Tome 1 – Chapitre 7

Linka s’était approchée de lui, et un peu penchée en avant, elle faisait de grands gestes de sa main devant ses yeux :

« Eh oh ! Tu m’entends ? »

Yumeki secoua la tête pour se débarrasser de ses interrogations et répondit :

« Bien sûr que je t’entends. Tu es capable de faire un tel truc ? C’est tout simplement… incroyable ! »

Linka se redressa et mit ses poings sur les hanches dans une pose qui se voulait faussement hautaine, car rien en elle ne dégageait de la suffisance.

Le jeune homme ayant un peu de mal à croire à un rétablissement aussi rapide, et curieux d’en voir les effets, se pencha en avant pour mieux voir la blessure qui s’était trouvée au niveau du ventre de la jeune femme.

Bien entendu, son pouvoir de régénération n’avait reconstruit que ses propres tissus organiques, pas ses vêtements. De fait, ces derniers présentaient deux larges déchirures, une à l’avant et l’autre à l’arrière. Il va sans dire que sa robe était tâchée et imbibée de sang.

À travers ces entailles, on pouvait voir son ventre plat à la peau blanche et douce comme un mochi, une peau qui n’avait rien à envier à la soie tant elle paraissait parfaitement lisse ; son nombril avait une forme creusée et était plutôt petit, ce qui ne faisait qu’augmenter son charme.

« Héééé ! »

Linka fit un pas en arrière et couvrit de ses deux mains le trou avant de son vêtement.

« Arrête de regarder, c’est gênant ! »

Yumeki se redressa. Malgré la réaction plutôt rapide de la jeune femme, il avait eu le temps de voir qu’elle n’avait plus aucune trace de blessure, il n’y avait pas même de trace de sang à l’endroit de la blessure.

« OK, OK, j’ai vu ce que je voulais voir… Cela dit, je vois pas en quoi c’est gênant, je t’ai déjà… »

À cet instant, il arrêta sa phrase. Il réalisa que même si Linka avait bon caractère, il valait mieux ne pas évoquer l’épisode précédent. Mais malgré sa retenue de dernière minute, il en avait trop dit : il vit les yeux de Linka s’écarquiller subitement, comme si elle venait d’être frappée d’une grande surprise, puis l’instant d’après, elle devint toute rouge.

Immédiatement, elle couvrit son visage de ses deux mains, dévoilant à nouveau son ventre par le biais de la large entaille.

« C’est vrai, mais… ça reste gênant… »

Yumeki comprit qu’il ne restait qu’une chose à faire pour l’apaiser.

« Je suis sincèrement et profondément désolé pour tout à l’heure, c’était un accident. »

Il se courba à 90 degrés, pour exprimer ses plus profondes excuses. Il ne voyait pas comment il aurait pu faire mieux sans avoir à se mettre à genoux.

« Ça va… Ça va… relève-toi ! C’est bon, c’est toi, donc ça va… »

Tout en se redressant, Yumeki posa une question issue d’une soudaine interrogation :

« Tu veux dire quoi par là ?

– Eh bien, que toi… ça va… tu n’es pas un pervers, donc ça va… » dit-elle en le regardant timidement entre ses doigts. Elle était incroyablement mignonne en cet instant précis, elle affichait une faiblesse teintée de candeur et de délicatesse.

« Mais arrête de regarder mon ventre quand même… »

Elle enleva les mains de son visage qui était encore un peu rouge.

Yumeki hocha la tête et reprit :

« Euh, tu devrais trouver autre chose à porter car s’il y a un tel trou à l’avant, je suppose que derrière… »

Elle gonfla les joues comme si elle était irritée, mais cela ne lui donnait pas du tout un air effrayant, elle avait l’air d’un petit animal en colère ou d’une enfant agacée.

« En fait, je me suis trompée, tu es un pervers… »

Il sourit bêtement et se tourna.

« Il n’y a pas de vêtements par ici… Ils sont devenus quoi les miens ?

– C’est la domestique qui les a pris, elle les a amenés au lavage, probablement. Tiens, prends ma veste. Elle est à ma taille, alors elle est sûrement trop grande pour toi. Ça devrait couvrir tes… enfin, tu vois… »

À ce moment-là, en enlevant sa veste, il entendit un *Grrr* qui avait tout l’air d’un ronronnement de chaton.

– Il n’y a pas à dire, cette fille est mignonne dans toutes ses attitudes.

« Bon, j’accepte, mais tu attends pour te retourner… Déjà que tu m’as vue nue…

– Encore une fois, je suis désolé. »

Il prit la veste qu’il portait d’une main et la tendit derrière lui :

« C’est bon, n’en parlons plus. C’est pas si grave au fond, c’est juste gênant. Tiens, j’ai une idée ! Tu auras pour gage de jouer avec moi aux jeux vidéo la prochaine fois, OK ? »

Yumeki rit intérieurement. C’était un gage qui lui ressemblait, ce n’était pas si cher payé au fond.
Il acquiesça et dit :

« D’accord, ça me va. Je prendrai mes responsabilités, comme on dit… »

*Hihi*, il entendit Linka rire derrière lui :

« C’est pas vraiment la même chose, mais on va dire que ça ira. C’est bon !»

En se retournant, il vit un spectacle assez amusant et inhabituel : une fille portant une robe ancienne tâchée de sang cachée sous une veste pour homme d’un style moderne, trop grande pour elle. C’était assez particulier, mais avec Linka comme modèle, on ne pouvait dire que c’était désagréable pour les yeux.

« Taadaa ! » s’exclama-t-elle en faisant un tour sur elle-même comme pour lui montrer qu’on ne voyait plus rien à présent.

« Occupons-nous des autres maintenant, dit-elle en jetant un regard rapide au cadavre de la domestique du maire. Je vais utiliser l’Œil de Vérité, celui qui permet de rassembler tous les fragments du chaos qui englobent le mystère, pour faire la lumière sur cette affaire. »

Yumeki fut étonné par la tournure étonnamment complexe de sa phrase, elle ne lui ressemblait pas. Aussi, il se hasarda à demander :

« Tu racontes encore n’importe quoi… Laisse-moi deviner, c’est une référence à un jeu ou à un manga, c’est ça ? »

Linka inclina légèrement la tête, sourit et, de ses doigts grand ouverts, elle forma un V de victoire qu’elle plaça horizontalement devant son œil.

« Ouais, c’est un anime et un manga… et un LN aussi à la base. L’héroïne est trop intelligente, elle parvient à résoudre toutes les enquêtes qui lui sont posées, malgré sa petite taille et son corps délicat. »

Yumeki se demanda s’il n’avait pas déjà entendu cette mystérieuse abréviation.

« Un LN ? C’est quoi ?

– Un light novel… Un roman en gros. Je te montrerai ça plus tard.

– Mmmm, je crois que j’en ai déjà vu quand j’étais au lycée… mais j’aime pas tellement lire… en fait… »

Changeant de pose, elle mit son index sur sa joue et répondit :

« Ça viendra peut-être… C’est amusant les LN. »

À ce moment-là, interrompant leur discussion, des projectiles passèrent au travers des vitres brisées des fenêtres et projetèrent de la lumière à l’intérieur de la pièce : c’était des torches ainsi quelques pierres.

Par chance, aucune ne les frappa directement, mais puisque l’intérieur était plein de tapis, de tentures et d’autres textiles, les lieux commencèrent rapidement à prendre feu.

Yumeki et Linka, après la première salve de projectiles inattendue, s’étaient promptement baissés.

« Le moment de vérité ! »

Sur ces mots, Linka regarda Yumeki. Ses yeux étaient devenus violet luisant, comme la fois précédente. Elle se releva rapidement, se positionna au niveau de la fenêtre et regarda dehors.

Après seulement quelques secondes, elle se rebaissa et dit à Yumeki :

« Ce sont presque tous des créatures abyssales, ce ne sont pas des humains. Ils voulaient nous piéger dans cette maison, mais je ne sais pas encore pourquoi. Le seul qui n’est pas un abyssal, c’est le vieux avec de beaux vêtements, il est humain. C’est lui qui nous a volé le colis et c’est lui que nous devons attraper. »

Elle marqua une pause et se mit debout à côté de la fenêtre. Yumeki, pour sa part, était au centre de la pièce. Il n’était pas visible depuis l’extérieur, mais par prudence, il s’était quand même accroupi.

« Tu peux encore te battre ? Tu n’es pas trop épuisé ? »

À la réflexion faite, il ne se sentait pas si fatigué que cela, ce qui était étonnant puisqu’il avait employé l’une de ses plus puissantes techniques. Il n’en comprenait pas la raison, mais l’heure n’était pas vraiment à l’introspection, les flammes commençaient à se propager dans la demeure, il devait agir vite.

Il secoua la tête en guise de négation.

« Est-ce que tu penses pouvoir utiliser la magie de Vari pour ralentir notre chute ? Je sais que c’est un sort qui n’existe pas dans le jeu, mais je pense que tu peux y arriver… »

Elle accompagna sa demande d’une pose qui consistait à poser le doigt de sa main droite sur sa tempe, et à se servir de son autre main pour appuyer son coude. Ses yeux semblèrent chercher quelque chose au plafond, puis finalement ils se reportèrent sur Yumeki.

Le jeune homme n’en savait rien, il n’avait jamais essayé. Il la regarda d’un air interrogateur, jusqu’à ce qu’elle finisse par reprendre la parole :

« Bah, pas grave, on verra ça plus tard. Pour le moment, je te propose que tu fasses le ménage, lance en plein centre de la foule un Varikuro, ça devrait les disperser. Ensuite, bah… tu verras… »

Elle dit cela en lui lançant un sourire radieux, mais mystérieux, comme si elle préparait quelque chose dont elle ne voulait pas lui parler.

La chaleur montait de plus en plus, les flammes n’étaient pas une illusion. Yumeki sentait bien que le bois du plancher commençait à prendre feu.

Aussi, il se rapprocha d’elle en marchant en position accroupie et se positionna de l’autre côté de la fenêtre. Des gouttes de sueur perlaient le long de son visage.

Il jeta un rapide coup d’œil à l’extérieur afin de s’enquérir de la position de ses ennemis.

« Je ne sais pas si je peux, ils sont humains en apparence…

– Je vois, je vois… Tu as des scrupules à cause de leur apparence, c’est ça ? »

Il hocha la tête. Il n’avait pas eu de mal à utiliser ses pouvoirs contre des monstres qui tentaient d’enlever une jeune fille, ce qu’il voyait là était simplement une foule en colère, une foule humaine. Il avait beau croire les paroles de Linka, il sentait que ce serait difficile d’aller contre sa nature pacifique.

« Attends, je vais tenter de te montrer leurs vrais visages. Tu me couvres ? »

Il ne comprenait pas exactement la question ; d’ailleurs il n’eut pas vraiment le temps d’y réfléchir, puisque Linka se baissa et, passant sous la fenêtre à quatre pattes, le rejoignit de l’autre côté de celle-ci.

« Bouge pas, laisse-toi faire… »

Les yeux de Linka redevinrent violet luisant. Yumeki, maintenant qu’il les voyait de plus près, les trouva finalement plus effrayants que séduisants, ils évoquaient involontairement les monstres et démons des contes pour enfants.

Elle se positionna derrière lui, et mit ses mains sur les yeux de Yumeki. Pendant un bref instant il ne vit plus rien, et sentit seulement la douceur et la moiteur de ces petites mains délicates de femme, puis soudain, il sentit une sensation de froid au niveau de ses paupières, comme si on y avait introduit de l’eau glacée.

C’était très désagréable, tellement désagréable que c’en devenait douloureux ; Yumeki lâcha involontairement un cri qui n’était pas particulièrement viril.

« C’est bon, ouvre les yeux ! Je suis désolée, je sais que ça fait mal, c’est pour ça que je voulais pas utiliser le transfert. »

En ouvrant les yeux, il vit le monde différemment, les couleurs avaient l’air plus vives, il n’y avait plus de zones d’obscurité dans sa vue et, ce qui l’étonna le plus, c’est qu’il voyait le spectre complet de certaines sources de lumière : les flammes par exemple projetaient des sortes de rayons arc-en-ciel tout autour d’elles, de même pour les étoiles dans le ciel.

C’était comme s’il voyait le monde au travers d’un filtre arc-en-ciel, les choses autour de lui étaient colorées d’une intensité qu’il n’avait jamais vue auparavant.

Et au milieu de tout cela, il put effectivement confirmer les dires de Linka : il voyait non plus une foule d’êtres humains, mais une foule de ces créatures visqueuses qui avaient tenté d’enlever Amélie précédemment. Seule exception, le maire avait exactement l’apparence du type qui les avait embarqués en ce lieu.

Alors qu’il retournait à sa position initiale à côté de la fenêtre et qu’il allait porter son regard sur Linka afin de lui parler, *Paf Paf*, elle claqua des mains et le pouvoir de vision s’estompa d’un coup.

« Alors, tu les as vus ? »

Il hocha la tête et demanda :

« Tu vois ça à chaque fois que tu utilises ce pouvoir ? Enfin… je veux dire… tu vois les arc-en-ciel et tout ça à chaque fois ? »

Linka lui sourit chaleureusement et acquiesça :

« Pourquoi ? C’est bizarre, pas vrai ? Mais, c’est pratique. »

Il fallait bien le reconnaître, il n’aurait pas supporté ce pouvoir quelques minutes. Ce genre de vision était parfaitement perturbante et remettait totalement en cause les habitudes des sens humains, elle n’est pas soutenable sur le long terme à moins de perdre la raison.

Néanmoins, il s’étonna de ne pas avoir perçu leurs pensées, contrairement à ce qu’elle avait affirmé précédemment :

« Et les pensées ? Je n’ai rien vu…

– Ah, oui ! C’est normal, répondit la jeune femme, je ne t’ai transféré que l’omnivision. Ça aurait été encore plus douloureux et difficile pour toi si je t’avais donné la totalité du pouvoir. Les transferts, c’est bien, mais c’est dangereux. Les pouvoirs choisissent leurs utilisateurs, ils ne sont pas faits pour être échangés comme des cartes à jouer… »

Elle avait donné une explication particulièrement simple, mais claire. Yumeki en resta un peu interdit ; elle avait de rares moments de sérieux, mais à chaque fois ils étaient étonnants.

« Juste par curiosité, tu les perçois comment leurs pensées ? Comme dans certains anime, tu entends leurs voix dans ta tête ? Ça doit être perturbant, non ? »

Ces interrogations lui étaient venues spontanément, et après coup il les estima déplacées et stupides. Y avait-il vraiment une autre manière de percevoir leurs pensées ?

En réalité, s’il s’était intéressé aux détails du pouvoir, c’était surtout parce que tel un enfant, il avait été excité par la découverte de ce nouveau monde, par ce qu’il avait vu, et son cerveau croulait à présent sous une flopée d’interrogations.

La réponse ne se fit pas attendre :

« En fait, je vois des bulles autour d’eux. C’est moins pratique, puisqu’il faut constamment lire, mais je suis contente que le pouvoir se manifeste comme ça…

– Ça t’évite de devenir folle ?

– Non, ça me rappelle les mangas ! »

Elle mit une main devant la bouche et rit discrètement.

Probablement à cause du stress de la situation, son rire devint contagieux, et Yumeki se mit également à rire ; cette réponse était tellement prévisible, pourquoi donc avait-il posé la question ?

Leur état d’hilarité dura quelques secondes, mais fut interrompu par un craquement violent au-dessus de leurs têtes : les flammes avaient atteint les poutres du plafond et ces dernières venaient de gémir de douleur.

« C’est parti ! »

Ramené brutalement à la réalité, Yumeki leva sa main devant lui et se concentra.

« Eh ! l’incantation ! Oublie pas l’incantation, ça n’aurait aucun sens autrement… »

– Est-ce réellement le moment pour ça ? Bon, tant pis, je suis plus à ça près…

Il se racla la gorge et commença à réciter l’incantation, de la même façon qu’il l’avait révisée en compagnie de Linka :

« Par la force des tempêtes… qui soufflent à travers les dimensions…

– Mondes…, chuchota Linka pour corriger son erreur.

– … qui soufflent à travers les mondes… exprime ta fureur. VARIKURO ! »

À ce moment-là, les flots aériens semblèrent se rassembler pour former une sphère dans sa main et, sans perdre de temps, Yumeki se positionna devant la fenêtre brisée et la projeta à l’extérieur.

La sphère avança à vive allure en tournant sur elle-même, un peu à la manière d’un mini-ouragan. Une fois qu’elle atteignit le sol, elle explosa en projetant des vents aux couleurs verdâtres dans toutes les directions. Toutes les personnes se trouvant à quelques mètres de l’explosion furent tailladées par ces lames aériennes, et furent projetées au sol.

Des membres et des giclées de sang noir volèrent partout, formant un motif complexe au sol qui pouvait faire penser à quelque peinture d’art moderne. Au demeurant, ce liquide noirâtre faisait plus penser à de l’encre ou à du goudron qu’à du sang.

Un silence s’imposa quelques secondes, avant que les survivants ne soient pris de panique, une réaction inattendue de la part de monstres ; une réaction étonnamment humaine.

Yumeki avait fait en sorte d’exclure le maire de la zone d’effet du sortilège. Il le vit d’ailleurs tenter de ramener le calme dans sa foule :

« Revenez ! Si nous unissons nos forces, nous pourrons en venir à bout ! »

La violence de cette attaque, qui avait succédé aux cris d’agonie de la monstrueuse Amélie, venait de faire définitivement tomber le moral des « soldats » : c’était la débandade.

D’ailleurs, la panique était telle que l’illusion de leur apparence commença à tomber, quelques-uns reprenaient leurs véritables visages, ceux de créatures monstrueuses à mi-chemin entre des hommes et des poissons.

« Revenez, bande d’incapables ! Si vous ne le faites pas, je vais utiliser les invocations ! »

Ces mots résonnèrent sur la place du village, accompagnés du raffut produit par la fuite des monstres, ainsi que par les craquements de l’édifice en flamme.

Une voix féminine s’éleva, s’adressant à Yumeki :

« Bon, il ne reste plus qu’une chose à faire… J’ai confiance en toi ! »

Jusqu’alors il s’était concentré sur ce qui se passait à l’extérieur, il n’avait pas fait attention à ce que faisait Linka, mais lorsqu’il entendit ces mots, il se rendit compte qu’elle avait ouvert la fenêtre. Il crut alors deviner ses intentions…

… mais il était trop tard : il sentit les bras de Linka l’encercler et d’un seul coup, celle-ci bascula par-dessus le rebord de ce qu’il en restait en l’entraînant dans sa chute.

« Hyaaaaaaa !!!! »

Alors qu’il criait en tombant, il ferma les yeux et ressentit — plus qu’il ne comprit vraiment — pourquoi elle avait agi de la sorte : en quelques fractions de secondes, son corps entier fut entouré par des courants d’air qui ralentirent sa chute.

Ils arrivèrent au sol tranquillement, au milieu de nuages de poussières soulevées par sa magie ; en effet, sous l’effet de la contrainte et de la pression, il avait inconsciemment utilisé un nouveau sortilège qui leur avait permis d’atterrir sans encombre.

Ce fut si instinctif que même lui ne savait pas s’il pourrait reproduire un tel effet ultérieurement.

« Je t’avais dit que tu y arriverais. »

Linka prononça ces mots comme pour le ramener à la réalité, en souriant innocemment, comme si le fait qu’elle venait de les faire sauter par la fenêtre tous les deux n’était qu’un rêve.

Pour sa part, Yumeki avait mis sa main sur sa poitrine. Son cœur battait encore la chamade et sa respiration était particulièrement rapide.

« Bon, par contre, il faudrait peut-être qu’on le suive, non ? »

Toujours innocemment, Linka pointa du doigt le maire qui était en train de prendre la fuite. Yumeki lui lança un regard à la fois ahuri et énervé, puis il se ressaisit.

« Tu étais obligée de faire ça ? Nous faire tomber de la fenêtre ?! »

Elle lui fit face, mais continua de pointer du doigt l’endroit par lequel était parti le maire.

« Euh… c’était le plus rapide. Si j’avais perdu du temps en explications, il aurait pu s’enfuir… En fait, comme il est en train de le faire là…

– Et tu aurais fait quoi si ça n’avait pas marché ? demanda Yumeki avec une pointe de colère perceptible dans sa voix.

– Eh bien, j’y avais pas spécialement réfléchi, mais vu la hauteur, au pire, on aurait été gravement blessés… Mais j’avais aucun doute sur le fait que tu y arrives, tu es l’Élu !

– Encore cette histoire d’Élu… Tu m’avais dit que c’était n’importe quoi, que tu l’avais inventée ! »

Elle leva la tête au ciel, puis elle la tourna dans la direction qu’elle continuait de pointer. Enfin, elle finit par prendre une expression un peu embarrassée.

« Allez, m’en veux pas, je suis désolée de t’avoir fait peur. Par contre, on devrait y aller si on veut rentrer chez nous un jour… Tiens, pour me faire excuser. »

Sur ces mots, elle posa un petit baiser sur un de ces index et le porta immédiatement sur les lèvres de Yumeki. La rougeur monta en un bref instant aux joues de ce dernier alors que ses yeux s’ouvraient en grand. Il allait rétorquer lorsqu’il sentit la main de Linka qui saisissait la sienne afin de l’entraîner avec elle à la poursuite du maire.

Ils se mirent alors tous deux à courir :

« Tu es… Tu es… Tu es vraiment pas possible comme fille ! Ça te dérange pas de faire… ce genre de trucs ? » demanda Yumeki en courant, après avoir lâché la main de la jeune femme.

« Quels trucs ? J’ai fait quelque chose de mal ? »

Il secoua la tête face à cette réponse. Elle collait tellement à son personnage, n’avait-elle vraiment aucune idée de ce dont il voulait parler ou alors était-elle une fois de plus en train de jouer la comédie et de lui cacher des choses ?

« Laisse tomber… Pas grave.

– Tu es si adorable quand tu es gêné ! Hihi ! »

– Elle le fait donc exprès, pensa Yumeki.

« Tais-toi, idiote… »

Il n’y avait aucune conviction dans ces mots, sa voix ne s’était même pas vraiment élevée, c’était bien plus une sorte de reproche amical qui n’avait pas vocation à être insultant.

D’ailleurs, c’est ainsi que l’entendit la jeune femme, qui continuait de rire en courant.

Quelques minutes plus tard, toujours à la poursuite d’une silhouette qui avait une certaine avance, ils finirent par arriver devant une petite maisonnette, probablement une remise.

Ils ne prirent pas le temps d’analyser les lieux puisqu’ils virent rapidement une intense lumière sortir par les fenêtres.

Ils se regardèrent tous les deux et se dirigèrent prestement vers la porte que l’homme avait refermée derrière lui. Puisqu’il s’agissait d’une mince porte en bois, Yumeki n’eut aucun mal à la défoncer d’un coup d’épaule.

C’est là qu’ils découvrirent une Faille en train de se refermer au fond de cette remise contenant bois et outils.

Cette fois, sans hésiter, c’est Yumeki qui saisit la main de Linka et qui l’entraîna en courant à travers celle-ci.

***

Les premières sensations qu’ils éprouvèrent tous deux après ce changement de dimension, étaient l’humidité et le froid. Il pleuvait abondamment autour d’eux. Il faisait nuit, mais pas une nuit relativement claire comme celle du plan abyssal, mais une nuit sombre déchirée par les éclairages artificiels créés par les êtres humains.

Ils étaient de nouveau à Akiba, entourés par de grands bâtiments de verre, d’acier et de béton. Pour être plus précis, ils étaient actuellement sur la Chuo-Dori, à côté du plus haut bâtiment de cette avenue, la salle d’exposition Sublime Palace.

À cause de l’impression de chute au passage de la Faille, Yumeki avait essayé de se rattraper et était tombé à genoux. Derrière lui — ou plutôt sur son dos — s’était écroulée Linka ; puisqu’elle avait été emportée par la course de Yumeki, elle était tombée en avant et s’était étalée à moitié sur le dos du jeune homme.

Une arrivée plutôt brutale, en somme.

Devant eux, une forme humaine se retourna lentement, c’était le salaryman qui avait dérobé le sac à Linka, celui qui les avait emportés dans l’autre dimension.

Les jeux d’ombre et de lumière donnaient à cet homme une allure particulièrement malfaisante, il transpirait la haine et le sadisme. Mais il était possible que cette vision qu’avait Yumeki était influencée par le souvenir de l’avoir vu sourire après avoir giflé Linka, avant de traverser la Faille.

Ce souvenir anima une certaine colère à l’intérieur du jeune homme : qu’on frappe une femme, c’était quelque chose qu’il ne tolérait pas, il fallait corriger ce malotru.

D’ailleurs, il lui semblait bien que c’était le moment de régler leurs comptes, celui du combat. C’était sûrement la raison pour laquelle il se tenait devant eux au lieu de fuir.

Yumeki lui jeta un regard froid et déterminé, comme pour lui signifier qu’il acceptait son défi, puis il se retourna tant bien que mal pour vérifier l’état de la jeune femme :

« Tu vas bien, Linka ?

– Oui, ça va. » répondit-elle d’une voix hésitante.

Puis, elle s’appuya doucement sur le dos de Yumeki afin d’exercer une force suffisante pour lui permettre de se relever.

Yumeki se redressa à son tour et fit face au sombre et inquiétant salaryman.

Ils avaient beau être distants de quelques vingt mètres l’un de l’autre, leurs regards arrivaient quand même à se croiser et à s’affronter.

Il va sans dire que, puisque la scène se déroulait en pleine nuit, la rue était vide.

Alors qu’il se demandait ce qu’il allait dire à son ennemi, c’est ce dernier qui prit la parole en avançant d’un pas.

« Quel est ton nom, jeune homme ? J’aimerais connaître le nom de celui qui a perturbé mes plans. »

Yumeki entra parfaitement dans son jeu : sans le quitter du regard, il avança aussi d’un pas et répondit :

« Motomachi Yumeki. Et toi ?

– Nakamura Kenzo. Pourquoi te mêles-tu de cette affaire ? Elle ne te concerne pas. »

Il avança encore d’un pas en répondant.

« J’en ai reçu la demande de quelqu’un qui me paraît bien plus correct que toi… En fait, si tu n’avais pas fait usage de la violence contre Linka, j’aurais peut-être déjà lâché l’affaire. Mais je ne laisserai pas un sadique s’attaquant à des femmes faire ce qu’il veut… »

Intérieurement, il ressentit une fierté personnelle. Il devait avoir eu l’air plutôt cool à ce moment-là, il était devenu le défenseur de la veuve et de l’orphelin. D’ailleurs, il se demanda ce qui l’avait motivé à un tel excès de courage.

« Hahahahaa ! Un idiot avec des raisons idiotes ! Je pensais que tu avais au moins un intérêt pour le contenu du sac… Hahahaha !! »

Le salaryman n’avança pas, il se contenta de rire sur place, rire au point d’en avoir les larmes.

Yumeki sentit la colère monter en lui. Il y avait deux raisons à cela : la première, c’était qu’on se moquait ouvertement de lui et de ses idéaux ; la seconde, c’était qu’on se moquait manifestement de Linka.

Il serra vivement les poings alors que son regard s’endurcissait.

« J’ai deux questions moi aussi. Premièrement, pourquoi t’être associé à ces aliens ? Deuxièmement, pourquoi cette mise en scène inutile dans l’autre monde ? »

Nakamura se frotta les yeux pour sécher les larmes de son fou rire, puis il s’arma d’un regard sadique et condescendant.

« Tu crois réellement que je peux accepter sagement que ma bien-aimée se marie avec un gros porc d’otaku ? Tu crois que je peux simplement la laisser partir avec quelqu’un de son espèce ? Si encore, ça avait été quelqu’un d’autre, à la limite, mais lui… »

Il parlait de Kazuo, c’était certain. C’était donc une bête querelle amoureuse, le plus ancien et récurrent des motifs criminels du monde. Yumeki soupira, dépité par ce constat, comme s’il avait été particulièrement déçu.

Mais, Nakamura n’y prêta pas attention, et poursuivit :

« Personnellement, je me fiche du contenu de ce sac, mais mon allié m’a promis de se débarrasser de l’autre gros porc si je l’aidais à le récupérer. Quant à la mise en scène, j’avoue que je n’ai pas eu le choix. »

Il marqua une pause au cours de laquelle il regarda autour de lui.

« Dans l’autre dimension, j’avais quelques difficultés à invoquer autre chose que ces créatures inutiles que tu as tuées par dizaines… »

À cet instant, une voix féminine se manifesta derrière Yumeki, celle de Linka, coupant la parole à Nakamura :

« En temps normal, les invocateurs créent des connexions avec d’autres dimensions. S’ils se trouvent eux-mêmes dans une autre dimension, ils ne peuvent pas accéder au panel complet de leurs possibilités. Pour faire simple, il pouvait dominer les créatures qui s’y trouvaient, mais ne pouvait pas invoquer celles des plans les plus éloignés, selon la position dimensionnelle où on se trouvait. »

Après une très brève pause, Nakamura reprit d’une voix un peu plus grave :

« Comme l’a si bien dit la pimbêche. Je voulais gagner du temps, le temps que mon allié m’ouvre la porte pour revenir.

– En résumé, dit Yumeki d’un air condescendant, tu n’étais même pas capable de rentrer chez toi ? Et tu t’y es rendu quand même ? C’est ridicule…

– Tais-toi, insolent ! C’était le plan ! Il fallait que je récupère le sac, passe la Faille et que j’attende qu’on m’ouvre le chemin du retour ! J’ai pas décidé du plan, moi. Par contre, mon allié a rencontré un petit empêchement et il a fallu rester un peu plus longtemps de l’autre côté.

– Et tu as donc demandé à ces créatures de changer de forme pour jouer cette comédie le temps qu’il le fasse. Tout s’explique. Par contre, pourquoi ne pas avoir tué Linka alors que j’étais à la falaise ? »

Nakamura se mit à nouveau à rire, un rire presque forcé cette fois.

« Tu crois vraiment que je m’intéresse aux filles à moitié mortes ? Si ça avait été toi dans cette situation… »

Yumeki entendit venir de derrière lui une sorte de ronchonnement, c’était Linka qui s’était probablement sentie vexée par la réflexion, ce qui était au final très compréhensible.

Le jeune homme reprit la parole d’un air calme :

« Bon, arrêtons de jouer. C’est échec et mat pour toi, je ne te laisserai pas le temps d’invoquer quoi que ce soit, et vu notre distance… »

Nakamura se mit à rire à nouveau, puis :

« Tu veux dire qu’il est trop tard pour toi ? »

Sur ces mots, sans prononcer la moindre invocation, une énergie violacée particulièrement inquiétante se rassembla autour de lui, alors qu’on put voir le sac qui contenait le précieux colis tomber au sol.

De son côté, Yumeki mit ses menaces à exécution, et sa lame de lumière se manifesta dans sa main droite.

Mais alors qu’il allait charger pour porter une attaque, il sentit la main fragile de Linka lui saisir le poignet :

« C’est inutile, tu ne perceras pas l’énergie abyssale qui l’entoure… pas tout de suite. »

À la fin de sa phrase, il était déjà trop tard. L’énergie entra dans le corps de Nakamura et le métamorphosa en une créature cauchemardesque : sa taille atteignait à présent les 3 mètres, son corps était encore bipède, mais il n’avait plus rien d’humain.

En fait, sa silhouette rappelait celle d’un gorille, il était musclé et légèrement courbé. Des plaques de chitine noire recouvraient une partie de son corps, lui formant une armure ; des pointes menaçantes l’ornaient de-ci de-là. Il avait à présent quatre bras, tous armés de griffes acérées, ainsi qu’une seconde bouche avec des dents monstrueuses au niveau de son ventre. Deux sortes de gros yeux rouges aux iris jaunes se trouvaient sur ses épaules, alors que ses propres yeux étaient devenus totalement jaunes. Son visage s’était allongé un peu comme celui d’un loup et des os pointus et longiformes ressortaient à plusieurs endroits.

C’est avec une voix inhumaine, rauque et caverneuse, qu’il hurla :

« ALORS ? TOUJOURS AUSSI CONFIANT ? »

À dire vrai, Yumeki ne l’était plus du tout, mais il sentait encore la main douce et chaude de Linka contre son poignet, et cela lui redonnait un peu courage.

Il expira calmement et se retourna :

« Éloigne-toi, je m’en occupe. »

Le visage de la jeune femme sembla s’illuminer alors qu’elle lui jetait un sourire franc et amical, avant de s’éloigner de quelques mètres.

C’est à ce moment-là que la créature bondit, à une hauteur de quelques sept-huit mètres, et retomba en portant un coup de poing à Yumeki.

Le jeune homme eut le temps de voir venir l’attaque et l’esquiva largement. Il en profita d’ailleurs pour porter une attaque avec sa lame, qui entailla efficacement les chairs du monstre.

Mais, malgré un cri de douleur, ce dernier parvint à porter un coup du revers de son poing à Yumeki et le fit littéralement voler en arrière.

Ayant réussi à interposer sa lame, il ne fut que sonné quelques fractions de secondes, mais lorsqu’il reprit ses esprits, il vit la créature lui foncer dessus à vive allure.

Ils échangèrent quelques séries de coups, où l’avantage parut clairement être à la créature : même si elle était lente et si ses attaques n’atteignaient que rarement le jeune homme, elle était terriblement puissante et, surtout, ses blessures se refermaient à vue d’œil.

D’ailleurs, ce dernier s’épuisait rapidement ; bien que son arme n’avait aucun poids, elle était trop exigeante en quantité d’énergie de la Collection.

Aussi, l’inévitable arriva : sous l’effet de la fatigue, il ne parvint pas à esquiver une attaque qui le projeta, cette fois, le long de la Chuo-Dori, jusqu’à l’entrée d’un magasin.

Le monstre, probablement pour jouir du sentiment de supériorité qui découlait de cette attaque réussie, s’arrêta un instant.

Cette pause laissa le temps à Yumeki de reprendre ses esprits. Cette fois, c’était un coup de griffe qui l’avait touché et non un coup de poing ; même s’il avait réussi à bloquer partiellement l’attaque, deux griffes avaient tout de même réussi à atteindre ses épaules alors qu’une autre avait très légèrement entaillé son front. Du sang coulait de ces blessures et obstruait son champ de vision.

La lame disparut soudainement de sa main lorsqu’une fatigue oppressante assaillit son corps. Il se releva tant bien que mal, luttant contre elle, vacillant même une fois debout.

Mais il sentit à nouveau une présence à ses côtés, une présence réconfortante, celle de Linka. Cette dernière l’aida à se relever et alla même jusqu’à éponger le sang sur ses yeux à l’aide de ses manches.

Nakamura, sous sa forme monstrueuse, qui prenait un malin plaisir à regarder la scène, commença à rire d’un rire monstrueux et sadique qui collait parfaitement au monstre qu’il était devenu.

*Scrrr*, Linka déchira un morceau de sa robe et le noua autour de la tête de Yumeki afin de couvrir l’entaille qu’il avait au front.

Puis, elle s’approcha de lui et lui chuchota à l’oreille :

« Je sais que tu es fier et que tu voudrais t’en sortir seul, mais lui aussi fait appel à quelqu’un d’autre.

– Hein ?! Quelqu’un d’autre ?! s’exclama Yumeki, qui profita de cette pause pour récupérer.

– Oui, écoute-moi. Il a ouvert une faille à l’intérieur de son corps pendant que vous parliez et a fusionné avec une créature abyssale de rang noble, un Xyrhandar. Ce n’est pas la pire qui soit, mais elle est suffisamment puissante pour semer la mort et la destruction. »

Elle marqua une brève pause durant laquelle Yumeki se redressa totalement. Il sentait à nouveau ses jambes et son corps, plus exténué que réellement endolori. La projection et la chute avaient certes fait mal, mais son pire ennemi était la fatigue engendrée par l’utilisation de la Lame des Chevaliers Wyverns.

La chaleur du souffle de Linka lui caressant le cou et les oreilles le fit frisonner.

« Dans son état, il ne craint pas tes attaques à cause de la capacité de régénération du monstre, mais elle n’est pas absolue. Si tu lui coupes la tête, il ne pourra pas se guérir. Il mourrait alors en même temps que la créature avec qui il a fusionné… »

Elle marqua à nouveau une brève pause :

« Mais, il existe une autre solution : détruire le Stigma Diaboli, le centre d’énergie générant la fusion. C’est à toi de choisir quoi faire, mais sache que le second choix est un peu plus difficile. »

Yumeki résuma rapidement ce qu’elle venait de lui dire : c’était lui donner le choix entre le tuer ou non.

Bien que Nakamura avait là une apparence maléfique, ce n’était guère qu’un humain ; il n’allait pas le tuer, il ne pouvait pas le faire. S’il avait pris Linka en otage ou s’il avait une bombe capable de tuer plusieurs personnes reliée à son corps, dans un cas extrême, peut-être que Yumeki trouverait la force de commettre ce crime, mais puisqu’on lui laissait le choix…

« Tu me prends pour qui ? Tu crois vraiment que je vais choisir de le tuer ?

– Hihi ! »

D’un mouvement agile et rapide, elle passa derrière lui et posa son bras droit sur son épaule, pointant de son index un endroit précis du corps du monstre, un endroit situé sous la dernière côte à droite du torse.

Puis, sans crier gare, elle lui donna un bisou sur la joue. Le bruit retentit dans cette nuit étonnamment silencieuse, seulement rythmée par le *ploc-ploc* des gouttes de pluie sur l’asphalte.

Elle s’éloigna ensuite de Yumeki en tournant sur elle-même et en disant :

« Je savais que tu répondrais ça, c’est pour ça que je t’aime ! »

Même si elle ne pouvait pas voir le visage de Yumeki qui lui tournait le dos, elle était persuadée qu’il virait au rouge, ses oreilles vues de derrière semblaient également l’indiquer.

Il ne dit mot, et se contenta de soupirer et de faire face à la créature.

« Finissons-en ! Ma prochaine attaque signera ta défaite ! »

Le monstre rit de nouveau d’un rire sardonique, puis il se baissa pour se mettre en position d’attaque, prêt à bondir.

Yumeki n’avait plus le choix, il ne supporterait pas que le combat dure encore plusieurs minutes, il était à bout de force.

Il ferma les yeux et fit abstraction pendant quelques secondes du monde autour de lui. Il se laissa bercer par le bruit de la pluie, par la caresse du vent, et par la douce réminiscence du contact des lèvres de Linka.

L’épée de lumière apparut à nouveau dans sa main droite.

Mais cette fois, il ne s’arrêta pas là : une tâche de noirceur, comme une sorte d’encre noire, apparut également dans sa main gauche et prit la forme d’une épée faite d’ombre.

« Les Doubles Épées des Chevaliers Wyverns ! » s’exclama Linka un peu plus loin.

La créature déplia son corps sans plus attendre et bondit en direction de Yumeki, toutes griffes dehors.

Le jeune homme ouvrit les yeux, expira lentement et arma ses deux lames derrière lui, à la manière d’un Wyrax Daislash.

Au moment où les griffes des quatre bras allaient s’abattre sur lui :

« Wyrax Ultimaslash ! »

Deux rayons partirent des lames jumelles de Yumeki, un rayon de lumière et un rayon de ténèbres, ils se joignirent, s’enroulèrent l’un autour de l’autre pour donner un rayon plus grand, plus puissant et plus dévastateur.

Sur le point d’atteindre le corps du jeune homme, le monstre fut emporté par l’attaque et son corps vola en arrière.

Mais en y regardant de plus près, on pouvait voir que seul le côté droit du corps de la créature avait été touché. Un large sillon y avait totalement désintégré ses chairs et sa chitine.

Le double rayon traversa une bonne partie de la Chuo-Dori sans endommager le moindre objet, puis il disparut aussi soudainement qu’il était apparu.

Les lames de Yumeki firent de même, en se transformant en paillettes lumineuses, qui disparurent complètement peu de temps après.

Le corps de Nakamura tomba au sol et soudainement, il reprit forme humaine.

Aussitôt, apparemment pris de panique, il commença à s’enfuir à quatre pattes en criant, et, après s’être redressé, il prit ses jambes à son cou.

Yumeki regarda avec fierté et consternation la fuite de cet homme qui lui parut misérable ; il avait eu sa revanche.

Il jeta un coup d’œil au sac qui traînait au sol et tomba à genoux.

Il vit Linka courir vers lui et le soutenir en lui prêtant son épaule.

« J’ai réussi ! » s’exclama Yumeki en faisant un V de victoire avec ses doigts, avant de s’écrouler de tout son poids.

La dernière chose qu’il vit avant que ses yeux ne se ferment complétement était l’image floue de quelqu’un — un homme probablement — en train de marcher vers eux dans cette vaste avenue aux imposants bâtiments. Sa silhouette était complètement noire en raison des éclairages qu’il avait derrière lui.

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