Tome 1 – Prologue

Il était samedi, tard dans l’après-midi. Diverses activités avaient retenu Yumeki et il était parti bien plus tard que ce qu’il avait prévu. Du coup, il était déjà 17 heures passées lorsqu’il sortit de la gare par la sortie « Akihabara Electric Town Exit ». C’était la première fois depuis de longues années qu’il se rendait à Akiba. Il avait été conseillé par un collègue de bureau lorsqu’il lui avait parlé de sa volonté d’acheter un nouvel ordinateur.

La journée n’était pas très agréable‚ le temps était pluvieux et, à cette heure de la journée de début d’automne‚ il faisait déjà suffisamment sombre pour justifier l’éclairage des réverbères, sans qu’il ne fasse véritablement nuit. Il ouvrit son parapluie‚ le prit d’une main et, de l’autre, il se saisit de son smartphone pour y consulter le plan des lieux. On lui avait conseillé de se rendre au Sog Smack afin d’y trouver son bonheur‚ il avait donc préalablement mémorisé l’adresse dans son appareil.

Il jeta un œil résigné et un peu désespéré sur l’écran géant de l’UDS‚ un bâtiment dont il ignorait l’utilité ; une publicité pour un jeu vidéo présentait des filles en ce qui semblait être des tenues de combat‚ alors que divers commentaires expliquaient des aspects techniques qu’il ne comprenait pas vraiment. En effet‚ parce qu’il avait suivi des études très difficiles‚ il avait eu peu de temps pour jouer à la console de jeux et encore moins à des RPG ; adolescent‚ il les adorait, mais il n’avait plus trouvé le temps de s’y consacrer.

Du coup, il ne saisissait pas vraiment ces nouveaux mécanismes de jeu qui se présentaient sous ses yeux. Tant de nouvelles choses avaient l’air d’avoir été créées dans le domaine, avait-il constaté en cet instant.

Mais, au fond, ce n’était pas bien grave. Il n’était pas venu pour ça, il n’était pas venu dans le quartier des otaku, sur la terre sainte de ces fans, afin de renouer avec d’anciens plaisirs. De plus, au final, il n’avait jamais véritablement été un otaku. Il avait seulement été, comme tous les enfants de son âge, joueur à ses heures perdues, la suite l’avait finalement bien confirmé.

Il se mit en route vers sa destination lorsqu’un sentiment de nostalgie le prit soudainement. Il se souvint de toutes ces agréables heures sur la saga des Ultimate History, ou celle des Romance of, ou encore sur Time Gun. Même s’il n’était pas un adepte du milieu, il fallait bien qu’il reconnût que c’étaient de bons souvenirs et d’agréables moments.

Perdu dans ses pensées, il avait avancé sans se rendre compte qu’il marchait à l’aveuglette. Il n’avait plus consulté le plan et ne savait pas précisément où il se trouvait. Les hauts bâtiments le surplombaient, mais il ne voyait plus de posters géants ou d’affiches publicitaires indiquant les sorties du moment ou à venir. Mais la chose qu’il remarqua assez rapidement, et qui était bien, bien plus effrayante, c’était l’absence de personnes autour de lui.

Il n’était pas coutumier d’Akihabara, mais il en connaissait la réputation, celle d’un quartier du centre de Tokyo, un de ces lieux où il y a toujours énormément de personnes, un lieu où l’on est rarement seul, pour ne pas dire jamais. Cette solitude eut pour effet de le terrifier, non seulement était-il perdu, mais en plus il n’y avait strictement personne, c’était vraiment une horrible situation.

Néanmoins, après quelques secondes de terreur, durant lesquelles quelques gouttes de sueur froide se sont écoulées le long de son front, il eut enfin la bonne idée de consulter son portable. En effet, il utilisait depuis sa sortie de la gare un plan GPS, il pouvait donc savoir avec facilité sa position.

Mais…

Lorsqu’il s’exécuta, il constata immédiatement qu’il y avait un problème, son appareil n’indiquait aucune position… Enfin, pour être précis, selon son plan, il devait actuellement encore se situer à la sortie de la gare, ce qui était rigoureusement impossible.

Yumeki actualisa la page tout en regardant le ciel, du moins cette portion d’un ciel de crépuscule et nuageux visible entre les deux bâtiments autour de lui, il en profita pour tendre l’oreille afin de repérer quelque chose, mais une fois de plus, rien.

– C’est impossible, se dit-il. Qu’est-ce qui se passe ici ? Je me suis cogné la tête et je suis en train de délirer ? Ce serait la seule explication plausible…

Mais, malgré son déni catégorique de la situation, il se hasarda à regarder à nouveau l’écran de son portable, un geste des plus naturels pour quelqu’un vivant à cette époque de haut développement des communications.

Une fois de plus, quelques gouttes de sueurs perlèrent le long de son visage, l’appareil n’arrivait manifestement pas à se synchroniser, et n’affichait plus qu’un plan où ne figurait aucun indicateur de position.

« QUOI !? Mais pourquoi ?! »

Cette fois, il s’écria ; c’en était trop pour qu’il puisse se retenir.

Énervé par la tournure des événements, même s’il ne savait précisément où il se situait, il décida de rebrousser chemin. C’était la chose la plus logique à faire.

Mais, c’est à cet instant précis qu’au sein de l’écho mourant de sa propre voix, il crut entendre quelque chose, manifestement des voix. Un flot d’espoir l’envahit à la manière d’un rayon de lumière traversant l’épais tapis de nuages noirs au-dessus de sa tête.

Sans vraiment réfléchir, il courut en direction du bruit, lâchant sans même s’en apercevoir son parapluie. Il découvrit alors une scène à laquelle il ne s’attendait pas : une fille se tenait sur le toit d’une voiture alors que cinq hommes l’encerclaient.

C’était une jeune femme à la longue chevelure noire détachée qui lui descendait jusqu’au bas du dos. Ses cheveux ne faisaient pas de frange ; ses longues mèches s’écoulaient le long de son visage. Son apparence générale se présentait comme très fragile et douce. Son visage avait une forme plutôt arrondie et un grain de beauté se trouvait sous son œil droit.

Elle portait des vêtements assez simples : un T-shirt rose avec une illustration en blanc représentant des personnages méconnus de Yumeki, une jupe plissée qui lui descendait jusqu’aux genoux, des chaussettes hautes et des chaussures assez classiques. Elle était complètement trempée à cause de la pluie, ce qui avait tendance à révéler plus que de raison sa silhouette svelte et sa petite poitrine.

La scène se passait dans un parking relativement vide ; il n’y avait qu’une poignée de voitures, dont celle sur laquelle la fille se trouvait.

Malgré la distance et la situation confuse, les yeux couleur noisettes de la jeune femme, des yeux incroyablement profonds et séduisants croisèrent ceux de Yumeki, ils le captivèrent.

– Ses yeux sont magnifiques, pensa-t-il. Mais… que fait-elle là et qui sont ces gens ? Dois-je intervenir ?

Il lui semblait que le regard de la jeune femme implorait son aide. Ce qui lui confirma cette impression fut les mouvements de ses lèvres. Bien qu’aucun son n’en sortait, il lui était évident que les mots que ces lèvres douces et fines articulaient étaient : « Aidez-moi »

Il ne savait que faire‚ il n’était pas du genre héroïque — si tant est que ce genre de personnes existent vraiment —, il n’avait pas le sang-froid pour réagir correctement dans ce genre de situation. Du moins‚ faudrait-il dire que, non seulement, il n’était pas habitué à celles-ci, mais encore il lui fallait trop de temps de réflexion pour être un véritable homme d’action.

Cela se prouvait à cet instant ; il se retrouvait figé tandis que les cinq hommes commençaient à se saisir de la fille. L’un lui attrapa un pied et la fit tomber sur le capot de la voiture, alors qu’un autre lui saisit un bras. En les regardant plus attentivement, ils ne paraissaient pas normaux, quelque chose clochait dans leurs mouvements et dans leurs visages… Leurs peaux étaient pâles et légèrement bleu-verdâtre, comme s’ils étaient morts…

– Des zombies‚ s’écria intérieurement Yumeki. C’est impossible… et pourtant ça ne peut être des humains non plus…

Une pensée rassurante vint le frapper d’un coup : c’était une mise en scène, une sorte de caméra cachée… ou alors, était-il arrivé sur le tournage d’un film.

Rapidement, il tourna la tête à la recherche de quelque chose capable de corroborer cette théorie, mais il ne vit rien de notable. Cela dit, il prit bien conscience que c’était le propre d’une caméra cachée que de ne pas être vue, c’était donc normal.

Néanmoins, lorsque ses yeux revinrent sur la jeune femme, sa demande d’aide lui semblait limpide, elle ne paraissait pas jouer la comédie.

– C’est complètement déraisonnable !

Il n’était pas encore vraiment certain de la nature de ces êtres, mais il commençait sérieusement à douter qu’il s’agît d’une mise en scène. Elle était peut-être en train de se faire agresser par un groupe de cosplayeurs… fous ? Ou bien, pire… des pervers ? Que voulaient-ils bien faire à cette pauvre fille au juste ?

Suite à ces réflexions, un nouveau pic de colère se réveilla en lui. Qu’était-ce donc que ces manières ? Qui étaient ces gens pour s’en prendre à une frêle et fragile jeune femme ?

Il se mit aussitôt à la recherche d’un objet dans les alentours qui pourrait servir d’arme, quand son regard fut attiré par quelque chose qui dépassait d’une poubelle.

Comme submergé d’un noble sentiment de bravoure, il se saisit alors de ce qui se révéla être… un clavier usagé, qui avait été jeté. Quelques touches manquaient, ainsi que les caractères inscrits sur d’autres.

Il se rua sur l’agresseur qui tenait la jambe de la fille et lui assena un coup.
Alors qu’il s’attendait à entendre un *pong*‚ c’est du sang qu’il vit jaillir à la place ; en une fraction de secondes, il s’aperçut qu’une partie de la tête de sa victime venait d’être tranchée.

Dans la confusion et sous l’effet de l’adrénaline‚ sa surprise ne se présenta pas comme un handicap ; avant d’avoir pu réfléchir‚ il attrapa la main de la fille et essaya de l’entraîner avec lui… Mais, c’est là qu’il se rappela d’un détail : un autre de ces types avait saisi un bras de la fille.

Il porta un coup rapide sur le membre qui la retenait et‚ une fois de plus‚ le bras fut tranché au lieu d’être heurté par le clavier. Il y avait résolument quelque chose qui clochait, la tranche de celui-ci ne semblait pas équipée de lames.

Mais‚ ce n’est que par la suite qu’il se posa réellement ces questions. Il continua de tirer sur le bras de la fille afin de l’éloigner de ses assaillants.

Ensemble, ils s’éloignèrent en courant de ces hommes sans réellement avoir décidé d’une direction… du moins c’est ce qu’il pensait jusqu’à ce que la fille ne dise :

« Par-là‚ dans ce bâtiment… »

Tout en prononçant ces mots, elle sortit de sa poche un trousseau de clefs.

– Elle avait donc mené la fuite sans que je m’en rende compte‚ pensa-t-il à cet instant.

Des bruits de pas lointains se firent entendre‚ ils pressèrent tous deux le pas et arrivèrent jusqu’à la porte de l’immeuble.

Dégageant sa main de celle de Yumeki‚ la fille l’ouvrit prestement et ils entrèrent dans un immeuble d’habitation. Il y avait à nouveau du bruit‚ des gens vivaient bel et bien dans ce lieu. Depuis le début de cette histoire‚ c’était la première fois que Yumeki était aussi content d’entendre des présences humaines. En général, la foule lui déplaisait‚ il ne s’y sentait vraiment pas à l’aise… mais pas cette fois.

Après qu’elle lui ai fait signe de la suivre, il commença à monter les escaliers :

« C’est au huitième, nous serons en sécurité là-bas. »

Il se contenta de hocher la tête et de la suivre sans réellement être revenu à lui, ses pensées étaient toujours confuses.

Quelques secondes plus tard‚ la porte d’un studio s’ouvrit. Il y avait une forte odeur de renfermé.

Yumeki soupira profondément alors que la porte fut refermée derrière lui par la mystérieuse inconnue. D’une voix douce et franche, elle dit en s’avançant dans la pièce :

« Merci beaucoup de ton aide.

– Je vous en prie‚ répondit-il en reprenant son souffle.

– Ton nom ?

– Motomachi Yumeki. Et vous ? »

Contrairement à lui, elle semblait faire fi des convenances. Elle avait un franc-parler qui pouvait être assez déconcertant. Néanmoins, Yumeki n’était pas du genre à lui tenir rigueur de ce genre de détails.

Ses yeux se portèrent sur elle : elle était trempée‚ ses vêtements collaient à sa peau‚ ses cheveux laissaient écouler abondamment l’eau de pluie et son attitude générale délicate révélait une certaine dignité. Elle était tout simplement magnifique.

« Linka. Enchantée de te connaître, Motomachi-san… Encore merci. Sans toi, qui sait ce qui me serait arrivé. Au fait, je peux t’appeler Yumeki-kun ? »

Yumeki n’aimait pas vraiment l’idée qu’une fille plus jeune que lui utilise le suffixe « kun » pour s’adresser à lui. Néanmoins, ça ne le dérangeait pas outre mesure qu’elle l’appelle par son prénom. À cet égard, il s’étonna que, lors des présentations, elle n’ait donné que son prénom. Elle n’avait pas mentionné son nom de famille, ce qui, non seulement n’était pas très correct, mais était, également, un peu injuste envers lui qui l’avait fait. Néanmoins, il aurait été également discourtois de le lui faire remarquer.

« Je vous en prie…, répondit-il gêné, en se grattant l’arrière de la tête. Par contre, je préférerais que vous m’appeliez simplement Yumeki.

– Yumeki ? D’accord, c’est encore plus simple… Euh, toi aussi, tu peux oublier les formules de politesse. Appelle-moi simplement Linka. »

Il hocha la tête et soupira intérieurement. Il aurait été insupportable de devoir continuer à gérer une conversation où les formules de politesse étaient unilatérales.

Il demanda d’une voix hésitante :

« Au fait, c’était quoi ces… trucs ? »

Cette question lui rappela la scène d’auparavant et il réalisa qu’il n’avait pas lâché le clavier ; ses yeux se rivèrent sur celui-ci. Il ne comprenait toujours pas vraiment. Bien sûr, après une telle course dans les rues d’Akiba sous un temps pareil, « l’arme du crime » avait été entièrement lavée, il ne restait aucune trace de sang dessus, juste de l’eau de pluie qui gouttait depuis les coins de celui-ci.

Linka se rapprocha de l’unique fenêtre du studio et sembla regarder dans la rue située huit étages plus bas.

« Ce sont des zombies jupitériens… C’est le nom que je leur ai donné. En fait, je sais pas vraiment s’ils en ont un autre…

– Des zombies jupitériens… ? Ah, d’accord, je comprends mieux, j’avais bien raison de penser ça… C’est donc bel et bien une blague dans laquelle je suis tombé, ce qui explique le coup du crâne et du bras coupé… Quel idiot je fais… »

Il éclata de rire, d’un rire nerveux, alors qu’il porta sa main à son front et qu’il bascula sa tête légèrement en arrière. Mais, Linka resta sérieuse, voire un peu gênée, et poursuivit d’une voix calme :

« Je t’assure que ce n’est pas une blague, Yumeki. »

Linka se retourna vers lui et le fixa de ses deux yeux couleur noisette. Son regard, une fois de plus, était d’une douceur infinie, mais ô combien sérieux. Yumeki perdit confiance en sa théorie pendant quelques secondes, mais son rationalisme revint à la charge et lui imposa, à nouveau, l’idée d’une comédie comme l’explication la plus plausible à tout cela.

« Tu ne me crois pas ? demanda-t-elle après avoir marqué une courte pause et penché la tête sur le côté, d’un air interrogateur.

– Si, si, je te crois… Bon, par contre, il se fait tard, ce fut un plaisir de t’avoir… rencontrée…, répondit-il incroyablement gêné, comme s’il ne voulait absolument pas la froisser.

– Tu ne devrais pas sortir maintenant, ils rôdent autour du bâtiment. Leur odorat est aussi développé que celui des chiens et, en plus, ils ont un genre d’instinct pour retrouver leurs proies… même sous cette pluie…

– Mais je leur ai rien fait, moi ! Pourquoi, ils me recherchent, demanda-t-il un peu à la manière d’un enfant.

– Euh… Je n’ai jamais dit qu’ils te cherchaient…

– Alors, c’est bon, je peux partir d’ici, non ?

– Si tu veux… »

Elle eut une expression triste à peine dissimulée lorsqu’elle prononça ces mots. Manifestement, elle ne devait pas être habituée à cacher ses sentiments. Elle devait être du genre franc et émotif.

Yumeki posa le clavier par terre et s’approcha de la fenêtre, à ses côtés.

« Qu’est-ce qu’ils te veulent au juste, ces… gens… ?

– Je ne sais pas vraiment, répondit-elle d’une voix très douce et un peu triste, qui n’était pas sans rappeler le son d’un violon. Tu ne pars pas, finalement ?

– Je ne sais pas vraiment… »

Il prononça ces mots sur le même ton que Linka, comme s’il avait fait exprès de l’imiter. Elle tourna sa tête vers lui avant de mettre ses mains devant sa bouche et commencer à rire. Yumeki rigola également. La tension et la pression qui régnaient jusque-là s’évacuèrent alors qu’ils riaient ensemble pendant quelques dizaines de secondes.

« Bon, honnêtement, c’était une blague ? C’était du cosplay ou un truc du genre ?

– Non, non, répondit-elle franchement en secouant la tête. Je t’assure que ce sont des zombies venus de Jupiter. Tu penses que je mentirais ? »

Une fois de plus, elle prononça ces mots en penchant la tête, ce qui avait le don d’accroître son côté mignon.

Il ne savait que penser ; elle n’avait vraiment pas l’air de mentir. Serait-elle aussi bonne manipulatrice que cela ? se demanda-t-il. Il ne savait vraiment pas quoi lui dire. Il ne pouvait encaisser une vérité comme celle-ci, une vérité irrationnelle et farfelue.

« Je les appelle les Jupiteriens, mais tout ce qui est sûr c’est que ce sont des extraterrestres. Tu préfères un autre nom ? Les Anciens, peut-être ?

– Non, non, c’est pas ça. Tu parles d’extraterrestres comme si c’était normal…

– Ah, c’est vrai. Euh… ils existent pourtant, tu sais ?

– J’ai encore un doute, tu sais ? dit-il en reprenant ironiquement les paroles de la jeune femme.

– Si tu restes un peu avec moi, tu verras que j’ai raison. Ils sont à ma recherche, je ne sais pas encore pourquoi… »

En même temps qu’elle prononçait ce dernier mot, elle baissa les yeux sur ses vêtements et remarqua à quel point ils étaient trempés. Puis, elle regarda Yumeki dans les yeux, avant de baisser à nouveau le regard et rougir.

« Euh… Ah… Est-ce que… est-ce que… ?

– Non, non, je t’assure que je n’ai pas regardé. »

En vérité, il avait bien constaté ce dont elle parlait. Il avait regardé les lignes fluettes de son ventre, de ses hanches, les courbes légères de sa poitrine et de son soutien-gorge. Même si sa poitrine n’était pas opulente, cela ne la rendait pas moins attrayante, c’était peut-être même le contraire. Sa poitrine modeste allait de pair avec son apparence douce et fragile.

Involontairement, il rougit, mais elle ne sembla pas le remarquer.

« Nous devrions peut-être nous sécher, nous discuterons plus tard…, reprit Yumeki alors que Linka portait ses mains sur sa poitrine.

– Ce serait peut-être mieux… Les toilettes sont là-bas, il devrait y avoir des serviettes. Tu peux t’en occuper ?

– Bien sûr ! »

Et suivant la direction qu’elle venait de pointer du doigt, il se rendit dans cette minuscule salle de bain où, effectivement, il trouva quelques serviettes ; à en juger par l’odeur d’humidité qui y régnait, cet endroit n’avait pas été utilisé depuis un moment. Il y trouva effectivement quelques serviettes qui ne semblaient pas avoir moisi, malgré leur odeur un peu forte. Il s’en saisit avant de revenir dans la pièce principale.

« C’est ici que tu vis ? demanda-t-il en lui tendant une serviette.

– Non, pas vraiment… Je connaissais la personne qui habitait ici.

– Elle n’y habite plus ?

– Pas en ce moment… Pourquoi, c’est important ?

– Bah… je suppose que du moment que tu as les clefs, ça ne pose pas de problème.

– J’en ai beaucoup d’autres, tu sais ?

– De quoi ?

– Des clefs !

– Hum, je vois… Tu es le genre de personne à qui les gens font confiance et à qui on confie les clefs de chez soi en cas de problème, ou quelque chose comme ça ? demanda-t-il tout en se passant la serviette sur la tête pour essorer ses cheveux.

– On peut dire ça. »

Une réponse vague, on ne peut plus douteuse du point de vue de Yumeki. Il avait formulé sa question avec une pointe d’ironie, mais elle y avait répondu de manière plutôt sérieuse. Fallait-il comprendre qu’il avait vu juste ?

Elle passa à tour la serviette sur ses cheveux, l’effet qu’elle produisit différa quelque peu de celui du jeune homme. Ses cheveux très longs exigeaient des mouvements plus amples et délicats pour être séchés de la sorte ; peut-être à cause d’une question de phéromones, elle parut plus désirable que jamais, elle dégageait une profonde attirance. Yumeki s’arrêta quelques secondes pour la regarder ; il était comme envoûté. C’est après quelques secondes qu’elle sembla remarquer qu’il la fixait. Elle le regarda alors en lui souriant.

Il reprit ses esprits et, gêné de son impolitesse, dit, comme pour détourner l’attention :

« Euh… Ah… Tu voulais me parler des… martiens, c’est ça ?

– En fait, c’est toi qui voulais que j’en parle. Je ne sais pas vraiment quand ils sont arrivés sur Terre la première fois, probablement avant notre naissance. Par contre, il y a quelques mois, ils sont venus à Akiba et depuis, ils cherchent à faire quelque chose.

– Mais tu ne sais pas quoi, c’est ça ?

– Non, en effet…, répondit-elle en se tournant et en passant la serviette sous son t-shirt pour y éponger l’eau. Tout ce que je sais, c’est qu’ils ont déjà essayé deux fois de m’amener avec eux. J’ai bien essayé de leur parler, mais ils n’ont pas voulu me répondre. Depuis trois jours maintenant, ils envoient ces zombies pour m’attraper.

– Attends, une minute. Ce n’était pas les mêmes avant ?

– Non. La dernière fois, c’était d’autres extraterrestres. Ils avaient une forme plus… enfin, différente. De longs cous, des yeux globuleux et de longs bras. J’ai eu du mal à leur échapper.

– Mmmm, admettons. Et tu attends quoi de moi ?

– Hé, j’ai dit ça ?

– Tu m’as dit avant : « si tu restes avec moi, tu verras bien » !

– Ah oui, c’est vrai… Désolée, je n’ai pas bonne mémoire pour ce genre de chose. »

Sur ces mots, elle se frappa délicatement la tête avec son poing et tira la langue. Ce geste que Yumeki n’avait vu que dans les mangas avait sur elle un charme indéniable.

« Bah, reprit-elle, si tu restes à mes côtés, je t’assure que tu pourras les voir aussi. Ils ne veulent pas me lâcher.

– J’y pense… Tu es allée voir la police pour leur dire que tu étais traquée ?

– Euh… non, ils ne me croiraient pas, tout comme toi, tout à l’heure.

– Parce que tu penses que je te crois à présent ?

– Tu ne me crois pas ? »

Elle prit une voix triste et d’une extrême faiblesse, il fallait être parfaitement inhumain pour la contrarier.

« Euh… si, je te crois, lui dit-il en guise de mensonge.

– Ouiii ! Je savais que je pouvais compter sur toi pour me protéger…

– Depuis quand j’ai accepté de te protéger ?! Je suis pas un garde du corps !

– Tiens, à ce propos… tu aimes quoi ? Les mangas, les anime, les mecha, le cosplay, les jeux vidéo… ?

– Rien de tout ça !

– Mmm… Pourquoi tu es venu à Akihabara alors ? Et pourquoi… »

Elle arrêta sa phrase à ce stade-là, comme si ces derniers mots n’étaient destinés qu’à elle-même.

« Je suis venu acheter un ordinateur puisque le mien est cassé. Voilà tout !

– Ahhh, c’est tout ? Pourquoi tu ne l’as pas acheté ailleurs ?

– Comment ça ? On m’a conseillé d’aller à Sog Smack parce qu’ils ont de bons prix et des modèles exclusifs ! »

Sur ces mots, elle se mit à rire. Une fois de plus, elle cacha sa bouche à l’aide de sa main droite. Son sourire illuminait en quelque sorte son visage tout entier.

« Des modèles exclusifs ? Celui qui t’a dit ça est soit un otaku, soit quelqu’un qui ignore le fonctionnement de ce quartier. Il y a de bonnes occasions pour les ordinateurs, mais c’est pas en allant dans ce magasin que tu les verras. Par contre, ils ont quelques modèles exclusifs avec des coques décorées. C’est ce que tu voulais ?

– Peut-être… »

Il prononça ces mots avec une pointe d’agacement un peu juvénile, comme un enfant qu’on viendrait de contrarier alors qu’il pensait avoir raison. Il poursuivit :

« Et alors ? Qu’est-ce que ça peut faire ?

– Rien de spécial. Ça me dérangerait pas que tu sois un otaku…

– Et toi ? Une fille se promenant toute seule dans les rues d’Akiba… Non pas que ce soit dangereux… mais, vu que tu es bel… les gens doivent te voir comme une otaku, non ? Est-ce que tu l’es ?

– Bien sûr ! »

Elle répondit à la question hésitante de Yumeki par ces mots honnêtes et tout en affichant un large sourire qui, une fois de plus, irradia son visage.

Si le doute avait existé ne serait-ce qu’un instant, Yumeki était à présent persuadé qu’elle n’était absolument pas normale.

« … Et donc, tu aimes quoi en particulier ?

– Drôle de question pour quelqu’un qui n’est pas du milieu…

– Je connais un peu… c’est pour ça…

– J’aime tout ce qui se vend à Akiba ! Tout tout tout ! »

Une fois de plus, le sujet avait l’air de réellement lui plaire, elle parut particulièrement enjouée et emphatique. Son statut était plus qu’assuré, contrairement à d’autres otaku, elle ne s’en cachait nullement.

Elle continua d’une voix mystérieuse et faiblarde, comme si ses mots n’étaient pas destinés à être entendus :

« Je vois, je vois… Tu as arrêté de t’y intéresser en grandissant, et maintenant tu voudrais te persuader que tu n’aimes plus ce genre de choses ?

– Quoi ?

– Eh bien, tu as utilisé le pouvoir de la Collection tout à l’heure, ça veut dire qu’au fond, tu aimes encore cette culture. Ça n’aurait pas fonctionné autrement, tu sais ?
– De quoi tu parles ? »

Elle désigna le clavier du doigt, puis elle reprit :

« C’est une chose que beaucoup ignorent, mais les plus passionnés des otaku gagnent de vrais pouvoirs. Tu en as fait l’expérience avant…

– De quoi tu parles, au juste ? »

Il posa cette question en anticipant plus ou moins la réponse.

« Le clavier, répondit-elle très sérieusement, il a dû avoir un passé dans le MMORPG, et tu as réussi à te synchroniser avec cette marque émotionnelle.

– Hein ?

– Lorsque tu prends un objet de la « Collection », tu peux utiliser des effets spéciaux en fonction de son vécu.

– Mmmm, c’est très clair maintenant, en effet. »

Il prononça ces mots de manière ironique tout en les accompagnant d’un hochement de tête et d’une expression confuse.

« Euh, pour faire simple, le joueur, qui a utilisé ce clavier avant, devait beaucoup jouer de personnages qui combattent à l’épée, donc tu peux t’en servir comme tel. Attends, on va essayer un truc… »

Elle se rendit dans un coin de la pièce et ouvrit un meuble d’où elle sortit un objet oblong.

Elle revint ensuite vers lui et le lui tendit : en apparence, ça avait l’air d’une télécommande, mais il reconnut tout de suite une jiimove.

Même s’il ne jouait plus aux jeux vidéo depuis un moment, il savait que c’était la manette d’une des nouvelles consoles, il avait vu la publicité à la télévision. Puis, il fallait dire que cette console avait beaucoup fait parler d’elle, y compris parmi les gens « normaux ».

« J’ai que ça à te proposer pour le moment. Concentre-toi et visualise un arc ou un pistolet… ensuite vise un objet et appuie sur le bouton. »

Il la regarda avec de gros yeux, mais accepta l’objet.

Sans conviction, il visa un mur de la pièce et appuya sur le bouton… mais rien ne se passa. Il se retourna pour la regarder, le visage qui exprimait : « Tu vois, il se passe rien ! »

Linka s’approcha de lui, se faufila délicatement dans son dos et lui attrapa la main droite.

« Essayons ensemble cette fois. »

Il entendait son cœur palpiter. Il n’avait aucune concentration, il ne pouvait plus que penser à ce corps chaud et délicat pressé contre le sien…

De surcroît, elle vint poser son index par-dessus le sien, sur la gâchette de la jiimove.
Alors qu’il était profondément plongé dans ce sentiment de béatitude enivrant, elle appuya soudainement sur le bouton.

Une sorte de sphère de lumière s’échappa de l’avant de la manette et frappa le mur droit devant eux, laissant derrière elle un petit impact.

« Tu vois, je te l’avais dit…

– Incroyable ! C’est quoi l’astuce? »

Il prononça ces mots tout en inspectant attentivement ladite manette ; Linka s’éloigna de lui.

« Le précédent propriétaire devait être un fan de shoot’em up…

– Hein ? Tu le connais pas directement ?

– Si, je le connais… mais c’est compliqué… »

Elle ajouta un sourire à la fois franc et énigmatique ; Yumeki sentait qu’on lui cachait des choses, une sorte de sentiment inquiétant s’instilla en lui, comme si quelque chose le dérangeait.

Ce sentiment un peu sombre occulta la surprise qu’il avait ressentie à l’apparition du projectile de lumière. Il cessa de scruter la manette de jeu et porta un regard grave vers la jeune femme.

« Bon, là, c’était pas super puissant vu que ce n’est qu’un item mineur mais ça pourrait suffire…, reprit-elle calmement.

– Suffire à quoi ?

– À me protéger et à les vaincre… Tu veux pas me protéger, c’est ça ? »

Face à ce regard à la fois pitoyable et adorable, il se trouva, à nouveau, dans l’impossibilité de la décevoir ; il hocha la tête timidement, ce qui provoqua un contentement manifeste chez elle.

– Depuis quand suis-je devenu si irrationnel ? Elle me manipule, elle connaît sa beauté et elle veut m’embarquer dans une sombre histoire, pensa-t-il. Mais…

Mais, il ne pouvait pas la laisser se débrouiller seule face à ces types. Il ne pouvait tolérer qu’on lui fasse du mal.

Depuis tout petit, sa mère ne cessait de lui répéter qu’il fallait bien traiter les femmes ; était-ce une réminiscence de cet enseignement ?

Perdu dans ses pensées, il fut surpris à nouveau par la voix de la jeune femme :

« Merci beaucoup ! Je te suis redevable. »

Sur ces mots, elle lui fit une révérence pour témoigner son respect.

Comme s’il était curieusement gêné d’avoir accompli quelque chose de grandiose, il se gratta l’arrière de la tête et afficha un large sourire.

Elle continua :

« Bon, plus tard, il te faudra réunir ta propre collection. Ce sera plus puissant.

– Tu peux m’expliquer ? Si déjà je dois te protéger…

– La pluie s’est arrêtée, tu veux passer à l’action tout de suite ? demanda-t-elle en ignorant sa question.

– Euh, je sais pas trop…

– Tu voulais acheter un ordinateur, non ? Ils ne partiront pas sans nous avoir tués (d’un coup il était également devenu la cible de ces créatures), ils peuvent nous attendre dehors avec plus de patience qu’un campeur de FPS.

– Tu parles toujours avec des références aux jeux vidéo ? Tu aimes vraiment ça, n’est-ce pas ?

– Ah, je m’en étais pas rendu compte. Oui, j’adore les jeux vidéo. Pas toi ?

– … Non, ça va, ça me dérange pas… Du coup, tu proposes… ?

– Hein ? Bah, tu les headshot avec ton fusil à impulsion et ensuite on les finit au CaC ?

– Traduction, Mlle l’otaku !

– Ah… Ouais. Il faut les blesser à la tête sinon ils régénèrent leurs blessures…

– Comme les zombies des films, en gros.

– Non, c’est différent. Eux, ils régénèrent leurs blessures et ils sont très rapides aussi. Par contre, ils sont aussi stupides que ceux des films… Mais ils sont bons pour pister des cibles, faut bien le reconnaître… »

Il ne répondit rien et se mit en attente de la suite, ce qui entraîna un court silence.

« Voilà ce que je te propose : je joue l’appât pendant que tu leur tires dans la tête. Lorsque tu n’auras plus de munitions, il faudra aller au corps à corps et les finir avec ton clavier. T’es OK ?

– Mmmm, y’a des munitions là-dedans ? Et tu ne prends pas trop de risques en jouant l’appât ?

– Pas grave, tu me protégeras. »

Elle accompagna cette remarque d’un sourire franc et honnête qui fit fondre une fois de plus le cœur de Yumeki.

– C’est quoi le problème de cette fille ? Si déjà tu me manipules, ne prends pas tous ces risques‚ pensa-t-il.

« Bon‚ fais gaffe à toi quand même‚ dit-il d’une voix timide.

– Oui. »

Elle hocha exagérément la tête. Sur ces mots‚ Yumeki attrapa ses armes tandis que Linka se dirigea vers la porte. L’instant d’après, ils étaient tous les deux à la porte d’entrée de l’immeuble.

Après un échange de regards‚ la tendre et douce Linka sortit la première‚ puis, l’instant suivant, Yumeki la suivit hors du bâtiment. Ce dernier repéra une voiture postée là et alla se cacher derrière. Il ne quitta pas Linka des yeux.

Soudain‚ comme ils s’y attendaient, les quatre zombies fondirent sur la jeune fille. Effectivement‚ maintenant qu’il les revoyait‚ ils avaient tout l’air de zombies‚ pas de doute possible.

Leurs allures étaient clairement celles de cadavres marchant… voire courant… Il avait rarement vu, dans les films, des zombies qui couraient, mais cela devait être possible puisqu’ils étaient en train de le faire.

Il constata également — ce qui donna du crédit aux explications de Linka — que celui à qui il avait coupé un bras était totalement guéri ; il avait à nouveau ses deux bras comme s’il n’avait jamais été blessé.

Yumeki avait encore du mal à croire ce qu’il voyait. Depuis la démonstration dans l’immeuble, les choses étaient devenues encore plus floues. Cela remettait en doute la totalité du monde dans lequel il avait vécu tant d’années.

Néanmoins, on lui avait fourni un semblant d’explication. Il n’en comprenait pas encore toute la teneur, mais le moment n’était pas au questionnement, il devait agir, une jeune femme comptait sur lui…

Aussi, il essaya de ne plus hésiter, il cessa de réfléchir à ce qui n’était pas urgent et il visa la tête de l’un d’entre eux…

*Pfiu* Suite à ce son, une petite sphère lumineuse traversa à vive allure la distance séparant la jiimove et sa cible. Comme il l’avait espéré‚ elle frappa le zombie en pleine tête‚ détruisant au passage la moitié de cette dernière.

« Et un de moins‚ s’exclama-t-il involontairement. »

Mais cette perte n’arrêta pas le groupe, le reste des zombies continua de courir après leur cible.

Rapidement, Yumeki pressa le bouton à nouveau pour refaire feu‚ mais cette fois, son tir rata et toucha un réverbère. Voyant que le zombie de tête allait poser sa main sur Linka‚ il prit une inspiration et visa avec plus d’attention. C’est à cet instant qu’il remarqua une chose étrange : dans la hâte‚ il n’avait pas relâché le bouton de tir et une sphère de lumière plus grosse se concentrait devant la manette.

– On peut donc faire des tirs chargés‚ se dit-il intérieurement.

Il relâcha la pression sur la gâchette et la grosse sphère‚ plus lente pour le coup‚ se dirigea vers le zombie et le frappa alors qu’il allait attraper la jeune femme. Cette fois, ce ne fut pas qu’un morceau de tête qui fut pulvérisé ; une petite explosion lumineuse s’était produite et avait sectionné la moitié de son corps, ainsi que la moitié du buste du zombie qui le suivait de près.

« Whooo ! » s’exclama Yumeki.

Il ne perdit pas de temps et visa sur celui qu’il avait déjà blessé‚ mais rien ne se passa lorsqu’il appuya sur le bouton.

« Arg, c’est vide !

– C’est toujours comme ça avec les manettes à piles‚ répondit Linka tout en se déplaçant pour s’éloigner de ses opposants. Un vrai gamer a toujours une manette de rechange. »
Elle ne parut pas très stressée par la remarque de Yumeki.

Conformément au plan‚ il empoigna le clavier et se rua vers sa cible. Avant de pouvoir lui assener une attaque verticale‚ il put constater les avertissements précédents de Linka : des sortes de filaments organiques étaient déjà en train de recomposer le corps du mort-vivant.

Sans lui laisser le temps de se reformer, son coup s’enfonça dans le crâne du cadavre, dans une belle giclée de sang.

Étonnamment‚ la chose ne perturba pas le jeune homme qui se retourna pour chercher du regard Linka et son dernier poursuivant.

Ils n’étaient plus là‚ mais il entendit leurs pas dans une ruelle proche, et s’y dirigea à vive allure. Lorsqu’il arriva, le zombie avait saisi la jambe de Linka‚ qui était tombée à terre‚ et il se hissait sur le corps de la jeune femme.

Ni une ni deux‚ Yumeki courut et porta une attaque à la créature, attaque qui lui sectionna le bras au niveau de l’épaule. Mais, alors qu’il allait le refrapper‚ il sentit une vive douleur au niveau de sa poitrine ; il venait de subir un coup donné par le bras encore valide du zombie.

Il fut projeté en arrière d’un bon mètre et tomba au sol. Contrairement aux autres‚ ce zombie-là laissa tomber sa cible principale et se dirigea vers Yumeki, à terre, en vue de le mordre ou de le déchiqueter. La douleur avait été si vive qu’il n’avait pas encore repris ses esprits.

C’est alors qu’un tintement métallique retentit dans la ruelle‚ et le zombie se retourna ; un trousseau de clef venait de s’écraser au sol après avoir heurté sa tête. Sans réfléchir, ne suivant que les impulsions de son corps‚ Yumeki se saisit du clavier qu’il avait laissé tomber au sol‚ et porta un coup d’estoc dans l’arrière du crâne du zombie. Cela mit définitivement fin à son existence et à celle du clavier, qui laissa s’échapper plusieurs touches sur le macadam.

Ressentant enfin la chute d’adrénaline‚ Yumeki se laissa tomber sur son postérieur et porta la main sur son torse endolori.

« Merci beaucoup‚ tu m’as effectivement protégée. »

Alors qu’il allait lui répondre, il remarqua qu’elle se trouvait juste en face de lui‚ à quelques centimètres de sa figure. L’instant d’après, il sentit ses lèvres douces et sucrées contre les siennes. Il resta ébahi toute la durée du baiser‚ sous l’effet de la surprise. Sa stupeur ne l’empêcha cependant pas de profiter du plaisir de l’acte ; c’était son premier baiser.

« Tu as été parfait. Tu t’es bien amusé? »

Pensant qu’elle voulait parler du baiser, il hocha la tête, toujours stupéfait. Sa tête était un volcan, il se sentait si chaud qu’il craignait de s’embraser de l’intérieur.

« Tu devrais vraiment réunir une collection ! Deviens mon chevalier et ta vie ne sera plus jamais ennuyeuse. Tu ne seras plus jamais seul, en manque d’aventure. Tu auras des combats‚ des romances et, bien sûr, des points d’expérience. Si ça te dit‚ je te propose que nous nous retrouvions demain midi à la sortie Akihabara Electric Town Exit. Merci encore. »

Sur ces mots‚ elle lui lança son plus beau sourire et elle s’éloigna pour finalement quitter la ruelle.

Ces paroles eurent un effet des plus percutants sur Yumeki. Peut-être était-ce encore l’effet du baiser qui le retenait au sol, et qui le fit s’engouffrer dans un tourbillon de pensées mal définies.

Il relâcha ses muscles et laissa retomber son dos sur le sol, malgré la pluie qui se remettait à tomber.

Cependant, une pensée à la fois pragmatique et ironique le rappela à lui, telle une bouée, et le fit s’exclamer soudain :

« Et pour mon ordinateur ?! »

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