Tome 2 – Chapitre 4

Après toutes ces éprouvantes aventures de la journée, Yumeki arriva à l’hôtel complètement épuisé, toutes les idées et l’agitation de la veille quant au fait de partager sa chambre avec Linka disparurent ; il ne voulait qu’une seule et unique chose : dormir.

Qui plus est, contrairement à la veille, l’hôtel qu’ils choisirent disposait de chambres vides, aussi ils purent avoir une chambre chacun.

Yumeki aurait pu profiter pleinement, mais quelqu’un d’autre vint perturber son sommeil : Sakumi.

Puisqu’il lui avait donné son numéro de téléphone, elle n’avait eu de cesse de le joindre toutes les demi-heures afin de « s’assurer que la femme-vautour ne se jette pas sur lui ».

Il eut beau lui dire, à moitié endormi, qu’elle avait sa propre chambre et qu’il n’y avait de fait vraiment aucun risque, elle n’arrivait pas à se rassurer. Il pensa bien à un moment donné éteindre son téléphone et lui dire le lendemain qu’il avait eu une panne de batterie… mais rapidement, dans leurs premiers échanges, elle lui avait dit que si elle n’avait pas de nouvelles, elle utiliserait une carte dont Yumeki avait oublié le nom au vue de sa fatigue, afin d’envoyer un esprit espion.

Même si Yumeki appréciait vraiment Sakumi, il ne pouvait réprimer complètement ce sentiment naturel qui veut qu’on ait des griefs contre quiconque viendrait à empêcher notre repos.

Il n’avait pas une seule seconde supposé que Sakumi puisse être ce genre de fille.

Ce n’est qu’au matin où elle lui accorda du repos, mais son réveil prit la relève et lui rappela ses obligations professionnelles.

C’est donc dans un état quasi-catatonique qu’il partit travailler.

A cause de son état, il fut la cible de diverses moqueries de ses collègues masculins et des regards curieux de ses collègues féminins… Les rumeurs à son sujet allaient bon train.

Néanmoins, grâce à son état amorphe, aucune ne l’atteignit, son cerveau n’avait de la force que pour gérer une seule tâche et il l’appliqua à son travail uniquement.

Il profita au maximum de ses pauses pour aller dormir aux toilettes où il pouvait être seul et loin des médisances.

La journée passa à une vitesse très étrange. Le temps passe plus ou moins vite selon la perception de chacun, mais Yumeki était dans un tel état qu’il n’avait juste plus de réelle conscience du passage du temps.

Aussi, il quitta machinalement le bâtiment de l’entreprise et, sans même réfléchir, il monta dans le train de la JR Chūō-Sōbu Line en direction d’Akihabara.

***

Sans s’en rendre compte, il avait sombré dans le sommeil, la chaleur de l’intérieur du wagon, le siège moelleux sur lequel il était assis et le ronronnement uniforme du moteur du train avaient eu raison de ce qui lui restait de conscience.

Involontairement, il s’endormit…

Cette fois, son rêve fut bien plus déconstruit que la fois précédente, il rêva d’être attaqué par des dizaines de Linka toutes sous une forme humanoïde fusionné à un animal différent : vautour, renard, chat, chien, etc.

Il se réveilla en sursaut lorsqu’une Linka femme-serpent le mordit à l’épaule.

« Haa ! »

Il avait brièvement crié lors de son cauchemar, il se sentit incroyablement gêné d’avoir dérangé les autres usagers.

Qui plus est, il se rendit compte qu’il avait posé sa tête sur son voisin pendant son sommeil, il devait s’excuser au plus vite d’un comportement aussi impoli.

Mais, lorsqu’il tourna la tête :

« TOI !? Mais…

– Yo ! Ça faisait un bail, Yumeki-kun ! »

Dis cette personne imposante, tant par sa taille supérieure à la moyenne que par son embonpoint. Sans être un géant, ces deux paramètres dépassaient la moyenne, ce qui le rendait d’ores et déjà remarquable.

Son visage rond était cerné par des cheveux noirs mi-longs qui descendaient un peu au-dessus de ses épaules, tandis que ses yeux étaient déformés par une paire de lunettes qui paraissaient plutôt épaisses. Il ne portait pas de barbe, mais on pouvait constater une certaine pilosité par les restes d’un rasage quotidien lui donnant une peau légèrement bleutée à divers endroits.

Ses vêtements étaient composés d’une chemise à carreau ouverte, un t-shirt blanc décoré d’un motif abstrait et d’un baggy militaire.

Tout en saluant Yumeki, il remonta ses lunettes de manière inquiétante et conspiratrice.

« Kazuo ! Qu’est-ce que… ? Demanda Yumeki de façon surprise.

– Qu’est-ce que je fais ici ? Un homme n’a-t-il pas le droit de prendre son train ?

– C’est pas ce que je veux dire ! Pourquoi tu vas à Akiba ? Et pourquoi tu es habillé comme ça ? »

Les lèvres de Kazuo se levèrent pour former un arc de cercle, un sourire digne d’un méchant de film ou d’anime.

« Qui a dit que j’allais à Akiba ? Puis, je te signale que la station d’Akiba était il y a deux arrêts…

– QUOI ?! J’ai raté la sortie ?

– Eh oui, semble-t-il. »

Yumeki baissa la tête dépité, non seulement il s’était endormi, s’était écrié, avait utilisé l’épaule de Kazuo comme coussin, mais pour couronner le tout il avait raté sa sortie… il n’avait vraiment pas de chance en cette journée, pensa-t-il.

« Au fait, reprit calmement Yumeki, désolé de m’être endormi sur toi.

– T’inquiètes, c’est pas la première fois. Tu dois bien m’aimer au fond de toi. »

Dit-il en joignant ses lèvres pour envoyer un baiser. Yumeki frissonna dans tout son corps, la seule vision de ces lèvres l’emplit de dégoût.

« Haha ! T’inquiètes, j’aime pas les hommes non plus…, dit Kazuo après avoir constaté la réaction du jeune homme.

– Tant mieux… Bon, bah, me reste plus qu’à descendre au prochain arrêt et repartir dans l’autre sens.

– Ouais. Et à répondre à Linka, car ton téléphone n’a pas arrêté de vibrer depuis avant et je suppose qu’il s’agit d’elle. »

Cette évocation provoqua une réaction immédiate chez Yumeki, il glissa la main dans sa poche et tira son Smartphone.

Effectivement, il y a avait une grande quantité de messages non lus et même quelques appels manqués.

« Curieux hasard de se croiser ici… tu es sûr que tu ne reviens pas d’Akiba ? Demanda Yumeki en plissant les yeux de manière inquisitrice.

– Comme tu le vois, je n’ai aucun sachet en main. Pour ma femme, j’ai vraiment arrêté, tu sais ?

– J’ai du mal à le croire, sincèrement. Comment quelqu’un d’aussi fervent que toi pourrait arrêter pour une femme, je me l’explique pas vraiment. »

A cet instant précis, Kazuo lui jeta un regard droit dans les yeux à travers ses épaisses lunettes.

« Il y a des secrets que seules les femmes disposent, mon cher ami. »

Son expression paraissait fière, mais Yumeki se souvient du contenu de la collection de Kazuo qu’il avait reçu en paiement, cette collection durement gagnée et qui n’était composée que de doujinshi hentai et autres goodies R-18.

Cette image dans sa tête suffit à lui faire comprendre le sens cacher des mots de Kazuo.

« Ha.. ha… ! Rigola-t-il nerveusement. Je suppose… »

Kazuo leva le pouce puis il se remit à regarder autour de lui comme à la recherche de quelque chose. Il finit par tirer son téléphone portable de sa poche, un appareil étonnamment banal en terme de look, un ancien modèle.

Il déverrouilla l’écran et lança une étrange application avec du texte en anglais.

« Tiens, tu utilises ce vieux téléphone ? C’est quelle marque?

– Une marque étrangère pratiquement introuvable au Japon.

– Et pourquoi tu utilises ça ? C’est quoi ce jeu d’ailleurs ?

– Chut ! C’est une application de ma création pour repérer les récepteurs d’ondulations. S’ils apprennent que j’ai un truc comme ça, ils vont redoubler de vigilance. Pour le moment, la balle est dans mon camp. Hahaha !! »

Yumeki avait oublié cet aspect de sa personnalité : Kazuo était un fervent conspirationniste, il croyait fermement être surveillé par des agents gouvernementaux à la recherche de pouvoirs magiques et autres.

Le jeune homme savait qu’il valait mieux ne pas poser de questions à ce moment-là, c’était comme jeter de l’huile sur le feu.

Aussi, il se contenta de lever le pouce, puis il regarda l’écran avec le plan avec les gares de la ligne de train.

Plus que deux minutes avant le prochain arrêt.

« Au fait, tu es au courant de ce qui se passe à Akiba en ce moment ?

– A ton avis ?

– C’est impoli de répondre à une question par une autre question… c’est mon avis. »

Dit-il en le regardant froidement.

« Whaa, t’es vraiment un sacré modèle de tsundere masculin.

– Je ne suis pas un tsundere !

– Ouais, ouais… ‘fin bon, ils ne sont pas là, on va pouvoir parler.

– Pfff, je t’écoute. »

Yumeki était exaspéré d’être appelé « tsundere » aussi bien par Kazuo que par Linka, il souffla bruyamment pour marquer sa protestation.

Mais, Kazuo ne sembla pas y prêter attention.

« En somme, plusieurs groupes d’envahisseurs d’autres mondes.

– Plusieurs ?

– Si je te dévoilais le fin mot de l’intrigue, je pense que Miss Linka m’en voudrait énormément, et personne parmi nous n’a envie de la décevoir, non ? »

Dit-il en souriant de manière inquiétante et en posant un doigt sur ses lunettes.

« Vous avez la même sale habitude, si vous savez quelque chose, dites-la, c’est bien plus efficace… et ça permettrait de ne pas laisser mourir des gens… »

La fin de sa phrase était sur un ton descendant. Il voulait éviter que les autres usagers ne l’entendent. Puisque Kazuo était juste à côté, il était persuadé d’avoir été entendu, néanmoins.

« Je vois, je vois… Demande à Linka les nouveautés du jour dans le monde otaku d’Akiba, tu tiendras là une première piste. Sur ce, tu dois descendre, ne fais pas attendre la jeune dame ! »

Sur ces mots, le train arriva en gare, l’annonce se fit entendre dans l’interphone et les portes s’ouvrirent.

« Ouais… bien joué ! A une prochaine, je sens qu’on va se revoir de toute façon… Sensei. »

Kazuo sourit à pleine dents alors que les reflets de lumière se concentrèrent sur les verres de ses lunettes.

« A une prochaine, l’Elu. »

En soupirant de colère, Yumeki sortit du train.

Il eut à peine le temps de regarder les panneaux d’affichage pour chercher sa route que son téléphone se mit à vibrer : c’était un appel de Linka.

« Yahoo ! Tu es où ? Dit-elle de sa voix enjouée habituelle.

– Salut. Je… me suis endormi dans le train, j’ai raté l’arrêt. Je vais faire demi-tour, je devrais arriver dans quelques… dix minutes à la gare d’Akiba.

– Ah bon ? Tu es si fatigué que ça ? Demanda-t-elle d’une voix innocente.

– La faute à qui ? C’est à cause de toutes les deux que je n’ai pas pu dormir cette nuit, je te signale… »

Lorsqu’il prononça ces mots, Yumeki remarqua quelques regards se tourner vers lui.

Immédiatement, des rougeurs apparurent sur son visage et il s’éloigna.

« Ah bon ? J’ai pourtant rien fait, il me semble… Je suis venu t’embêter pendant une crise de somnambulisme ? Je t’ai forcé à jouer à la console avec moi ? Si c’est le cas, dis-le tout de suite… »

Yumeki s’étonna du ton paniqué et impératif de Linka, ce n’était pas son genre. Habituellement elle avait une manière douce, calme et parfois inappropriée de parler, mais elle ne se fâchait jamais.

« Euh, pourquoi serait-ce si important ? »

Dans sa tête, il y avait une multitude de réponses possibles qui s’imposaient. En effet, qu’une jeune femme aille visiter sa chambre, il y avait lieu de s’inquiéter en effet. Par contre, il ne voyait pas trop le rapport avec les jeux vidéo.

« Bah, si on a joué et que je m’en souviens pas, je voudrais au moins savoir à quel jeu on a joué et quelle sauvegarde on a utilisé. Ça me semble logique, non ? »

La tête de Yumeki, à la manière d’un personnage de manga, tomba en avant alors qu’il manqua de trébucher. Des larmes montèrent à ses globes oculaires. Une réponse vraiment… digne de Linka.

« C’est ta seule pensée, vraiment ? Il peut arriver des choses bien plus grave lorsqu’une fille visite la chambre d’un garçon en pleine nuit, tu sais ?!

– Hein ? Tout de suite tu vois tout de manière perverse. Pervers ! »

A chaque fois que Yumeki lui avait entendu prononcer ce mot, elle l’avait fait d’une façon à la fois gênée et mignonne qui n’avait pas vraiment l’air d’un reproche.

D’ailleurs, le jeune homme se demanda s’il n’éprouvait pas quelque satisfaction à être appelé de la sorte par elle, ce qui l’inquiéta d’ailleurs au plus haut point.

Aussitôt il rétorqua :

« Je suis pas plus pervers que la normale, c’est toi qui a un problème si tu ne penses à ça en entrant la nuit dans une chambre de garçon…

– Je suis donc entrée dans ta chambre…

– Non ! Répondit sèchement Yumeki. Mais, c’était pour dire que tu devrais faire attention à ce genre de choses.

– Pffff ! D’accord, d’accord, je tâcherais de ne plus dire ça la prochaine fois. »

Yumeki réfléchit un instant à ce qu’elle venait de lui répondre. « Ne plus dire », là n’était pas vraiment la question, il valait mieux qu’elle évite de le faire, non ?

— Mais à quoi est-ce que je pense, moi ! Changeons de sujet, changeons de sujet…

« Bon, de toute manière, là n’est pas la question. Vu que tu as remonté à bloc Sakumi, elle n’a pas arrêté de me téléphoner et m’a empêché de dormir.

– Mmm, je vois, je vois… Sakumi t’aime vraiment bien au final…

– Je ne comprends pas vraiment pourquoi… »

Dit à basse voix Yumeki avec un regard songeur.

« Bah, te pose pas de questions inutiles, elle t’aime c’est l’essentiel. Sur ce, je vais t’attendre au gamecenter de la sortie Electric Town. Envoie-moi un mail avant d’arriver.

– Ok, amuse-toi bien, droguée des jeux vidéo, dit Yumeki sur un ton légèrement réprobateur.

– Haha ! Tu verras, tu feras pareil dans un futur, tu ne le sais pas encore mais tu es déjà un otaku !

– Ouais, ouais, c’est ça, c’est ça… Comme si j’avais envie de devenir comme toi.

– Tout est une question de niveaux, lorsque tu auras assez d’XP tu…

– Le train arrive, interrompit Yumeki soudainement. Je ne vais pas pouvoir t’entendre encore longtemps.

– Euh… Bon, pas grave. A tout de suite !

– Ouais, à bientôt. »

Il raccrocha et rangea le portable dans sa poche.

La phrase de Linka se répéta involontairement dans sa tête : « Tu es déjà un otaku ! ».

Était-il réellement devenu un otaku à son insu ? A quel moment ? Jouer à quelques jeux suffisait-il à être considéré de la sorte ?

Yumeki se rappela d’une de ses connaissances de lycée, un type que tout le monde considérait comme tel. Tout comme Linka, il regardait vraiment tout un tas d’anime, il connaissait des répliques par cœur, il connaissait les noms des doubleurs, des groupes qui avaient composés les génériques…

Comparé à ce genre de personnages, pouvait-il vraiment croire à cette affirmation ?

Il secoua la main devant lui, un signe de refus destiné à lui-même, puis il soupira et pensa :

— Pas moyen qu’une seule des paroles de Linka puisse être prise au sérieux, elle est folle cette fille.

Il entra dans le train en souriant de manière pensive.

***

Ce n’était pas la première fois de sa vie qu’il entrait dans un gamecenter, mais cela faisait quelques années qu’il n’y avait plus mis les pieds.

Non pas qu’il eut voulu à tout prix de s’y rendre, mais les occasions ne s’étaient jamais présentées.

Par rapport à ses souvenirs, c’était toujours aussi bruyant et toujours aussi bondé.

Il s’avança à l’étage des jeux de combat, Linka lui avait dit annoncé qu’elle jouait à Michi Warriors 4 Omega et il s’était souvenu qu’à l’époque il avait beaucoup joué à l’épisode numéro 2 de la série. Aussi, sans même qu’elle le lui l’explique, il avait compris qu’elle se trouvait à l’étage « jeu de combat ».

Lorsqu’il arriva, outre la fumée, car il était autorisé de fumer à cet étage-là, il vit immédiatement un attroupement.

– Qu’est-ce que c’est ?

Alors qu’il se posa cette question en s’avançant et en contournant la foule composée d’une quinzaine de personnes, il crut reconnaître sur une décoration un des personnages emblématiques de la série précédemment mentionnée.

Son regard se porta vers le centre de la foule, un étrange pressentiment s’instilla en lui.

Il se fraya un chemin et, sans vraiment être surpris, il put confirmer que le centre de cette agitation était Linka.

Elle ne le remarqua pas de suite, elle était trop absorbée par le jeu.

La borne en face d’elle, donc celle de son adversaire, était occupée par un homme ayant la vingtaine, de grande taille et mince, il agitait le joystick à une vitesse ahurissante.

Malgré le bruit ambiant, les bruits de tapotage de touches se firent entendre, puis le cri de défaite du jeune homme.

Alors que ce dernier se leva d’un air calme et hautain, les commentaires des autres clients s’élevèrent tout autour :

« C’est qui cette fille ? C’est une pro ? »

« Je crois l’avoir déjà vu dans une revue, elle aurait battu le mois dernier le champion coréen. »

« C’est pas possible d’avoir battu BloodyRoom, c’est un joueur qui est presque classé !! »

« TiedRose, c’est pas le nom de la joueuse qui utilise toujours Violette ? »

« Violette ? La sorcière italienne ? »

Le jeune homme, surnommé BloodyRoom, s’immobilisa quelques secondes dans une position « cool », puis passa sa main dans ses cheveux et s’avança vers Linka :

« Très belle victoire. Qui aurait-pu croire qu’une si belle rose pouvait avoir de telles épines ?

– Hein ? Des roses ? Tu veux parler de Violette, c’est ça ? Ouais, elle défonce comme chara, c’est normal son BasMK est prio sur tout et est à +3 en garde. »

Évidemment, Yumeki n’avait rien compris à ce qu’elle venait de dire, ce qui n’était manifestement pas le cas de BloodyRoom qui esquissa un sourire charmeur avant de prendre la main de Linka et de lui faire un baisemain.

La foule entière retint son souffle, puis d’une seule voix un cri de stupeur s’éleva.

En effet, cette foule composée exclusivement de personnes du sexe masculin était non seulement attirée par Linka en raison de ses qualités de joueuse, mais aussi en raison de sa beauté en tant que femme.

Une telle action… sentir la tendresse de cette main délicate, tous ceux présents en ce lieu en rêvaient, mais aucun autre n’aurait osé.

« Hein ? Dit Linka surprise. Ça veut dire quoi ? C’est une demande de duel, c’est ça ? Je croyais qu’on faisait ça par lettre dans les casiers ? »

— Une réponse digne d’elle, pensa Yumeki en serrant son poing.

Pour une raison qu’il ne s’expliquait pas vraiment, il était vraiment contrarié par ce baiser, pourtant il n’avait aucune réelle raison.

Sans vraiment réfléchir, il écarta le type devant lui et s’avança alors que BloodyRoom s’exprimait en prenant la pose :

« Non, bien au contraire, ma chère lady, je pensais que pour fêter ta victoire nous…

– Ah ! Te voilà enfin, Yumeki ! »

Linka interrompit le jeune dragueur à peine vit-elle Yumeki.

Tous les regards se tournèrent vers lui d’un mouvement simultanée.

D’habitude, il se sentait gêné par ce genre de comportement, depuis qu’il fréquentait Linka, il avait eu l’occasion un tas de fois d’attiser la jalousie de la gente masculine, mais cette fois, bien au contraire, il se sentait une envie de défi en lui, une sorte de fierté.

Aussi, sans sourciller, il continua de s’avança vers Linka sans mot dire, les mains dans les poches.

Son regard croisa celui de BloodyRoom, ils s’arrêtèrent quelques secondes en face à face.

Leurs auras de virilité se dressèrent autour d’eux et s’entrechoquèrent. Les clients les plus proches finirent même par s’éloigner de quelques pas comme effrayés par cette surabondance de testostérone.

« Je passais le temps avec ces joueurs, désolée de t’avoir fait attendre. Au fait, tu veux faire une partie aussi ? Je t’apprendrais, t’inquiètes, je serais douce avec toi. »

Une goutte de sueur perla le long du visage sérieux de Yumeki alors qu’il pensa :

— Mais d’où est-ce que tu tires ton langage ? Tu ne vois pas que tu es en train de tous les affolés, idiote !

En effet, dans les yeux de tous on pouvait lire « moe » alors qu’à l’instar de taureaux on pouvait voir sortir de la buée de leurs narines.

Toujours face à son adversaire, BloodyRoom tenta de garder contenance et alors que Yumeki s’apprêtait à répondre à la question de Linka :

« Je propose plutôt que nous nous affrontions et qu’on détermine qui est digne de ExilIsis.

– ExilIsis ? C’est ton pseudo, Linka ? Demanda Yumeki en ignorant le regard de son adversaire et en regardant la jeune femme.

– Ouais, c’est le pseudo que j’ai mis sur ma carte de gamecenter. Pourquoi, il est pas cool ? Demanda-t-elle franchement.

– Désolé, dit-il en portant un regard prétentieux vers BloodyRoom et en esquissant un sourire provocateur, je n’ai pas pour habitude d’engager le choix des autres. Puis, quel intérêt aurais-je à une telle démonstration ? Allons-y Linka, tu m’apprendras à l’appart’, je suppose que tu dois avoir le même jeu dans ta collection.

– Bien sûr ! Pas de problème, laisse Linka-sensei t’apprendre tout ça ! »

Sans aucune arrière-pensée, sans avoir vraiment compris les enjeux de ce face à face viril, Linka se leva de sa chaise passa sa main pour lisser sa jupe noire et enfila sa veste en jean.

Alors que la jeune femme arriva à côté de lui, Yumeki interrompit son duel de regard et comme pour porter un coup fatal, il posa sa main sur l’épaule de Linka.

« Faut que je te parle absolument des personnages. Alors, il y a… »

Tout en commençant à lui faire la présentation des personnages du jeu, ils passèrent au sein de cette foule qui s’écarta d’elle-même. Tous les regards étaient choqués et médusés.

C’est alors que Yumeki porta un dernier regard derrière lui, tournant son visage à trois-quarts. Comme il s’y attendait, BloodyRoom était décontenancé, son expression était en colère, sa main droite se tenait sur sa poitrine.

En quittant l’étage, Yumeki cru entendre en arrière-fond des explications de Linka, la voix du jeune dragueur.

Dans l’escalator, Linka s’interrompit un instant :

« Au fait, tu te sens pas très bien ?

– Hein ? Pourquoi tu me demandes ça ?

– Depuis avant tu te reposes sur mon épaule, je pensais que tu avais un problème d’équilibre ou un truc du genre et que tu voulais pas le montrer pour faire ton dur.

– Sérieusement ?! Tu devrais avoir une meilleure perception de ta propre personne… »

Il soupira en retirant la main de l’épaule et en la remettant dans sa poche.

Linka resta silencieuse jusqu’à la sortie du gamecenter, elle avait l’air de réfléchir.

Yumeki commençait à bien la connaître, en dépit de quelques aspects de sa vie énigmatique, il savait reconnaître ses expressions faciales.

A peine sortis du local, alors que Linka allait ouvrir sa bouche pour poser une question :

« Non, je ne t’expliquerais pas.

– Mais !! Arrête de faire ton tsuntsun, qu’est-ce que ça te coûte ? Moi, je t’ai bien expliqué les personnages de la série des Michi Warriors… bon, sans entrer dans les détails historiques et techniques, d’accord, mais bon…

– Ouais, mais toi tu le fais parce que ça t’amuse de le faire, non ?

– Ouais, c’est vrai ! »

Dit-elle un peu songeuse. Puis, comme si elle réalisait la tentative d’évasion du jeune homme, elle dit :

« Là n’est pas la question ! Explique, explique ! Allééééé ! »

Elle gonfla ses joues et se plaça devant lui d’un air mignonnement en colère.

Yumeki s’arrêta et après avoir soupiré :

« Tu n’as pas vu, idiote, qu’ils te regardaient tous ?

– Bah, c’est normal, je venais de battre le champion du gamecenter.

– Pas seulement. Tu es une fille… mignonne et tu te laisses draguer par le premier venu. »

Linka rougit et baissa le regard :

« Je suis… mignonne ?

– C’est tout ce que tu retiens, idiote ?! »

Elle leva son regard vers le sien, il lui parut encore plus doux que d’habitude.

« C’est rare que tu me fasses des compliments…

– En même temps, tu les mérites vraiment ? Et puis, c’était quoi cette réplique : « je serais douce avec toi », tu n’as pas remarqué la connotation perverse que tout le monde y a vu ?

– Meuh non, pourquoi est-ce qu’ils penseraient ça ?

– T’es vraiment la fille la plus stupide que je connaisse. »

Sur ces mots, il donna une pichenette sur le front de la jeune femme et se remit en marche, les mains dans les poches, en prenant une attitude de chevalier protecteur, tout en arborant un regard désinvolte.

« Allons manger quelque chose, je meurs de faim, j’étais trop fatigué pour manger à midi… »

Linka resta hébétée quelques secondes, elle tournait le dos à Yumeki. Alors qu’un courant d’air soudain déplaça ses cheveux de sorte qu’ils lui caressèrent le visage, un sourire tendre se dessina sur ce dernier.

Elle remit en place ses cheveux, se tourna et en accélérant le pas pour rattraper Yumeki :

« Sinon, tu vas choisir qui comme personnage ? »

– Ch’sais pas… je verrais à quoi ils ressemblent d’abord.

– Héhé, tu commences à penser comme un vrai otaku, je suis fière de toi !

– Tsss ! C’est pas comme s’il y avait lieu d’en être fier…

– Hihi ! Tu es trop drôle ! »

Elle rigola en se cachant la bouche de ses mains et tous deux s’éloignèrent, puis entrèrent dans un restaurant d’udon.

***

« Wha ! Alors ce bâtiment est censé être un maid café ?! Demanda d’un ton étonné et intrigué Yumeki.

– Oui, un maid café temporaire. Il ouvre ses portes aujourd’hui et fermera au Nouvel An. Il est grand, pas vrai ? »

Répondit Linka fièrement.

Lors de leur repas, Yumeki avait expliqué à Linka avoir rencontré Kazuo et, sans rien lui cacher, il lui avait également communiquer le conseil que celui-ci lui avait fourni.

Sans réelle surprise, Linka réagit bien plus immédiatement que Yumeki.

« Les nouveautés du jour ? Il doit s’agir évidemment de l’ouverture de l’Angel Maid. Comme le dit leur slogan, plus qu’un maid café, c’est un donjon maid angélique.

– Hein ? C’est encore un truc pas clair, c’est ça ?

– Mais pas du tout ! Tu as les idées mal placées, décidément… Répondit Linka en gonflant ses joues. Non, il s’agit d’un bâtiment entier dédié aux thèmes des anges maids : bien sûr, le service est fait par des anges habillées en maid. En plus, à l’intérieur, il y a une multitude d’activités proposées. Je ne connais pas les détails, mais c’est ce qui était écrit sur leurs flyers et leur site internet.

– Je vois. Pourquoi tu m’en as pas parlé avant ? En effet, un gros événement peut être lié à la corruption démoniaque et tout ça.

– En fait, reprit fièrement Linka, l’ouverture officielle est aujourd’hui, mais puisque nous sommes jeudi et à cause des horaires de travail des différentes personnes, les événements principaux se dérouleront samedi et dimanche, en réalité. »

Sur ces mots, elle avala une gorgée d’eau de son verre et joua distraitement avec les baguettes dans son bol d’udon vide.

« Bon, ça ne veut pas dire que ce n’est pas important aujourd’hui, mais les principaux events débuteront samedi.

– Pourquoi ne pas avoir choisi la même date pour l’ouverture et les événements ?

– Pour éviter la foule, je suppose. En effet, même si on est en semaine, j’ai vu les photos sur les réseaux sociaux juste avant, à 17h il y avait plus de trois heures de file d’attente.

– Trois heures ? Tant que ça ?

– Bah, oui, c’est normal, c’est l’ouverture d’un nouveau maid café avec pour thème les anges quand même ! »

Elle leva le regard au ciel de façon songeuse.

Yumeki se demanda si Linka était à ce point-là fan de maid, il avait déjà pu constater l’aisance avec laquelle elle avait interagi lors de leur passage dans un maid café imouto. Elle avait franchement donné l’impression d’être une habituée.

Néanmoins, réflexion faite, Linka paraissait aux yeux de Yumeki une habituée dans tous les domaines otakus d’Akiba : aux jeux de cartes elle rivalisait avec Sakumi, aux bornes d’arcade elle battait des champions locaux, …

Sachant qu’elle ne révélerait de toute manière pas son identité secrète, Yumeki tût ces réflexions.

« C’est tellement exceptionnel des anges habillées en maid ?

– Pas vraiment, le concept a déjà été mis en scène plusieurs fois.

– Alors pour quelle raison, y aurait-il trois heures de file d’attente ? »

Linka, comme à son habitude dans ce genre de moments, posa son index au coin de sa bouche, regarda le plafond du coin de l’œil et répondit :

« Bah, c’est une nouveauté ! »

Yumeki la regarda dans les yeux et attendit plus d’explications, mais il se rendit rapidement compte qu’elle n’arriverait pas.

« Une nouveauté », c’était-là la seule explication ?

Le jeune homme resta silencieux quelques secondes avant de reprendre la parole :

« Euh… ouais… en gros, les gens s’y sont tous rendus parce que c’est nouveau, et c’est tout ?

– C’est plus compliqué que ça. Pour résumé les raisons, il y a d’abord le fait qu’il y ait beaucoup de fans de tout à Akiba. Tout ce qui peut être aimé trouve un public ici.

– Ouais, je suppose que lorsqu’on recueille une collection de doujin pervers, on peut concevoir que tout est possible… dit sèchement Yumeki en faisant allusion à la collection d’œuvres R-18 qu’il avait eu en récompense d’un service rendu à Kazuo.

– C’est pas les plus originales des collections. En fait, elle est même assez banale cette collection-là, beaucoup de garçons en achètent… mais aussi des filles, en fait.

– Je ne comprendrais jamais vraiment ces gens, je pense.

– Ne dis pas ça, c’est parfaitement normal. Tu veux me faire croire que tu n’as jamais fait ce genre de choses ? »

Il prit quelques secondes pour réfléchir à sa réponse. En fait, à ce stade de la conversation, il n’y avait pas vraiment de réponse idéale.

S’il répondait « oui », il passerait pour un pervers qui critique les autres. S’il niait, elle ne le croirait probablement pas, puisqu’elle semblait déjà convaincue.

« Bref, la suite de ton explication, s’il te plaît. »

Au fond, c’était comme s’il avait confessé sans vraiment le faire. Il n’avait pas trouvé d’autres solutions, au final.

« Ah oui, c’est vrai ! Donc, il y a des fans pour à peu près tout. Là, dans le cas présent, les maids ont beaucoup de popularités, tout le monde aime les maids. Pour un fan, avoir vécu les premiers moments de l’objet de sa passion, c’est un peu comme une mère qui voit naître son enfant. Que ce soit la sortie d’un jeu, d’un manga, l’avant-première d’un anime ou l’ouverture d’un maid café, il n’y a pas de différence, c’est quelque chose d’ultra important.

– Tu vois pourquoi je te dis que je pourrais pas être un otaku, ce genre de truc ça me touche pas.

– Ça viendra, ça viendra…

– Comme un enfant qui vient de naître ? Tu serais pas un peu exagérée quand même ?

– Pas du tout ! Mais tu comprendras plus tard, je t’assure ! Hihi ! »

Suite à quoi, suivant les conseils de Kazuo, ils décidèrent de s’y rendre pour interrompre l’éventuelle apparition de démons.

Contrairement aux autres maid cafés, ce n’était pas un simple local, mais bien plus un complexe. Même Linka resta hébétée quelques secondes avant de sourire, elle ne s’attendait pas à ce que ce soit aussi impressionnant.

La façade extérieur de ce nouveau bâtiment (car Linka lui apprit que ce bâtiment venait d’être bâti il y a peu) était entièrement décorée sur le thème du Paradis. Ce n’était pas un énorme poster, mais plutôt quatre énormes poster qui descendaient du dernier étage jusqu’au rez-de-chaussée.

Sur ces derniers figuraient des cieux plein de nuages et d’anges kawaii.

Devant l’entrée, il y avait également deux statues d’anges qu’on aurait pu croire dérobées à quelque musée, mais qui devait être simplement de bonnes répliques.

Yumeki ne savait qu’en pensait, la décoration était trop exagérée pour lui, tout seul il n’y aurait sûrement jamais mis les pieds.

Qui plus est, il y avait une longue file d’attente devant l’entrée, une maid angélique tenait un panneau où était indiqué « 60 minutes d’attente à partir d’ici. »

Yumeki porta un regard abattu à Linka, il avait l’air d’implorer sa clémence et de pouvoir rentrer.

Mais, il savait que c’était vain. Lorsque les yeux de Linka se tournèrent vers lui, c’était l’exact opposé, ils pétillaient et étaient plein d’enthousiasme.

De plus, elle souriait de façon attendrissante et charmante ; Yumeki n’avait jamais pu affronter et vaincre Linka dans ce genre d’état.

Il soupira et sans mot dire, il l’accompagna jusqu’à la fin de la file d’attente. Il regarda l’heure sur son téléphone, il était presque 21h.

— Bon, je suppose que demain je vais être complètement détruit au travail. Heureusement que ce samedi, je ne travaille pas, je vais pouvoir récupérer… quoi que…

Son regard se tourna involontairement sur la jeune femme, il savait qu’il n’aurait pas de week-end calme, pas tant qu’il la fréquenterait.

<< Si tu penses à lui prendre la main et lui faire des choses perverses, je te préviens que je te pulvérise sur place. >>

Cette voix agressive, ce franc-parler, il ne pouvait s’agir que de Lily.

Linka se tourna vers Yumeki d’un air étonnée.

« Ah, tiens ? Lily-san, qu’est-ce qu’il y a ? J’ai pas bien entendu… tu as détecté un porteur ? »

Yumeki regarda Linka surpris, elle n’avait donc pas compris ce qu’elle venait de dire ? Tant mieux, se dit-il en cet instant.

Il sortit la carte de son classeur qui se trouvait dans son sac. Linka se rapprocha de lui et mit son index devant sa bouche de Lily :

« Parle à basse voix Lily, on pourrait attirer l’attention. »

— C’est trop tard, Linka ! Pensa Yumeki en constatant que comme toujours Linka avait attiré les regards malgré elle.

<< Non, non, t’inquiètes pas, il n’y a pas de détenteur dans les environs…>>

Répondit Lily en parlant à basse voix.

« Tiens, au fait, ta portée de détection s’étend jusque où à présent que tu as absorbé d’autres cartes ? »

Demanda Linka également à basse voix.

<< Je peux les détecter précisément à Akiba et même un peu plus loin.>>

« C’est cool ça ! Je pensais que les cartes mettraient plus de temps à être réunies… En même pas deux jours on en a déjà quatre…

– Ce doit être normal, dit Yumeki, le jeu n’est sorti qu’au Japon. S’il y avait eu une sortie mondiale, je pense que ça n’aurait pas été pareil.

– C’est sûr ! Je me demande si on va tomber sur d’autres joueuses sympas comme Sakumi ?

– On verra bien ! Pfff, on tente de faire ça vite, je travaille demain et je suis super fatigué de la nuit dernière.

– C’est sûr que la nuit dernière n’était pas de tout repos pour nous deux. »

Immédiatement, Yumeki rangea Lily dans sa poche et mit ses mains sur la bouche de Linka :

« Tu vas arrêter avec les phrases qui peuvent être mal interprétées ?! On est en public, qu’est-ce que vont penser les gens ? »

Quelques légères tâches de rougeur apparurent sur ses joues alors qu’elle leva le pouce pour signifier qu’elle avait compris.

« T’inquiètes pas, on en aura vite fini, on fait un tour, on boit quelques verres et on retourne dormir à l’hôtel. »

Yumeki prit son visage dans sa main, cette dernière mention était exactement ce qu’il venait de lui proscrire. Néanmoins, de peur d’attirer encore plus l’attention, il ne lui dit rien cette fois.

« Ok, faisons ça, même si je sais que de toute manière ça ne peut pas se passer aussi simplement… »

***

Environ une heure plus tard, ils finirent par rentrer dans le local.

Bien sûr, Linka était très enthousiaste, elle laissait échapper fréquemment de sa bouche des « Whaa ! » ou des « Oooh ! ».

L’entrée du local se présentait comme une sorte de tribunal du Jugement Dernier, dans un style très baroque, chargé de décorations dorées et complexes.

Des anges habillées en maid venaient accueillir les « âmes trépassées » afin de les guider vers les différents paradis.

L’une d’entre elle, un ange aux cheveux mi-longs, avec une frange et des lunettes vint à leur rencontre :

« Bienvenue, âme charitable ! Le verdict de l’Apocalypse a été rendu, vos âmes sont sauves, soyez rassurés ! »

Sur ces mots, elle applaudit.

–- Pas évident le métier de maid, pensa Yumeki. J’aurais du mal à retenir une réplique pareille.

« Laissez-moi vous donner quelques explications concernant nos différents paradis. »

Sur ces mots, elle prit une brochure dans une sacoche en cuir accrochée par le biais d’une sangle à sa cuisse et la déplia.

A l’intérieur de la brochure était imprimé le plan du local dessiné dans un imitation de carte manuscrite.

« Alors, ici vous avez les neuf paradis : le ciel de la Lune, le ciel de Mercure, le ciel de Vénus, le ciel du Soleil, le ciel de Mars, le ciel de Jupiter, le ciel de Saturne, le ciel des Etoiles fixes et enfin le Premier mobile. Vous avez une petite explication à côté de chacun d’entre eux. »

En effet, Yumeki lut rapidement que chaque « ciel » correspondait à un thème d’ambiance différent.

« Permettez que je vous explique également autre chose. Au Paradis, il faut apprendre à être aimé de tous. Chaque fois que vous participez à des activités en compagnie de nos maids, vous recevez des points de Bonté qui seront totalisés sur votre compteur d’âme. »

Sur ces mots, elle sortit une carte de la même poche accrochée à sa cuisse ; sur celle-ci figuraient le dessin d’une rosace complexe avec une trentaine de cases vides.

« Chaque activité menée à bien permet d’avoir des points de Bonté accordées par nos anges. Lorsque votre compteur est plein, vous pouvez disposer de l’accompagnement personnalisé d’une de nos maid pendant une heure. Non seulement, elle vous tiendra compagnie, mais en plus elle vous permettra d’accéder aux activités du dernier des cieux, l’Empyrée. Les activités de ce ciel sont tenues secrètes pour le moment puisqu’il n’y a pas encore eu d’élu. Sur ces belles paroles, amusez-vous bien ! »

Les yeux de Linka étaient grands ouverts et pleins d’étoiles alors qu’elle reçut un plan et une carte de la part de l’ange maid. Cette dernière s’éloigna et alla s’occuper d’un autre client.

« On va oùùùù ? Y’a tellement de choses que je voudrais voir… »

Yumeki ouvrit son propre plan et lu les différents « cieux » proposés : il y avait un maid café angélique, un festival angélique, une salle d’arcade angélique, un planétarium angélique, une plage angélique, un restaurant de gastronomie angélique, un parc angélique, une pâtisserie angélique et une boutique angélique.

— Pfff, ils ont juste rajouté le mot angélique à tout, en somme, pensa Yumeki un peu désabusé.

« Je veux aller d’abord… au restaurant ! … Non, à la salle d’arcade ! … Ah, non, plutôt à la pâtisserie ! Oui, oui, oui ! La pâtisserie angélique, je veux manger un dessert ! »

Il porta sur Linka un regard blasé :

« Calme-toi, tu vas te casser si tu te calmes pas !

– Oui, c’est vrai, je vais blue screené si je continue… »

Elle ferma les yeux et souffla pour se calmer.

Pouvait-on être aussi enflammée par de telles choses ?

Néanmoins, Yumeki était curieux à propos de comment ils avaient réussi à recréer ce genre d’ambiance dans un seul bâtiment… surtout la plage et le parc.

« Ok, ok, allons satisfaire tes envies de dessert…

– OUI !! S’écria Linka en levant son poing en l’air.

– Mais… n’oublie pas d’activité ton pouvoir qu’on vérifie s’il y a une trace de corruption. Comme je te l’ai dit, j’aimerais en finir rapidement.

– Compris chef ! »

Elle fit un salut militaire, puis elle se mit en marche allégrement en sifflotant.

Ils prirent l’ascenseur pour le huitième étage.

Ce dernier, à l’instar du vestibule d’entrée, était décoré de façon baroque. Un ange s’occupait d’appeler l’ascenseur pour le compte des clients.

Lorsque la porte s’ouvrit sur le huitième ciel, le ciel des Étoiles fixes, ils purent voir une grande salle avec une voûte céleste peinte en guise de plafond. Diverses statues ornaient de-ci et de-là l’endroit, ainsi que quelques tableaux.

Sur chaque table ronde en bois, il y avait statuette avec un angelot tenant une bougie.

En réalité, cet étage était bien plus semblable à un centre commercial avec une salle de repos au centre.

En effet, tout autour de cette salle où divers couples ou célibataires dégustaient les différents gâteaux et autres sucreries, il y avait une dizaine de pâtisseries dont les vitrines exposaient leurs spécialités.

Pour l’occasion, les boutiques avaient engagés des anges maid qui tenaient un petit stand rapide à l’extérieur et pouvant prendre les commandes sans avoir à y entrer.

Une ange aux cheveux blonds décolorés attachés en deux couettes vint leur parler peu après être sortis de l’ascenseur.

« Chères âmes élues, voici votre table. Les commandes s’effectuent devant chaque pâtisserie qui vous l’apportera ensuite à votre place. De fait, n’oubliez surtout pas votre numéro ! »

Dit la maid angélique en lançant un clin d’œil.

Linka était littéralement absorbée par l’endroit, elle était émerveillée. Yumeki, pour sa part, se prêtait au jeu sans rien dire, il était impressionné par les détails de la décoration du lieu, mais ne partageait clairement le même engouement.

« J’ai pas très envie de manger sucré, Linka. Je t’attends ici, va donc choisir de quoi t’empiffrer. »

Ce dernier mot lui avait échappé, il s’attendait à quelques remarques en retour, mais…

« Merciii ! J’adore cet endroit, le vrai Paradis doit ressembler à ça !! »

C’est mollement, en dodelinant un peu, que Linka se leva et s’en alla en direction des pâtisseries.

Pendant ce temps d’attente, Yumeki scrutait la salle et la clientèle. Malgré la décoration plutôt sérieuse et classique de l’art européen, la clientèle était clairement otaku. Nombre d’entre eux affichaient des t-shirts décorés, des badges sur leurs sacs ou divers autres détails qui les identifiaient comme tel.

Au milieu de tous ces gens, les serveuses portaient des uniformes de maids, de fausses ailes d’anges et des auréoles. Elles étaient également en décalage avec l’ambiance de la salle.

C’est alors que Yumeki fut attirer par quelqu’un.

L’une des maids qu’il observa, une fille à quelques mètres de lui. Elle ne mesurait pas plus d’un mètre quarante, ses cheveux noirs étaient détachés, elle avait une peau blanc laiteux et une frange qui recouvrait ses yeux. Elle portait un uniforme de maid rose et tenait un plateau vide entre ses mains.

Elle avait l’air désemparée, hésitante, elle marchait d’un pas peu assuré et serrait le plateau pour se cacher.

Il reconnut immédiatement la fille qu’il avait croisé sur le toit de l’immeuble du QG.

« Toi ! Qu’est-ce que tu fais là ?! »

Dit Yumeki sans réellement réfléchir.

Ne se trouvant pas très loin, elle l’entendit et se tourna vers lui.

Sans voir ses yeux, on comprenait aisément qu’elle était paniquée. Elle se mit immédiatement à courir pour s’éloigner du jeune homme.

« Hein ? Mais attends ! »

Yumeki se leva, il voulait vraiment savoir qui elle était, il avait été privé de cette possibilité lors de leur première rencontre, il devait saisir sa chance maintenant.

D’autant, qu’à la réflexion faite, la fois précédente, elle avait réussi à s’enfuir d’une manière mystérieuse. En effet, si elle avait emprunté les escaliers, Yumeki l’aurait entendue passer derrière lui et puisqu’il n’y avait pas d’ascenseur qui reliait au toit…

Yumeki finit par se demander si cette fille ne disposait pas de pouvoir surnaturels ?

Aussi, ses jambes le précédèrent, il se mit à lui courir après sans même prendre le temps de constater les réactions autour de lui.

Bien que de petite taille, elle courait vite, Yumeki la suivit donc jusqu’à l’arrière-boutique d’une pâtisserie, puis monta à sa poursuite les escaliers qui les amenèrent tous les deux jusqu’au toit.

Alors que la porte métallique se referma derrière lui et qu’il souffla, fatigué de sa poursuite.

Ses yeux se portèrent avec un certain étonnement sur un objet hors du commun : un gros coffre en bois, identique à celui qu’il avait vu précédemment sur le toit du QG.

Il s’arrêta quelques instants interdit, sans savoir quoi faire. Il s’attendait à voir la jeune fille, mais à la place, il trouva ce coffre. Que devait-il faire ? L’ouvrir comme la dernière fois pour la trouver dedans ?

Mais, alors qu’il se posait des questions, il entendit que derrière ce dernier quelques légers bruissements de vêtements trahissaient la présence de la jeune maid angélique.

Tout en s’avançant, Yumeki dit calmement et avec la voix la plus douce qu’il put :

« Je sais que tu es derrière le coffre, je t’entends… pourquoi te caches-tu de moi ? Est-ce que je t’aurais fait quelque chose ? »

Il s’arrêta devant le coffre et regardant par-dessus il put voir l’ombre de la fille grâce aux éclairages en provenance de la rue.

« Réponds, s’il te plaît… je ne te veux aucun mal. »

Il attendit la réponse de la jeune fille qui fut plutôt longue à se faire entendre :

« Je… je… ne veux pas… parler…

– Et pourquoi donc ? Je ne connais rien de toi, mais vu ta réaction cette fois et la fois précédente, j’ai bien l’impression que toi tu me connais, je me trompe ? »

Encore une fois, la réponse ne fut pas immédiate, il lui fallut beaucoup d’effort pour articuler ces mots.

« Oui… on se… connaît… enfin, je te connais… »

Chaque mot semblait si difficile à sortir de cette gorge que Yumeki se sentit coupable de l’obliger à parler. Mais, il savait aussi que s’il ne faisait rien, elle ne prendrait jamais les devants.

« On se connaît ? Je m’appelle Yumeki et toi, quel est ton nom ?

– … Koharu… »

Ce nom lui était familier, il avait l’impression de l’avoir entendu récemment…

Soudain, la mémoire lui revint, il se rappela de la jeune femme aux cheveux argentées et aux yeux bleus qui combattait les démons, elle portait le même nom.

Bien que leurs tailles et leurs corpulences étaient similaires, leur ressemblance s’arrêtaient là.

Cette Koharu-là était si forte et si entreprenante, ça ne pouvait être la même personne, c’était impossible.

« Mmm, je connais bien une Koharu, mais je doute que ce soit toi ? Aurais-tu des liens de parenté avec une cosplayeuse étrangère aux cheveux argentés et aux yeux bleus ? Tu es sûr qu’on se connaissait déjà lors de notre dernière rencontre sur le toit ? »

Il la vit s’agiter, elle devait se sentir mal à l’aise face à toutes ces questions. Il ne pouvait rien faire d’autre qu’attendre, il n’avait aucune manière de la rassurer…

« C’est… peut-être mieux… si tu parles avec elle… »

Depuis le début, Yumeki avait grande peine à l’entendre, elle parlait vraiment d’une toute petite voix.

Aussi, dit-il :

« J’ai pas bien entendu. Tu veux que je rencontre Koharu ? Attends, t’embête pas, je vais venir de ton côté…

– Non ! L’interrompit-elle d’une voix un peu plus forte qui tenait lieu de cri. Attends… j’arrive… »

Il l’entendit prononcer à la hâte « Dark Hope… Universe… transformation ! » et, au même instant, une luminescence se fit voir derrière le coffre.

Inquiet, le jeune homme s’y précipita, mais…

A peine passa-t-il de l’autre côté du coffre qu’il vit une fille assise lui portant un regard amusé :

« Tu es plus pervers que ce que je pensais… tu voulais donc tant que ça me voir nue ?

– Hein ?»

Alors que Yumeki porta un regard hébété à la fille qui lui avait dit ces mots, il constata qu’il s’agissait de la Koharu qu’il avait rencontré il y a quelques jours de cela.

Une fille d’environ un mètre quarante, aux longs cheveux argentés attachés en une queue de cheval latérale et à l’œil azur. A l’identique de leur première rencontre, elle portait un cache-œil et une robe gothique noire.

« Pas du tout ! Garde tes vêtements !

– J’avais pas vraiment l’intention de les enlever, tu sais ?

– Comme la première fois, je présume ? Demanda-t-il d’une voix ironique et réprobatrice.

– Effectivement, je n’avais pas l’intention de les retirer la dernière fois non plus, mais ça m’a bien arrangé que tu le crois.

– Arrangé ? Dans quel sens ? Pour m’embrasser, c’est ça ? Demanda-t-il en rougissant et en détournant les yeux.

– Oh, c’est bon, te fait pas de film. Je voulais juste te remercier… de m’avoir sauvée contre le démon. »

Elle aussi se mit à rougir et baissa son regard vers ses doigts qui s’entremêlaient nerveusement.

Ce silence dura quelques dizaines de secondes. C’est finalement Yumeki qui le rompit en disant :

« Bah, peu importe, laissons tomber cet épisode, j’ai pas mal d’autres questions que je souhaiterais te poser, tu es d’accord ?

– Moi aussi, j’en ai quelques-unes…, répondit Koharu en le regardant dans les yeux et en se levant.

– D’accord. Va y, commence si tu veux, ça me dérange pas.

– Pourquoi tu m’as suivie ? Pourquoi tu te mêles de ces affaires paranormales ? »

Yumeki croisa les bras et se mit à réfléchir, ce n’était pas vraiment des choses qu’il avait bien pensée à vrai dire.

« En fait, je t’ai suivie car je ne savais rien de toi et tu m’as intrigué. La dernière fois, ta disparition m’a parue suspecte, je me demandais si tu avais des pouvoirs magiques ou autres… Quant à l’autre question, disons que je suis obligé par une fille que je voulais te présenter.

– Obligé ? La fille que tu disais si gentille la dernière fois ?

– Ouais, Linka… Bon, va pas imaginer qu’elle m’oblige par la force, elle est effectivement vraiment sympa comme fille, c’est juste qu’elle est tellement… sympa que j’ai pas envie de lui laisser ces problèmes sur les épaules. »

Il baissa son volume sonore sur la fin de la phrase, comme s’il avait eu honte de l’avouer.

« Je vois… donc tu fais ça par amour, en gros ?

– NON !! Qu’est-ce que tu racontes ?! C’est juste que c’est une fille, elle est fragile et elle est pourchassée, c’est tout… ! »

Répondit-il en haussant la voix, en croisant les bras et en détournant son regard embarrassé.

« Haha ! Ok, je vois le genre. Donc c’est pour jouer les protecteurs.

– Ouais, voilà, protecteurs des faibles, des femmes et tout ça… »

Dit ironiquement Yumeki.

Koharu sourit et s’adossa au coffre l’air d’attendre. Après quelques secondes, Yumeki s’en rendit compte et reprit la parole :

« Euh… Ouais, mes questions… Tu as déjà répondu à une d’entre elle. Tu es donc bien la même personne ? Pourtant, mis à part ton apparence, tu n’as pas du tout la même attitude et tu parles différemment. Tu peux m’expliquer ?

– Ah, ça ?! En effet, je suis la même personne, Koharu, répondit-elle d’une voix décontractée. Mon pouvoir de la Collection est basé sur le cosplay, mes pouvoirs dépendent de mes costumes. Et toi, d’ailleurs ?

– La question est un peu… complexe, en fait, dit Yumeki d’un air gêné en se grattant l’arrière de la tête. Pour le moment, j’ai des pouvoirs de la Collection jeu vidéo et cartes aussi.

– Hein ?! Deux collections ? C’est possible ça ?!

– Bah, c’est mon cas, donc je dirais que c’est possible… par contre, Linka dit que c’est… c’est…

– Exceptionnel ? »

L’interrompit-elle en affichant un sourire franc.

Yumeki baissa les yeux gêné d’être qualifié d’un terme aussi élogieux.

« En tout cas, c’est la première fois que je rencontre quelqu’un possédant les pouvoirs de deux collections… bien qu’à dire vrai, j’ai pas rencontré beaucoup d’utilisateurs de pouvoirs de la Collection.

– Ah bon ? »

Elle se contenta de hocher de la tête pour acquiescer.

Après une petite pause, Yumeki demanda calmement :

« Ton pouvoir est également extraordinaire, tu t’es battue de façon incroyable les dernières fois, tout en protégeant les civils et les locaux. Je sais pas faire ça, perso.

– Merci, merci, mais je t’assure que je suis pas si douée en fait.

– Même si tu dis ça, je n’aurais jamais pu battre Kuro sans ton aide. Tu vas mieux, d’ailleurs ? Tu avais l’air bien blessée la dernière fois. »

Koharu sourit amèrement alors que son regard s’assombrit :

« Oui, t’inquiètes. Cette fois-là, sans ton aide, j’y serais passée. Merci à toi, je t’assure.

– Je sens qu’on risque de se renvoyer les politesses longtemps. En tout cas, je ne regrette pas de t’avoir aidée, dit-il en détournant son regard et à voix basse. Comme je te l’avais déjà demandé la dernière fois, pourquoi tu combats ces créatures ? Qui sont-elles d’ailleurs ? Tu sais ce qu’elles veulent faire ? »

Koharu baissa la tête et toucha nerveusement son oreille.

« Ah, tant de questions… t’es pas facile à vivre comme type. Bon bon… ces créatures sont des démons des strates infernales. Ce qu’ils cherchent est très simple, ils veulent ouvrir un portail permanent sur ce monde afin d’y faire entrer leur Prince démon et leurs armées.

– Rien que ça ? Sérieux ? Demanda ironiquement Yumeki.

– Tu ne me crois pas, c’est ça ? Demanda à son tour Koharu en plissant les yeux de façon intimidante.

– Non, c’est juste que… que… on dirait un scénario de film d’épouvante, c’est tout.

– J’y peux rien moi s’ils sont pas originaux. Tu aurais préféré quoi, qu’ils se battent pour pouvoir acheter la dernière PG sortie l’an dernier ?

– Ouais… dis comme ça… en effet, je préfère un scénario classique à un scénario écrit par Linka… »

Dit-il en souriant et en acquiesçant à sa propre réflexion. Puis, il reprit la parole :

« Désolé, quand tu la connaîtras tu comprendras mieux ce que je viens de dire. Continue, s’il te plait.

– Mouais… En gros, ils sont en train de corrompre des produits otakus afin de pouvoir rediriger l’énergie démoniaque vers la brèche qu’ils comptent ouvrir. L’apothéose est prévue pour la nuit d’Halloween, le 31 octobre. »

Elle marqua une brève pause au cours de laquelle elle croisa ses doigts et baissa le regard :

« Je ne sais pas vraiment encore où ça va se passer, mais cette nuit-là, s’ils réussissent, l’un des Prince démon des Strates inférieurs arrivera à Akiba. Quant à la question, pourquoi Akiba… ?

– Parce que ce lieu réunit les énergies de la Collection, c’est bien ça ? Interrompit Yumeki.

– En effet. Les possesseurs de pouvoirs de la Collection se trouvent partout dans le monde, mais c’est ici qu’ils sont le plus fort. Tu le savais déjà ?

– Oui, Linka me l’a expliqué il y a un moment déjà. Elle est très informée, tu sais ?

– Tu as vraiment l’air de beaucoup l’aimer, tu en parles tout le temps. Hihi ! »

Alors qu’elle se mit à rire sans trop se cacher, Yumeki rougit et prit un air embarrassé.

« Ça n’a rien à voir, c’est juste que… c’est elle qui m’a entraîné dans ce monde étrange… »

L’ambiance reprit une teinte plus sérieuse après secondes de silence, Koharu reprit la parole :

« Pour qu’un démon puisse entrer dans le monde matériel de la surface, ils ont besoin de beaucoup d’énergie pour ouvrir une brèche entre les deux mondes. En général, c’est les invocateurs qui la leur fournissent, ceux qu’on appelle des diabolistes ou démonistes, peu importe.

– J’ai cru vaguement comprendre que c’est pareil pour les créatures abyssales, non ?

– Je ne connais pas les créatures abyssales, mais je suppose que du moment qu’elles vivent dans d’autres plans, c’est nécessaire.

– Donc, pareil, les démons ont aussi besoin de sacrifices ?

– Pas forcément s’ils arrivent à puiser de l’énergie corruptrice ailleurs… C’est ce qu’ils font à Akiba. Les sacrifices marchent bien, mais sont voyants, la corruption est plus… discrète, avant que les victimes ne le remarquent il est déjà trop tard.

– Ah, je vois. Donc une fois un lieu corrompu, ils peuvent entrer et sortir comme ils veulent, c’est ça ?

– C’est un peu plus complexe à vrai dire… dit-elle en marquant un petite pause. Il y a parfois eu des cas similaires dans l’histoire de ce monde, des villages entièrement corrompus ou des quartiers, mais les énergies en œuvre étaient trop faibles pour faire entrer un Prince démon. Par contre, cette fois, c’est différent. La corruption touche un plus large public et les démons reçoivent de l’aide d’ailleurs…

– Les extraterrestres, dit soudainement Yumeki. Je ne comprends pas tout à dire vrai, mais pour résumer, les démons se sont alliés aux extraterrestres et cherchent à ouvrir un portail vers leur monde la nuit d’Halloween, soit dans trois jours, c’est ça ? Et nous, on peut faire quoi ? »

Koharu croisa les bras et se mit à réfléchir.

« Bah, à part couper leur source d’approvisionnement d’énergie, je ne vois pas trop en fait… Si on arrivait à rompre leur alliance avec les extraterrestres, ça pourrait marcher aussi… Tu sais ce qu’il en est de cette histoire de cartes ? Le type de la dernière fois, c’était un extraterrestre, non ? J’ai cru comprendre qu’il cherchait une carte ou un truc comme ça…

– Oui, c’est ça. D’après ce que j’ai compris, les extraterrestres sont arrivés récemment à Akiba et sont à la recherche de six objets très puissants, des objets très rares de la Collection. L’un d’entre eux est cette carte ! »

Dit-il en sortant de sa poche Lily pour la montrer à Koharu.

Cette dernière, sans arrière-pensées, la prit en main pour mieux la voir. Elle l’inspecta et dit à Yumeki :

« Elle est si rare que ça ? »

<< Oui, je le suis, dit Lily d’un ton agressif et furieux. Et toi, tu es un parfait idiot. Tu viens de me donner à une fille que tu connais pas et qui pourrait être ton ennemie…Ce serait bien fait pour toi, IDIOT!!>>

Le visage de Yumeki se figea et pâlit. En réalité, l’idée ne lui avait même pas traversé l’esprit, mais elle semblait évidemment possible. Elle aurait aisément pu se faire passer pour une gentille coopératrice en vue de lui voler la carte une fois sa confiance gagnée… mais, rapidement, il se calma, il n’y croyait pas.

La fille qui l’avait sauvé ne jouait pas la comédie, il refusait d’y croire.

Néanmoins, il tendit la main pour récupérer la carte ; son visage était sérieux.

« Hihi ! Je pourrais très bien la mettre ici, dit-elle en ouvrant de son index son décolleté, et te demander de venir la chercher…

– S’il te plaît, ne fait pas ça ! Dit immédiatement Yumeki en faisant une courbette. Je serais malheureusement obligé de venir la chercher.

– Aah… haha… rassure-toi, c’est une blague… dit-elle en rougissant. Tiens, je te la rends, ne t’inquiète pas. »

Elle lui tendit la carte, le visage complètement rouge.

« Merci beaucoup, Koharu, j’étais sûr que tu étais une fille bien.

– Je suis sûr que tu as pensé quand même que j’étais une traîtresse qui allait te la voler, non ?

– Je reconnais mon erreur, je l’ai pensé l’espace d’une seconde. »

Cette fois encore, il se courba pour présenter ses excuses. Koharu le regarda d’un air étonné et mal à l’aise.

« C’est bon, c’est bon, si c’est un objet si important tu as eu tort de me faire confiance si rapidement.

– Je ne pense pas, tu me l’as rendue, non ? Et je sais que tu es une chouette fille donc…

– Mais tu vas arrêter, espèce d’idiot ! »

A ce moment-là, Koharu commença à le ruer de petits coups, pas très fort bien entendu, alors que tout son visage devint rouge comme une tomate.

Yumeki se protégea de ses bras et se recroquevilla légèrement.

Puis, d’un coup, la prenant par surprise, il lui saisit ses petits poing pour l’arrêter et dit alors qu’il sentit son cœur accélérer sa cadence en raison de leur proximité.

« Blagues à part, je refuse que tu risques ta vie à nouveau pour moi. J’ignore pour quelle raison précisément tu fais ça, tout comme j’ignore qui tu es vraiment, mais ne refait plus jamais ça ! C’est à moi de te protéger, ok ? »

Leurs yeux se croisèrent, ils s’immobilisèrent quelques instants, leurs visages étaient tous les deux rouges et l’œil visible de Koharu était humide.

« Euh, c’est bon, les deux amoureux, vous avez fini de déranger mes clients. »

Une voix étrangère vint s’interposer entre eux, une voix féminine qui révélait d’une certaine assurance. En tournant leurs regards, ils virent une femme d’un âge difficile à définir, mais assurément une femme mature et non pas une jeune femme.

Elle portait ses longs cheveux châtains foncés attachés en une longues queue de cheval et des lunettes ornaient ses yeux verts séducteurs. Sa peau est particulièrement claire. Elle portait un tailleur noir qui lui donnait un air strict et professionnel.

« Ah, c’est la boss… Désolé chef du dérangement, c’était pas fait exprès. Je vais reprendre mon service. »

Yumeki lui lâcha les poignets et s’excusa à son tour :

« Sincèrement désolé, je devais lui parler. »

Tous deux s’inclinèrent pour s’excuser.

« J’hésite à vous excuser si facilement… tiens, je viens d’avoir une idée. J’accepte de te pardonner, toi, le jeune impertinent qui ose courir après une de mes maid, à condition que tu acceptes d’être le premier client à disposer d’un accompagnement privé et de l’accès à l’Empyrée.

– Hein ?! S’écria Yumeki.

– Et toi, Koharu. Pour avoir quitté ton poste, tu vas devoir être sa maid accompagnatrice. Va donc te changer, je n’accepterais pas de refus.

– HEIN ?! » S’écrièrent tous les deux en se regardant.

Face à la voix autoritaire de la chef, Yumeki n’osa rien dire. Il était conscient d’avoir gêné les autres clients par sa course à travers les locaux. Qui plus est, il était aussi conscient que s’il refusait, Koharu perdrait la possibilité de s’excuser.

Bien qu’il était incroyablement embarrassé par cette proposition qui paraissait dans son esprit être trop proche d’un rendez-vous amoureux, il baissa la tête et accepta d’un faible « d’accord ».

Koharu se tourna vers lui d’un air étonnée et à son tour, baissant la tête, elle répondit :

« Je vais me changer et enlever…cette perruque. »

Yumeki comprit immédiatement que cette excuse servait à cacher ses pouvoirs à sa chef, il ne fit pas de remarque.

« Fais donc ça, Koharu-chan. Et toi, accompagne-la ! »

Sur ces mots, sans réellement répliquer, tous les deux s’éloignèrent et descendirent ensemble les escaliers.

***

« Alors tu as retrouvé ton autre personnalité ? C’est lié à tes transformations, c’est ça ? »

Demanda calmement Yumeki à Koharu qui était à nouveau habillée en maid angélique et qui baissait la tête pour éviter son regard.

Elle hocha faiblement de la tête, ses yeux humides semblaient prêts à verser des larmes tant elle était crispée et effrayée.

« Détends-toi, je ne vais pas te faire de mal… si tu ne veux pas, peu importe ce que dira la directrice… (il marqua une pause alors qu’il frissonna à l’idée de contrarier cette dernière) peu importe ce qu’elle dira, je ne te forcerais pas à le faire. Qu’est-ce que tu décides ? »

Bien entendu, le silence suivit cette phrase encourageante du jeune homme ; l’actuelle Koharu ne répondait jamais rapidement, elle devait d’abord faire face à sa timidité avant de pouvoir prononcer le moindre mot.

Yumeki se montra néanmoins patient.

« Al… Allons-y… »

Le jeune homme lui lança un franc sourire et lui tendit la main innocemment.

Koharu se figea en voyant cette dernière, ses joues étaient déjà un peu rouges en raison de son état de gêne presque constant, mais là ses oreilles et le reste de son visage changèrent également de couleur.

C’est en tremblant qu’elle attrapa cette main.

« Détends-toi, je te protégerais, ne t’inquiète pas. »

Ajouta Yumeki afin de lui donner un peu de courage.

« C’est impressionnant que ton pouvoir te change à ce point… Personnellement, je ne ressens aucune altération de mon caractère lorsque j’utilise les miens…

– Tu… tu… tu préfères… l’autre ?

– Hein ?! Je n’ai pas dit ça… euh… comment dire… pour moi, vous êtes toutes les deux la même personne, donc je ne peux pas en préférer une à l’autre. »

A cet instant, les genoux de Koharu défaillirent. Alors qu’elle commençait à s’écrouler, son petit corps léger fut rattrapé par le jeune homme :

« Tu vas bien ? Qu’est-ce qui se passe ?

– Rien… désolée… désolée… »

Elle se ressaisit et se remit sur pied, non sans que Yumeki ne l’assiste.

« Pour aller à l’Empyrée, il faut prendre l’ascenseur, non ? »

Koharu acquiesça timidement et, l’instant d’après, ils se mirent tous deux en marche vers un ascenseur.

« Tu sais ce qu’il y a à cet étage, au fait ? Puisque tu travailles ici, tu dois être au courant, non ? »

Koharu se pétrifia et son visage prit une teinte encore plus pâle. Yumeki se tourna vers elle et la scruta.

— C’est si terrible que ça ?! Pensa-t-il.

« Tu préfères qu’on aille ailleurs ? »

Koharu secoua timidement la tête pour signifier son refus.

Alors qu’ils arrivèrent devant l’ascenseur, l’ange qui s’occupait de celui-ci leur demanda :

« A quel étage souhaitez-vous vous rendre, chères âmes élues ? »

Yumeki répondit le premier :

« Empyrée. Votre directrice nous a dit que nous pouvions nous y rendre.

– Ah bon ? Et votre carte angélique, chère âme élue ?

– Les points n’y figurent pas malheureusement… »

Yumeki se mit à rire nerveusement en se grattant l’arrière de la tête. La maid le regarda d’un air surpris, mais elle reprit rapidement son professionnalisme et dit :

« Ah, je vois… veuillez attendre quelques instants, je vais demander à la directrice. »

L’ange, qui avait déjà une oreillette disposée dans son oreille, sortit d’une poche de son costume (une de ces poches accrochée à sa cuisse) un téléphone portable et par le biais de son microphone intégré à l’oreillette :

« Bonjour mon Seigneur. Il y a ici une âme égarée et notre tendre Koharu qui veulent monter à l’Empyrée. Ils m’ont dit que vous… Ah ! D’accord, je comprends. Vos paroles font loi, mon Seigneur… Oh, non, je ne mérite pas vos compliments, ô Tout-puissant Créateur…Je m’en occupe. »

Suite à cette conversation que Yumeki jugea particulièrement… étrange, l’ange tourna sa tête vers eux tout en farfouillant de sa main une autre de ses poches.

« Le Seigneur Tout-puissant nous a transmis ses directives, veuillez me présenter votre carte, chère âme élue, je vais vous concéder les droits divins. »

— Elles sont choisis pour leur capacité à jouer la comédie ou bien ? Se demanda Yumeki. Que ce soit au téléphone ou auprès de nous, elle ne quitte pas son rôle… ?

Il lui tendit la carte alors qu’une goutte de sueur coula le long de sa joue. Il s’imagina en cette instant les remarques qu’auraient eu Linka :

« C’est normal, c’est une vraie ange, à tous les égards ! »

« Tsss, faut pas dire ça devant une porte-parole de Dieu ! »

« Hein ? Pourquoi ça t’étonne ? »

Ces pensées lui firent rappeler celle qu’il avait laissée à l’étage des pâtisseries.

– La pauvre ! Je l’ai abandonnée comme ça !

« Chère porte-parole du Seigneur… dit-il en toussotant, vous pourriez me rendre un service ?

– Oui, bien sûr, chère âme élue. Bien sûr, même si je le voulais, dit-elle en posant une main sur sa joue et en prenant un air gêné, je ne pourrais pas venir avec vous et je refuse de remplacer notre bien-aimée Koharu… mais…

– Euh, désolé, mais le service est différent, dit-il en ignorant la réaction étrange de l’ange. Je voudrais que vous fassiez passer un message à une amie qui se trouve ici en ce moment, c’est possible ?

– Ohh ? Notre pénitent est timide, dit-elle à basse voix comme pour se parler à elle-même. Bien sûr, je peux faire cela. Quel est le message, le nom de la personne et l’endroit où elle se trouve ?

– Elle était au huitième étage, à la pâtisserie angélique. Elle s’appelle Linka. Le message serait que je le rejoins dans une heure au même endroit où on s’est séparé, je lui expliquerais les détails à ce moment-là.

– … même endroit… expliquer les détails… dit l’ange en prenant note sur son Smartphone au look approprié au lieu. D’accord, ce sera fait. Amusez-vous bien, chère âme élue et notre bien-aimée Koharu. »

Elle se tourna vers sa collègue de travail, Koharu, pour lui lancer un franc sourire, mais cette dernière intimidée préféra se cacher derrière Yumeki en serrant de sa petite main son pull.

La maid angélique ne s’en offusqua pas, elle continua de sourire et appuya sur le bouton dissimulé par diverses décorations afin d’appeler « la grâce divine ».

L’ascenseur s’ouvrit en produisant un carillon de clochettes.

A l’intérieur, Yumeki remarqua effectivement qu’il n’y avait pas de bouton pour le dixième étage, la maid composa un code sur le clavier qu’elle garda caché, puis elle inséra une clef dorée qu’elle portait autour du coup en pendentif.

Yumeki était une nouvelle fois complètement épaté par les moyens mis en œuvre par ce local pour créer une atmosphère.

Koharu était toujours derrière lui, elle avait lâché son pull mais elle continuait de se cacher.

Puis, l’ascenseur s’arrêta et les portes s’ouvrirent.

Devant leurs yeux se présenta un étage qui ressemblait à l’intérieur d’une église : une double porte en bois sculptée avec des inscriptions en latin sur le linteau se trouvait directement en face de l’ascenseur. Quelques autres portes se trouvaient sur le côté.

Deux anges vinrent vers eux, l’un était un homme et l’autre une femme. Cette dernière prit la parole et expliqua alors qu’une musique d’orgue s’éleva :

« Bienvenus à l’Empyrée ! Chère âme élue, vous êtes le premier à avoir le droit de contempler ce spectacle en présence de notre sérénissime Koharu. Ceux qui viennent ici voient leurs âmes rachetées pour l’éternité. Pour que le Seigneur reconnaisse cet engagement, une cérémonie sera célébrée… Puisque vous venez seul avec votre Ange Gardien, c’est elle qui se prêtera garante de votre âme. Tenez, je vous laisse lire la procédure de la cérémonie. »

Sur ces mots, elle tendit une brochure à Yumeki. Ce dernier l’ouvrit et… il comprit immédiatement de quoi il était question : un faux mariage, ou plus communément nommé une simulation de mariage.

Puisqu’il était venu seul, la mariée allait être Koharu.

La brochure expliquait que des vêtements leurs seraient prêtés, ensuite il y aurait une courte cérémonie « non religieuse » et, enfin, les « contractants » pourraient se rendre dans une pièce privative pour converser de manière exclusive avec leur Ange Gardien et accéder à des menus spéciaux.

Yumeki rougit, même s’il s’agissait d’une simulation, la solennité du lieu donnait tout de même l’impression d’un véritable mariage.

Il tourna sa tête vers Koharu qui détourna rapidement les yeux.

« Pourriez-vous nous laisser quelques instants pour discuter entre nous ? »

Demanda Yumeki à l’intention des deux anges qui attendaient.

« Bien sûr ! »

Yumeki entraîna doucement Koharu un peu plus loin et lui demanda à basse voix :

« Tu veux vraiment y aller ? Je vois bien que tu es embarrassée, si tu ne veux pas, c’est pas grave, nous pouvons aller ailleurs… »

Elle ne répondit pas, elle baissa le regard et répondit :

« C’est… bon… c’est pas… grave… c’est pas un vrai…ma… ma…ma…

– C’est bon, j’ai compris ! »

Souhaitant l’aider, il lui coupa la parole avant qu’elle ne prononce le mot fatidique.

« Ok, faisons ça… dit-il en déglutissant. Allons faire cette activité… »

Ils se dirigèrent à nouveau vers les deux anges, après avoir confirmé leur intention, ces derniers les amenèrent jusqu’à des cabines d’essayages.

Alors que Yumeki se trouvait devant le miroir avec son costume blanc avec des fausses dorures, chapeau et autres accessoires baroques, – qui ne lui allaient pas du tout, d’après son propre jugement,- il réfléchit :

« Les choses vont toujours plus loin… depuis que j’ai rencontré Linka. C’est elle l’élément déclencheur de tout, c’est elle la fautive… combien doivent vouloir me tuer en cet instant pour être avec tellement de jolies filles ? Je voulais juste une vie paisible… »

Alors qu’il baissa le regard pour soupirer, ses yeux se portèrent sur un des galons du veston qui lui avait été recommandé par l’ange masculin.

« J’y pense, elle a dit que sa collection était celle du cosplay, non ? Serait-ce pour ça qu’elle n’a pas refusé ? Je suppose que pour une cosplayeuse, ce genre de costume doit être un cadeau du ciel… »

Un sourire se dessina sur son visage alors qu’il ouvrit le rideau de la cabine, une idée soudaine lui venait de lui passer par l’esprit, il se dirigea vers l’employé déguisé en ange et discuta à basse voix avec celui-ci. Un sourire se dessina également sur le visage de l’employé qui approuva plusieurs fois en hochant de la tête…

Quelques minutes plus tard, la double porte qui se trouvait en face de l’ascenseur s’ouvrit en grand, les deux anges chacun d’un côté et de l’autre s’inclinèrent pour signifier au couple d’entrer.

Yumeki était vêtu d’un uniforme complexe rappelant des costumes du 18ème siècle européen : il portait un veston blanc brodé qui lui descendait jusqu’aux genoux, diverses dorures et quelques galons sur les épaules l’ornaient. Ses cheveux avaient été coiffés en arrière malgré le chapeau avec une plume rouge qu’il portait sur sa tête. Quelques jabots ressortaient des manches de sa veste.

Il se sentait vraiment mal à l’aise dans ce genre de costume, déjà qu’il n’aimait pas son bête costume de travail…

Lorsqu’il vit la frêle et menue Koharu entrer dans ce vestibule, il fut agréablement ébloui.

Tout comme il ne portait pas un costume de mariage moderne, elle non plus n’endossait pas une tenue contemporaine. Sa robe était bien plus volumineuse et décorée que les robes de mariées modernes, la jupe était large et pleine de volants et de dentelles. De même les manches étaient évasées et se terminaient par une véritable avalanche de dentelles.

Elle ne portait pas de voile pour lui couvrir le visage, mais à la place un petit chapeau porté légèrement sur le côté de la tête et qui servait à tenir ses cheveux.

Pour la première fois, Yumeki pût voir les yeux de Koharu, des yeux d’une couleur qu’il n’avait jamais vu auparavant: ils étaient rouge foncé. Bien sûr, ils avaient exactement la même forme ronde que ceux de « l’autre Koharu », des yeux d’étrangère.

Probablement en raison de son propre choix, Koharu n’était pas maquillée, mais de l’avis de Yumeki elle n’en avait pas vraiment besoin.

Comme on pouvait également s’y attendre, son visage pâle était complètement rouge et elle tremblotait.

« Rassure-toi, chuchota Yumeki en s’approchant d’elle pour l’entraîner de l’autre côté des doubles portes, ça te va à ravir. Tu es très belle. »

A peine eut-il fini sa phrase qu’il vit des larmes couler le long de ses joues.

« Hé, qu’est-ce qu’il y a ? Ça va pas ? »

Elle secoua la tête et sécha ses larmes.

« Non… c’est bon… on peut… y aller… »

Yumeki était angoissé, mais il devait prendre sur soi pour la soutenir.

Alors qu’ils avancèrent, il voulut la détendre en parlant d’autre chose :

« Tiens, tu n’as plus tes ailes d’anges ?

– En de rares occasion… les Anges Gardiens… peuvent devenir temporairement des humains…

– Ah bon ? Je ne savais pas ! Pas de problème, même sans tes ailes tu restes un ange quand même, non ? »

Elle baissa à nouveau la tête et afficha un sourire crispé de joie.

Il lui tendit naturellement la main comme si ce fût-là chose normale, elle la prit avec hésitation. C’est à cet instant que Yumeki se rendit compte de son erreur, cette main était vraiment douce et fragile, au moins aussi douce que celle de Linka mais bien plus fragile encore.

Il sentit son visage bouillonner alors qu’ils franchirent ensemble les portes pour arriver sur une sorte de balcon artificiel à la rampe décorée, entièrement en pierre (ou d’un matériel qui ressemblait à du granit).

Sous le balcon, des nuages jaunes formaient une sorte de maelstrom. Yumeki, une fois de plus était impressionné par le niveau de détail de la décoration.

On pouvait aisément voir qu’il s’agissait de faux nuages, mais ils étaient vraiment impressionnants tant ils étaient réalistes.

En face d’eux, une sorte de tribune avec un siège vide, un siège qui n’était pas destiné à accueillir un humain tant il était grand.

Alors qu’une voix sortie de celui-ci, une voix modifiée par ordinateur pour paraître inhumaine, une sorte de courte cérémonie eut lieu au cours de laquelle on demanda à Koharu de se prêter garante pour le rachat des pêchés de Yumeki et lui permettre de se rendre à jamais au Paradis.

Au demeurant, cette cérémonie avait vraiment l’air d’être religieuse, mais Yumeki était persuadé que ce n’était pas le cas, trop d’éléments étaient bien trop fantaisistes.

La réponse de Koharu fut positive, bien qu’elle prit de longues pauses entre chaque réponse.

Nul doute aux yeux de Yumeki que la personne derrière la voix du trône devait être la directrice, elle connaissait bien Koharu.

Après que leurs âmes furent « officiellement » liées, on leur recommanda de reprendre leurs vêtements courants et de se rendre au banquet spécial de l’Empyrée. Puisqu’ils étaient les premiers clients à y accéder, toutes les commandes de la demi-heure étaient gratuites.

Mais alors que Yumeki attendait seul à la table, la maid angélique qui les avaient accueillis à la sortie de l’ascenseur entra dans la pièce et accourue vers lui :

« Koharu-chan s’est enfuie, je suis désolée… »

Elle reprenait son souffle comme si elle avait couru pour venir le prévenir.

« Je m’y attendais… Préparez l’ascenseur, je crois savoir où elle se rend… »

La maid sourit d’un air entendu et courut vers l’ascenseur. Sans perdre de temps, Yumeki s’y rendit également et prestement il arriva au rez-de-chaussée où il s’empressa de sortir du local.

Comme il s’y attendait, il aperçut la petite silhouette de Koharu, elle tournait au coin de la rue.

Il courut pour la rattraper, elle n’était pas très loin.

Au moment où il arriva derrière elle et lui posa la main sur l’épaule, elle sursauta et attira l’attention des gens aux alentours.

« Attends, Koharu ! Pourquoi t’enfuir comme ça ? Tu n’as pas aimé le temps passé ensemble ? »

Koharu paraissait paniquée, autant par les questions que par la proximité d’un individu de sexe masculin qui la tenait par l’épaule. Elle devint complètement rouge et elle n’émettait plus que des sons incompréhensibles.

Yumeki l’observa et, comprenant qu’il ne parviendrait pas à la faire répondre tant qu’elle ne se calmerait pas, il dit :

« J’ai compris… Je ne te propose pas d’aller dans une de ces ruelles pour parler, tu pourrais mal l’interpréter, de même que les agents de police un peu plus loin, dit-il en retirant sa main de l’épaule de la jeune fille. Tiens prends ça, tu me contacteras quand tu te sentiras prête. »

Il prit dans sa poche un étui métallique oblong qu’il ouvrit, il en sortit une de ses cartes de visite professionnelles et la tendit à Koharu.

Cette dernière, peut-être en raison de ses origines étrangères, ignora les convenances dans ce genre de situation, elle la saisit de sa main droite et la regarda surprise ; normalement, elle aurait du la saisir de ses deux mains et le remercier par une légère révérence.

« Je sais… c’est la carte de mon travail, ça fait un peu trop pro pour ce genre de circonstances, non ? Par contre, tu as dessus mon numéro de téléphone, tu pourras facilement me contacter… la prochaine fois que tu partiras en mission. »

La jeune fille pencha sa tête de côté d’un air étonné.

« Oui, je refuse que tu fasses le travail toute seule. Linka et moi, nous t’aiderons, au final nous avons le même objectif, non ? »

C’est avec un sourire sincère qu’il porta ses yeux sur les yeux cachés par la frange de Koharu. Elle se mit immédiatement à trembler sous l’effet du stress et des larmes se formèrent probablement au coin de ses yeux ; les passants croyaient pour la plupart que Yumeki était le méchant de la situation au vue de réaction de Koharu.

« Je ne t’en veux pas de me fausser compagnie, mais je t’en voudrais si j’apprends que tu as été blessée parce que tu ne m’as prévenu. Plus que des amis… je dirais que nous sommes des sortes de frères d’armes ! Dit Yumeki en rougissant et en détournant les yeux à son tour, gêné par une telle confession. Au final, tu m’as sauvé, je t’ai sauvée donc… »

Koharu baissa la tête pour éviter le regard du jeune homme, quelques gouttes d’un liquide scintillant tombèrent de son visage.

« Bref… euh… ce que je veux dire… c’est que j’ignore qui tu es et pourquoi tu fais ça, mais je sais que tu es une fille bien. Du coup, je voulais te dire que tu n’es pas toute seule, je te laisserais pas tomber…  »

Ces mots étaient de trop, Koharu se retourna et partit en courant au milieu de la foule de la Chou-Dori qui s’écarta pour la laisser passer.

Yumeki ne la suivit pas, il lui avait tout dit. Il resta sur place en se grattant la tête alors que quelques passants le fusillaient du regard, les uns pensant qu’il venait de briser le cœur de cette charmante créature, les autres pensant qu’il avait eu l’audace de sortir avec elle.

« Dommage, elle ne vous pas suivie… »

C’était la voix de la maid angélique de l’Empyrée que Yumeki avait oublié au moment où il était sorti de l’ascenseur, mais qui l’avait, semblait-il, suivi à l’extérieur pour profiter de la « querelle amoureuse ».

« Ah ! Ouais… c’est dommage…

– Charmante enfant que cette Koharu… Moi aussi, j’aimerais avoir l’air aussi jeune qu’elle…Aaaah…

– Au bon ? Je vous trouve assez jeune comme ça, personnellement, dit Yumeki en se tournant vers la maid qui semblait avoir la vingtaine.

– Que vous êtes gentil… Si je le pouvais, je vous accompagnerais en tant qu’Ange Gardien à l’Empyrée pour la demi-heure qui suit… mais vous avez déjà un Ange Gardien. »

— Tu ne penses pas si bien dire, pensa Yumeki en souriant légèrement.

En effet, si on considère un Ange Gardien comme une personne mystérieuse, à la bienveillance absolue et dont l’objectif était de le protéger, Koharu correspondait assez bien à cette description.

« Vous souhaitez entrer à nouveau dans nos locaux ? Je vous accompagne ?

– Volontiers, j’ai une amie qui m’attends.

– Avec combien de filles au juste sortez-vous en même temps ? Dit à basse voix la maid en cachant sa bouche.

– Hein ? J’ai pas bien compris la question, répondit innocemment Yumeki qui n’avait effectivement pas entendu en raison du bruit de la rue.

– Pas grave, harem-boy…, dit-elle également à basse voix avant de poursuivre d’une voix plus forte. Allez, ne laissons pas attendre votre amie, c’est malpoli. »

Yumeki réfléchit à cet instant à quelque chose :

« Ça ne pose pas de problème que vous m’ayez accompagné dehors ?

– Ne vous inquiétez pas, il n’y a pas encore de clients à l’Empyrée donc ça devrait aller…

– En effet… Bien, accompagnez-moi donc au huitième étage, alors… »

L’instant d’après, la maid le quitta pour remonter à l’Empyrée et Yumeki retrouva Linka à la table où ils s’étaient installés tout au début. Elle mangeait un gâteau aux framboises et d’autres assiettes étaient posées là en attente d’être dévorées.

« Ah, tu as déjà fini ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Dit-elle après avoir avalé et le visage exprimant un certain contentement.

– Euh… désolé de t’avoir laissé tomber. J’ai croisé Koharu, je l’ai poursuivie puisque je me suis dit qu’elle disparaîtrait sinon…

– Et ? Tu as levé un flag ou pas ?

– Un quoi ?

– C’est vrai que tu ne joues ni aux galges, ni aux rpgs récents et que tu es nul en anglais. Pas grave, c’est pas important. Donc tu as pris la route de Koharu… raconte-moi tout…

– Ouais, faudra un jour que j’en joue un question de savoir ce que c’est. »

A cet instant précis, la petite fourchette tomba de la main de Linka alors que ses yeux s’écarquillèrent comme en proie à la plus grande surprise. A vrai dire, Yumeki ne lui avait jamais vue une telle expression faciale, Linka n’était quasiment jamais surprise, elle semblait sans cesse tout savoir…

« Qu…quoi ?! Tu peux répéter ? Tu veux… vraiment jouer à un galge ?! Je veux ABSOLUMENT être là quand tu y joueras !! ABSOLUMENT !! »

Elle avait tellement insisté sur la parole « absolument » que quelques clients des tables voisines avaient tournés leurs têtes dans leur direction.

« Quoi, c’est tellement étonnant ? Dit Yumeki en détournant le regard gêné. C’est juste que j’en ai marre de rien comprendre à chaque fois que tu parles, espèce d’otaku patentée.

– Grâce à moi ?! Hihi, je suis tellement contente !! »

Dit-elle avec un sourire des plus francs et en arborant un double V avec ses petites mains.

« Mouais… grâce à toi, ou à cause de toi ? Je me pose bien la question… reprit Yumeki d’une voix dubitative.

– Peu importe ! En tout cas, je veux être à côté de toi lorsque tu y joueras, juste pour voir quel genre de flag tu vas lever et quelle route tu vas suivre… je suis si contente…

– T’en faut vraiment pas beaucoup… »

D’un air ronchon, Yumeki prit la petite cuillère que Linka avait laissé tomber et sans réfléchir, en guise de protestation, il prit une cuillerée d’un gâteau au chocolat qui traînait sur la table.

« Ah ? Baiser indirect ? J’ai l’impression que tu aimes bien ce genre de choses, c’est pas la première fois… »

Yumeki rougit d’un coup, il ne l’avait évidemment pas fait exprès… et effectivement ce n’était pas la première fois que cela lui arrivait.

Avec une expression fâchée et gênée, il lui tendit abruptement la cuillère sans la regarder.

Elle pencha la tête surprise et la saisit :

« Tu es bien entreprenant aujourd’hui… dit-elle en continuant de manger son gâteau aux framboises. Tu me voles ma cuillère pour avoir un baiser indirect, tu me la rends ensuite pour que j’en ai un avec toi et tu m’apprends d’un coup que tu veux jouer à des galges… Qu’est-ce qui t’arrive ? »

Yumeki fusilla du regard Linka, il était embarrassé au plus haut point, il n’avait qu’une seule envie c’était de s’enfuir.

Linka ne sembla nullement s’en préoccuper et partit dans sa « zone otaku », cet ensemble de sujet de conversation qui affectaient totalement sa personnalité au point de l’enflammer.

« En tout cas, si tu veux jouer à un galge avec de superbes illustrations, je te conseille Kesshite Oniichan ni Imouto datte Iitai ou également appelé Kesshimou. Même si l’histoire est super, les illustrations sont encore plus divines. Certains te conseilleraient peut-être Water ou Little Sisters, mais je pense que Kesshimou est plus accessible en tant que premier galge… »

Suite à quoi, comme à son habitude, Linka se lança dans des explications techniques quant à ces titres et bien d’autres encore…

En temps normal, Yumeki l’aurait interrompue puisqu’il ne comprenait rien, mais actuellement le fait que Linka passe en mode « encyclopédie » l’arrangeait bien, il lui fallait du temps pour reprendre son calme.

Lorsque les rougeurs de ses joues s’affaissèrent, il l’interrompit :

« Bref, j’ai compris… j’essayerais machin… Kesshimou, c’est ça ?

– Youpi ! J’ai hâte, on se fera une journée complète, du non-stop… si on commence tôt le matin, on devrait l’avoir fini la nuit.

– Ouais, on en reparlera… Au fait, tu as découvert des démons dans le bâtiment ?

– Non, pas le moindre. Et toi ?

– Non et Koharu non plus à priori.

– Eh bien, raconte-moi ce qu’elle t’a dit et ce que vous avez fait, je suis curieuse. Hihi ! »

Probablement à cause des gâteaux qu’elle mangeait, Linka paraissait encore plus de bonne humeur que d’habitude.

Alors qu’il expliqua en détail ce qui lui était arrivé avec Koharu, non sans devenir entièrement rouge à plusieurs moments de son récit, Linka enchaîna les gâteaux les uns après les autres… au final, six parts de gâteaux y passèrent.

« Mmm, je vois, je vois, c’est donc ça que cherchent les démons… dit Linka en finissant d’avaler sa dernière cuillerée. Et au final, ton harem s’agrandit, c’est une bonne chose.

– Arrête de dire n’importe quoi, tu me donnes des migraines, interrompit brutalement Yumeki en baissant la tête et en la prenant entre ses mains.

– Allons, allons… En tout cas, c’était un mauvais conseil de notre Kazuo, il n’y avait pas de démon ici… A moins qu’il ne savait quelque chose que nous ignorons. Hahaha !! »

Dit Linka en simulant un rire sardonique de méchant de film de série B, rire qui n’avait pas du tout l’air crédible sur sa personne.

« Bah, pas grave. Rentrons, amusons-nous et on fera mieux demain, non ? »

Yumeki se contenta de hocher de la tête d’un air dépité.

« En tout cas, j’ai hâte de rencontrer cette chère Koharu-chan !! Hihi !! »

D’un air enthousiaste à l’extrême, Linka se leva et se dirigea vers l’ascenseur ; Yumeki la suivit sans quitter sa mauvaise humeur.

En réalité, bien plus que de la mauvaise humeur, il était fatigué, à force d’enchaîner les périodes de gêne, de malaise, il sentait ses nerfs à vif.

Alors qu’ils entrèrent dans l’ascenseur angélique qui devait les mener à la sortie du local :

« Je sais ce qui te remonterait le moral, un bon jeu calme et défouloir… pourquoi pas un petit FPS ? J’en connais un où au lieu de tuer les ennemis, les munitions les font tomber amoureux et ensuite on peut jouer à une série de mini-jeux ecchi. T’en dis quoi ? »

Yumeki tourna ses yeux fatigués autour de lui, par chance ils étaient seuls dans l’ascenseur.

« Sérieux, ça existe ce genre de jeu ?

– Ouais, on peut même y jouer en coop. Hihi ! Tu vas voir, c’est amusant ! Je te rejoins à l’hôtel, je vais récupérer ça.»

Alors qu’ils se séparèrent, il soupira et regarda une dernière fois la décoration du bâtiment. Un détail attira son attention, il avait l’impression qu’un des anges représentés dans les derniers étages avait une apparence proche de celle de Koharu.

Il sourit et se dirigea vers l’hôtel…

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