filles mignonnes et de passages ecchi… »

Ce dernier mot interloqua Yumeki. Sorti de la bouche d’une fille, il était étrange, voire inapproprié. Mais il n’osa pas l’interrompre de peur de développer ce sujet gênant.

« Du coup, les sorties qui devaient avoir lieu le samedi à l’Animaid ont été retardées et les fans étaient déçus. D’autant que normalement, l’auteur et l’illustrateur devaient venir pour une séance de dédicaces et un talk show. Pour s’excuser, l’Animaid a dû offrir des pochettes et des protège-cartes de la série… »

Elle marqua une pause pour boire un peu de thé. Son verre étant vide, elle fit signe au serveur qui vint immédiatement le remplir. Yumeki profita de cette pause pour réfléchir un peu à ce qu’elle venait de lui dire, car il n’en saisissait pas toute l’étendue.

Aussi, il demanda :

« C’est si grave que ça ? Les fans ont quand même pu l’acheter, non ? C’est surtout une perte pour le magasin dans l’histoire.

– Pas seulement ! Ce genre de déception corrode l’âme des passionnés… tu comprendras lorsque tu auras ta propre collection. D’autant que le pire… le pire… c’est que puisque l’Animaid avait invité l’auteur, il avait également acheté l’exclusivité de distribution en avant-première. Aussi, ce jour-là, le tome 6 n’était dans aucune autre boutique. Je ne parle même pas de la déception pour l’auteur qui pensait rencontrer ses fans…

– Bon, d’accord, je pense que je vois à peu près l’étendue de la chose. Mais pourquoi ont-ils fait ça ?

– Je l’ignore. Par contre, ce que je peux te dire, c’est qu’il y a quelqu’un dans Akiba qui veut arrêter de collectionner, et qu’il va certainement céder sa collection. J’ai entendu dire qu’il avait une quête à donner, c’est l’occasion idéale pour un newbie.

– Hein ? Traduction… ?

– Ah, oui, c’est vrai… où ai-je la tête… ? J’ai entendu dire qu’un otaku d’Akiba veut donner sa collection à qui lui rendra service, un genre de quête, en gros. Je pense que c’est une bonne occasion pour toi de commencer une collection et, en plus, il se peut qu’en tant que vétéran, il ait accès à des informations qu’on ignore. »

Yumeki hocha plusieurs fois légèrement la tête. Il n’était pas vraiment convaincu de faire le bon choix, mais, à présent, il était prêt à en prendre le risque.

« On doit y aller quand, chez ce… type ?

– On peut y aller maintenant, si tu veux… Après tout, la journée ne fait que commencer ! Yeahhh ! »

Elle cria ce dernier mot en levant son poing en l’air.

Yumeki suivit le mouvement, il leva à son tour le poing sans la moindre motivation et lâcha également un *yeah* d’un ton monocorde.

Suite à quoi, il prit l’addition sur la table et s’en alla la payer.

À son retour, Linka l’attendait debout à côté de la table. Elle le remercia en s’inclinant, puis tous les deux sortirent du restaurant.

Une fois dehors, Linka prit la parole et dit :

« Nouveau titre acquis : Apprenti chevalier de la Collection. »

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