Tome 2 – Chapitre 3

Linka venait de finir de boire son jus de fruit accompagné de glaçons :

« Bon, pour résumer, on peut pas aller au QG, on peut pas aller chez toi… du coup, où allons-nous ?

– En général, c’est pluFréetôt toi qui donne les solutions à ce genre de réponses, non ? En plus, c’est ton quartier de prédilection, tu devrais pouvoir nous trouver quelque chose… »

Linka ne prit pas la remarque de Yumeki comme une insulte, elle se contenta de lever les yeux au ciel, de poser son index sur le coin inférieur de sa lèvre et de réfléchir.

Yumeki profita de ce silence pour porter sa tasse de café à sa bouche. Ils se trouvaient actuellement dans l’un des locaux de cette chaîne de café très célèbre.

En effet, après les divers événements, Yumeki avait eu envie de boire un café pour se détendre et le plus proche de leur position était celui-là.

Linka avait bien proposé un maidcafé, mais Yumeki avait préféré quelque chose de plus simple et de plus normal comme ambiance.

« En fait, j’ai pas de solutions miracles… on pourrait aller dans un cybercafé, mais vu que nous serons dans des box différentes, c’est pas très pratique pour t’apprendre à jouer. »

Il y avait également ce détail, Linka voulait lui apprendre le plus tôt possible les règles du jeu afin qu’il puisse s’en sortir s’il devait affronter un adversaire non extraterrestre ; il aurait aimé avoir le choix de refuser et de protester, les précédents événements l’avaient particulièrement exténué, il portait encore quelques éraflures apparentes, mais il se résigna. Linka avait raison, il devait le faire pour ne pas laisser des vies innocentes être sacrifiées.

« Sinon, on pourrait aller dans un fast-food, la nuit on ne sera pas gênés, il n’y a que des solitaires qui travaillent sur leur PC portable…

– Ouais… mais je suis obligé de te rappeler encore quelque chose : je travaille demain. J’aimerais dormir. »

Linka se remit en position de réflexion, mais cette fois c’est Yumeki qui proposa en premier :

« Sinon, je peux aller dormir à l’hôtel et toi tu rentres chez toi. Tu n’as pas vraiment besoin d’être impliquée. Tant que tu n’as pas la carte…

– C’est vrai, mais je refuse, dit-elle en le regardant droit dans les yeux. Tu es embarqué dans cette histoire par ma faute, je ne peux pas m’enfuir comme ça. Je viens avec toi ! »

Elle ferma ses poings avec détermination et ne cessa de le fixer droit dans les yeux. Malgré sa position déterminée et « guerrière », elle n’était pas intimidante du tout, elle était surtout très mignonne.

« T’es sûr de vouloir aller dans un hôtel avec un homme ? »

Dit Yumeki en rougissant et en détournant son regard. Inconsciemment, ses doigts de mirent à gratter sa tempe.

Linka rougit à son tour, elle baissa le regard et dit d’une petite voix :

« Si tu te tiens tranquille et que tu ne fais pas de trucs pervers… je pense que c’est bon.

– QUOI ?! Accepte pas ce genre de proposition si facilement, idiote ! »

Yumeki avait élevé involontairement le ton de sa voix, attirant au passage l’attention de quelques clients. Tous les deux n’y prêtèrent pas vraiment intention et continuèrent leur conversation.

« Bah, toi je te connais… c’est pas pareil…, dit-elle en regardant toujours la table.

– Non, non et non! C’est trop dangereux comme situation à bien des égards !

– En y réfléchissant, pas tant que ça, dit-elle en relevant son regard et en le fixant droit dans les yeux. On a bien dormi ensemble cette nuit, c’est pas pire…

– AAAHHH ! Arrête avec ces phrases ambigües ! C’est pas pareil du tout, mais du tout !

– Faudra que tu m’expliques en quoi ? Je me suis réveillée avec ma tête sur toi, on peut difficilement faire…

– STOP !! »

Yumeki arrêta sa phrase en lui mettant ses mains sur la bouche et en se levant de sa chaise, son visage était complètement rouge.

Il respira bruyamment et garda ses mains sur les lèvres tièdes et douces de Linka. Leurs yeux s’arrêtèrent les uns sur les autres, les uns paniqués, les autres calmes et mystérieux.

Les regards de nombre de clients se braquèrent sur eux ; au demeurant, ils avaient l’air d’un couple en pleine dispute.

Sans prendre en compte les diverses œillades aux alentours, Yumeki finit par enlever ses mains et par s’asseoir.

« Bon, on va prendre deux chambres. Si tu n’as pas les moyens, je te la paie, je te dois bien ça.

– Oooh, c’est gentil, merci !

– Par contre, demain je vais au travail. Cette fois, je te préviens d’avance, dit-il en prenant un regard sévère.

– D’accord, chef ! elle mit sa main en position de salut militaire. Je vais en profiter pour t’apprendre plein de nouvelles choses, tu verras comme c’est amusant ! »

A ce moment-là, à la lumière des attentions braquées sur eux, ces mots parurent avoir une interprétation à laquelle Yumeki ne voulait pas penser. Il avait rarement été aussi mal à l’aise de sa vie, quoi qu’il pût répondre à cette assertion, il ne pouvait que rajouter de l’huile sur le feu.

« Euh, partons d’ici, tu veux ?

– Ah bon ? Ok, tu dois être impatient qu’on s’y mette, je suppose… »

Il se mordit la lèvre alors que quelques larmes montèrent à ses yeux, il n’osait plus regarder autour de lui de crainte de croiser les jugements de tous ces étrangers. Il se leva, mit sa veste alors que Linka lui porta le coup de grâce :

« Ah, j’ai besoin de récupérer quelques vêtements de rechange, je passe rapidement à la maison et on se rejoint devant l’hôtel, ok ? »

Il changea de couleur, il se retourna pour ne pas lui laisser voir les larmes qui coulèrent le long de ses joues…

***

Quelques temps plus tard, alors que la nuit commençait à tomber, ils entrèrent tous les deux dans un hôtel plutôt banal d’Akihabara.

Linka portait un petit sac en bandoulière et paraissait enjouée. Yumeki ne s’était toujours pas entièrement remis de ses émotions, son cœur battait très rapidement.

Ils s’avancèrent, les portes s’ouvrirent automatiquement et ils se rendirent à la réception.

Une jeune femme se trouvait derrière son comptoir avec une tenue et une allure impeccable. Elle les accueillit avec un grand sourire et une formule de salutation irréprochable.

« Deux chambres simples, s’il vous plaît ! »

Demanda Yumeki avec le ton le plus détaché qu’il pût.

La réceptionniste se mit à pianoter sur son clavier, puis elle répondit :

« Malheureusement, chers clients, il ne nous reste plus qu’une chambre double. Est-ce que vous êtes tout de même intéressés ?

– Ok ! »

Répondit presque instinctivement Linka.

Yumeki la regarda avec de gros yeux pleins de surprise, puis l’attrapant par le bras :

« Veuillez attendre quelques instants, nous allons parler de tout cela entre nous. Merci. »

Il tira Linka à l’écart :

« Attends, t’es… t’es sérieuse, bordel ?! C’est une chambre avec un seul… lit ! »

Linka le regarda sérieusement dans les yeux :

« Je sais, mais t’inquiètes, j’ai pensé à tout. Vu que tu vas partir au travail demain, je vais te laisser dormir et je vais jouer sur ma console portable entre temps. Quand tu seras réveillé, j’irais dormir ou je retournerais à l’appartement. C’est parfait non ? »

Elle tira la langue et lui lança un clin d’œil. Il prit sa tête dans la main et renifla comme s’il était en train de pleurer :

« Si tu continues à faire confiance comme ça, un jour, il risque de t’arriver des trucs, tu sais ?

– Je sais, mais tu n’es pas du genre à me sauter dessus et à profiter de ta force sur une faible jeune femme, non ?

– Ça va pas non ?! Tu crois que j’aurais envie de faire ça ? Dit-il en élevant un peu la voix.

– Voilà, donc tout est réglé, pas besoin d’en faire un drame. Allez viens… chéri… ou tu préfères un autre surnom ? »

Dit-elle en passant son bras sous le sien et en le tirant à son tour.

Ce surnom lui monta à la tête tel des vapeurs d’alcool, il se sentit brumeux et confus, tellement confus qu’il eut une expression hébétée alors qu’il tendit ses papiers à la réceptionniste.

« Monsieur, Madame, veuillez passer un agréable séjour dans nos locaux.

– Merci beaucoup ! »

Dit Linka en continuant de traîner Yumeki vers l’ascenseur.

« Qu’est-ce que tu as tout d’un coup ?

– Moi ? J… Je… Rien ! Arrête de raconter n’importe quoi pour commencer, idiote !

– Mais j’ai rien dit !

– Si ! »

A ce moment-là, *Ding*, les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, un couple bien plus âgés qu’eux en sortit en se tenant par la main.

Ils s’arrêtèrent quelques instants, suffisamment de temps en fait pour que Yumeki comprennent leurs pensées : ils s’imaginaient exactement ce que tout inconnu aurait pensé en les voyant ainsi, bras dessus bras dessous.

— Cet enfer ne va jamais se finir, pensa Yumeki en détournant le regard.

En s’éloignant, l’homme jeta un regard plein de sous-entendus en direction de Yumeki ; il frissonna.

Pour sa part, Linka sembla ne pas y prêter attention, elle était joyeuse pour une raison mystérieuse.

Alors que les portes de l’ascenseur se refermèrent :

« Pourquoi tu es si joyeuse ?

– Hein ? Ah oui, j’ai hâte d’essayer mes nouvelles cartes et de t’apprendre à jouer. »

Yumeki soupira alors que ses épaules s’écroulèrent.

— Dès fois, je me demande si elle est innocente ou distraite ? J’aurais peur à ta place…pensa-t-il.

Elle sifflota joyeusement, mais ne lâcha pas son bras. Lorsqu’il s’en rendit compte, il était tellement exténué qu’il préféra ne rien dire.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent à nouveau et, après avoir cherché leur chambre, ils finirent par y entrer.

En soi, elle n’avait rien de spécial, c’était une pièce d’un confort approprié au prix payé : il y avait un lit, une télévision, une salle de bain, un petit frigo et quelques autres meubles.

« C’est bon, tu peux lâcher mon bras je pense. A moins que tu ne veuilles vraiment que tout le monde pense qu’on va faire ce qu’ils s’attendent qu’on fasse… »

Il prononça ces paroles assez froidement, il ne voulait pas, malgré le sens de ce qu’il venait de dire, qu’elle pensa qu’il fût un pervers, il voulait juste qu’elle lâchât son bras.

Elle s’éloigna, se mit sur la défensive et croisa les bras en le regardant d’un air courroucé, mais incroyablement adorable :

« J’aime pas quand tu dis des choses perverses…

– Ouais, ouais, dit-il en se grattant la tête avec sa main droite. En attendant, c’est quand même toi qui te colle à moi, tu sais ? »

Les yeux de Linka s’écarquillèrent :

« Tu es méchant en plus d’être un pervers…, dit-elle en gonflant ses joues.

– Ouais, je sais. Allez, dépêche-toi de rentrer là-dedans, qu’on s’y mette.

– Je suis contente de te voir si impatient, je ne savais pas que tu attendais tellement ce genre d’initiation. »

Contrairement à lui, elle n’avait pas l’esprit mal tourné, elle ne semblait pas du tout percevoir le double sens de ses paroles.

Il se sentit honteux, prit sa tête dans sa main et referma la porte derrière eux.

« On s’installe sur ce tapis, ça te va ? Il faut un peu de place pour disposer les cartes. »

Il se contenta de hocher mécaniquement de la tête et de tenter de reprendre son calme.

En fait, depuis que la porte s’était fermée, il avait l’impression d’être pris au piège dans la même cage qu’un tigre qui lui tournerait autour. Il avait beau se dire que Linka était plus proche d’un chaton que d’un redoutable prédateur, il arrivait de moins en moins à comprendre s’il se sentait plus la proie ou plus le prédateur.

Bien sûr, il se demanda s’il n’avait pas avant tout peur de lui-même. Arriverait-il à se retenir face à une fille si charmante et si vulnérable ?

« Attends-moi deux minutes, je vais… me laver le visage…, dit Yumeki.

– D’accord ! On a le temps de toute manière. Je prépare mes rangs en attendant. »

Sur ces mots, Linka sortit de son sac un classeur avec des cartes et commença à le feuilleter.

Yumeki se dirigea immédiatement vers la salle de bain, il tourna le robinet de l’eau en position froide et se regardant dans le miroir, il pensa :

–- Bon, reprends ton calme, Yumeki. Elle ne tentera rien et toi non plus, hein ?

Sur ces mots, il s’aspergea le visage d’eau et se donna une claque sur chaque joue.

<< Si tu tentes quoi que ce soit avec elle…>>

Une voix soudaine venait de sortir de la poche. La carte de Lily s’y trouvait encore, dans la hâte de tout ce qui s’était passé, il n’avait pas pensé à la mettre avec les autres.

Il la sortit de sa poche pour mieux la voir. Lily venait de quitter son « cadre », elle se tenait debout au-dessus de la carte et croisait les bras ; son expression était vraiment menaçante et colérique, ses yeux étaient plissés pour intensifier son intimidation.

« Tu crois vraiment que je m’intéresse à elle ? Sois pas bête, elle n’a même pas de p… »

Cherchant à se justifier, par instinct, il venait de frôler la discussion dangereuse, il parvint de justesse à s’empêcher de prononcer la suite.

Mais, il était déjà trop tard, Lily avait bien compris, son visage devint encore plus énervé, elle bondit vers le visage du jeune homme et le rua de coups. Malgré sa petite taille et sa force, c’était tout de même douloureux.

« Aïe ! Espèce de sorcière complètement folle ! »

Elle reposa ses pieds sur la carte et dit :

<< Je vais t’apprendre moi à juger les femmes sur la taille de leurs poitrines!! >>

« C’est vrai qu’en la matière, tu fais partie de l’élite ! »

Yumeki s’étonna lui-même de son sens de la répartie particulièrement cruel.

Cette fois, la veine du front de Lily devint saillante, elle lui sauta au visage et le rua de coups au point de l’obliger à faire quelques pas en arrière, et, à cause de cela, il perdit l’équilibre et tomba dans la baignoire.

Pendant quelques secondes, il se demanda ce qui lui arrivait…

« Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu vas bien ? »

Dit Linka en entrant dans la salle de bain. Manifestement, Yumeki n’avait pas verrouillé la porte.

Elle s’approcha pour lui tendre la main et l’aider à se relever lorsque :

<< Éloigne-toi de lui ! Cet homme est un prédateur sexuel en rut, si tu le touches tu vas te retrouver dans le pétrin avant même de l’avoir réalisé ! >>

La carte était tombée au sol, Yumeki l’avait lâchée, mais la Sorcière flottait dans les airs ; elle s’était interposée entre Linka et le jeune homme.

« Ah bon ? Dit innocemment Linka. Pourquoi tu dis ça ? Yumeki est vachement sympa, au contraire… »

<< C’est ce qu’il veut te faire croire pour faire tomber ta vigilance de jeune femme (quoi que je me demande si elle peut tomber plus bas, marmonna-t-elle au milieu de la phrase) et ensuite t’attaquer, te faire perdre ton honneur et s’en aller comme un vil forban sans prendre ses responsabilités ! Je les connais les gars comme ça ! ”

Linka applaudit et dit avec une expression de stupeur :

« Ooooh ! Tu sais faire des phrases très compliquées. Par contre, je ne pense pas que Yumeki soit comme ça. En plus, on s’est déjà embrassé quelques fois, il n’a jamais rien tenté de déplacé.

– AAAAAAHHH ! Arrêtez toutes les deux ! NON, je ne vais rien faire, je suis pas comme ça ! »

Yumeki ne pouvait pas rester sans rien dire, l’évocation des baisers avec Linka venait de lui faire le même effet qu’une douche froide au réveil.

« Tu vois! Il l’a dit lui-même, pourquoi il ferait quelque chose ? En plus, je suis sûrement pas son genre… »

Dit-elle sur un ton descendant et en détournant le regard.

<< Pauvre agneau qui ne se rend pas compte de son attirance… En plus, un prédateur sexuel comme lui s’en fiche pas mal des goûts, on sait tous ce qu’il veut. >>

« Comme dans les doujins R-18 ? Il va m’attacher, me déshabiller et tout et tout…»

Demanda Linka en fixant avec sérieux Lily. Malgré son air grave, elle devint totalement rouge et une certaine tension pouvait se lire sur son visage.

<< Je sais pas du tout de quoi tu parles, ma chère. Par contre ! Dit-elle en se tournant vers Yumeki et le pointant du doigt. Par contre, si tu te hasardes de lui faire du mal, je te pulvériserais à coup de magie noire, je te préviens ! >>

Sur ces mots, elle sauta à l’intérieur de la carte.

« Tu veux de l’aide pour te relever… tu vas pas…

– NON, c’est bon, puisque je te dis que je vais rien te faire… Je t’avais prévenu en plus ! Tu peux toujours partir si tu as peur, tu sais ? »

Linka toujours rouge balbutia quelque chose que Yumeki ne parvint pas à comprendre, puis d’une voix plus forte :

« Non, c’est bon, je sais que tu es un type bien. Allez, allons jouer ! »

Elle lui tendit la main pour l’aider à se relever. Ils se regardèrent gênés pendant quelques secondes, puis Linka ressortit de la salle de bain en laissant la porte ouverte.

Il se sécha le visage, regarda son reflet dans le miroir et pensa :

–- Je sens que ça va être très long comme nuit…

Son initiation à Replica of Battle Heroes commença juste après et, comme il s’en doutait, c’était compliqué.

Non seulement, il s’agissait d’utiliser des cartes de héros, mais également de terrain/équipe, d’événements, d’équipements et les redoutables cartes apocalypse. Linka lui avait expliqué que ces dernières étaient très puissantes et coûteuses, mais étaient également à double tranchant ; en général, elles affectaient aussi bien l’adversaire que l’utilisateur.

Se sentant coupable des malentendus précédents, il se donna à fond pour essayer de comprendre les règles du jeu…

***

Tard dans la nuit, après leur énième partie qui s’étaient toutes soldées par la victoire de Linka, Yumeki décida d’aller au lit. Il était encore fatigué du combat de la journée et regrettait de devoir travailler le lendemain matin.

Il ne restait qu’un seul problème à régler : arriverait-il à dormir avec une jeune femme dans la même chambre que lui ?

« Bon, il faudrait que j’aille au lit. Tu es sûre de ne pas vouloir rentrer chez toi, ce serait plus simple pour tout le monde.

– Non, c’est bon, je t’assure. Je ne ferais pas de bruit et je te ferais rien d’indécents, c’est promis ! »

Il secoua la tête et soupira :

« Je m’en doute, idiote. Cela dit, ce serait moins gênant pour tout le monde si tu rentres, tu sais ?

– Tu ne veux pas que je veille sur toi ? Dit-elle d’un air attristé.

– Tu crois vraiment que je veux être protégé par une fille ?! »

Elle le regarda en plissant ses yeux d’un air vexé.

« Je te voyais pas si misogyne… C’est pas bien grave, personne le saura.

– Ahh! Mais… mais… »

A cet instant, pensa-t-il  :

–- Comment te faire changer d’avis, espèce d’otaku obstinée ?

Linka leva son index en l’air comme si elle venait de comprendre quelque chose.

« Je vois, je vois… tu préfères que je joue le rôle de la princesse en détresse… D’accord ! »

Elle marqua une petite pause, changea de pose au profit d’une plus féminine et, d’une voix faussement affectée, elle dit en se tapant délicatement la tempe :

« Tehee ! J’avais oublié… J’ai peur de rentrer seule à cette heure de la nuit. Il y a plein de risques pour une jeune fille comme moi~ Tu me laisserais rester ici cette nuit, pour qu’il ne m’arrive rien ? »

Elle finit sa phrase en tirant la langue. Même en tant qu’imitation elle ne paraissait pas du tout convaincante.

« T’es intraitable ! Bon, allez, reste là, mais moi je vais dormir, je te préviens.

– OUI !!! »

S’exclama-t-elle en levant ses bras. Il soupira de dépit, il avait été vaincu par abandon, il avait préféré ne pas livrer bataille.

Elle sourit, puis s’exclama soudainement, *Aaah ?*, et dit :

« Tiens, je te donne ça comme remerciement. J’en ai pris un mignon, c’est Kayuri sur la couverture. »

Elle lui tendit un classeur pour ranger des cartes assez similaire à celui qu’elle utilisait, si ce n’était l’illustration qui se trouvait dessus.

« Pourquoi ce cadeau ? Demanda-t-il en le prenant en main pour l’observer de plus près.

– J’en ai pleins et vu qu’on a oublié de t’en acheter un, j’ai pensé te l’offrir. Pourquoi, ça te pose problème ?

– Bah, c’est que j’aime pas tellement recevoir des cadeaux, tu sais ? »

Elle pencha la tête d’un air surpris.

« Pourquoi ? Tout le monde aime recevoir des cadeaux, non ? »

Cette question était digne d’elle, nulle autre personne n’aurait osé poser une telle question.

« Bah, tout le monde sait que recevoir un cadeau, c’est un peu gênant… après faut en offrir un à son tour et on est pas sûr que l’autre aime…

– Tu te poses trop de questions des fois, tu sais ? Si tu ne ranges pas les cartes dans un classeur, tu risques de les perdre, ce qui serait dommage. Imagine si tu perdais cette chère Lily ou Sary ? »

Il ne savait plus que répondre… Pour cette fille les choses étaient tellement simples : elle avait eu envie de lui offrir un cadeau, elle l’avait fait sans arrière-pensée, elle était simplement franche.

« Bon, ok. Merci Linka ! »

Malgré ces paroles, il se promit à lui-même de lui offrir un cadeau par la suite. Comme si elle avait lu ses pensées :

« En plus, tu m’as déjà offert une figurine collector et un jeu, si on doit tenir les compte, tu as de l’avance. »

Elle arbora un large sourire. Une fois de plus, il lui semblait qu’elle avait gagné… que pouvait-il répliquer à cela ?

« Ouais, enfin, je te rappelle que tu me prêtes un appartement sans rien me demander en échange. Si on calcule comme ça, tu as tellement d’avance que je serais ton esclave.

– Mon esclave ? Héhé ! Ce serait drôle ! »

Elle mit sa main devant sa bouche pour cacher un sourire malicieux.

« Idiote ! »

Elle se mit à rire encore plus fort, au point d’entraîner Yumeki dans ce fou rire. Cet instant d’insouciance lui fit le plus grand bien, depuis le début de la soirée, il n’avait fait qu’être crispé, à tel point qu’il avait oublié le caractère amical de celle avec qui il se trouvait.

Linka n’était pas son amoureuse, mais bien son amie.

Suite à quoi, ils rangèrent chacun de leur côté leurs cartes.

Tout en rangeant, Linka faisait des commentaires : « Ce qu’elle est mignonne ! » ou encore « Jouée avec un counter dispell, ou une invoke Hades, tu peux kill à l’adversaire pas loin de 5 MP. »

Yumeki finit donc le premier et une considération lui vint à l’esprit : il devait prendre sa douche.

Il déglutit et regarda Linka. Il sentit les battements de son cœur s’accélérer…

« Je… je… je vais me doucher, ça… te dérange pas ? »

Elle détourna son attention de la carte qu’elle regardait et le fixa droit dans les yeux :

« Pourquoi ça devrait ? »

Il secoua la main pour lui signifier de laisser tomber, se releva et s’en alla dans la salle de bain. Cette fois, il n’oublia pas de verrouiller la porte.

Alors qu’il prit sa douche, son cerveau entra en ébullition, il ne cessait de remuer les deux données dérangeante de l’équation : Linka et chambre d’hôtel.

Il se dépêcha de se laver, son embarras n’avait que trop duré. Néanmoins, en réfléchissant à l’idée de dormir dans la même pièce qu’une fille, il avait envie de s’échapper par la fenêtre de cette pièce au huitième étage.

Il finit par sortir de la salle de bain, plus exténué qu’en y entrant.

Un spectacle inattendu se déploya devant ses yeux et augmenta son rythme cardiaque redevenu stable.

En effet, Linka était couchée par terre en train de jouer sur sa console portable, mais elle s’était changée entre temps, elle avait endossé son pyjama qui se composait d’un simple T-shirt, certes longs, mais qui s’arrêtait au-dessus de ses genoux et exposait ses jambes nues.

Qui plus est, au vue de sa position allongée sur le ventre, on devinait assez aisément les formes rebondies de ses fesses.

« Que… Que… Que… ?! »

Il bégaya sans pouvoir continuer sa phrase. Linka, en entendant sa voix, se retourna et dit calmement :

« Ah, tu es sorti ?! Je me suis changée et j’ai commencé à jouer, j’espère que ça te dérange pas… »

Il reprit un tant soit peu son calme et la pointant du doigt :

« Tu… tu n’avais pas un autre pyjama ? Tu penses pas que c’est très inconvenable ? »

Il devint de plus en plus rouge à mesure qu’il formula cette remarque.

Linka se regarda, se leva et montra son T-Shirt avec un grand sourire :

« Tu l’aimes pas mon pyjama T-Shirt de Magick Over Window ? »

Sur celui-ci, il y avait trois dessins de jeunes filles avec des vêtements de cosplay qui prenaient des poses et qui étaient armées de bâtons magiques.

Bien entendu, les filles étaient toutes très mignonnes, mais ce n’était pas le problème. La longueur de ce pyjama n’était pas réglementaire et surtout le fait qu’elle ne portait pas de bas…

« Ouais, il est cool… Mais pourquoi tu ne portes rien dessous ? »

Elle le regarda étonnée :

« Bien sûr que j’ai quelque chose en-dessous… Normalement, non, mais puisque tu es là, j’ai un short dessous. Tu veux voir ? »

Sur ces mots, elle se saisit des bords de son T-Shirt et commença à le relever lentement.

« NOOOOOONN ! Arrête !! Je te crois ! »

Il ferma les yeux en tendant les mains devant lui.

« Ah bon ? Pourtant y’avait rien de spécialement pervers, c’est juste un short. »

Après quelques secondes de silence, Yumeki rouvrit les yeux et put voir que Linka se tenait devant lui et le regardait.

« Tu vas donc te coucher ?

– Oui, pas le choix.

– Ok. Tiens, au fait ! Il y a une lettre pour toi qui est arrivée pendant que tu prenais ta douche. Le commis d’étage a toqué, c’était quelqu’un qui est venu la déposer à la réception directement.

– Mmmm, étrange, dit Yumeki intrigué tout en fermant un œil. De quoi s’agit-il ?

– Je l’ai pas ouverte, elle est adressée « Au Seigneur des Fiefs Aethyriques ».

– Ça veut dire quoi ce truc ? »

Linka soupira en secouant légèrement la tête :

« Celui qui possède la carte de la Sorcière, c’est ça que ça veut dire. La personne doit pas vouloir le crier sur tous les toits, c’est une bonne chose. J’en conclus donc qu’il s’agit d’un utilisateur de la TC. Et puisque personne ne sait que nous sommes ici, je pense qu’il s’agit d’un autre possesseur de la carte Lily. J’ai même ma petite idée quant au contenu de la lettre. Tiens ! »

Dit-elle en prenant une enveloppe sur la table de chevet et en la lui tendant.

Yumeki regarda l’enveloppe, elle était d’un papier assez épais et était fermée par un petit ruban.

Il l’ouvrit.

Ce qui lui sauta immédiatement aux yeux, c’était la qualité de l’écriture, c’était quelqu’un qui pratiquait sans aucun doute la calligraphie. Il présuma même l’usage d’un pinceau traditionnel.

L’autre chose qu’il constata rapidement, c’était une quantité impressionnante de vieux kanjis, pour certains si complexes et rares qu’il ne connaissait ni leurs lectures, ni leurs significations.

Les formules en elles-mêmes étaient également complexes, les formules de politesses étaient très pointilleuses.

Il comprit néanmoins que la première partie de la lettre était une présentation et des excuses, mais ça s’arrêtait-là.

Finalement, le plus intéressant, c’était la fin de la lettre : on le déclarait en duel à la régulière, le lendemain soir à 20h au Card Collyseum.

Il tendit la lettre à Linka qui eut le même genre d’expression que lui :

« La personne qui a écrit ça est dangereuse, on ne peut pas utiliser autant de vieux kanjis sans avoir un chuuni incroyablement élevé. Il se peut que son score dépasse le million.

– Le million de quoi ? De yen ?

– Non, laisse tomber. En tout cas, j’ai bien l’impression que c’est quelqu’un qui fait passer le code de l’honneur avant le reste. Il aurait pu se contenter de venir m’attaquer pendant que tu étais sous la douche, récupérer la carte et s’enfuir, mais il a préféré te déclarer en duel.

– Ouais, en effet, je lui suis reconnaissant de ne pas avoir attaqué pendant un moment de vulnérabilité.

– Du coup, je pense qu’il ne recherche pas un vrai combat, mais un duel de carte, sinon il n’aurait pas pris la peine de faire ça. »

Dit-elle en levant son doigt en l’air et en prenant un air faussement sérieux.

«  Ouais, ça à l’air de se tenir. Il est possible que c’est son intention… »

Linka hocha de la tête en guise d’approbation.

« Bon, va dormir pour le moment, je vais veiller sur toi…euh, je vais profiter de ta protection. Demain, tu me contacteras avant de revenir à Akiba. »

Fort de ces nouvelles informations, il entra dans le lit et éteignit la lumière. Même si elle ne faisait pas beaucoup de bruit, il savait que Linka était là.

Au début, il ouvrait parfois les yeux angoissé et gêné, il apercevait la luminosité de l’écran de la console portable de Linka, mais avant même qu’il ne pût s’en rendre compte, la fatigue de son combat l’assaillit et il s’endormit…

***

27 octobre…

Lorsqu’il ouvrit les yeux, il faisait jour.

Couché sur le dos, il regarda un instant le plafond de cette chambre d’hôtel aux teintes jaunâtres en raison de la lumière qui filtrait à travers les rideaux.

D’une voix embarrassée, autant par la situation que par son sommeil impromptu, il dit :

« Bon… jour… »

Mais, aucune réponse ne lui parvint. A vrai dire, il n’entendait aucun bruit du tout. Linka était-elle partie pendant la nuit ?

Il tendit la main pour attraper son téléphone portable qu’il avait laissé sur la table de chevet, et qui devait lui servir de réveil. Manifestement, il s’était réveillé quelques minutes avant la sonnerie programmée, il ne disposait pas de beaucoup de temps libre.

Néanmoins, la disparition de Linka le préoccupait, elle était censée jouer aux jeux vidéo.

Il coupa son réveil devenu inutile et commença à se lever lorsqu’il sentit quelque chose retenir la couverture sur le côté droit. Il se retourna et vit Linka endormie avec sa tête posée sur le lit.

Il soupira et dit à basse voix :

« Heureusement qu’elle devait me veiller… Bah, tant mieux au final. »

Il sortit donc du lit par le côté gauche et s’approcha silencieusement de la jeune femme.

Elle s’était endormie en position assise, par terre, alors qu’elle jouait. Dans sa main gauche, qui était posée au sol, se trouvait encore sa console portable ; la fonction économie d’énergie avait bien sûr coupé l’écran suite à une longue inactivité.

Sa tête reposait sur son bras droit qui se trouvait lui-même sur le lit.

Elle était charmante au plus haut point, cette vulnérabilité du sommeil la rendait attirante au-delà de tout raisonnement.

*boum boum*

Le cœur de Yumeki se mit à battre furieusement alors que ses yeux encore brumeux se posèrent sur la jeune femme.

— Je ne peux pas la laisser dormir comme ça, non ?

Pensa-t-il comme s’il cherchait à se justifier auprès de lui-même.

Il déglutit et s’approcha d’elle en vue de la coucher sur le lit. Mais, rapidement, un élément l’arrêta net : son T-shirt était un peu levé et on voyait sa cuisse.

— Elle n’avait pas un short en-dessous, c’est ce qu’elle m’avait dit ? Se demanda-t-il paniqué.

Après quelques secondes de réflexion, il finit par arriver à une conclusion : en s’accoudant au lit, son short avait dû remonter, il devait à présent se trouver à la limite de la séparation du T-shirt et de ses cuisses.

Mais, il n’avait pas vraiment le temps pour approfondir sa réflexion, il devait encore s’habiller, se laver et aller prendre le train.

Aussi, il prit son courage à deux mains, malgré l’affolement de son cœur et la chaleur qui montait à son visage, il s’approcha de Linka, lui retira la console de jeu de la main, puis il la prit délicatement dans ses bras à la manière d’une princesse.

Mais, à ce moment-là, malgré ses nombreuses précautions, le T-Shirt se leva un peu plus et… il n’y avait pas de short pour couvrir ces cuisses.

Seule sa petite culotte blanche couvrait cette zone interdite à la vue, seule elle protégeait par son délicat tissu le fief sacré de sa féminité.

Il se figea un instant, comme pétrifié par cette vue, ses yeux n’arrivaient pas à se détacher du précieux morceau de vêtements. Elle lui aurait menti la veille lorsqu’elle parlait de short ? Pourquoi ?

Comme pour répondre à sa question, il remarqua à cet instant précis, à l’endroit où était auparavant assise la jeune femme, le short dont il était question. Vraisemblablement, elle l’avait enlevé une fois le jeune homme endormi.

— Idiote, comment tu peux avoir tellement confiance ? Ton honneur ne tient qu’à un fil ?! Faut que je me calme… FAUT QUE JE ME CALME !

Il inspira très fort plusieurs fois de suite et, afin de se calmer, il ferma les yeux :

— Il s’agit de Linka, c’est ton amie et ton guide, non ? Puis, si elle savait que tu as vu sa petite culotte, elle t’en voudrait tellement…

Au fond, il n’arrivait pas à se convaincre de ce dernier argument, il savait que même si la jeune femme n’aimait pas les propos pervers et les choses du genre (Yumeki s’étonna pour la première fois de la contraction provenant du fait qu’elle aimait pourtant les eroge et les doujinshis R-18), elle ne le rayerait pas de sa liste d’amis pour si peu.

« Aaaarg ! »

Finit-il par s’exclamer alors qu’il fit le tour du lit en portant Linka. Il la posa à la place qu’il avait occupée précédemment et, prestement, sans réellement prendre le temps de regarder ou de comprendre, il tira la couverture sur elle.

— Mission accomplie, pensa-t-il.

Comme s’il venait de participer à une course athlétique, il se laissa tomber à genoux au chevet de la jeune femme et se mit à respirer fort. De la même manière, son cœur battait aussi fort que s’il avait réellement participé à une course.

Après quelques secondes, il porta ses yeux sur la jeune femme endormie.

— Elle est si belle quand elle dort…

Pensa-t-il involontairement.

— Je l’ai déjà embrassée, mais je me suis jamais rendu compte à quel point ses lèvres paraissent douces…

Il inspecta les dites lèvres. Effectivement, leurs tailles n’étaient ni trop grandes, ni trop petites ; leurs rondeurs n’était pas non plus exagérées, elles étaient douces et rebondies.

Sans même s’en rendre compte, Yumeki s’approchait de plus en plus de celle-ci comme s’il était victime d’un envoûtement qui l’attirait inexorablement.

— Qu’est-ce que je fais ?! Non, mais arrête… arrê…

Une partie de sa volonté le poussait à s’arrêter là, mais une autre partie l’incitait à poursuivre ; actuellement, c’était bien plus cette seconde partie qui dominait.

Alors qu’il n’était plus qu’à une dizaine de centimètres et alors qu’il menait un conflit interne…

<< Je scelle le pacte de Destruction au nom des Ténèbres Abyssales…>>

Une voix féminine s’éleva dans la chambre, il la reconnut rapidement à son ton sec et agressif : Lily !

Il ouvrit instantanément les yeux et s’éloigna de Linka si rapidement qu’il tomba à la renverse.

Il regarda dans la pièce et vit au sol la carte Lily tombée de la poche de son pantalon, au-dessus d’elle flottait une petite sorcière d’une quinzaine de centimètres, elle était en pleine incantation, des volutes d’énergies noires se réunissaient entre ses mains.

« C’est bon, c’est bon ! J’ai rien fait de mal ! Tu vas la réveiller en plus, je m’en vais, je vais au travail ! Ok ? »

Il agitait ses mains devant lui.

<< Je t’avais prévenu sale pervers. Dusk wave ! >>

A cet instant-là, une sorte de vague d’énergie brute et sauvage jaillit de ses mains et s’élança à vive allure sur Yumeki.

En temps normal, un être humain subissant un tel assaut aurait été démembré, gelé et brûlé, le tout en même temps, mais puisque la puissance de la sorcière à l’état actuel était réduite, l’attaque ne fit que sonner Yumeki pendant quelques minutes.

Lorsqu’il revint à lui, Lily était retournée dans sa carte et Linka dormait encore.

« Satanée sorcière ! »

Marmonna-t-il avant de prendre ses affaires, d’aller dans la salle de bain et de se préparer à partir.

En ressortant, il ramassa la carte magique au sol et la regarda.

Lily lui tournait à nouveau le dos et faisait semblant de ne pas l’avoir vu.

« Promets-moi de ne rien lui dire ! J’ai compris, j’ai tellement honte, tu sais ? Je ne voulais vraiment pas… »

Lui demanda-t-il d’une voix implorante et sincère.

La sorcière soupira, se tourna et lui tira la langue avant de se rasseoir et de l’ignorer.

Il n’en tirerait rien de plus, vu son caractère de cochon. Aussi, il la mit dans le classeur que Linka lui avait donné la veille et rangea le tout dans son sac tout neuf.

En effet, à cause de ce pouvoir de localisation, il avait dû acheter des affaires à la hâte avant d’aller à l’hôtel, il n’avait pas pu passer récupérer ses propres affaires.

Il referma la porte derrière lui doucement et s’empressa de se rendre à la gare pour rejoindre la Chuo Line en direction de Shinjuku…

***

La journée de travail se passa sans grandes surprises.

Comme il s’y attendait, Yumeki subit quelques plaisanteries de la part de ses collègues masculins. De plus, il se sentit observé, mais peut-être était-ce dû à son imagination.

A peine eut-il fini son travail qu’il se rendit immédiatement à la gare sans passer par chez lui. Il trouvait cette situation très pénible, mais il ne pouvait pas se permettre de mettre son appartement en danger.

Alors qu’il monta dans le train, il envoya un message à Linka :

« Je serai dans un quart d’heure environ à la gare. Je te rejoins où ? »

Il était actuellement 18 heures passées. Il avait eu de la chance, il n’avait pas eu besoin de faire des heures supplémentaires ce jour-là.

« Tu veux manger avant le duel ? (¬ ¬ ) »

— Ah, celle-là ! Tout passe toujours par la nourriture, pensa-t-il.

Toutefois, malgré sa remarque, il approuva l’idée, il avait effectivement faim. En raison de son sens de culpabilité et en raison des plaisanteries de ses collègues, il avait décidé d’empiéter quelque peu sur sa pause déjeuné… et au final, il ne l’avait pas prise du tout.

Il répondit donc :

« Ok, va pour aller manger. De toute manière, on a un peu de temps avant le duel. »

Et comme d’habitude, il n’attendit pas longtemps avant d’avoir une réponse, la vitesse d’écriture de Linka était vraiment fulgurante.

« Qry ? Je t’atta à la gare, sortie éléc. (^▽^) »

A force de message, il ne restait plus que quelques arrêts avant son arrivée à Akiba, il décida donc de ne pas répondre tout de suite.

Quelques minutes après, il descendit du train et rejoignit la jeune femme qui l’attendait adossée contre un pilier publicitaire devant les guichets automatiques.

Elle jouait sur sa console portable alors que nombre de jeunes hommes la regardaient. Ce n’était pas chose inhabituelle de voir quelqu’un jouer pour faire passer le temps d’attente, mais sa beauté était telle qu’elle attirait constamment les regards.

Ayant ses écouteurs dans les oreilles, elle ne remarqua même pas Yumeki, ce n’est que lorsqu’il arriva réellement en face d’elle qu’elle sursauta.

« Ah tiens ! Salut ! Tu vas bien ? Dit-elle en retirant les écouteurs de ses oreilles et en appuyant le bouton de mise en veille de sa console portable.

– Ouais, ça va… tu jouais à quoi pour être si absorbée ?

– Ah ça ? Il s’agit de Striking Nude Girl, un mélange de jeu de shoot et de RPG.

– Nu…de ? C’est pas le mot anglais pour dire…

– Nue ! Ouais, c’est ça, l’interrompit avec enthousiasme Linka. Tu vois que tu connais quand même quelques mots d’anglais… même si c’est très ciblé… »

Immédiatement, il se sentit embarrassé par ces paroles, il avait l’impression que toutes ces oreilles indiscrètes venaient d’entendre la conversation. Déjà que nombre de ces spectateurs devaient avoir envie de le tuer puisqu’il fréquentait Linka, si en plus ils commençaient à supposer ce genre de choses…

« En fait, dans ce jeu, lorsque tu tires sur les adversaires, elles perdent des vêtements. Quand elles sont en sous-vêtements, elles ont généralement trop honte et arrêtent de se battre. En fait, il s’agit d’écoles militaires qui s’affrontent amicalement avec des balles… »

Yumeki l’arrêta en lui mettant sa main sur la bouche.

« On en reparlera plus tard, d’accord ? Héhéhé… »

Il sourit de manière crispée et, sans attendre sa réponse, il attrapa Linka par le bras et l’entraîna un peu plus loin, hors de la zone d’affluence de la sortie de la gare.

Cette dernière se laissa faire, elle ne dit rien, elle se contenta de le suivre.

Puis, alors qu’il ralentit le pas :

« Le restaurant de curry est de l’autre côté de la gare, en fait…

– Ah bon ? Zut !

– Pas grave, on peut aller à ce petit restaurant là-bas, à la place. De toute manière, on a trop peu de temps, on ne pourra qu’élaborer une stratégie globale de jeu… »

Dit-elle en désignant un petit restaurant au coin d’une rue.

Il s’arrêta de marcher et lui lâcha le bras.

« D’accord, j’approuve, dit-il en hochant de la tête.

– Allons-y ! Sinon, pour revenir sur SNG, le jeu dont je te parlais avant… En fait, les deux écoles sont en conflit quant à la tenue réglementaire de l’armée officielle du pays : l’une professe les jupes et les collants, alors que l’autre les mini-shorts… »

Yumeki la regarda embarrassé, le jeu dont elle lui parlait paraissait franchement pervers, la suite des explications étaient encore pires, puisqu’il put apprendre que les écoles ne se battaient pas seulement pour les jupes ou les shorts, mais également quant aux sous-vêtements officiels, leurs types, leurs couleurs et leurs matériaux.

Parmi la quantité d’informations qu’il put retenir de l’exposé de Linka,- passée en mode « encyclopédie otaku »,- il était possible dans ce jeu de créer sa propre tenue vestimentaire en suivant des restrictions de création.

En effet, le joueur avait le choix de quelle école jouer entre les deux et il avait accès à un panel de choix vestimentaire différent selon son orientation.

Bien sûr, le fait qu’elle lui explique qu’il y avait des scènes érotiques dans les casernes et qu’il était possible de débloquer des CG (il ignorait la signification de ce mot, mais se garda bien de le lui demander) pour chacun des 60 personnages, n’était pas pour atténuer son embarras.

D’autant que la jeune femme continua d’en parler pendant le repas, alors que nombre de clients voisins à leur table les écoutaient manifestement.

Elle exposait tout ce qu’elle avait aimé du jeu avec une précision absolue, un promoteur commercial aurait aimé la qualité de la publicité qu’elle en faisait.

Finalement, une fois le repas fini, elle quitta le mode « encyclopédie » et aborda la question essentielle du duel.

Elle lui montra différentes stratégies en commentant à chaque fois les points forts et points faibles de chacune d’elles.

Il lui fallut bien reconnaître que pour ce genre de choses Linka était une vraie professionnelle, elle était exhaustive et pensait à tellement de détails que ça en devenait effrayant. Les premières parties de Yumeki avaient eu lieu la veille, il ne pouvait maîtriser de telles subtilités.

C’est alors qu’il l’écoutait parler qu’il se rendit compte que si son adversaire était au moins aussi doué que Linka, il n’avait certainement aucune chance de victoire.

L’espace de quelques instants, il espéra presque qu’ils aient mal compris le message et qu’il s’agisse en réalité d’un duel physique, un vrai duel à l’ancienne… mais son aversion pour la violence inutile le rappela à l’ordre, ce n’était pas une bonne chose d’espérer ce genre de choses.

Aussi, il écouta les explications de Linka du mieux qu’il put :

« Le problème, Linka, c’est que je ne suis pas aussi bon que toi. Je pense qu’il vaut mieux que je m’en tienne à une seule stratégie que j’apprendrais par cœur.

– Hein ?! Mais tu perdrais la spontanéité du jeu et l’amusement, ce serait comme si je jouais à ta place, non ? »

Cette idée ne semblait pas lui plaire, elle afficha une expression de déception.

« Ouais, enfin, contre un adversaire expert qui joue depuis longtemps j’ai aucune chance, tu sais ? »

Sur ces mots, Linka le regarda droit dans les yeux sérieusement, non point le regard joyeux et doux qu’elle avait en général, même lorsqu’elle était fâchée, mais un regard déterminé au point qu’il était écrasant, comme s’il pénétrait l’âme du jeune homme.

Elle lui attrapa délicatement la main pour le rassurer, mais ce fut plutôt l’effet inverse qui se produisit, le cœur du jeune homme se retrouva comme enserré par la puissante étreinte d’un serpent.

« Tu peux le faire, rien n’est impossible pour un Elu ! Repose-toi simplement sur ton instinct. »

Yumeki ne savait si lui répondre ou non, mais finalement il dit :

« Encore cette histoire d’Elu ? Tu m’as dit que c’était faux en plus, arrête donc de…

– C’est pas important, dit-elle de sa voix et de son expression habituelle, ce qui est important c’est que tu n’es pas comme les autres, Elu ou un autre mot, ça revient au même. »

Il était vrai que Yumeki, contrairement aux autres utilisateurs de la Collection, était capable d’accéder aux pouvoirs de tout type de collection, que ce soit des cartes, des animes, des jeux vidéo, etc. Normalement, les utilisateurs de ce genre de pouvoirs ne peuvent le faire qu’avec leurs produits de prédilection,- uniquement.

Qui plus est, Yumeki n’était même pas un fervent otaku ; en théorie, il n’aurait jamais dû pouvoir accéder à de tels pouvoirs.

C’était la raison pour laquelle Linka l’appelait parfois de la sorte.

« Ouais, c’est bon j’ai compris… Je vais essayer de gagner par moi-même… »

Dit-il en baissant le regard comme intimidé.

« Tu verras ça se passera bien, tu peux y arriver ! »

Il n’était pas aussi confiant qu’elle semblait l’être alors qu’elle lui projeta son plus radieux sourire.

Il soupira et retira sa main de celles de Linka…

***

Quelques minutes plus tard, ils attendaient devant le Card Collyseum, un magasin de carte qui avait été très populaire avant l’ouverture du First Player, selon les dires de Linka.

Il était presque 20 heures, ils attendaient tous les deux à la lumière des réverbères des rues d’Akiba dans cette froide nuit.

Linka avait mis d’ailleurs les mains dans ses poches et tremblait légèrement.

« Tu aurais dû passer te chercher quelque chose de plus lourd, il fait froid pour la saison.

– C’est vrai qu’il fait anormalement froid… brrrr…Bah, il devrait pas tarder, après on entrera dans le magasin, dit-elle en s’agitant sur place.

– Tu peux aussi m’attendre à l’intérieur, je peux me débrouiller tu sais ? »

A ce moment-là, malgré la présence de nombreux individus aux alentours, une personne se fit immédiatement remarquer : c’était une jeune femme, une miko, elle portait un haori par-dessus son kimono.

L’instinct de Yumeki lui indiqua qu’il s’agissait sûrement de son adversaire. Peut-être était-ce à cause de la lettre de duel, il s’imaginait bien une miko utiliser un tel langage et une telle calligraphie.

— Ou peut-être aussi parce que j’attire des gens bizarres depuis quelques temps, pensa-t-il en guise d’explication pour lui-même.

Son regard se tourna un moment sur Linka, répondit par un sourire honnêtement ; elle pensait sûrement la même chose que lui.

La prêtresse s’avança d’un pas lent, calme et majestueux vers le jeune homme.

« Bonsoir ! C’est toi le possesseur de la carte de la Sorcière, n’est-ce pas ? »

Malgré son allure plutôt aristocratique, ses paroles étaient plutôt simples, un style qui différait beaucoup avec la lettre de la veille.

Qui plus est, ce qui étonna Yumeki, c’était son accent du Kansai.

« Euh… oui, c’est bien moi…

– Bonsoir ! »

Dit Linka d’un air joyeux en levant ses bras.

Puisqu’il faisait déjà nuit, c’est lorsqu’elle arriva à quelques mètres d’eux que Yumeki put réellement bien distinguer la jeune femme.

Cette dernière mesurait un mètre soixante-dix environ, elle avait effectivement une allure plutôt calme et aristocratique. Ses longs cheveux noirs aux extrémités teintes d’une couleur orangée étaient attachés en une queue de cheval avec deux longues mèches passant de chaque côté de son visage, alors qu’une frange irrégulière couvrait son front.

Le ruban bleu qu’elle utilisait pour les attacher était si long, qu’à la manière de deux nattes, elle le faisait tomber des deux côtés de sa tête sur ses seins.

Ses seins ne purent qu’attirer le regard de Yumeki tant leur volume était conséquent. En soi, ils étaient bien au-dessus de la moyenne sans être gigantesques ; ils devaient parfaitement tenir dans le creux de chaque main. Néanmoins, s’ils étaient naturels, leur taille était malgré tout impressionnante du point de vue du jeune homme.

Ses yeux étaient d’une couleur brun-rouille assez peu commune également, sous l’éclairage nocturne on avait parfois l’impression qu’ils étaient orange. Yumeki avait bien l’impression qu’il ne s’agissait pas de lentilles, mais bien de ses yeux naturels.

Contrairement à Linka, son charme n’était pas basé sur son côté mignon et doux, il était plus basé sur une féminité calme et élégante.

« Whaaa, quelle est jolie, hein, hein ? Yumeki ? »

Dit Linka sans aucune finesse et retenue. Ses paroles devaient être néanmoins la cristallisation des pensées des différentes personnes aux alentours.

Yumeki, immédiatement, sans réfléchir, mit ses mains devant la bouche de Linka et lui chuchota :

« Ça va pas de dire un truc pareil ?! »

Elle regarda Yumeki d’un air surpris et chuchota à son tour :

« Bah, c’est normal entre filles, non ? En fait, dans les anime j’aurais même le droit… non, le devoir d’aller vérifier l’état de sa poitrine…

– On est pas dans un anime, idiote ! »

Yumeki coupa sa phrase en élevant un peu sa voix.

« Hors de question, dit calmement la jeune femme avec son accent du kansai. Je refuse de me laisser tripoter par la première venue dont je ne connais même pas le nom. »

Elle tourna la tête d’un air autoritaire tout en croisant les bras.

Linka passa à côté de Yumeki et s’approcha d’elle, une fois juste en face, elle leva la main droite et dit :

« Moi, c’est Linka ! Je suis la… conseillère de Yumeki, ton adversaire et le possesseur de la carte de la Sorcière. Désolé de t’avoir vexée, si tu veux je te laisse d’abord vérifier les miens, mais ils n’ont rien d’extraordinaire contrairement aux tiens ! »

Yumeki blêmit, il ne savait plus où il devait se cacher. La jeune femme fit un pas en arrière et couvrit sa poitrine en la regardant d’un air un peu dégoûté.

« Héé… ça suffit, la perverse ! C’est… c’est pas trop mon truc ! »

Bien sûr, les spectateurs majoritairement masculins des environs étaient hautement intéressés par cette scène, les murmures allaient bon train. Certains se demandaient si ce n’était pas une imitation d’un anime célèbre qui passait actuellement à la télévision.

Yumeki, déterminé, s’approcha de Linka, il lui saisit la tête par derrière et la lui baissa de force. Lui-même s’inclina en même temps :

« Excuse-la, elle est un peu étrange… Nous te présentons nos excuses. Linka ?

– Hein ? Pourquoi ? C’est pas si grave que ça, non ? C’est pas comme si je voulais faire des trucs pervers avec des câbles et des…

– Stop !! Tu vas arrêter de débités de tels trucs ?! Si tu ne t’excuses pas… si tu ne t’excuses pas… je jouerais plus avec toi. »

Dit Yumeki en la menaçant à basse voix. Il avait trop honte d’utiliser un subterfuge si enfantin en public, mais il se sentait trop gêné par les propos de Linka pour les laisser passer.

« C’est très vil ! »

Répondit Linka en plissant les yeux et en adoptant son expression colérique mignonne pas du tout convaincante.

« Bon, d’accord ! Même si je vois pas trop pourquoi… Je m’excuse, je voulais pas te contrarier en souhaitant tripoter tes seins. »

Du point de vue de Yumeki, ces paroles n’arrangeaient en rien les choses, elles ne faisaient que les empirer, mais la jeune femme, plutôt compréhensive et gentille, sourit et mettant ses mains devant sa bouche.

« Pas… pas de problème. Vous êtes tous les deux très drôles. Ça m’a un peu surpris, mais je ne t’en veux pas…hahaha ! »

Son rire était également agréable et très féminin. Il détendit un peu l’atmosphère.

« Tu vois, c’était pas si grave ! »

Chuchota Linka à l’oreille de Yumeki.

Alors qu’il allait lui répondre :

« Mon nom est Ooshima Sakumi, mais vous pouvez m’appeler Sakumi ou Moe no Miko. Ma passion sont les jeux de cartes et le moe, je suis actuellement étudiante à l’université municipale d’Ōsaka. Enchantée de faire votre connaître. »

Elle s’inclina pour accompagner sa présentation.

« Moe no Miko ? »

Demanda Yumeki instinctivement.

« Oui, c’est mon surnom dans le milieu. Le tien, c’est quoi ?

– J’en ai…

– L’Élu ! Interrompit Linka alors que Yumeki allait répondre qu’il n’en avait pas.

– Je t’ai déjà dit d’arrêter avec cette histoire. En plus, tu es la seule à m’embêter avec ce surnom, on peut pas parler de surnom que j’ai reçu dans le milieu. »

Pendant ce discours, Yumeki lâcha la tête de Linka qui se redressa. A cet instant, ils étaient l’un en face de l’autre, Linka affichait un visage contrarié.

« T’es pas drôle… On va te surnommer comment alors ?

– J’ai pas besoin de surnom. Je te signale que je t’aide actuellement, après je laisse tomber donc… »

Sakumi se mit à rire à nouveau en cachant sa bouche, ce n’était pas un rire moqueur, mais bel et bien un rire sincère, celui de quelqu’un qui est réellement amusé.

« Vous êtes vraiment trop drôle tous les deux ! Hahaha ! »

Yumeki ne savait vraiment plus où se cacher, faire une telle esclandre devant tout ce monde. Il profita de la bonne ambiance pour dire :

« On s’y met, on pourra toujours parler après, non ?

– En effet. Entrons. »

Suite à ces mots, Linka partie la première, elle était très enthousiaste, elle souriait et marchait en regardant autour d’elle.

Sakumi fermait la marche :

« Elle est très dynamique, ta copine. »

*Hein?*

Confronté à ces mots, il s’arrêta net, ce qui fit manquer à Sakumi de se heurter à lui. Aussitôt, il répondit :

« C’est absolument pas ma copine… mais alors, vraiment pas. On est juste des… (il réfléchit quelques secondes avant de répondre, à dire vrai il ne savait pas encore comment il devait considérer Linka) amis, finit-il par dire alors qu’une goutte de sueur s’écoula le long de sa joue.

– En tout cas, vous vous entendez très bien, ajouta Sakumi d’une voix posée.

– C’est pas parce qu’on s’entend bien avec quelqu’un qu’on sort avec, non ?

– Mmmm, je suppose.

– Comment ça, tu supposes ? Tu es sortie avec tous les garçons avec qui tu t’entendais bien ? »

Sakumi leva sa tête l’air de réfléchir, puis elle plaça son index sur les lèvres de Yumeki et dit :

« Ara ! Ce ne sont pas des choses à demander à une fille. Haha ! »

Elle se mit à rire alors que Yumeki se figea sur place, elle le dépassa et monta sur l’escalator menant à l’étage supérieur.

En fait, elle dépassa même Linka, qui ne les voyant pas venir s’était arrêtée en face de l’escalator.

« Aaah, aaah… le pouvoir harem de notre cher Yumeki viendrait-il enfin de se réveiller au contact de notre magnifique miko venue d’Ōsaka ? »

Elle le regardait avec une expression marquée de complicité entendue. Yumeki tourna lentement sa tête vers elle, trop lentement pour l’empêcher d’ajouter :

« Vilain ! Tu vas réussir à tripoter ses seins avant moi… »

Il devint complètement rouge et ses yeux s’ouvrirent en grand.

« Dis pas n’importe quoi, idiote !! »

Sur ces mots, comme s’il l’ignorait, il lui passa à côté et monta à son tour dans l’escalator. Linka le suivit de très près et lui dit à voix basse :

« Bah, réfléchis-y. D’abord tu me rencontres moi, ensuite Koharu, et maintenant Sakumi… c’est un harem, te dis-je.

– Ah, parce que tu te considères dans le harem, toi ?

– Bien sûr ! Tu veux que je sois où ? »

Dépité, il prit sa tête dans la main. Une fille qui elle-même se considére comme faisant partie de ce genre de choses obscènes, que fallait-il lui répondre ?

–- Disait-elle ça pour rire ? Euh, et si au contraire, elle était vraiment… amoureuse de moi ? Non, impossible, quelle fille accepterait de se considérer dans le harem d’un type qu’elle aime ? Pensa-t-il paniqué par cette idée.

Il décida de ne rien dire et de presser le pas pour rejoindre Sakumi.

« Installons-nous à cette table là, ça vous va ? »

Demanda Sakumi en se retournant vers Yumeki qui venait de la rattraper.

Le jeune homme acquiesça sans franchement la regarder, il était encore gêné par les paroles de Linka.

Une fois assis, la prêtresse sortit d’une poche intérieure de son haori un classeur semblable à celui que Linka avait offert à Yumeki la veille. Il était décoré par des illustrations de filles mignonnes. Par l’ajout de dentelles sur les bords du classeur, Sakumi y avait ajouté sa propre touche personnelle.

« Whaaa ! C’est génial ! Dit Linka d’un ton des plus naturel. On sent tout de suite l’experte.

– Merci, mais c’est pas grand-chose, juste un peu de colle et des dentelles achetées dans un magasin de broderies.»

Linka s’approcha du classeur pour l’inspecter de plus près.

Sans même demander l’autorisation, elle se permit de toucher la dentelle :

« C’est tout doux ! On dirait les dentelles des petites culottes, c’est génial. »

Les yeux de Sakumi s’écarquillèrent un instant, puis d’un geste brusque elle tira un éventail d’une des poches intérieures (combien en avait-elle d’ailleurs des poches?) de son haori, l’ouvrit et se mit à rire de manière forcée.

*Hohoho !*

Pourquoi rigolait-elle de la sorte ? Yumeki n’en comprit pas la raison, mais c’était manifestement suspect.

Une fois le rire et l’étonnement passé, Linka se plaça derrière Yumeki et lui posa les mains sur les épaules.

« Allez bonne chance ! Utilise les techniques que je t’ai apprises ! Ah au fait, Sakumi, je ne participe pas, je vais juste assister au match, rassure-toi.

– Me rassurer ? Voudrais-tu dire que je n’aurais aucune chance contre toi ?

– C’est pas vraiment ce que je voulais dire… On jouera une autre fois, ce soir on est là pour votre duel. »

Puis, elle alla s’asseoir à l’autre bord de table.

Sakumi ôta son haori et le posa sur la chaise à côté d’elle. Elle s’inclina légèrement vers l’avant, suffisamment en fait pour que sa lourde poitrine élargisse l’échancrure de son kimono ; l’ouverture n’était pas assez large pour bien la voir, mais Yumeki, qui se trouvait en face d’elle, pouvait laisser libre cours à son imagination.

« Que les règles des batailles de l’Apocalypse nous lient, que les deux factions s’affrontent pour une Terre meurtrie et que les Stratèges de la Destinée mobilisent l’avenir de l’Humanité ! »

Yumeki était confus, tout autant par cette phrase qu’il avait du mal à comprendre, tant elle semblait sortir de nulle part, que par la générosité de la Nature qu’il devinait dans ce décolleté.

Il sentait ses joues flamber intérieurement et son rythme cardiaque s’accélérer. Il regarda Linka à la recherche d’un secours. Cette dernière articulait quelque chose sans faire sortir de son de sa bouche : « Chu », « Ni », « Byou »…

C’était ce que Yumeki parvenait à lire, mais il ne savait pas vraiment qu’en faire. Elle avait déjà qualité Sakumi de chuunibyou auparavant, voulait-elle signifier que ces paroles n’étaient qu’une fabulation sans importance ?

En tout cas, elle continuait de garder la tête baissée comme si elle attendait quelque chose. Aussi, Yumeki dans un élan de courage et sans réellement savoir quoi dire :

« Oui, que la bataille commence et qu’elle soit livrée avec honneur. »

Il avait vu récemment un vieux film de samouraï et sans réfléchir il s’en était inspiré pour cette phrase, il ne savait pas trop si elle convenait à la situation. Il avait jugé que Sakumi avait exprimé une sorte de déclaration de guerre, il en avait fait de même.

Elle se redressa avec un léger sourire :

« Tu sembles être un type bien. Battons-nous avec honneur et que le meilleur gagne ! »

Sur ces mots, elle ouvrit son classeur et commença la composition de son groupe de combat.

Yumeki était encore assez perturbé par tout ce qui venait de se passer, il regarda Linka pour voir sa réaction. Cette dernière leva ses deux pouces pour lui signifier son approbation.

A son tour, il ouvrit le classeur offert par Linka et commença à en sortir des cartes conformément aux entraînements de la veille.

Il avait essayé contre Linka différentes stratégies et différents schémas, il avait finalement opté pour celui avec lequel il se sentait le plus à l’aise : l’attaque rapide.

Linka avait donné un autre nom à cette stratégie, un nom allemand imprononçable qui était issue d’un vrai terme militaire ; à cette occasion, il s’était étonné que malgré sa culture principalement basée sur la culture otaku, elle connaisse si bien de tels éléments historiques.

Lorsqu’elle avait constaté son regard étonné, elle s’était contentée de lui répondre, sans qu’il n’ait rien demandé :

« Faut pas croire que nous autres otakus sommes des idiots uniquement passionnés par des choses futiles, kawai et idiotes… même s’il est vrai que j’adore ça… »

Elle s’était elle-même interrompue en regardant le plafond et en rêvassant, comme si elle était victime de ses propres pensées.

« … Quoi qu’il en soit, grâce à notre implication dans les mondes oniriques (au passage, Yumeki n’avait pas compris ce terme, mais il avait plus ou moins deviné de quoi il s’agissait), nous apprenons beaucoup de choses et ça développe notre curiosité. »

Suite à quoi, afin d’appuyer ses dires, elle cita des stratégies issues de l’Art de la Guerre de Sun Tzu. Effectivement, Yumeki ne savait plus que penser, elle était étonnamment bien informée. Il ne put que s’excuser d’une pensée qu’il avait eu et n’avait même pas exprimé.

La stratégie de l’attaque rapide, comme son nom l’indiquait, s’articulait autour de la vitesse et de la mobilisation massive d’une soudaine puissance d’attaque.

Dans Replica of Heroes, la phase de déploiement des forces était basée sur une main choisie par le joueur qu’on appelait ses Forces Actives, une autre pile de cartes qui étaient sa Réserve, qui était certes choisies, mais ensuite battues et mélangée, et enfin la pile de cartes dites Événements, qui était un ensemble de cartes spéciales.

Dans cette dernière pile, les règles stipulaient qu’il était possible d’ajouter un certain nombre de cartes Apocalypse en fonction du format de jeu choisis par les concurrents.

« Format standard ? Demanda Yumeki d’un air on ne peut plus sérieux.

– Oui, ça me va ! »

Elle arbora un sourire satisfait et confiant.

Pour sa stratégie, Yumeki avait choisi, conformément à l’enseignement de Linka, de faire l’impasse sur toutes les cartes d’annulations et de défense qu’il était possible de choisir dans sa main initiale. En fait, il ne les sélectionna même pas dans sa réserve, il n’avait besoin que d’une chose, une force d’attaque brute et dévastatrice semblable à un tsunami emportant tout sur son passage.

Il n’y avait pas de place pour la finesse. Son but était d’augmenter (ou booster comme le disait Linka) les statistiques de ses héros le plus rapidement possible afin d’écraser l’adversaire avant qu’il n’ait le temps de stabiliser sa propre stratégie.

« Je suis prêt, dit Yumeki d’un ton déterminé.

– Moi aussi, répondit la jeune femme en passant une des mèches de cheveux entre ses doigts.

– TRES BIEN ! S’écria Linka. Que la bataille commence ! Tour 1 ! »

Si la stratégie se passait comme prévue, il devait gagner au tour deux ou au trois. Une bataille trop longue le désavantagerait clairement, sa stratégie était faite pour frapper vite, mais s’épuisait très rapidement.

Il avait pris les cartes de boost les plus hautes en terme de renfort, mais leur durée n’était généralement que d’un tour ou deux, ce délai passé il perdrait très rapidement sa puissance et ne pourrait que perdre.

Il posa les trois héros qu’il était autorisés à jouer au tour un, ainsi que leurs cartes équipement et les boosts, ainsi qu’une carte terrain/équipe. Cette dernière était le pilier de sa stratégie, il s’agissait de l’Or des Aveugles.

D’après Linka cette carte n’était que rarement jouée par la faction des Mercenaires, la raison était assez évidente en fait. Tous les personnages dont la motivation pour l’argent était nulle recevait un bonus aux statistiques substantiel, or dans la faction des Mercenaires, nombreux étaient attirés par l’appât pécuniaire.

Dans ce cadre, Yumeki avait choisi Sary dont la motivation était « Inconnue » (ce terme excluait la motivation monétaire), Kira la Fauche-Mort,- carte assez rare selon les dires de Linka et qui était peu jouée car assez contraignante,- dont la motivation était la « Vengeance », ainsi que Magical Maid Yuriko, une carte assez faible en soi, mais qui gagnait pas mal en puissance lorsqu’elle était jouée en relation avec d’autres héroïnes féminines ; de plus, elle renforçait les cartes Équipe jouées.

Son autre carte de renfort était « Femina Crescendo » qui attribuait d’importants bonus à ses personnages si l’équipe était formée exclusivement de personnages de sexe féminin.

Le reste de ses cartes étaient composées d’objets magiques dit « jetables » selon Linka, mais qui étaient désigné par le jeu comme étant des « objets magiques artificiels » ou encore « créations alchimiques ».

Contrairement aux véritables cartes d’objets magiques, ces augmentations avaient une durée limitée dans le temps, ce n’était pas de « véritables objets magiques » qui duraient toute la partie.

Linka lui avait dit qu’il n’y avait presque aucun joueur qui basait sa stratégie sur ce genre d’objets, la plupart préférant la sécurité d’objets magiques réels. Il n’y avait qu’une stratégie dit « Alchimiste » qui avait des extensions de durée sur ce genre de cartes qui en usait fréquemment.

En contrepartie, leur puissance était souvent supérieure et convenaient très bien à l’utilisation que voulait en faire Yumeki.

« Ma valeur d’initiative est de 25, je suppose que je commence, non ? »

Affirma Yumeki.

Il avait effectivement jeté un coup d’œil à la main adverse, elle lui avait parue très normale, trois héros de la Destruction parmi lesquels Yveran le Maudit, Oeir la princesse succube et Luca le Héros Déchu. A part Yveran, qui était un héros demi-démon, au fort potentiel d’attaque, les autres étaient assez équilibrés. Oeir avait une initiative assez haute, mais puisque le score d’initiative était basé sur la somme de tous les héros, elle ne rattrapait pas la lenteur des deux autres. Son score global n’atteignait même pas quinze.

« En effet. Je t’en prie. »

Yumeki avait quelque hésitation quant à sa première cible. Yveran était le plus dangereux en terme d’attaque, mais Oeir disposait de pouvoir de cartes de sorts plutôt gênants. Quant à Luca, il ne savait trop qu’en penser. Linka lui avait certainement dit quelque chose à son sujet, mais il l’avait oublié.

Normalement, au vue de sa stratégie d’attaque rapide, ses cibles prioritaires étaient d’abord les héros à forte valeur de défense. En effet, il valait mieux rompre les rangs adverses tant qu’il était au plus haut de sa puissance d’attaque, il pouvait très bien se défaire des autres en étant amoindri.

« J’attaque Oeir la princesse succube ! »

Luca était celui qui avait la plus haute valeur de défense, mais Yumeki avait une idée derrière la tête : s’il arrivait à se défaire de Oeir, la valeur d’initiative adverse chuterait à moins de dix, ce qui ferait un écart de quinze point, donc il rentrerait dans le cas d’une embuscade et chaque héros pourrait attaquer une fois de plus immédiatement.

Sakumi était impassible, elle regardait froidement les cartes sur la table. Linka avait des yeux brillants, ils étaient presque devenus des phares tant ils manifestaient son enthousiasme et sa curiosité. Elle n’avait pas pu rester assise tranquillement sur sa chaise, elle s’était levée légèrement et s’était inclinée vers l’avant, se reposant sur ses coudes, pour voir de plus près la partie.

— Idiote, on va voir dans ton décolleté si tu continues de te pencher comme ça, pensa Yumeki avant de revenir à la partie.

« Ok, Yuriko utilise Moe Moe Virus, ce qui fait baisser la valeur de défense de 6 et retire 1 point de vie. Kira lance Danse Morte-Faux et fait perdre un total de 5 point de vie au vue de sa valeur de défense actuelle. Enfin, Sary lance Poing Onirique et inflige 5 autres points de dégâts, ce qui suffit à éliminer Oeir.

– En effet, dit calmement Sakumi en retourna sa carte pour signifier qu’elle était morte. Je joue «Lubrique Requiem » ce qui augmente la valeur de défense de 10 d’une de mes cartes pour le reste du tour. Je choisis Luca. »

Yumeki acquiesça avant de poursuivre :

« Vu que la valeur d’initiative, sans Oeir, tombe à 9, ton équipe tombe en embuscade, dit assez fièrement Yumeki. Cette fois, j’attribue 2 points de mana sur mes 5 pour que Kira lance Ballet Mange-Ame avec pour cible principale Yveran. Cette attaque, au vue de sa défense, lui fait perdre 15 points de vie. Ensuite, Yuriko va lancé Kiss Kalamity sur le groupe en dépensant 1 point de mana. Les dégâts sont de 5 sur Yveran et de 1 sur Luca… Yveran est également mort. »

Une fois de plus, Sakumi retourna la carte calmement, ce qui inquiéta un peu Yumeki.

En effet, si elle perdait l’ensemble de ses trois héros au premier tour, le tour suivant elle tomberait immédiatement en Extermination, l’adversaire disposant d’un tour de jeu gratuit sur elle.

Au format standard, on ne jouait que six héros maximum, trois pouvant être déployés au maximum au premier tour et trois maximum au second tour. Yumeki, pour sa part, avait décidé de ne jouer que quatre héros, il préférait consacrer ses cartes pour ses boosts.

« Bon, je finis avec Sary. Elle utilise mes 2 derniers points de mana et utilise Ultime Apocryphe Onirique. Cette attaque ne tient pas compte de la défense adversaire, mais est confrontée à sa volonté…

– J’utilise la carte Sacrifice infernal qui permet à une héros de la FA non déployé de subir l’attaque à sa place. »

Interrompit Sakumi en plissant les yeux. En effet, outre les héros et les cartes équipement, il était également possible d’inclure à la Forces Active (FA) des cartes événements dont les cartes de contre-sorts (ou autrement nommées annulations ou cancel). Yumeki avait fait l’impasse dessus au profit d’objets magiques.

Alors qu’il s’attendait à ce qu’elle permute avec un héros à la forte valeur de Volonté, elle permuta avec Eru Haaki L’Enfant Contaminée, une excellente carte d’attaque, mais qui n’avait pas une valeur de volonté si forte.

Linka lui avait parlé de cette héroïne, c’était une enfant contaminée par un virus infernal, sa plus grande spécificité était sa forme démoniaque. Une fois réduite à zéro point de vie, elle revenait en jeu le tour suivant sous une forme démoniaque aux statistiques supérieures. Mais, chaque tour, elle exigeait des dépenses de mana assez importante, ce qui en fait une carte à double tranchant.

« Bien joué, dit Yumeki d’un air confiant. Contre l’Ultime Apocryphe, Eru perd tous ses points de vie d’un coup. Sur ce, c’est à ton tour. »

Sumeki hocha de la tête et dit :

« Luca passe son tour à rechercher, ce qui me permet de prendre 2 cartes de la Réserve. »

— Choix étonnant, pensa Yumeki. Elle doit baser son attaque sur le tour suivant en s’appuyant sur la forme démoniaque d’Eru, je suppose. En tout cas, elle a réussi à éviter l’Extermination…

Ainsi s’acheva le premier tour de jeu, les deux joueurs prirent deux cartes de la réserve conformément à ce qui était prévu par le règles. A ce stade de la partie tout semblait indiquer la victoire de Yumeki, mais ce dernier se doutait qu’elle devait garder quelque tour dans son sac.

Le deuxième tour commença.

Yumeki posa sa quatrième héroïne : Kuronee, Destruction Switch-On. Le jeune homme détestait le surnom de ce personnage en anglais, bien trop compliqué à son goût. Linka lui avait expliqué que c’était une fille normale qui avait été choisie comme cobaye pour une expérience visant à mélanger le génome humain et extraterrestre. Elle avait finalement fini par s’échapper de son laboratoire et tuer tous les scientifiques. Mais, à cause de l’implantation violente du génome alien, elle avait perdu la mémoire et sa motivation actuelle était uniquement de la retrouver.

Elle disposait de pouvoir puissants, mais elle aussi demandait une constante dépense de mana pour l’alimenter. Aussi, puisqu’on ne dépense du mana que pour son maintien et non son déploiement, Yumeki avait préféré la jouer au deuxième tour.

Pour sa part, Sumeki ne déploya que deux héros : Sayuu la Vampire. Cette carte avait pour spécialité les malédictions et les sorts de dégâts overtime, terme appris évidemment par Linka, en résumé des attaques qui infligent des dégâts tour par tour. Bien sûr, elle avait remis sur pied Eru sous sa forme démoniaque ; c’était donc du quatre contre trois.

Yumeki savait qu’il devait se débarrasser d’un maximum de héros à ce tour-ci, il posa le maximum de cartes d’équipement qu’il put afin d’augmenter au maximum sa puissance. Il restait à l’adversaire encore un héros en réserve, il pourrait très bien s’en défaire même si sa puissance était amoindrie… à condition de se débarrasser des trois autres auparavant.

Sa cible principale était Eru, sans surprise, sa puissance était bien trop importante. Luca avait perdu son boost de défense du tour précédent, il serait une cible plus facile. Quant à Sayuu, elle avait une défense assez modeste, elle serait également une cible facile.

De plus, Eru était également la carte ayant la valeur d’initiative la plus haute, de fait s’il voulait repasser en Embuscade, c’était la cible idéale.

D’abord Eru, puis Sayuu, une fois cette dernière éliminée, il aurait l’embuscade pour tuer Luca.

Ce tour-ci, grâce à la carte Puit de Mana, Yumeki disposait d’un surplus de mana qu’il devait dépenser au cours du tour faute de quoi il était perdu.

« Bon, j’ai à nouveau l’initiative. J’attaque Eru ! Yuriko lance Let’s Destroy de Gozaru sur Eru en utilisant 3 points de mana sur mes 9. Elle inflige 7 points de dégâts et un sceau de faiblesse…je choisis physique (le sceau de faiblesse réduit la défense face à un type d’attaque particulière). Puis, Kira va utiliser à nouveau 2 points de mana pour lancer Ballet Mange-Ame. Puisque sa défense est réduite face aux attaques physiques de la faux de Kira, les dégâts sont de 10, auquel j’ajoute 3 en sacrifiant la carte Bracelet de vitalité. J’en ai donc fini avec Eru… »

Yumeki était fier de lui, les choses progressait comme il l’avait prévu. Il porta son regard sur Linka qui était totalement absorbée par le match, elle en oubliait presque de cligner des yeux tellement elle ne voulait rien raté.

Lui-même était tellement absorbé par le jeu qu’il n’avait pas remarqué les clients qui étaient venus assister au duel, ils regardaient la partie avec intérêt.

Yumeki déglutit et revint timidement au jeu.

« La suite ? Demanda Sakumi en retournant la carte de Eru. Je suppose que ce sera elle ? »

Elle posa son doigt élégant sur Sayuu et sourit d’un air confiant.

–- Ça craint ! Ça craint vraiment trop ! Qu’est-ce qu’elle prépare ? Elle est en train de perdre, même si son dernier héros est très fort, elle ne pourra pas redresser la partie. En plus, avec les deux cartes de la réserve que je vais avoir, je vais pouvoir quand même encore booster un peu…

Il se perdit quelques secondes dans ce genre de pensées, puis déterminé il annonça :

« Ouais… Sari lance Ultime Apocryphe sur Sayuu, je l’augmente en utilisant 1 point de mana supplémentaire…

– Je sais, dit Sakumi, elle perd tous ses points de vie, une conclusion prévisible. Je joue Memoria Item, qui permet de récupérer une carte équipement de Sayuu pour la remettre dans ma FA. »

Son désintérêt était trop important, aurait-elle compris qu’elle perdait et acceptait honorablement sa défaite ? Au final, ils avaient présumé qu’elle était très forte parce qu’elle tirait probablement ses pouvoirs de la Collection des cartes, mais elle pouvait très bien le faire par passion, sans être une joueuse talentueuse. D’un autre côté, même si elle était forte, peut-être avait-elle simplement perdue contre la stratégie suggérée par Linka, qui était clairement d’un haut niveau également.

— Pas le temps de s’en inquiéter, advienne que pourra ! Se dit intérieurement Yumeki pour se redonner courage.

« Je repasse en embuscade, Yuriko lance Moe moe virus, puis j’annonce Ballet Mange-âme de Kira qui fait perdre 5 points de vie à Luca. Ensuite, un simple Poing Onirique avec Sary qui au vue de ses boosts actuels fait perdre 4 points de vie. Et je finis avec l’attaque Zero Big Bang de Kuronee. Puisque j’ai utilisé un total de 9 points de mana dans le tour, son attaque est augmentée… Etant donné qu’il s’agit d’une attaque d’antimatière, on s’y oppose par la volonté et non la défense… »

Sumeki tourna la carte sans lui laisser le temps de calculer, sans agressivité, mais comme pour signifier qu’il était inutile de poursuivre le calcul.

« A mon tour, dit-elle. Je pose une carte Masque d’Obscurité, qui annule ton prochain bonus d’Extermination. Sur ce, nous pouvons passer au tour 3… »

Il lui restait donc effectivement un héros.

Yumeki défaussa une bonne partie de ses objets magiques qui venaient de devenir inactives ; ce qui revenait à dire la quasi-totalité. Conformément à sa stratégie, il avait fait tabula rasa au deuxième tour, il ne lui restait actuellement que deux cartes équipements assez normale ainsi que les deux qu’il allait piocher dans la réserve.

La fin était proche…

Yumeki n’avait plus aucun héros à déployer, il posa simplement ses quatre cartes d’équipement et attendit de voir ce que lui réservait Sakumi.

A partir du troisième tour, après les déploiements, une carte événement était également tirée par chaque groupe. S’il avait de la chance, Yumeki pouvait tirer une carte Apocalypse, mais à ce stade la victoire était assurée de toute façon.

Sakumi posa son dernier héros : Hellfaux Cleya la Nécromancienne de la fin des temps, une mercenaire contrairement à ses précédentes cartes. Yumeki ne savait pas du tout ce qu’était cette carte, néanmoins, il entendit un « oohh » émaner de la bouche de Linka et de certains autres clients.

Immédiatement, elle posa l’ensemble de ses cartes d’équipement, ainsi qu’une carte événement Soutien rapide. Cette carte permettait de lancer immédiatement un sort de type soutien en plus des autres actions normales.

Sakumi pointa du doigt une des lignes de descriptions de sa carte et dit :

« Cortège de sa Majesté. Je nécro-anime l’ensemble de mes personnages morts. Grâce à cette action,   ma Relique de Sainteté me génère 1 point de mana par héros relevé et m’octroie un point d’initiative pour chacun. De plus, la cape Source-morte me donne un bonus temporaire de 2 à tous mes attributs par mort-vivant relevés dans le tour. Enfin, le Coffret d’éternité me donne encore un bonus d’initiative de 1 point par points de mana à la fin de la phase de déploiement. Mon pool actuel est de 20, ce qui me fait actuellement un score d’initiative de… »

Alors qu’elle calculait, les yeux de Yumeki s’écarquillèrent, ce score était hallucinant, leur différence était tellement importante qu’il ne pouvait y croire. Des sueurs froides lui coulèrent le long de son épine dorsale, il commençait à perdre confiance suite à ce retournement de situation.

Qui plus est, il avait utilisé l’ensemble de ses ressources pour éliminer cinq héros qui venaient de renaître en mort-vivants…

« … Je dépasse donc de 16 points ton score, ce qui est suffisant pour avoir l’Embuscade. Bon, les cartes événements à présent… »

Elle tira sa carte événement et sourit. Puis, comme si elle voulait la garder en réserve, elle la posa face caché à côté d’elle.

Yumeki tira à son tour sa carte, c’était une carte sans grand intérêt, il ne voyait pas trop qu’en faire.

« Désolé, Yumeki, je t’annonce que tu vas perdre ce tour-ci. Je commence par poser une carte terrain, Vitalité Outre-tombale. Tout personne non morte-vive subit un malus de 2 à tous ses attributs. Hellfaux, bien que vivante, est traitée comme un mort-vivant dans le cadre de sort ou effet la prenant pour cible. »

De manière très fairplay, elle tourna la carte pour lui permettre de lire le point de règle appuyant ses dires.

Suite à quoi, elle fit attaquer les cinq héros, les uns après les autres sur chaque personnage de Yumeki. Aucun n’infligea d’attaque suffisamment forte pour les tuer, mais elles perdirent peu à peu des points de vie.

En effet, les personnages mort-vivants, n’étant plus capables d’utiliser des capacités spéciales nécessitant du mana, c’est-à-dire les attaques les plus redoutables, elles ne disposent pas en général d’un potentiel offensif si redoutable.

« Hellfaux passe son tour d’Embuscade sur une Charge-mana, ce qui augmente mon pool de 5 points encore. Je commence mon tour normal… »

A nouveau, les héros mort-vivants attaquèrent pour affaiblir les héroïnes de Yumeki ; Sakumi aurait très bien pu choisir de concentrer les attaques sur un seul personnage à la fois, ce qui aurait suffi à le faire tomber, mais elle préféra les affaiblir pour une raison qui échappait encore à Yumeki.

« Bon, le moment décisif… Carte Malédiction rapide. Hellfaux lance un Hex de Réminiscence. Chaque attaque subit au cours du round fait perdre un point de défense à l’adversaire. Mais… étant une experte des malédictions, Hellfaux double l’efficacité de ce pouvoir. Ensuite, j’utilise en sort instantanée, Délivrance obscure qui me permet de détruire les mort-vivants sous ma domination et de gagner un point de mana par attaque qu’ils ont portée au cours du round, soit 10 dans ce cas-là. »

Elle interrompit son exposé et inspira en fermant les yeux.

« Suite à quoi, Hellfaux lance son sort de zone, Tempête de Sang et d’Ossement que j’amplifie en utilisant l’intégralité de mes points de mana.

– Quoi ?! S’écria Yumeki alors que l’assemblée lâcha un « oohh ».

– Considérant leur défense réduite, continua Sakumi les yeux toujours fermés, j’attribue 7 points de mana par adversaire et j’attribue les deux derniers sur Sary. Le montant de dégâts par personnage s’élève à 21 et 23 pour Sary… »

Ce qui revenait à dire à une extermination totale de l’équipe déjà affaiblie par les attaques des mort-vivants.

Yumeki pâlit et resta interdit alors qu’autour de lui des applaudissements s’élevèrent furieusement.

« … Tu as donc perdu, Yumeki-kun ! »

D’où venait au juste ce « kun » ? Était-ce une moquerie à l’encontre du perdant ? Ça ne lui ressemblait pas pourtant…

« Tu as mené un beau match, ta stratégie était très bien menée. »

Dit-elle en s’inclinant légèrement vers l’avant. Yumeki était tellement surpris par sa défaire qu’il ne prêta même pas attention au décolleté de cette dernière.

« Mais avec ta stratégie actuelle, tu ne pouvais pas me vaincre, tu n’avais pas assez de cartes réactives pour annuler mes effets et ta défense était trop basse. Si tu avais eu le moindre survivant à la fin de ce round, tu aurais sûrement gagné, quel que fusse ses attributs. »

Elle tourna la carte de Hellfaux et montra la description de la Tempête de Sang et d’Ossements. Yumeki y jeta un œil fatigué dessus : «… chaque point de mana utilisé en renfort inflige un malus aux attributs de 1 pendant un tour. »

Yumeki rit nerveusement alors qu’il entendit les clients s’éloigner de la table de jeu en faisant des commentaires sur la partie. Une main délicate et douce vint se poser sur la sienne, c’était Linka :

« Tu t’es très bien débrouillé pour ton premier match réel, je suis vraiment fière de toi. Tu es juste tombé sur plus fort que toi, c’est pas grave. »

Comme un peu tout le monde, Yumeki n’aimait pas perdre, mais il devait s’en faire une raison. Aussi, il ravala sa fierté et s’inclina à son tour pour féliciter son adversaire.

« Tu as effectivement gagné. Je reconnais que j’ai été prétentieux de penser gagner contre une experte comme toi…

– Oh ! Ne me flatte pas, s’il te plaît, je vais me sentir gênée, dit-elle en dépliant son éventail pour cacher son visage.

– Non, je le pense. Tu as mérité de la gagner… »

Sur ces mots, il posa la carte de Lily sur la table non sans une certaine déception intérieure.

« Merci bien, dit Sakumi calmement, aussi bien pour les compliments que pour la carte. Je les fusionnerais quand je serais plus au calme. Sur ce, je vous laisse, j’ai un bus à prendre dans la nuit pour rentrer à Ōsaka. »

Sur ces mots, elle rangea ses cartes et quitta la table.

« Qu’est-ce qu’on fait, Linka ? On a perdu la relique…

– C’est embêtant en effet… Il faudrait la récupérer.

– Comment ? On va pas la lui dérober quand même… »

Lorsqu’il prononça ces mots, une pensée vint à lui : était-elle au courant qu’il y avait des extraterrestres qui courraient après cette dernière ? Était-elle vraiment prête à prendre autant de risques ?

Yumeki avait été prévenu par Linka, mais quelqu’un l’avait-elle prévenue elle ?

« Tu penses qu’elle sait pour les extraterrestres ?

– Il n’y a qu’un seul moyen de le savoir, il faut la suivre ! Et tout de suite, avant qu’elle nous sème… »

Sur ces mots, ils finirent de ranger leurs affaires et quittèrent rapidement le magasin…

***

« Vous pourriez arrêter de me suivre, le couple de hentai stalker ? »

Alors que Sakumi venait d’arriver devant l’hôtel où elle avait séjourné la veille, elle se retourna pour parler à deux personnes qui la suivaient depuis quelques temps et qu’elle supposait être Linka et Yumeki.

« Zut ! Elle nous a repéré, tu es trop nul pour la discrétion, Yumeki ! »

Dit Linka depuis sa cachette avec un volume sonore bien trop élevé pour être considérer comme discret.

« Pfff, c’est toi qui vient de presque crier, je te signale !

– Ouais, mais elle nous avait déjà repéré, tu sais ?

– Arg, tu m’énerves parfois ! »

Il avait beau dire ça, il n’était pas vraiment énervé, juste contrarié par ce caractère parfois étonnant.

« Hé oh, les amoureux ! Je vous parle… »

Une voix s’éleva derrière Yumeki, vraiment très proche. Il tourna brusquement sa tête pour voir Sakumi à quelques centimètres de lui.

« AAAAHH ! »

S’écria-t-il par instinct.

Son cœur avait accéléré d’un coup, il respirait bruyamment.

« Yo ! Dit Linka en levant sa main droite. Ça va ? Quelle coïncidence de te voir ici ? Yohoho !! »

Elle mit sa main sous son menton pour donner un impact à son faux rire… mais Linka était résolument trop nulle pour ce genre de choses, elle ne savait pas vraiment mentir.

En un sens, c’était là encore une contradiction dans sa personnalité, elle qui passait son temps à cacher son identité.

Sakumi la regarda en plissant les yeux d’un air peu convaincu.

« Ouais, sacré hasard, n’est-ce pas, Yumeki-kun ? »

Yumeki mit sa main sur sa poitrine et reprit son calme. Après s’être tourné vers elle, il la regarda d’un air interrogateur.

« Quoi ? J’ai quelque chose sur le visage ?

– Non, dit Yumeki d’un ton essoufflé, mais depuis quand m’appelles-tu Yumeki-kun ?

– Pourquoi, tu n’aimes pas ?

– J’avoue que ça me rappelle un peu le travail… et surtout, ne connaissant pas ton âge, je sais pas si c’est bien justifié, non ? »

A ce moment-là, il sentit une autre présence derrière lui : Linka. Elle s’approcha de son oreille :

« Tu commences à vraiment trop attiré les filles. Ton pouvoir de harem est en train de s’éveiller… Si tu lui demandes, je suis sûr qu’elle te laissera toucher. »

Ces dernières paroles provoquèrent un effet comparable à une soudain coup de couteau dans le dos, Yumeki sursauta et se retourna gêné et en colère vers Linka.

« Stop ! Arrête de débiter des bêtises, idiote ! »

Elle se contenta de tirer la langue dans une attitude caractéristique des mangas, ce qui la rendait encore plus mignonne.

Yumeki se retourna vers Sakumi qui rigolait en se cachant la bouche :

« Ok, c’est bon, tu peux continuer de m’appeler comme ça, si ça te fait plaisir…

– Merci bien, mon cher Yumeki-kun. Et sinon, pourquoi vous me suivez ? Vous vouliez m’attaquer par surprise pour récupérer la carte ou alors vous vouliez d’autres choses plus… ? »

Elle rougit légèrement et détourna le regard quelques secondes comme si elle imaginait des choses indécentes, puis elle regarda à nouveau Yumeki dans les yeux dans l’attente de sa réponse.

— Qu’est-ce qu’elle pouvait sous-entendre par-là ? Pensa Yumeki.

Un silence s’installa, un silence gênant au cours duquel les deux se regardaient droit dans les yeux.

« Oui, Sakumi, je voulais te revoir parce que tu as ravi mon cœur, ma défaite était celle ma résistance.

– Ah, bon ? Me voilà bien surprise d’apprendre ce genre de choses… Il vaudrait peut-être mieux que nous montions en parler dans ma chambre, non ?

– Comme tu le souhaites, mais ma passion peut parler n’importe où… »

Cette voix qui tentait d’imiter Yumeki et Sakumi n’était autre que Linka qui venait de rompre le silence par ce biais.

Yumeki se retourna d’un mouvement raide vers la jeune femme.

« Li…n… ka… qu’est-ce que c’était que ça ?

– Une plaisanterie ?

– C’est à toi de le savoir, idiote ! »

Alors qu’il élevait la voix pour réprimander Linka qui ne lui renvoyait qu’un sourire, il entendit une voix faiblarde derrière lui :

« Ah bon ? Tu veux vraiment monter, Yumeki-kun ? Je ne savais pas que tu étais si entreprenant… »

Les yeux de Yumeki clignèrent en la voyant dodeliner la tête de façon gênée. Elle avait l’air si sérieuse dans son costume de miko que Yumeki ne la voyait pas du tout dans ce genre de rôle, il y avait quelque chose de franchement décalé.

« Euh… désolé, Sakumi mais c’était pas moi qui ait dit ça, c’était Linka qui plaisantait.

– Je le savais ! Yumeki-kun n’est pas du genre à vouloir me regarder me changer et voler mes sous-vêtements, n’est-ce pas ? »

Elle lui lança un regard interrogateur et complice à la fois.

Sakumi lui paraissait de plus en plus suspecte.

« Non, c’est bon, je passe mon tour. »

Dit-il en secouant la main devant lui pour signifier son refus.

Elle le regarda étonnée, comme si une telle réponse était anormale, comme si elle s’attendait à ce qu’il lui dise l’inverse…

Yumeki tenta de clarifier ses pensées pour trouver un moyen de se sortir de cette discussion de plus en plus dangereuse. Il décida de lui dire la vérité, c’était ce qu’il y avait de mieux à faire.

« En fait, nous pensons qu’il est dangereux que tu gardes la carte de la Sorcière pour diverses raisons.

– Et quelles sont-elles au juste ? Demanda sérieusement Sakumi en croisant ses bras, ce qui remonta légèrement sa poitrine.

– Tu veux vraiment que je t’en parle dans la rue ?

– C’est un moyen déguisé de me demander de monter, c’est ça ?

– Non, absolument pas… pourquoi toutes les filles que je rencontre sont toutes bizarres ?

– Je ne sais pas… peut-être parce que tu l’es également ?

– Possible, mais je ne pensais pas que tu l’aurais été, sincèrement… »

Cette échange relativement décalé se fit sur un ton des plus sérieux, ce qui lui donnait une sorte d’air absurde. Réfléchissaient-ils sérieusement à cette question d’un regard extérieur, en oubliant leur statut d’acteur dans celle-ci ?

« Pourquoi tu dis ça, on est pas bizarres ? Dit Linka sur un ton presque implorant.

– Non, tu es la Reine du bizarre, la plus bizarre de toutes. »

Linka gonfla ses joues d’un air fâchée et détourna son regard.

« Parlons sérieusement, Yumeki-kun. C’est vraiment important ce que tu veux me dire ou alors c’est juste une blague ?

– Non, c’est sérieux et important.

– Dans ce cas, attendez-moi là, je vais me changer et prendre mes affaires. Comme je vous l’ai dit juste avant, je prends un bus cette nuit pour rentrer à Ōsaka.

– Tu venais en vacances ? Demanda Yumeki en penchant légèrement la tête.

– Je suis venue exprès pour la sortie de l’extension. A Ōsaka, on peut la trouver aussi, mais il y avait des offres intéressantes à Akiba…

– Tu vois, Yumeki, ça c’est une vraie utilisatrice de la Collection, une qui n’hésite pas à se donner à fond pour sa passion, ajouta Linka en reprenant son expression ordinaire.

– Tiens, tu as fini de bouder ? Je te signale que j’ai jamais rien demandé, moi, c’est pas ma passion.

– Ah bon ? S’exclama Sakumi. Comment fais-tu dans ce cas pour puiser dans la collection des cartes ?

– Je l’ignore… »

Yumeki sentait que Linka allait lui couper la parole en parlant d’Élu et d’autres choses similaires, il décida donc de prendre les devants et avant qu’elle ne pût parler, il lui mit les mains sur la bouche.

« Va te changer, nous allons avoir le temps de parler juste après. Ton bus part à quelle heure ?

– Minuit et demi, à Ikebukuro. »

Yumeki hocha la tête, alors que Sakumi s’en alla vers l’hôtel.

Linka et Yumeki la regardèrent s’éloigner :

« Elle te plaît ?

– Dis pas n’importe quoi !

– Pourquoi ? Elle est belle, gentille, intelligente et elle a de gros seins, je peux comprendre que tu l’aimes…

– Je t’ai dit d’arrêter de dire n’importe quoi !

– Tu préfères peut-être les petits seins ?

– AAAAHHH ! Arrête, j’ai pas envie d’avoir une telle discussion avec une fille et encore moins avec toi !! »

Linka pencha sa tête de manière interrogatrice et demanda :

« … Avec moi ?

– T’en occupes pas ! »

Sur ces mots, il s’avança en ignorant la jeune femme et se mit à attendre à côté de l’entrée de l’hôtel.

Linka le suivit silencieusement.

Un quart d’heure plus tard, alors que Linka était plongée dans des explications concernant le duel de Yumeki,- lui expliquant en détail le fonctionnement de la stratégie utilisée par Sakumi,- cette dernière ressortit.

Elle avait changé de vêtements au profit de quelque chose de plus normal. Elle avait également détachés ses longs cheveux noirs qui descendaient jusqu’à la moitié de son dos. A présent, elle portait un pull noir, une jupe plissée de couleur bleu qui lui descendait jusqu’aux genoux, des collants noirs et une veste légère qu’elle gardait ouverte. Enfin, sur son cou se trouvait un casque de musique qui avait plus l’air d’un accessoire qu’utile. Elle tirait derrière elle une petite valise rouge à roulette.

Elle n’était pas beaucoup maquillée, ou du moins elle ne paraissait pas beaucoup l’être, toute son apparence était simple, élégante et magnifique.

« Whaa, ce pull fait encore plus ressortir ta grosse poitrine ! »

Bien sûr, ces paroles provenaient de la bouche de Linka.

Néanmoins, Yumeki devait bien reconnaître qu’elle avait raison. Le précédent kimono coupait quelques peu leurs formes, mais ce simple pull, au contraire, mettait bien leur volume en évidence.

Yumeki déglutit involontairement.

« Héééé ! Vous allez arrêter tous les deux ! Je vous jure ! Un vrai couple de pervers ! »

Elle détourna son regard et commença à s’éloigner d’eux un peu vexée et gênée. Puis, elle s’arrêta et sans les regarder, elle dit :

« Bon, vous venez ou pas, je croyais que vous deviez me parler… »

Linka et Yumeki se regardèrent un instant, puis ils la suivirent.

« Pour faire simple, dit Yumeki, il y a en ce moment-même à Akiba un groupe d’extraterrestres qui cherchent à…à…

– On ne connaît pas encore leurs objectifs, mais on sait qu’ils s’attaquent aux marchandises otaku, ajouta Linka en remarquant que Yumeki cherchait ses mots.

– Ouais, par contre, ce qu’on sait, c’est qu’ils cherchent six objets légendaires du monde otaku, dont cette carte… enfin, la version complète.

– Ah ouais ? Demanda sans vraiment exprimer de surprise Sakumi en regardant autour d’elle à la recherche de quelque chose.

– On en a affronté un hier, je peux te dire… qu’ils sont loin de vouloir la jouer à la loyale, ils sont prêts à tuer sans scrupule pour cette carte.

– Ah ok… Bah, t’inquiètes pas pour moi, Yumeki-kun, je suis une grande fille.

– J’ai l’impression que la dangerosité de la menace t’échappe un peu non ? Ils sont vraiment dangereux, j’ai déjà dû combattre des démons, des créatures d’autres dimensions à cause d’eux. Même Linka ici présente a failli mourir à cause de leurs manigances…

– Ouais, j’ai bien compris. Et toi, dans toute cette histoire ?

– Ah! Eh bien…

– C’est mon chevalier, dit fièrement Linka. Il m’a sauvé la vie et on a passé un accord, il m’aide à protéger le quartier à présent.

– Ah bon ? On a passé un marché, j’ai pas souvenir de ça.

– Bah, il a été scellé lorsqu’on s’est embrassé lors de notre première rencontre, tu te souviens pas. »

A ces mots, Sakumi s’arrêta brusquement, elle manqua de peu de se faire heurter par Linka.

« Ton chevalier ? Vous… vous êtes donc bien en couple, pas vrai ? »

Cette question surpris le jeune homme, Sakumi semblait sortir de plus en plus de son personnage. Cela dit, il ne prit pas le temps d’analyser tout ça, le contenu même de la question le perturbait et il valait mieux qu’il ne laisse pas à Linka le loisir d’aggraver le malentendu.

« NON, pas du tout… mais c’est vrai qu’elle m’a embrassé… D’ailleurs, pourquoi tu as fait ça ?

– Mmmm, c’est un secret ! Tehee !

– ARRETE AVEC TES TEHEE !! »

Sakumi les regardait d’un air interdit, puis elle cligna des yeux plusieurs fois et dit d’une voix faible :

« C’était ton premier, Yumeki-kun ? »

C’est ce que Yumeki cru entendre, mais il n’était pas sûr tant la voix était faible et tant le contenu le surprenait.

« Hein ? Tu peux répéter ?

– Non, c’est rien. Bon, bah, si c’était que ça, vous inquiétez pas ! Je sais me défendre également dans le monde réel, je peux utiliser la magie des cartes je vous rappelle. Retournez à vos tripotages et vos… bisous…

– Mmm ? Tu es vexée, Sakumi ? Demanda Linka d’une voix innocente.

– Mais pas du tout, c’est pas comme si j’en avais quelque chose à faire de vos histoires de baiser…

– Depuis quand tu es devenue une tsundere ? Je te voyais pas de ce type-là… affirma Linka en posant son index sur sa lèvre inférieure et en levant le regard.

– PAS DU TOUT ! Voyons… »

Sakumi baissa le regard, rougit quelques instants alors que des larmes se formaient au coin de ses yeux.

« Et toi ! dit-elle en reprenant un peu ses forces. Depuis quand es-tu devenue une nymphomane embrasseuse de Yumeki-kun ?

– Eh oh, c’est pas vraiment comme ça… je suis pas une nymphomane… c’était extraordinaire cette fois-là… Et l’autre fois, dit-elle en baissant la voix, c’était pour me sauver en me transférant de l’énergie de la Collection, c’est tout…

– QUOI ! Tu as abusé de la gentillesse et de l’innocence de mon Yumeki-kun par deux fois ? »

Yumeki n’en croyait définitivement plus ses yeux et ses oreilles : la fille qui était ressortie de l’hôtel était-elle bien la même personne qu’en y entrant ? Depuis quand était-il devenu la possession de Sakumi ?

Il ne s’étonnait plus de voir Linka dire les choses si franchement, -elle aurait très bien pu ne pas parler du second baiser, cela dit- il la connaissait à présent, mais Sakumi…

Alors qu’il l’inspecta plus en détail, il remarqua que ses yeux étaient en larmes comme si elle était profondément offusquée. Mais par quoi ? Par les baisers d’une fille et d’un garçon qu’elle venait de rencontrer il y a à peine quelques heures ?

Ou alors était-ce une forme aiguë de moralité qui faisait qu’elle était révolté par ce genre de choses ?

— En tout cas, ça devient dangereux, pensa Yumeki. Pourquoi, elles sont toutes bizarres ? Sérieux !!

« Ce monde est vraiment trop dangereux pour mon Yumeki-kun, les filles-requins sont partout prêtes à le dévorer…Moi qui te prenait pour une gentille fille, Linka !

– Mais, on a rien fait de mal, je suis pas son amoureuse. S’il te plaît, tu peux l’avoir, je suis pas une rivale. Par contre, faut te méfier de Koharu, elle l’a aussi embrassé et c’est une loli, elle est forcément dangereuse.

— QUOI ?! Il y en a une autre ? »

Sur ces mots, elle tomba à genoux comme si elle venait d’être terrassée.

« Et en plus, c’est une loli…Héhéhé… »

Elle se mit à rire nerveusement avec un regard vide. Yumeki ne savait plus quoi faire, plus quoi dire, il ne savait même pas s’il devait la regarder ou pas.

Alors qu’il allait se tourner vers Linka pour lui poser la question, il vit Sakumi se relever, se diriger vers lui et lui attraper la main.

« Bon, c’est décidé, viens avec moi à Ōsaka ! Je te protégerais de tous ces filles-vautours qui volètent autour de toi. Je te paye le voyage, t’inquiètes pas…

– Euh… je peux pas vraiment, je travaille ici, tu sais ? »

Afin de ne pas la froisser, il avait utilisé l’argument impersonnel du travail, celui qui était le plus difficile à contester. Il se félicita intérieurement de sa prompte réponse, il l’avait utilisée sans même y réfléchir.

« Quoi ? Mais tu serais donc plus âgé que ce que je pensais ? Bon, ça ne change rien, je reste quand même l’oneechan qui va te protéger de ces filles-piranhas qui veulent te manger tout cru.

– Oneechan ? Demanda Yumeki surpris.

– Oh, oui ! Appelle-moi comme ça ! »

A ce moment-là, sans retour possible, le personnage de Sakumi se brisa dans l’esprit de Yumeki. Comment avait-il pu présumer un seul instant qu’elle était normale ? Il commença à se demander si tous les utilisateurs de la TC n’était pas de cet acabit, des gens parfaitement étranges ?

« Puisque je ne suis pas ta rivale, je peux aussi t’appeler Sakumi-oneechan ? »

Sakumi plissa les yeux et tourna son regard sur Linka, une aura froide se dégageait d’elle :

« Je ne sais pas encore… j’ai du mal à croire à ton explication… »

<< Reste sur tes gardes, Sakumi, quelqu’un arrive.>>

La voix qui venait de s’exprimer était bien connue de Yumeki et de Linka puisqu’il s’agissait de la carte Lily.

Soudainement, Sakumi se calma, elle changea complètement d’expression de visage et redevint la Sakumi sérieuse qu’ils avaient connu au début.

Elle lâcha la main de Yumeki et plongea ses mains dans ses poches, elle ressortit un paquet de cartes de jeu comme s’il s’agissait là d’une arme pour se défendre (ce qui en l’occurrence était bel et bien le cas).

« Je vais te protéger, Yumeki-kun. Laisse faire ton oneechan !

– Euh… je te rappelle que c’est toi la cible, pas moi… »

Mais ces mots furent ignorés, elle continua de scruter l’endroit où elle présumait voir apparaître ses ennemis.

Quelques secondes plus tard, en effet, un groupe de quatre personnes passa le coin du bâtiment et marcha dans leur direction.

En tête, marchant devant tout le monde, se trouvait un jeune homme, de petite taille, probablement un collégien. Sa taille ne devait pas excéder un mètre quarante-cinq.

Puisqu’il portait une casquette, seule la partie inférieure de son visage était visible. Son menton et ses joues avaient des traits très fins et délicats, et sa peau d’une blancheur de craie permettait immédiatement de l’identifier en tant qu’étranger.

Sous la visière de la casquette, on pouvait voir ses cheveux blancs former une frange couvrant ses yeux, une frange franchement irrégulière et mal coiffée.

Ses vêtements étaient composés d’un baggy de couleur noire, d’un pull blanc très simple et d’un veston.

Juste derrière lui, marchant presque en ligne, se trouvaient trois autres étrangers : deux hommes et une femme.

La femme avait une longue chevelure noire qui descendait jusqu’aux fesses, sa longue frange était coiffée sur le côté ce qui avait pour conséquence de cacher totalement un de ses yeux. Son autre œil visible était d’une couleur bleu tellement claire qu’elle se rapprochait du blanc. Les contours de la pupille était d’un bleu plus foncé, pour sa part. Elle était vêtue d’un pantalon de cuir, d’un pull bleu et d’une veste en cuir marron.

L’homme à sa gauche avait également une longue chevelure blonde. Ses traits étaient impeccables, une sorte d’archétype du séducteur rock-star. Il n’avait pas la moindre barbe et moustache. Ses vêtements étaient de couleur noire, ce qui accentuait encore plus sa ressemblance à une rock star. Sa tenue se composait d’un pantalon avec des chaînes, d’un haut moulant et trenchcoat en cuir qui lui arrivait presque aux pieds.

Et enfin, le dernier, à la droite de la femme, était un homme aux cheveux courts blancs, ses yeux étaient noirs et une balafre ornait sa joue. Il portait des vêtements assez classiques, des vêtements sûrement trop tokyoïtes considérant son allure atypique. Il semblait plus âgé que les trois autres individus, il devait avoir dans les quarante ans.

Arrivé à quelques dizaines de mètres, le groupe s’arrêta et le jeune homme en tête prit la parole :

« Yo ! Je vais pas y aller par quatre chemins, je vous connais pas et je m’en fiche pas mal de le faire. Par contre, l’un d’entre vous dispose de la putain de carte de la Sorcière et on la veut. Donc faites pas d’histoires et donnez-la nous. »

Assez étrange que ce soit le plus jeune qui prenne la parole, aurait-il le rôle de chef ?

Sakumi prit la parole, elle s’exprima d’un ton calme, tellement calme qu’il pouvait paraître provoquant :

« Et si nous venions à refuser ? »

Le jeune en tête du groupe sourit d’un air satisfait :

« Vous ne feriez que me rendre plus content ! On m’a pas engagé pour jouer à la poupée.

– Justement, on t’a engagé pour te battre, par pour négocier, Shyrhin. »

C’était l’homme plus âgé qui venait de prendre la parole de la sorte. Bien entendu, ces mots n’étaient pas du goût de Shyrhin qui se retourna vers lui et le regarda dans les yeux tout en serrant ses poings.

« Je ne me souviens pas qu’on t’ait désigné comme chef du groupe, non ? »

Le jeune rocker s’interposa entre eux :

« Eh oh, stop ! On a tous envie de rentrer chez nous et récupérer notre salaire, non ? Désolé, Shyrhin, c’est la première fois que nous travaillons avec toi… Zesphyr a toujours été notre chef de groupe, c’est lui le plus intelligent, tu sais ? »

Shyrhin se contenta de pouffer et s’éloigna du groupe pour aller s’asseoir un peu plus loin.

« D’accord, bande de fillettes pleurnicheuses, vous me ferez signe quand je peux passer à l’action. »

Sur ces mots, comme pour les dénigrer, il sortit de la poche de sa veste une console de jeu portable et commença à jouer.

Le dénommé Zesphyr s’avança d’un pas, son visage était relativement inexpressif, il ne paraissait pas inquiet mais ne semblait pas non plus enthousiaste, c’était un regard de marbre.

« Excusez la brutalité de notre collègue, dit le dénommé Zesphyr. Néanmoins, il a dit la vérité, nous venons pour récupérer la carte de la Sorcière que vous détenez. Si vous nous la donnez, il est parfaitement possible d’éviter le combat, nous ne sommes pas intéressés par vous.

– Et vous voulez en faire quoi ? Demanda Linka innocemment.

– Je vous avouerais que je n’en sais rien, nous avons été engagé pour la récupérer, on ne nous a pas donné tous les détails, vous pensez bien. Alors, acceptez-vous l’offre ou devrions-nous nous préparer au combat? »

Pendant qu’il négociait de la sorte, le jeune collégien, Shyrhin, grommelait :

« Éviter le combat… je t’en foutrais, espèce de tapette pacifiste… »

Mais Zesphyr ne se laissa pas intimider par ces paroles, il continua à regarder le groupe en face de lui d’un regard vide.

Alors que Yumeki réfléchissait malgré lui à la proposition, Sakumi lui coupa l’herbe sous le pied :

« Non, hors de question que je vous la donne, j’ai aucune confiance envers des mercenaires. Du coup, je vous retourne vos paroles, bien que vous soyez plus nombreux, si vous ne voulez pas être blessés, faites demi-tour… »

Apparemment, Sakumi était très confiante en ses capacités de combat, ou alors elle essayait de les bluffer pour qu’ils repartent, Yumeki ne savait trop qu’en penser.

Malgré tout, il ne pouvait la laisser se battre seule, même si elle était parfaitement bizarre, c’était une fille sympa, il devait la protéger.

La fille aux longs cheveux noirs se mit à rire de manière très bruyante, le rocker la suivit dans ce fou rire. Zesphyr ne changea pas d’expression, elle demeurait toujours aussi vide et blasé.

Quant à Shyrhin, il se leva, rangea sa console de jeu dans sa poche et s’exclama :

« Enfiiiin ! Merci, neechan, tu es plus courageuse que les poltrons qui me servent de compagnons. »

Cette réplique coupa le rire des dits compagnons qui lui lancèrent des regards noirs, mais ne s’exprimèrent pas.

Aux yeux de Yumeki, cette attitude d’animal soumis était révélateur de la puissance de Shyrhin. A cet instant précis, de par son rôle de loup solitaire au sein de la meute, il lui parut être le plus dangereux de ces quatre adversaires.

« Laisse tomber Julvrae, ça vaut pas la peine. Amusons-nous avec les deux jolies filles, qu’est-ce que tu en dis ? »

La rock-star dirigea ces paroles vers la seule femme de son groupe.

*Tsss*, cette dernière eut l’espace d’un instant un visage contrarié, puis elle hocha la tête.

« Ouais, t’as raison Aleanar. Toi, Miss gros seins, on va bien s’amuser toutes les deux ! »

Dit-elle à l’intention de Sakumi en se léchant les lèvres de manière provocatrice et érotique.

Yumeki chuchota :

« Sakumi, laisse-moi le collégien. Essaye de tenir jusqu’à ce que j’en ai fini avec lui, je viendrais t’aider. Concentre-toi simplement sur le fait de gagner du temps. »

Afin de n’être entendu que par elle, Yumeki s’était inévitablement rapproché de l’oreille de Sakumi, mais, brusquement, elle ouvrit ses bras et enlaça le jeune homme en lui mettant la tête entre ses seins.

« Qu… quoi ?! Qu’est-ce…

– Tu t’inquiètes pour ta oneechan, comme c’est mignon ! Mais ne t’en fais pas, Sakumi-neechan va te protéger, je m’occupe des trois rigolos… »

Elle prononça ces mots avec une voix douce, enjouée et avec un fort accent du kansai qu’elle devait avoir du mal à réprimer dans son emportement.

« Mais… lâche-moi, tu vas…m’étouf… »

Elle le relâcha avant qu’il n’ait pu finir sa phrase.

A peine sa liberté recouvrée, il fit un pas en arrière pour s’éloigner d’elle et leva son regard pour la regarder dans les yeux. Contrairement à lui, elle n’avait pas rougi, elle affichait un sourire franc qui ressemblait par bien des aspects à celui de Linka.

D’ailleurs, à ce moment-là, il tourna sa tête à la recherche de cette dernière, mais elle n’était plus à sa dernière position connue, elle se trouvait à présent un peu plus loin derrière un réverbère et levait son pouce dans sa direction avec un sourire entendu.

Les épaules de Yumeki tombèrent, il se demanda dans quel monde il était tombé précisément.

« Whaaa, pas de chance pour vous, je suis en super forme aujourd’hui ! Après avoir gagné une super partie, j’ai gagné un petit frère super mignon tout plein ! Kyaaa !

– …»

Yumeki la regarda consterné, ce n’était clairement plus la même personne qu’il avait rencontré. Les adversaires ne savaient que répondre également, un lourd silence s’installa.

« Eh bien commençons, dit-elle en s’inclinant de façon très humble. Yumeki-kun a exprimé le désir de se battre contre votre compagnon à la casquette, je vous interdit de l’interrompre… De toute manière, vous serez bien assez occupé      avec moi… hihi… »

Sur ces mots, elle lança au-dessus d’elle son paquet de carte qui au lieu de retomber se mit à flotter et tourner autour d’elle, la face écrite dans sa direction.

Ses adversaires ne perdirent pas de temps, eux aussi se mirent en position d’attaque. Autour d’Aleanar, des épées se matérialisèrent dans les airs, alors que Zesphyr fit apparaître un bâton digne d’un magicien de RPG. Quant à Julvrae, elle croisa ses bras mains sur son torse et sourit.

Yumeki jeta un dernier coup d’œil à Linka pour s’assurer qu’elle était en lieu sûr, puis il se saisit d’une carte à son tour et fit face au collégien.

« Yveran, Oeir et Luca, apparaissez ! Mana Control actif ! »

Alors que Sakumi prononça ces mots, les cartes devant elle se mirent à tourner et trois héros apparurent. Un immense cercle magique se dessina également au sol, il avait un rayon d’une bonne vingtaine de mètres.

Le combat commença alors que Yveran chargea ses ennemis…

***

Du côté de Yumeki, le collégien qui lui faisait face souriait non pas de façon confiante, mais bien plus de façon cruelle comme s’il s’imaginait en train d’infliger des tortures à son adversaires.

Yumeki frissonna, quelque chose de vraiment inquiétant émanait de cette personne.

« Kira la Fauche-Mort ! »

A ce moment-là, la carte entra dans sa main et le corps de Yumeki se transforma. Il devint plus petit, ses cheveux poussèrent jusqu’à arriver à ses genoux et ils changèrent de couleur pour devenir blonds foncés. Ses traits devinrent plus féminin et ses yeux prirent une couleur vert émeraude. Ses vêtements se transformèrent également, il portait à présent une soutane déchirée et une faux énorme apparut entre ses mains.

« Ooh ! Tu crois que tu vas m’impressionner avec ça ? »

Le collégien frappa ses poings l’un contre l’autre en souriant, une onde de choc s’en dégagea tant sa force était redoutable.

Pendant ce temps, des explosions de magie se faisaient entendre autour de lui.

Mais, il n’avait pas le temps de penser à cet autre combat, une peur irrépressible le rongeait et l’empêchait d’agir.

« Je croyais que tu devais t’occuper de moi ? Bon, si tu ne viens pas… »

Sur ces mots, le collégien bondit à quelques mètres de hauteur et retomba vers Yumeki en tournant comme une toupille.

Lorsqu’il arriva au sol, Yumeki n’était déjà plus là, il avait facilement esquiver une attaque aussi lente.

Mais, immédiatement le sol se craquela tout autour du point d’impact du pied de Shyrhin et, l’instant d’après, des débris d’asphalte furent projetés un peu partout tel du shrapnel.

Un cratère apparut, il était profond d’un bon mètre.

Yumeki déglutit, si l’attaque l’avait touché, il aurait été dans de beaux draps.

Apparemment, la force de ce collégien devait au moins être aussi importante que celle de Kuro. Cette pensée paralysa les membres du jeune homme, un traumatisme y était lié, il ne l’avait pas encore surmonter.

« Tu ne comptes qu’esquiver, au fait ? Demanda le collégien en tournant sa tête vers lui. Parce que si ta stratégie est que je meurs d’ennui, je te conseille d’aller tout de suite en enfer, tu y trouveras des mecs chiants comme toi ! »

Suite à quoi, il courut vers Yumeki et lui porta un coup de poing.

Le jeune homme aurait pu l’esquiver sans trop de difficulté, Kira étant une carte très rapide, ses capacités en mode fusion se répercutaient sur Yumeki et le rendait extrêmement agile et rapide.

Néanmoins, il était encore tétanisé à la simple pensée de Kuro, il se contenta d’interposer sa faux.

Comme on aurait pu s’y attendre, il fut violemment projeté en arrière alors que la faux explosa sous la violence du coup. Le corps de Yumeki glissa sur quelques mètres au sol.

Le collégien lança un *Tsss* et ses lèvres se tordirent pour exprimer un grand mépris.

« Les vers de terre comme toi devraient rester dans la fange et ne pas oser porter leur regard sur les êtres supérieurs. Si je n’avais pas une mission, je te broierais os par os pour te punir de ta stupidité et te soigner de ta faiblesse. Apprends à rester à ta place… »

Il tourna son regard sur l’autre scène de combat, ignorant complètement Yumeki. Il se mit à marcher lentement dans cette direction tout en soupirant.

Yumeki n’avait pas subi de si lourd dommages, il n’aurait pu se relever, c’était simplement sa confiance qui était tombée en miettes. La violence du combat contre Kuro le hantait encore, il restait au sol, allongé, vide de toute autre émotion que la panique.

Mais à ce moment-là, il sentit une main douce contre son visage, c’était Linka. Ce n’était pas la première fois qu’elle jouait ce rôle de soutien, à chaque précédent combat, elle avait toujours fait de son mieux pour relever la combativité du jeune homme.

Au fond, même si elle ne se battait pas directement, elle exhortait son chevalier à se surpasser pour qu’elle soit fière de ses attentes.

Cette fois encore, ses caresses douces et maternelles eurent un effet sur Yumeki, des larmes s’écoulèrent de ses yeux alors que ses pensées revinrent dans sa tête, alors qu’un tumulte de sentiments l’envahit.

« Yumeki, je comprends ce que tu ressens, tu as été forcé de prendre une vie, de passer outre un de tes tabous, mais tu n’as rien fait de mal. Tu as pris une vie, mais tu en as sauvé une autre, c’est juste le fruit de la Fatalité. Aujourd’hui encore, si tu ne fais rien, si tu ne te bats pas, celle que tu veux protéger risque de mourir. Combattre, c’est prendre des risques aussi bien pour son corps que pour son cœur, ne te reproche rien du moment que tu as agi de ton mieux et que tu as défendu tes convictions.»

Yumeki bascula sur le dos, son visage tourné vers le ciel, les larmes se mirent à couler en abondance alors qu’il se couvrit les yeux de son avant-bras.

Puis, il rit nerveusement.

« Hahaha ! Oui tu as raison, comme toujours, Linka… Il faut que je protège Sakumi et que je te protège toi également, c’est mon rôle de Chevalier de la Collection. »

Sur ces mots, il sécha ses larmes du dos de sa main et se releva.

« Comme toujours, je suis fière de toi, Yumeki. Ne t’inquiètes pas pour moi, va aider Sakumi, elle ne tiendra pas longtemps contre ces quatre brutes. »

Il hocha de la tête et se mit à courir vers Shyrhin qui lui tournait le dos.

Ce faisant, il fit réapparaître sa faux et lui porta à son tour une attaque sautée.

Même s’il l’attaquait de dos, Shyrhin se retourna et interposa son poing droit face à la lame de la faux. Une onde de choc se produisit et repoussa les deux combattants de quelques mètres. Shyrhin n’avait pas la moindre blessure, la faux ne l’avait même pas égratigner.

« Ah, tu t’es relevé le moustique. Et maintenant ? Tu comptes vraiment te battre ou tu vas simplement faire semblant ? »

Yumeki ne répondit pas à la provocation, il se contenta de regarda son adversaire avant de fermer les yeux.

« Synchronisation de la Faux-Dévoreuse : Âmanihilation ! »

Sa faux devint entièrement noire alors qu’une multitude de petits yeux s’ouvrirent sur elle. Son tranchant s’entoura d’une énergie violacée menaçante.

Shyrhin sourit d’un air satisfait et se rua sur lui.

Un échange de coups eut lieu, Shyrhin enchaînant des coups de poings et des coups de pieds féroces, Yumeki les esquiva tous sans trop de difficulté sa vitesse étant bien supérieure à celle de Shyrhin, qui était déjà bien plus rapide qu’un champion d’art martiaux.

Aux yeux d’un humain normal, les deux enchaînaient des attaques bien trop rapides pour toutes les suivre, surtout celles de Yumeki. Un humain n’aurait pas remarqué que malgré sa vitesse, Shyrhin parait les uns après les autres les coups de faux.

Du point de vue de Yumeki, il avait l’impression d’être un fantassin affrontant un tank, il évitait facilement les attaques, mais il n’arrivait pas à percer la carapace de métal et ce malgré l’utilisation de l’Âmanihilation qui rendait sa faux plus tranchante.

Grâce aux explications de Linka, il savait que Kira était une carte rapide dont la particularité était des attaques de zone au corps-à-corps. Dans la partie qu’il avait mené, il n’avait pas eu besoin d’utiliser cette attaque spéciale.

Lorsqu’il fusionnait avec elle, il n’avait pas exactement les mêmes capacités, mais l’usage de la faux le rendait à même d’attaquer plusieurs adversaires en même temps. De même, il gagnait une rapidité bien supérieure à celle de Sary et grâce à l’utilisation de son arme, il gagnait une certaine allonge.

En fait, il avait choisi cette carte en raison de ces deux éléments. Ne connaissant pas les capacités de son adversaire, il avait préféré miser sur l’esquive et l’allonge. Au fond, il savait avoir bien fait, vu la force démentielle de son adversaire, il n’avait pas les moyens d’encaisser.

Ils se séparèrent tous deux quelques secondes pour reprendre leur souffle, bien que Shyrhin ne semblait pas en avoir vraiment besoin.

« T’es pas mauvais du tout. Hihi ! Je devrais peut-être passé aux choses sérieuses, qu’est-ce que tu en dis ? Ah, si tu as quelque chose de mieux, je te conseille de l’utiliser maintenant, car ça va te faire mal autrement… »

Sur ces mots, il fit craquer son cou et ses doigts afin de laisser du temps à Yumeki pour se préparer. Ce dernier décida de prendre la menace au sérieux, il approcha la lame de sa faux et entailla sa main, puis il versa son sang sur celle-ci.

« Synchronisation de la Faux-Dévoreuse : Deinihilation ! »

La lame s’entoura d’une énergie rouge foncée,- en fait il serait plus juste de dire que cette énergie composait la lame,- alors que des ailes de ténèbres s’extirpèrent du dos du jeune homme et que ses yeux devinrent complètement noirs sans aucune sclérotique.

Alors que Shyrhin s’élança vers Yumeki, ce dernier constata de suite la différence : son adversaire était bien plus rapide. Le coup de pied qu’il esquiva de justesse entailla malgré tout sa soutane noire.

Il profita du déplacement d’air pour se laisser emporter en arrière et s’éloigner un peu de cette brute, avant de tourner sur lui-même et de porter une attaque de sa faux.

Une nouvelle fois, Shyrhin la bloqua de son poing.

Un nouvel échange d’attaque eut lieu, les esquive de Yumeki étaient de plus en plus « juste à temps », il esquivait parfois in extremis, les capacités de Shyrhin n’avaient plus rien à voir avec celles qu’il avait manifesté auparavant.

A présent, il devait surpasser Kuro selon les estimations de Yumeki, sa force devait être similaire mais sa vitesse était bien supérieure.

En plus des aptitudes de son corps, ses techniques de combat étaient simples mais très bien maîtrisée, il ne laissait aucun ouverture dans sa garde et attaquait avec une précision redoutable.

Néanmoins, Yumeki saisit une opportunité pour utiliser une de ses compétences spéciales : le Clair de Mort.

Esquivant un coup de pied, il se baissa, concentra son énergie et enchaîna de sa faux une attaque circulaire ascendante qui le fit tourner deux fois dans les airs,- une technique assez similaire à celle de certains jeux de combat,- à cause de l’énergie rouge de sa faux et de la vitesse de rotation, il laissait derrière lui une traînée visuelle rouge réellement impressionnante.

Shyrhin para l’attaque en croisant ses bras sur sa poitrine, il fut rejeté en arrière, ses chaussures crissèrent sur le sol alors qu’il glissa sur l’asphalte.

A ce moment-là :

« Ténécalypse ! »

Il fondit en piqué sur son adversaire après avoir fait exploser ses ailes d’ombres ce qui lui donna une impulsion si violente que sa vitesse fut tout simplement folle.

Même après avoir posé les pieds au sol, il restait dans les airs pendant quelques secondes une sorte de ligne courbe d’un rouge sanglant.

Yumeki posa le genoux au sol alors qu’une entaille large d’un bon mètre y apparut et alors que le petit corps de Shyrhin fut projeté dans les airs.

Son corps retomba, seul sa casquette déchirée et quelques fragments de vêtements furent emportés par les courants d’air.

Alors que Yumeki reprenait son souffle et se calmait, pensant avoir infligé une sévère attaque, il entendit son ennemi se remettre sur pied.

« Hahahaha !! Vraiment pas mal ! Je m’en fiche maintenant de la mission, on va bien s’amuser tous les deux ! Hahaha ! »

La première surprise fut de constater que sous sa casquette Shyrhin avait de longs cheveux blancs tressés.

La seconde surprise fut la vue de ses yeux rouges et les deux petites cornes qui ressortaient du rideau de cheveux créé par sa frange irrégulière et sauvage.

La dernière surprise, ce fut l’entaille qu’il avait sur le torse et qui laissait voir une légère marque rouge saignante. Un soutien-gorge se trouvait sous ce pull blanc à présent taché de sang et de poussière. Shyrhin était donc une femme ? A bien y penser, sa voix avait un quelque chose de féminin ; au vue de son apparence, Yumeki avait immédiatement penser qu’il s’agissait d’un collégien dont la voix n’avait pas encore muée, mais en vérité il s’agissait d’une fille.

Cette révélation surpris et déconcerta Yumeki, il n’aimait pas se battre contre des filles.

Elle sembla comprendre sa gêne, elle regarda sa poitrine, puis elle passa sa main sous son pull, arracha le soutien-gorge (qui au passage ne semblait pas vraiment servir à grand-chose vu la taille très modeste de sa poitrine) et le jeta par terre.

« Si c’est ça qui t’incommode, considère-moi comme un homme et bats-toi comme tel. Moi, je te ferais pas de cadeau, je vais vraiment passer aux choses sérieuses. »

A ce moment-là, elle leva sa main au ciel : les cailloux et autres débris autour d’elle s’envolèrent, se regroupèrent au-dessus de sa main et fusionnèrent entre eux pour créer une arme : un tetsubo.

Contre toute-attente, malgré sa force démesurée, l’arme était pour sa part assez normale, elle n’avait pas une taille au-delà de la norme.

Yumeki se releva et se concentra à nouveau, les ailes de ténèbres réapparurent dans son dos.

Il soupira, une certaine fatigue commençait à l’envahir.

A cet instant, il pensa bien à changer de carte au profit de Sary, plus puissante en terme de pure attaque, mais il rendit bien compte qu’il perdrait en vitesse et en allonge, des avantages que son adversaires venait d’acquérir.

Il ne pouvait que persister à utiliser Kira et faire encore plus attention qu’auparavant. Même s’il s’agissait d’une fille, il se rendait bien compte qu’il ne pouvait pas retenir ses forces, il n’était pas assuré de sa victoire s’il se retenait, il mourrait à coup sûr.

Néanmoins, il tenta quelque chose qu’il n’avait pas tenté jusque lors, il prit un paquet de carte dans sa poche et en choisit une spécifiquement. Bien sûr, Shyrhin ne l’interrompit pas, elle semblait impatiente de voir le résultat.

Yumeki prit la carte dans sa main gauche et cria :

« Active-toi Enchantement de Fulgurance ! »

Comme il l’espérait, la carte pénétra sa chair et il sentit brusquement son rythme cardiaque accroître alors qu’une douleur lui enserra la boîte crânienne.

Il n’avait pas de temps à perdre, cette augmentation ne durerait pas très longtemps puisqu’il s’agissait d’alchimie.

Aussi, sans perdre de temps…

Il disparut de sa position alors qu’il chargea Shyrhin à une vitesse fulgurante, il était devenu très difficile à suivre tant il se déplaçait vite, il ne restait derrière lui qu’une traînée rouge-cramoisi.

Il porta un premier coup qui surpris la jeune femme et entailla légèrement son biceps, mais elle entra promptement dans la danse et même si elle n’arrivait pas à suivre tous les mouvements de Yumeki, elle parvenait à défendre les zones les plus sensibles de son anatomie.

A vrai dire, Yumeki ne cherchait qu’à l’incapacité, il ne voulait pas la tuer, mais pour la mettre KO il était tout de même obligé de viser ces zones spécifiques.

Il n’avait pas le choix, il devait à nouveau utiliser une Ténécalypse avant que l’effet ne retombe. Il profita de sa vitesse pour relancer une attaque ascendante, mais…

… Il se heurta au tetsubo avec un tintement métallique infernal et des étincelles, son attaque fut parée. Puis alors qu’il allait entamer son coup final dans les airs, il vit Shyrhin bondir et porter un coup de tetsubo qu’il para de justesse avec son arme qui vola littéralement en éclat.

L’instant d’après, il s’écrasa au sol à vive allure et avec une brutalité telle qu’il provoqua un petit cratère. Une flaque de sang commença à s’étendre depuis son dos.

Il était encore conscient, mais il n’avait presque plus aucune force, il arrivait à grande peine à maintenir sa fusion alors qu’une douleur lancinante frappait plusieurs zones de son corps.

La carte d’augmentation quitta sa main gauche et brûla à l’air libre.

Shyrhin s’approcha de lui, elle était couverte de nombreuses entailles, mais rien de vraiment dangereux.

« Tu t’es vraiment bien défendu, je reconnais que je t’avais mal jugé. Aussi, je ne vais pas t’achever, souviens-toi de cette douleur signée Shyrhin et deviens plus fort pour m’amuser encore… »

Sur ces mots, elle se retourna et se dirigea vers la zone de combat de ses trois collègues. Manifestement, ils avaient beaucoup de difficultés contre Sakumi.

La conscience de Yumeki s’affaissa pendant un instant, la douleur venait de disparaître mais il se sentait fatigué, ses yeux se fermèrent et il rêva pendant quelques instants d’une femme à la longue chevelure blonde et aux yeux verts qu’il reconnut être Kira.

Elle se trouvait dans une plaine jonchée de cadavres et était assise sur le corps ensanglanté d’un géant. Elle pleurait des larmes de sang.

Lorsqu’elle remarqua Yumeki, elle leva son regard triste et pitoyable et dit :

« J’ai tué même la Mort, mais rien n’a su apaiser la vengeance. Ne laisse pas de regrets derrière toi… »

Sur ces mots horribles, Yumeki rouvrit ses yeux, il était toujours dans le cratère et était toujours transformé.

Le souvenir de ces derniers mots tout autant que le goût ferreux du sang dans sa bouche lui laissa un certaine amertume, mais il ne pouvait abandonner, il avait des personnes importantes à protéger.

Il se releva et prit conscience de l’état du champ de bataille : Sakumi venait de voir sa protection se rompre suite à une attaque de Shyrhin, alors que les héros qu’elle avait invoqués étaient attaqués par ses trois collègues.

Shyrhin leva son tetsubo et s’apprêtait à l’abattre sur la jeune femme.

Sans aucun temps de réflexion :

« Ténécalypse ! »

Les ailes de Yumeki volèrent en éclats alors que deux ondes de chocs lui donnèrent une poussée vectorielle telle qu’il parvint à s’interposer entre Sakumi et le tetsubo.

*Crac crac*

Alors que la masse s’abattit et projeta les deux corps quelques dix mètres plus loin, le son d’os brisés se laissa entendre.

Lorsque Sakumi ouvrit les yeux, elle vit le corps de Yumeki allongé sur le sien, son dos couvert de sang, ses vêtements déchirés ; il n’était plus en mode « fusion », il était redevenu le Yumeki normal.

Des larmes montèrent immédiatement aux yeux de la jeune femme et s’écoulèrent le long de ses joues :

« Idiot ! C’est moi ta grande sœur, c’est moi qui doit te protéger… tu as vu dans quel état tu es à présent ? »

Elle serra la tête du jeune homme contre sa poitrine, non pas comme précédemment dans une intention érotique, mais bien plus pour lui communiquer la chaleur et l’affection de son cœur.

« Je ne te laisserais pas mourir ici, parole de Sakumi ! »

Elle se redressa en gardant le jeune homme contre sa poitrine, prit une des cartes qui volait au-dessus d’elle et la posa sur son corps :

« Isy Silver je t’invoque ! Soigne mon petit frère, je t’en prie ! »

Une héroïne apparut, un petit ange déchu aux ailes de corbeau, mais au visage d’une gentillesse infinie, elle mesurait une soixantaine de centimètres et voletait.

Elle acquiesça par le biais d’un large sourire et une lumière verte émana de ses mains qu’elle posa sur Yumeki.

Les blessures commencèrent à se refermer lentement.

Sakumi posa un baiser sur le front du jeune homme inconscient et le posa à côté d’elle avant de se relever.

« Bon, j’en ai assez de m’amuser avec vous, vous avez blessé mon petit frère et pour ça vous allez tous le payer au centuple, je vous démolirais tous en même temps ! »

Son visage n’affichait que la colère et ses intentions meurtrières.

En un sens, il valait mieux que Yumeki ne fut pas conscient pour la voir dans cet état, il n’y avait aucun doute quant à ses intentions du moment, elle n’hésiterait pas comme lui l’aurait sûrement fait.

« Hellfaux Cleya, apparaît ! Eru Haaki apparaît ! »

Les deux héroïnes apparurent à l’identique de leur représentation sur les cartes. Hellfaux ressemblait à une elfe aux longs cheveux argentés, aux yeux violets et à la peau claire. Même si elle était une magicienne, elle portait un plastron métallique par-dessus sa robe violette.

Eru était une jeune fille d’une dizaine d’année, elle avait deux longues couettes et ses cheveux étaient roses. Elle portait un uniforme scolaire tout ce qu’il y avait de plus classique. Mais ses yeux dorés dévoilaient un aspect dérangeant de son apparence, un quelque chose de pas normal.

« Whoo, nous avons là une magnifique adversaire, dit Shyrhin en souriant. Je pensais que les meilleurs n’arrivaient pas à en appeler plus de trois en même temps…

– Tais-toi, petite dégénérée ! »

Elle prononça ces mots presque en les vomissant, sa voix colérique était encore tremblante. Sakumi passa sa manche sur ses yeux pour essuyer ses larmes et reprendre son calme :

« Tu seras la première à périr ! Eru attaque Mutation Virale ! Hellfaux utilise charge-mana, suivi d’une Tempête de Sang et d’Ossement !

– Tu crois que je vais laisser le temps à ton esprit de lancer son ultime attaque ? Je vais en finir assez vite avec ton Eru ! »

Ces paroles, Sakumi ne les comprenait que trop bien, elle savait que Eru sous sa forme normale ne tiendrait pas longtemps contre la force absurde de Shyrhin, le temps qu’elle passe sous sa forme demi-demon, Shyrhin aurait largement le temps de s’en prendre à Hellfaux. Aussi…

« Carte Apocalypse : Eclipse magique ! »

Au moment où la carte se tourna, toute la zone se vit illuminée par une lueur verte, non pas le vert des arbres qui évoque la nature et l’apaisement, mais un vert tirant sur le jaune, une couleur qui évoquait la malfaisance, la maladie et la souffrance.

Que ce soit Shyrhin, ou bien les trois autres, tous se mirent à tousser et portèrent la main à leur poitrine comme si une douleur venait de les frapper soudainement.

Et à vrai dire, c’était bien le cas, car l’Eclipse était en train d’aspirer leur vitalité pour la diriger vers un seul point, l’index de Sakumi.

Cet absorption n’était pas suffisante pour les tuer eux, mais elle les avait tout de même affaiblis. D’ailleurs, ils n’étaient pas les seuls à en subir les effets, car les héros précédemment invoqués commencèrent à disparaître sous la forme de paillettes qui se dirigèrent vers ce même épicentre.

« Hellfaux, je t’offre l’obscure tribut, que ta magie soit renforcée et renvoi mes ennemis dans les limbes éternelles de la vacuité. »

A cet instant, une sphère de ténèbres avec à l’intérieur d’elle des symboles complexes, des cercles, des pentagrammes, hexagrammes et bien d’autres encore entre les mains levées d’Hellfaux.

Shyrhin tenta de la charger avant qu’il ne soit trop tard, mais en vain, la nécromancienne baissa sa main alors que la sphère se mit à descendre devant elle.

Zesphyr fit signe à ses deux compagnons de reculer alors qu’il leva son bâton et qu’il dressa un mur de pierre devant lui. Tous trois s’y réfugièrent.

Par sa part, Shyrhin n’eut pas le temps, pas plus que l’idée de ce faire, elle interposa son tetsubo au moment de l’explosion.

La zone plongea dans l’obscurité totale pendant quelques secondes, ce n’était pas une réelle explosion, c’était plus comme une sorte de petit trou noir. Les personnes à l’intérieur sentaient à la fois des brûlures, des engelures, des lacérations et des étirements divers de leurs corps. Le genre d’expérience qu’on ne désire pas vraiment subir.

Lorsque l’explosion de ténèbres s’estompa, il ne restait devant Sakumi qu’un cratère de plus ou moins deux mètres de profond et une vingtaine de mètres de rayon.

Le mur de pierre de Zesphyr n’avait pas tenu le choc, il avait été détruit, annihilé, les trois combattants juste derrière avait été projetés quelques mètres plus loin et gisaient au sol, ils avaient des brûlures, des hématomes et des coupures sur leurs corps.

Mais, la pire de tous était Shyrhin : son arme avait été complètement réduite en morceaux, elle était inconsciente et couverte de blessures.

Zesphyr, Julvrae et Aleanar se relevèrent lentement. Quant à Sakumi, suite à l’attaque de Hellfaux, elle était tombée à genoux, épuisées, elle respirait lourdement.

Mais son visage n’avait pas abandonné cette expression de colère, elle porta son regard sur le corps inconscient de Shyrhin, cette loli démoniaque, et d’un effort de volonté, elle se releva.

Hellfaux avait bien sûr disparue.

« Il est temps de faire le ménage ici… Eru, apparaît ! »

La carte d’Eru se tourna à nouveau et la petite fille aux yeux dorés apparut.

Sakumi éprouvait des difficultés à rester ne serait-ce que debout, elle se tenait le flanc et respirait lourdement, mais sa volonté était plus forte.

Ses lèvres allaient s’ouvrir pour donner l’ordre meurtrier, quand une personne s’interposa devant Eru, une fille aux longs cheveux noirs et à l’allure délicate : Linka.

« C’est bon, arrête ! Dit Linka d’une voix émue. Tu ne voudrais pas qu’il te déteste pour ce que tu as fait, non ?

– Mais…

– Non, arrête ! Tu sais très bien que j’ai raison, il ne voudrait pas que sa oneesan devienne une meurtrière, non ? »

Sakumi ferma les yeux quelques secondes, soupira lourdement alors qu’une expression contrariée s’afficha sur son visage.

Finalement, elle sourit amèrement et dit :

« Eru, je te libère ! »

La petite fille disparut sous la forme de paillettes lumineuses.

« C’est bon, prenez-la et partez d’ici tout de suite, je suis pas d’humeur à vous voir plus longtemps. »

Finit par dire Sakumi alors que Linka lui lança un sourire bienveillant.

Zesphyr hocha de la tête sans rien dire, il désigna de la main le corps de Shyrhin ; Julvrae s’en approcha, le souleva et le mit sur son épaule.

Les quatre quittèrent silencieusement la zone, tous se rendaient compte que leur survie ne tenait pas à grand-chose.

Une fois partis, Sakumi soupira, elle regarda tendrement Yumeki, il était à présent guéri, ses blessures étaient toutes refermées, il reprenait lentement conscience.

Linka profita de cet instant où Yumeki n’était pas revenu encore à lui et dit à Sakumi :

« J’ai encore besoin de toi pour une petite tâche, dit Linka en faisant un large mouvement de la main pour lui montrer le champ de bataille. Il faut réparer tout ça. Je sais que tu n’as plus d’énergie, je te propose de puiser un peu dans la mienne et de réparer ça…

– Comment tu veux faire ça ?

– C’est simple »

Répondit Linka en lui prenant la main. A cet instant, Sakumi sentit effectivement un lien se former entre elles et sans plus tarder, elle utilisa « Field Recover ».

De même que lorsque Yumeki avait utilisé cette carte, la zone fut recomposée.

***

Il était presque minuit, tous les trois étaient assis sur les marches à l’extérieur de la sortie Electric Town celle qui menaient au passage couvert de l’UDS.

Ils avaient repris un peu de leurs forces, les blessures sérieuses avaient été soignées par la carte de Sakumi, ils n’avaient plus que de la fatigue.

Ni Linka, ni Sakumi n’avait vraiment raconté ce qui s’était passé à Yumeki après sa blessure, Linka avec son air mystérieux habituel avait simplement dit que Sakumi les avait mis en fuite grâce à ses capacités de combat.

Yumeki avait compris qu’on lui cachait quelque chose, d’autant plus que Sakumi, si expressive auparavant, avait détourné les yeux et n’avait rien dit.

« Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais je te remercie encore, Sakumi. Comme tu l’as vu, c’est ce genre d’ennemis qui court après la carte, je sais que tu veux… »

Il fut interrompu dans sa phrase, Sakumi lui tendit les deux cartes de la Sorcière (elle ne les avait toujours pas fusionnées).

« Elles sont à toi, tu t’es battue pour elle et sans toi je serais morte à l’heure actuelle.

– Ouais, mais moi aussi en fait, si tu ne m’avais pas soigné…

– Blessure que tu as subie pour me protéger, je te rappelle. C’est moi ta oneechan, ne refait plus jamais des choses comme ça ! C’est moi qui doit te protéger ! »

Yumeki baissa la tête et soupira. Au fond de lui, il était content de la revoir ainsi, même si cet aspect de sa personnalité était étrange.

« Tiens, je te laisse le privilège de les fusionner. J’ai peut-être gagné le combat sur table, mais tu es vraiment super fort en combat réel, j’ai du mal à croire que tu sois un débutant… »

Yumeki se contenta de se gratter l’arrière de la tête, il était gêné par de tels compliments. Alors qu’il allait prendre les cartes…

« Mmm, en fait, je vais te demander quand même quelque chose en échange de ces cartes, dit-elle comme si elle venait de penser à quelque chose d’important soudainement. Tu acceptes ?

– Oui, je pense que je peux te rendre un service en échange. De quoi s’agit-il ?

– Un… un… rendez-vous… je voudrais que la prochaine fois, nous puissions être seuls, juste tous les deux.

– Hein ?

– Accepte, accepte, dit Linka à basse voix. C’est pas cher payé, puis c’est ton harem, pas besoin d’être embarrassé… »

Il lança un regard interrogateur et réprobateur à Linka, mais rapidement il reporta ses yeux sur Sakumi.

« Je ne… suis pas… ton genre d’oneechan, c’est ça ?

– Non, non, c’est pas du tout ça ! Bon, allez j’accepte, la prochaine fois on fera…ça… »

Il rougit en prononçant ces mots alors que Sakumi le regarda avec bienveillance.

Il prit les deux cartes et sans trop de cérémoniel, il les colla l’une à l’autre pour les faire fusionner. Deux nouvelles lettres apparurent :

« Ah, tu l’avais déjà fusionnée ?

– Oui, je l’ai gagné sur un autre joueur hier, je doute qu’il savait ce qu’elle représente vraiment, il n’était pas un utilisateur de la TC.

– Je vois…

– Tiens ! C’est juste un emprunt, je te laisse Hellfaux, c’est ma carte la plus puissante…

– Ah ? Pourquoi tu veux faire ça ?

– Je me sens coupable en tant qu’oneechan de te laisser seule affronter toutes ces brutes, le moins que je puisse faire c’est augmenter tes chances de réussite, non ?

– Ça se tient…, commenta Linka de son côté d’une voix qui ne pouvait être entendue que par Yumeki.

– Je vais devoir y aller, le temps d’arriver à Ikebukuro… »

Elle se leva et saisit la poignée de sa valise. Linka et Yumeki se levèrent à leur tour.

« Fais bien attention à toi en rentrant, Yumeki-kun.

– Toi aussi, Sakumi. »

Répondit Yumeki d’une voix assez douce et un peu attristée par son départ.

« En même temps, c’est toi qui fait le voyage le plus long, ce serait plutôt à toi de faire le plus attention. »

Ajouta Yumeki d’un ton un peu taquin tout en la saluant de la main.

Sakumi s’inclina, fit demi-tour sur elle-même et se dirigea vers l’entrée de la gare.

C’est alors que Linka dit au jeune homme :

« C’est vrai que nous on a pas beaucoup de route à faire pour rentrer à l’hôtel… »

Ces mots immobilisèrent Sakumi, le pied qui allait se poser au sol se raidit à la manière d’une statue de pierre.

Elle se retourna, lâcha sa valise et accourut auprès de Yumeki.

« QUOI !? Yumeki-kun, ce qu’elle a dit, c’est vrai ? »

Il se gratta l’arrière de la tête et acquiesça.

« C’est pour nous protéger, le problème avec cette carte c’est qu’elle peut les mener jusqu’à nos domiciles donc on a pas eu trop le choix, on dort à l’hôtel. »

Sakumi mit les mains dans ses cheveux et s’écria :

« Hyaaaa ! Mon Yumeki-kun et la femme-renarde ensemble dans la même chambre d’hôtel… toute une nuit… Hahahaha !! »

Son rire nerveux était particulièrement effrayant.

« Je savais que c’était une mauvaise idée de retourner à Ōsaka… Finalement, je vais rester avec vous, pour vous surveiller et te protéger.

– Mais tu risques de rater ton année si tu fais ça non ? Demanda Yumeki d’un ton perplexe.

– Je m’en fiche, on me volera pas… on ne déshonorera pas mon Yumeki-kun, je ne peux pas laisser faire la femme-vautour.

– Ouais, mais si tu rates ton année tu vas faire quoi ?

– Pas grave ! Je m’occuperais de toi… *Mero Mero*, dit-elle en lui lançant un regard plein de tendresse.

– Mais, mais… »

A ce moment-là, Linka lui chuchota :

« Rentre dans son jeu, c’est le seul moyen… »

Il l’avait bien compris, mais il espérait vraiment éviter de devoir le faire.

« J’avoue que j’ai pas vraiment envie d’une grande sœur idiote qui a raté ses études, dit-il assez sèchement alors qu’elle se tint la poitrine comme blessée dans son orgueil.

– J’y peux rien… les cours, c’est pas trop mon truc.

– Ouais, mais si tu as un diplôme, tu peux venir vivre à Tokyo et on pourra se revoir. »

Cette dernière image la plongea dans une rêverie facile à deviner.

« D’ailleurs, je te promets deux choses : il ne se passera rien cette nuit et… si tu acceptes de me faire confiance, je t’appellerais…oneechan ! »

A ce moment-là, elle tomba à genoux comme abattue par un ennemi surpuissant.

Yumeki lui tendit la main pour sceller l’accord :

« Oneechan ou pas ?

– Oneechan !! »

Dit-elle les larmes aux yeux et en le prenant brusquement dans ses bras.

Contrairement à l’autre fois, c’était plus une accolade amicale, mais Yumeki ne pouvait se sentir autrement que gêné, tant de familiarité et de contact physique…

Lorsqu’elle se sépara de lui, elle prit quelque chose dans sa poche : son téléphone portable.

« Ton numéro ? On va communiquer très souvent, jusqu’à mon retour pour le rendez-vous et jusqu’à ce que j’emménage ici définitivement. »

Après être allé si loin, il ne pouvait plus faire marche arrière, il lui donna son numéro.

Suite à quoi, Sakumi serra également dans ses bras Linka, de la même manière amicale et lui chuchota :

« Je te le laisse pour le moment, femme-harpie, mais s’il lui arrive quoi que ce soit… »

Et sur ces derniers mots, son regard devint noir et une violente aura démoniaque émana d’elle.

Linka ne dit mot, elle se contenta de sourire et de la saluer de la main alors qu’elle courut vers l’entrée de la gare…

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