Tome 2 – Chapitre 6

Lorsque Yumeki ouvrit les yeux, il se trouvait dans une chambre d’hôtel, allongé dans un grand lit, il faisait jour.

Quelle heure était-il au juste ? Quel jour était-il vraiment ? Avait-il dormi toute la soirée et venait-il de se réveiller le lendemain matin, soit samedi matin ?

Son corps ne portait aucune douleur ni blessure du combat de la veille, mais il se demandait ce qui s’était passé après son évanouissement.

Il se souvenait encore parfaitement de ses actions en tant que Kuro, il avait été aux prises avec une colère comme il n’en avait jamais ressenti, une colère qui l’avait littéralement dévoré…

Malgré ses bons sentiments habituels, il avait désiré la mort de ses adversaires qui avaient accepté de s’en prendre à Koharu et qui avaient fait du mal à Linka ?

Rapidement, son regard s’attrista, il ne voulait pas tuer, ce n’était pas une bonne chose, mais la colère avait débordé et lorsque Kuro était entrée en lui, il n’avait plus eu le contrôle.

Il déglutit comme pour avaler ses regrets et ses doutes… Quoi qu’il ait désiré en cet instant, il ne l’avait pas commis, il se souvint de la voix de Linka qui avait réveillé sa conscience et lui avait évité le pire.

Puisqu’il se réveillait dans un lit, cela impliquait qu’elle avait survécu, ce n’était sûrement pas ses ennemis qui l’avaient transporté jusqu’en lieu sûr.

— Bon, pas le temps de se poser des questions, pensa-t-il, il faut que je vois si Linka va bien, c’est pas ma priorité.

Alors qu’il bougea son bras gauche, il toucha quelque chose qu’il eut du mal à identifier : cela paraissait être du tissu, mais pas uniquement. En effet, il sentit quelque chose de chaud et de mou qui devait probablement être… de la chair humaine.

Le souvenir d’un précédent réveil, dans une autre contrée, dans un autre monde, lui revint à l’esprit, il craignit qu’il ne s’agisse de la même chose.

Il tourna lentement la tête sur le côté, craignant le pire… et ses craintes furent confirmées : elle était là, Linka dormait à ses côtés.

Ce qu’il venait de toucher était donc…

Il retira brusquement son bras avec un sentiment de danger comparable à celui d’avoir mis sa main dans la gueule d’un fauve.

Rapidement, il se rendit compte qu’il venait d’accrocher quelque chose avec sa montre et il venait de tirer Linka vers lui.

Il entendit également un son caractéristique d’un déchirement de tissu.

Que venait-il de se passer au juste ?

La tête de Linka se trouvait maintenant à quelques dizaines de centimètres de la sienne, elle reposait sur le lit. Son cœur accéléra alors que des gouttes de sueur se formèrent sur son front.

Yumeki se figea, il ne voulait pas aggraver plus encore la situation, il n’avait même idée en fait à quel point elle était critique.

Les yeux de la jeune femme papillonnèrent quelques instants avant de s’ouvrir complètement :

« Bonjour~! »

Tout en prononçant ces mots les yeux encore mi-clos, elle étira ses bras en l’air et se tourna sur le dos.

A ce moment-là deux choses se produisirent : la première, c’est que le bras de Linka heurta le torse de Yumeki, il sentit immédiatement le contact de sa main contre… sa peau nue ? Il ne portait donc pas de vêtements sous ces draps ?

La seconde, c’est qu’en se tournant sur le dos, Linka venait de tirer vers elle le bras de Yumeki, dont la montre était toujours accrochée à quelque vêtement de Linka, et ainsi sa main se posa involontairement sur une zone bien plus douce et moelleuse qu’auparavant.

Le calme et le silence s’installèrent quelques secondes durant.

Linka sembla réaliser enfin qu’une de ses bases défendues venait de tomber sous l’assaut ennemi, elle rougit immédiatement et son visage se crispa alors qu’elle allait sûrement crier.

Yumeki était tout aussi gêné, il savait ce que sa main touchait, il sentait dans le creux de sa main le tissu délicat du soutien-gorge de la jeune femme et s’imaginait ce qu’il y avait en-dessous.

Il réagit le premier, il retira sa main brutalement et se jeta avec tout son corps en arrière pour s’éloigner d’elle.

Un horrible craquement de vêtements se fit entendre alors qu’il tomba à la renverse hors du lit en tirant les couvertures vers lui.

« Maaaaais ! Qu’est-ce que tu fais, Yumeki pervers ?! »

Étendu au sol sur le dos, les couvertures en vrac sur lui, couvrant ses jambes et laissant son torse nu, il vit Linka assise sur le lit, ses bras couvraient ses seins, son t-shirt était déchiré et dévoilait son ventre et une partie de son soutien-gorge.

Linka était rouge, des larmes s’étaient formées au coin de ses yeux.

Yumeki sentit des sueurs froides sur son torse.

« Pardon !!! Je sais… je sais pas ce qui s’est passé ! Enfin, si, j’ai une idée… »

Il remarqua à cet instant que Linka portait son fameux pyjama, c’est à dire un large t-shirt avec un short en-dessous. Malgré la présence de ce dernier, ses jambes étaient parfaitement dévoilées.

« Aaaaaahhh ! OK, je t’explique, mais prends les couvertures et cache-toi ! » Dit-il en détournant le regard.

La jeune femme se tût quelques instants, elle gonfla les joues sous l’effet de la colère, puis elle dit à voix basse comme si elle se parlait :

« Il me trouve horrible, c’est évident… »

Yumeki qui avait malgré tout entendu, répliqua immédiatement pour se défendre du mal entendu, même si réflexion faite il ne savait pas vraiment pourquoi il le faisait.

« Te méprends pas, tu es super belle, c’est justement là le problème ?!

– Ah bon ? Super belle… ? Yumeki ? Tu serais pas en train de penser…Pervers ! »

Sa voix restait plutôt basse, contrairement à d’autres filles dans une telle situation elle était plutôt calme, sa voix était tremblotante à cause de la gêne, mais elle n’était pas enragée.

« Non, mais qu’est-ce que tu racontes ?! Couvre-toi, s’il te plaît ! »

Linka commença à tirer sur les couvertures qui couvraient le bas du corps de Yumeki lorsqu’il réalisa son erreur :

« NON ! Ne les prends pas ! »

Il se saisit des couvertures de son côté.

« Faudrait savoir ce que tu veux…

– Je viens de me souvenir ! Tu m’as déshabillé en me mettant au lit ?!

– Bah, c’est normal, non ? Ils font toujours ça dans les films et les animes, tu mets pas quelqu’un de blessé au lit avec ses vêtements…

– Non, mais sur quoi est-ce que tu bases tes réflexions ?!

– Sur les mangas, les animes et les jeux vidéo, je dirais… Pourquoi ? Il fallait pas? »

Yumeki avait envie de pleurer, il voulait que cette « scène » s’arrête au plus vite, il était incroyablement tendu et n’en pouvait plus.

« Je te reconnais bien là… Tu… tu… c’est toi qui m’a enlevé les vêtements ?

– Ouais, bien sûr. J’ai eu un peu d’aide pour te monter ici, mais après c’est moi qui t’as mis au lit…

– Aaaahhh ! Tu… tu m’as… tu m’as vu… ? »

Yumeki devint complément rouge, il fermait les yeux mais sentait que les larmes y montaient. C’était ça que ressentaient les filles dans les animes ? C’était ça que ressentait Linka lorsque…

« Ah ?! Je comprends le problème ! Ne t’inquiètes pas, je t’ai laissé le caleçon. Je me suis souvenue que généralement les personnages masculins dans les fictions ne sont jamais mis complément nues dans les lits. D’ailleurs, c’est pas très juste pour les filles en fait… »

Yumeki ne pouvait le voir, mais elle prit son air interrogateur habituel et posa son index sur sa lèvre inférieure.

« C’est bon, c’est décidé, je me cache sous les couvertures, va te changer… »

Sur ces mots, sans ouvrir les yeux, il s’enroula dans les couvertures en faisant une sorte de cocon autour de lui.

Alors qu’il entendit Linka se changer, il tenta de se calmer :

« Désolé pour ton t-shirt, je t’en rachèterai un.

– Ah, c’est gentil… c’est vrai qu’il est tout déchiré celui-là. Tu l’as fait exprès ?

– Dis pas de bêtises, pourquoi j’aurais fait ça ?

– Je sais pas… dit-elle en s’habillant. Tu étais fâché parce que je t’ai déshabillé ?

– Mais non…

– C’est vrai que tu es un garçon, tu t’en fiches qu’une fille te déshabille, c’est ça ?

– Que… ? Mais tu racontes n’importe quoi !!! C’était pas volontaire, ma montre s’est accrochée à ton t-shirt et lorsque j’ai… j’ai… enfin, lorsque j’ai tenté de m’éloigner, je l’ai déchiré.

– Ah oui, c’est logique ! J’ai cru un moment que tu voulais me… me faire…

– NON ! Je t’ai déjà dit de pas penser ce genre de choses !

– Je sais, tu es gentil, tu me ferais jamais de mal. C’est pour ça que je me suis dit que je pouvais dormir dans le même lit. »

Yumeki pleurait intérieurement, s’entendre dire ça blessait non seulement sa virilité, mais l’inquiétait quelque peu quand à Linka. Si elle accordait sa confiance aussi rapidement…

« Je t’ai déjà dit que je suis un mec, fais pas ce genre de choses malgré tout.

– C’est pas grave, il s’agit de toi, je sais que c’est bon… »

Il n’avait plus envie d’argumenter sur le sujet, il voulait juste pleurer et se changer…

***

Quelques dizaines de minutes plus tard, la situation s’était stabilisée, ils étaient tous les deux assis par terre dans la chambre de l’hôtel et ils semblaient réfléchir.

Entre eux deux, Linka avait posé une nappe sur laquelle elle avait posé des chips et autres crackers qu’elle n’avait pas mangé la veille.

« Donc, ce bonbon, c’est censé être moi ? »

Elle prit un air fier et hocha énergiquement la tête.

« Et ce senbei c’est un alien ?

– Tout à fait !

– Pourquoi tu as décidé de gaspiller la nourriture pour faire un truc aussi bizarre ?

– Je ne gaspille rien, je vais les manger après, c’est pour ça que j’ai mis cette nappe ! »

Comme d’habitude dans ces cas-là, elle gonfla les joues et regarda l’air fâché Yumeki.

« Ok, ok, j’ai rien dit, répondit-il en se grattant l’arrière de la tête. Bon admettons… mais pourquoi tu fais ça ? C’est pas plus simple d’en parler normalement ?

– Pfff, tu es vraiment pas drôle quand tu es en mode « sérieux ». Comment tu crois que les grands généraux faisaient leurs stratégies de guerre, à ton avis ? »

Yumeki croisa les bras et la regarda d’un air sceptique.

« Sûrement pas avec des chips, des senbei et des bonbons !

– Bon !! Dit-elle d’une voix plus forte comme si elle était vexée et en levant ses petits poings de façon adorable. J’avais que ça, j’y peux rien, moi ! Pour faire les choses bien, il faudrait un échiquier, des pions personnalisés pour ressembler à chaque acteur de la bataille… et quelques conseillers pour prendre des airs graves ou étonnés dans le fond de la pièce. »

Yumeki secoua la tête après l’avoir prise dans sa main.

« C’est plus drôle comme ça, de toute façon… Bon, résumons les acteurs en jeu dans cette histoire depuis le début… »

Elle prit une chips du paquet presque fini et la fit craquer entre ses dents avant de poursuivre :

« Il y d’abord nous, ici.

– Le bonbon rouge et vert, c’est ça ? Demanda Yumeki avec une pointe d’ironie.

– Ouais, moi le rouge et toi le vert. Sauf si tu préfères d’autres couleurs, il doit rester un bonbon violet… et un jaune, si tu préfères.

– Non, c’est bon. Continue, je t’en prie.

– Bah, notre objectif, on le connaît, c’est celui d’empêcher que les démons arrivent à Akiba, de récupérer la carte de Lily avant les aliens et de protéger le quartier, en gros. Non ?

– Ouais, on va dire que c’est ça, dit Yumeki en bâillant.

– Voilà… »

Elle posa un post-it à côté des deux bonbons.

« Puis on a les aliens. Eux, on sait qu’ils cherchent les six reliques d’Akiba… enfin, c’est la théorie la plus crédible actuellement…

– Et eux, c’est le senbei, c’est ça ? »

Linka croisa les bras et hocha fièrement de la tête. Elle était entrée dans le rôle d’un général de guerre, semblait-il.

« Dans l’affaire actuelle, on sait que les aliens sont associés aux démons, ils les aident à entrer dans Akiba en déchirant la frontière entre les dimensions. Mais qu’est-ce qu’ils y gagnent en contrepartie ?

– Si tu poses la question, je suppose que tu connais déjà la réponse…

– Rhoo, t’es pas drôle, essaye un peu de participer, quoi ! »

Yumeki baissa la tête et se mit à réfléchir.

En effet, pour deux organismes visant individuellement l’invasion d’Akiba, il était étrange d’établir une telle alliance. Néanmoins, à la réflexion, c’était leur théorie à Linka et lui, ils n’avaient aucune certitude quant aux objectifs réels des aliens.

« Bon, c’est vrai que c’est étrange qu’un senbei et une chips travaillent ensemble…

– Pfff, essaye d’être un peu sérieux…

– Ok, ok, j’arrête les blagues sur le sujet, je vois bien que tu prends pas ça pour une plaisanterie. »

Yumeki marqua une pause et poursuivit son raisonnement :

« Si tous les deux cherchent à envahir Akiba, je m’étonne qu’ils travaillent ensemble. Je comprendrais s’il y avait une troisième faction qui pouvait leur poser vraiment problème, mais là…

– Hoho ! Oui, je suis du même avis. J’aimerais penser que c’est nous ce troisième partie qui leur pose problème, mais les démons ne cherchent pas à nous nuire directement, donc nous ne sommes pas une composante du marché…

– Ce qui veut dire qu’il s’agit d’autre chose… Lily ?!

– Bingo ! C’est ce que je pense aussi. Et si la contrepartie des démons était des informations quant à cette carte légendaire ? Je me suis posée la question précédemment, mais comment ont-ils fait pour être au courant aussi vite ? »

Linka prit délicatement son menton en main et poursuivit sa réflexion :

« Soit, ils sont également des joueurs et donc guettaient la sortie de cette extension… soit ils ont eu l’information de la part des démons.

– Ça pourrait se tenir, je pense. J’ai du mal à les voir comme des joueurs fréquentant le quartier, mais bon… »

Linka prit des notes sur un post-it qu’elle posa à côté du senbei.

« L’autre question que je me pose, c’est comment les démons pouvaient être au courant de l’apparition de Lily ? Nous, on est tombé dessus par hasard, et les rumeurs qui circulaient autour de la Sorcière n’indiquaient pas vraiment que les cartes allaient être mis en vente dans cette extension. En fait, tout le monde pensait qu’elles sortiraient dans la prochaine…

– Pourquoi ?

– A cause de l’équilibrage du jeu. Il  y a pas mal de nouvelles cartes très puissantes qui sont sorties avec cette extension, et puisque Lily fait partie des légendes du jeu, on pensait tous qu’ils allaient retarder sa sortie au possible.

– Bon, j’ai pas tout compris à ton raisonnement, mais en clair personne ne savait vraiment.

– C’est ça. »

<< Les démons disposent de pouvoirs innés, ils n’ont pas besoin de la Collection comme vous.>>

Dit Lily en sortant de sa carte et en flottant en position assise au-dessus d’elle.

« C’est ce que je pensais, dit Linka. Du coup, ils ont un devin, ou quelqu’un capable de prévoir des événements du futur et ils ont échangé l’information aux aliens contre leur aide pour ouvrir la porte sur notre monde. Ce qui m’amène à une autre partie de ce jeu (oui, elle venait de dire le mot jeu, ce qui perturba Yumeki au passage) : les démons.

– Donc… la chips. Ok, qu’est-ce qu’on sait d’eux ? »

Linka prit une gorgée de sa boisson gazeuse, une cannette de Dr Cumin qu’elle avait pris dans le frigo de la chambre.

« Haaa ! C’est délicieux, c’est vraiment le top du top lorsqu’on parle de choses sérieux et de complots !

– De quoi tu parles au juste ?

– Rien, rien, t’inquiète, si c’est sa volonté tu comprendras un jour… On sait que les démons sont dirigés par un big boss, un de ceux de high level qu’on ne trouve que dans les derniers chapitres d’une aventure, il s’agit sûrement d’un Prince Démon, mais on ne sait pas lequel précisément.

– Non, Koharu ne m’a rien dit à ce sujet. Par contre, elle m’a dit qu’il fallait beaucoup d’énergie pour faire entrer un Prince démon dans notre monde, ils essayent d’y parvenir en corrompant les produits otakus. »

Reprenant une nouvelle gorgée et affichant une certaine extase sur son visage, Linka ajouta :

« Et on sait également à présent qu’il y aurait une alliance secrète entre les démons et le roi de Nazery.

– Je te rappelle qu’ils ont dit que c’est une rumeur… puis, on peut vraiment se fier à ce qu’ils ont raconté ?

– Personnellement, je pense que Shyrhin ne mentait pas, c’est une loli démoniaque et brutale, mais elle a bon fond et elle n’aime pas les mensonges et les intrigues de cours. Ah! Au fait, elle me fait te transmettre qu’elle est amoureuse de toi et que la prochaine fois que tu la rencontreras, elle veut te dompter ou un truc dans le genre… enfin, un truc avec un fouet, si j’ai bien compris.

– QUOI ?! Et tu m’annonces ça comme ça ?!

– Bah, tu voulais que je te l’annonce comment ? Puis, c’est ses mots à elle, pas les miens… enfin, plus ou moins…

– Plus ou moins ?

– Je sais plus comment elle l’a dit, j’ai pas retenu par cœur ce qu’elle m’a dit.

– Je vois… en fait, tu me fais marcher. »

Linka se leva brusquement en signe de protestation :

« Ah non ! Elle a vraiment dit que tu lui plaisais et des trucs avec des fouets, pourquoi j’inventerais ça ?

– Bon, bon, passons… dit Yumeki en baissant la tête et en agitant sa main devant lui. Continuons ce…

– CONSEIL DE GUERRE !

– Ouais, continue ce Conseil de Guerre et allons manger quelque chose. »

Alors que Yumeki soupira et passa sa main sur son ventre, Linka se rassit et lui tendit le paquet de chips. Il déclina :

« La question qui se pose, c’est quelle est la nature de l’alliance entre le Roi et le Prince Démon ? Si on se base sur les deux missions confiées à ses sbires mercenaires, l’une d’elle serait de retrouver la carte de Lily et l’autre de tuer Koharu. Or, on sait que l’une d’entre elle était une mission secrète qui a été cachée même à l’un des mercenaires… Mais pourquoi ? »

Yumeki commençait à se lasser de cette mise en scène, puis parler de la mort de Koharu lui rappelait des mauvais souvenirs.

« Pour la simple raison qu’une des missions est officielle et l’autre est une mission secrète, probablement d’ordre personnelle. Ce qui est étonnant, c’est qu’il a confié à Koharu la mission d’arrêter les démons. On peut donc dire que le Roi joue sur plusieurs niveaux et sert des intérêts cachés.

– C’est à dire ? »

Elle posa une chips plus petite et plus grillées que celle représentant le prince démon. Puis, elle posa un bonbon violet, et enfin trois autres chips un peu plus loin.

« Ce qui veut dire, c’est qu’il a envoyé sa fille (dit-elle en désignant le bonbon violet) détestée et honnies du peuple dans une mission officielle qui sert de devanture à ses réels intérêts. Pour les accomplir, il a envoyé un groupe de mercenaires (dit-elle en désignant les trois chips). Sauf que même parmi eux, il a mis deux niveaux de confidentialité…

– Ça devient compliqué et pénible, Linka… »

Elle gonfla les joues et poursuivit :

« Bref, je ne connais pas précisément les enjeux de son contrat avec le Prince Démon, mais je pense qu’il cherche la carte pour la lui donner. Quant à Koharu, il la veut morte en raison de son déshonneur de jadis.

– Déshonneur ? Tu penses….

– J’ai jamais dit que c’était mon point de vue. Koharu a assez subi les conséquences de sa gentillesse. Puis, vaincre ou être vaincu, c’est pas quelque chose qu’on choisit vraiment.

– Bon, je suis rassuré. »

Avait-elle répondu d’un simple mais merveilleux sourire et en inclinant légèrement la tête sur le côté.

« Pourquoi le Prince Démon veut Lily ? Demanda soudainement Yumeki en réalisant qu’il n’en comprenait pas la raison.

– Précisément… je sais pas non plus. Néanmoins, Lily est très puissante, je suppose qu’avec ses pouvoirs il doit pouvoir se passer de l’aide des aliens, ou alors simplement il deviendrait plus fort avec elle. »

Lily sembla avoir une réaction de dégoût qu’elle masqua immédiatement.

« Quant à ce que le Roi y gagne, je suppose qu’il veut profiter de la porte aussi… ou alors le marché consiste au contraire à laisser son royaume intact. J’avoue que je ne peux résoudre cette donnée avec certitude.

– Bon, en clair, à part Koharu et peut-être Shyrhin qui m’a tiré d’affaire hier, on a que des ennemis. On fait quoi au juste pour les arrêter ?

– La même chose qu’auparavant : on tente d’arrêter leur plan de corruption. Maintenant, on sait qu’ils ont une date butoir, comme un dessinateur en retard au Comiket, ils vont devoir hâter leurs projets. »

Linka tira de sa poche son smartphone et montra une page internet à Yumeki. Il s’agissait d’un manga avec une fille aux longs cheveux châtains entourés d’éclairs.

« Il s’agit d’une série en vogue depuis quelques années. A la base, il s’agit d’un LN qui met en scène des magiciens dans le monde moderne, dans une annexe de Tokyo qui a été créé pour les former. La série a eu un gaiden axé sur le personnage de Midori Mano, adapté en anime également. Aujourd’hui, au cours d’un petit festival, sort le nouveau tome du manga en avant-première.

– Il y aura donc plein de gens, c’est ça ?

– Ouais, forcément, vu le succès de la série. En plus, la rumeur circule qu’il va y avoir une annonce concernant la série principale, Mahou machi no kinki no hon. Ça fait quelques années que les fans attendent la suite de l’anime, une telle rumeur attirera des gens espérant être aux premières loges de l’annonce.

– Vous êtes facile à manipuler, vous autres otakus, dit Yumeki en guise de constatation, mais sans méchanceté dans sa voix.

– Héhéhé ! Faut croire… On se laisse guider par nos cœurs et nos passions, c’est la partie la plus drôle dans ce monde, je trouve. »

Elle se mit à rire pendant quelques dizaines de secondes. Puis…

« Sinon, il y a aussi un jeu vidéo qui sort aujourd’hui, c’est un FPS assez connu même à l’étranger… mais je pense qu’il aura moins d’impact que le tome de Mahou machi no naisho no gijutsu.

– Bah, si c’est toi qui le dit, je vais pas te contredire, tu t’y connais bien mieux que moi.

– Hihi ! Merci. Mais tu apprends vite, tu deviendras bon toi aussi, dit-elle d’un air souriant et léger. En fait, le FPS est bien aussi, mais il est moins moe, donc il attira moins l’attention des otakus d’Akiba. En plus avec cette rumeur concernant la suite de Kinki Hon… »

Elle prit un senbei et le fit craquer dans sa bouche.

Yumeki avait de plus en plus faim, il était bien content que la discussion semblait se finir. Aussi, il se leva et dit à Linka :

« Bon, bah, c’est décidé. Allons voir la sortie de ce manga de magicienne ! Mais avant, allons manger quelque chose, je t’invite… et range tes pions, on peut pas laisser ça comme ça ! »

Linka se leva, fit un salut militaire et commença à ranger… ou plutôt manger, les pions qu’elle avait mis au sol.

Lorsque Yumeki remit la carte de Lily dans sa poche (car au final, même si Linka lui avait offert un classeur, il préférait toujours la mettre dans poche), il regarda au dos de celle-ci les huit caractères qui y figuraient.

Il n’en manquait plus que deux avant d’avoir le nom complet et avant que Lily n’ait accès à tous ses souvenirs.

« Bon, allons trouver les deux dernières cartes, faisons échouer les plans des démons et tâchons de retrouver Koharu avant qu’elle ne se fasse tuer…

– A ce niveau-là, dit Linka en mâchant un senbei, je pense que… ça… devrait aller.

– Mange ou parle, mais ne fais pas les deux ! Pourquoi tu dis ça ? Parce que je les ai vaincus ? Rien ne les empêche de retenter et de m’empêcher d’utiliser Kuro… d’ailleurs… où est Kuro ? »

Dit Yumeki en baissant le regard, il se sentait coupable de cet excès de colère qu’il avait manifesté. Même si elle était justifiée au vu du contexte, il avait honte d’avoir perdu à ce point-là le contrôle et d’avoir fusionné avec Kuro.

« Ne t’inquiète pas, je vais te la garder, elle est trop dangereuse. Et ne culpabilise pas, tu avais toutes les raisons du monde de leur vouloir, tu tiens à Koharu comme à une petite sœur, pas vrai ? »

Il se contenta de hocher de la tête pour l’admettre, attitude plutôt rare chez Yumeki.

« Je pense que tu as raison… je la vois comme une petite sœur à protéger, avoua-t-il en rougissant légèrement. Lorsque j’ai appris tout ce qu’elle a enduré, je n’ai pas pu me retenir… Puis, j’étais déjà énervé… à cause de ce qu’ils t’ont fait…

– C’est gentiiiiiiiiil !! C’est tellement rare que tu me traites pas d’idiote…

– Y’a bien des raisons… idiote ! »

Dit-il en lui donnant délicatement une pichenette sur le front.

« Tu vois ?! Dit Linka en prenant un air faussement attristé. Cela dit, ne t’inquiète pas pour moi, je suis plus solide que j’en ai l’air ! »

Dit-elle en souriant chaleureusement.

Au fond de lui, Yumeki fut un peu rassuré par ce sourire innocent, il s’attendrit une fraction de secondes et sourit à son tour en lui posant la main sur la tête.

« En tout cas, ne te laisse plus attraper comme ça ! »

Linka tira la langue et rougit légèrement.

« Je ferais plus attention. Par contre, concernant Koharu… je pense que les mercenaires sont rentrés pour de bon. Je pense que Shyrhin respecte bien plus la Princesse qu’elle ne veut bien le dire, elle ne les laissera pas faire…

– Étonnant pour quelqu’un comme elle, je trouve.

– Pas tant que ça. Comme elle le dit souvent, elle respecte ceux qui sont forts et se relever après avoir tellement enduré fait de Koharu quelqu’un de très fort à ses yeux… Par contre, ça me gêne pas vraiment… quoi qu’un peu quand même… mais tu comptes me caresser la tête encore longtemps ?

– Aaahh ! »

Lorsque Linka lui fit remarquer qu’il continuait à caresser ses cheveux depuis un moment, il s’éloigna brusquement en rougissant. Il se tourna vers la porte de la chambre et comme pour changer de sujet, il dit :

« Bon, allons nous empiffrer… fais-toi plaisir pour cette fois !

– OUI !!!»

C’est accompagné des exclamations de joies de Linka qu’ils quittèrent tous les deux la chambre.

***

« Ils ont donc organiser ça dans ce gros bâtiment ? Je ne savais même pas que ça pouvait servir à ça… », dit Yumeki surpris par la foule qui se trouvait devant le bâtiment. Pour l’occasion, les portes vitrées avaient été ouvertes, ce qui créait un espace d’exposition vaste avec de multiples affiches et posters en guise de décoration.

Il s’agissait du plus haut bâtiment d’Akiba, il y était passé tant de fois mais il ne s’était jamais posé la question quant à son utilité.

Il semblait qu’il pouvait servir à ce genre de manifestations.

« Ouais, il peut servir à ça aussi… Comme je te le disais, y’a vraiment foule… et il n’est que onze heures… »

Yumeki ne répondit pas, il était découragé de devoir gérer toute cette foule.

« Et encore tu n’as rien vu, reprit Linka en mettant ses poings sur ses hanches. Le Comiket, c’est bien bien pire ! Tu peux pas faire mieux que le Comiket en terme de fréquentation otaku ! »

Il la croyait sur parole, mais ça ne l’empêchait pas d’être soudainement démotivé.

« On doit vraiment y aller ? Je veux dire… Lily, tu ressens un porteur ? »

Demanda-t-il en baissant sa tête vers sa poche et en plissant les yeux.

<< Non, pas encore…>>

« Tu vois ! Ajouta Yumeki.

– Mais… ça veut rien dire… il peut très bien venir plus tard. Bon, direction le stand 24 au rez-de-chaussée, il faut tout de suite commencer par le plus bondé avant qu’il ne reste plus rien. Suis-moi et ne me quitte pas d’une semelle. »

Yumeki la regarda complètement désespéré, il ne voulait pas vraiment faire la queue et se mêler à la foule. Linka s’avança de quelques pas, puis, remarquant qu’il ne la suivait pas, elle le prit par la manche de sa veste et le tira.

« Bon, pas de temps à perdre, les mangas sont en tirage limités aujourd’hui, si je ne l’attrape pas maintenant, il faudra que j’attende lundi.

– Comment ça? Demanda étonné Yumeki en se laissant traîner.

– Bah, la vente du tome 12 est une avant-première aujourd’hui, mais il sort en magasin que lundi.

– Pourquoi ne pas attendre lundi pour l’acheter et éviter cette foule ?

– Parce que les numéros vendus aujourd’hui sont numérotés, il n’y en a que 10 000 et parce qu’il y a un lot exclusif incluant un mini clearfile.

– Pfff, décidément, ils vous bernent en beauté les commerciaux… »

Linka ignora la remarqua et entraîna dans le rez-de-chaussée du bâtiment dont les murs vitrés avaient été ouverts pour agrandir l’espace et le rendre plus facile à la circulation.

A l’intérieur, différents stands avaient été placés de-ci de-là et proposaient soit des publicités, des démonstrations, soit vendaient des articles exclusifs.

Partout, Yumeki voyait revenir ce personnage de la magicienne  Midori Mano, personnage dont Linka lui avait parlé en détail pendant leur repas matinal, et qui semble-t-il était spécialisée dans la magie de la foudre. Sur nombre d’images, elle était vêtue d’un uniforme de lycéenne et était entourée d’éclairs.

« Au fait, Linka… pourquoi ces vêtements ? »

En effet, Linka était passé à l’appartement avant de rejoindre Yumeki, elle était allée se changer. A son retour, elle portait les mêmes vêtements que Midori.

« C’est du cosplay…. Pourquoi tu n’aimes pas ? Dit-elle en s’arrêtant, se retournant vers lui et en prenant la pose.

– C’est pas vraiment la question de savoir si j’aime ou pas…. Pourquoi si soudainement… enfin… je veux dire…

– Bah, c’est un hommage. J’adore Midori-san, j’ai voulu porter les mêmes vêtements qu’elle. En général, je me cosplay pas, mais bon, vu qu’on est venu jusqu’ici, je me suis dit que c’était la bonne occasion.

– Ok, mais… enfin, tu remarques pas que tu attires l’attention depuis avant ? »

Autour d’eux, nombre de regards les prenaient pour cible et quelques otaku étaient même en train de préparer leurs appareils photos professionnels.

A vrai dire, le corps de Linka était si parfaitement adapté au cosplay que nombre de clients la prenaient tout simplement pour une cosplayeuse professionnelle payée pour animer l’événement.

« Meuh, non, le cosplay est normal dans ce genre d’événement… c’est la base même, je dirais…

– Euh… désolé de vous interrompre… serait-il possible d’avoir une photo ? »

Demanda un jeune homme à lunettes avec un appareil en main.

« Ouais, pourquoi pas… »

Le jeune homme s’inclina et remercia Linka.

« Vous pourriez prendre une pose plus… tsundere ? Comme Midori-chan ?

– Ok, je vais essayer », répondit Linka.

Elle mit ses poings fermés sur les hanches et tenta de faire la moue. Le jeune homme parut satisfait et *clic clic* il prit plusieurs photos d’affilées.

« C’est parfait! Vous êtes vraiment douée… dommage que vous n’ayez pas de cheveux châtains, vous lui ressemblez tellement…

– Haha ! Merci. »

Le jeune homme vint la remercier en s’inclinant et lui demanda :

« Désolé de vous le demander, vous n’auriez pas une carte professionnelle avec votre blog ou votre pseudo sur les réseaux sociaux ?

– Ah ? Désolé, j’ai pas vraiment ça…

– Oh ? Dommage… En tout cas, je vous soutiens à 100 %, vous êtes vraiment très douée… Merci encore ! »

Dit timidement le jeune homme en s’inclinant une nouvelle fois avant de s’éloigner.

Mais, pendant que cette scène avait eu lieu, Yumeki avait vu une file d’attente se créer spontanément derrière le jeune homme, il se demandait à quoi pouvait correspondre ce comportement.

Aussi, à peine le jeune homme s’éloigna-t-il, que Yumeki se rapprocha de Linka :

« Euh, y’a d’autres gars qui se sont mis…

– Bonjour. Puis-je avoir aussi une photo de vous ? Demanda brusquement un autre jeune homme avec un appareil photo.

– Euh, ouais, ok, mais… »

Répondit un peu gênée Linka qui voulait vraiment aller acheter son dernier tome de Mahou Machi no Naisho no Gijutsu.

Yumeki fit quelques pas en arrière pour appréhender la file d’attente, une vingtaine de personne s’était déjà alignée. Il finit par comprendre…

Linka prit une pose similaire à celle d’avant pour le plus grand plaisir de son photographe.

« Euh, Linka… je crois qu’il y a toute une file de gens qui voudraient te…

– Excellent ! Pourrais-je avoir votre carte professionnelle, s’il vous plaît ?, interrompit le photographe.

– Désolé, je n’en ai pas…

– Et votre blog ou vos coordonnées de réseaux sociaux ? Serait-ce possible… ?

– Elle n’en a pas ! Désolé, mais je dois lui parler… »

Cette fois, c’est Yumeki qui s’immisça brutalement dans la discussion.

« Ouais, je crois que les gars là-bas font la file d’attente pour te prendre en photo ? Tu voulais pas acheter ton livre ? »

Linka s’éloigna de quelques pas pour considérer à son tour la file d’attente…

« Ah ouais ! Je crois qu’il y a un malentendu…

– Bonjour. Pourrais-je…

– Non, nous sommes occupés, désolé. Une autre fois, peut-être ! Et elle n’a pas de carte professionnelle, puisque ce n’en est pas une ! »

Interrompit brutalement Yumeki en prenant la main de Linka et en commençant à l’entraîner plus loin.

En s’éloignant Linka entendit la voix du photographe lui demander :

« Mais, vous n’êtes pas payés pour ça ?

– Désolé, je suis pas une cosplayeuse de l’événement…, répondit-elle tout en étant entraînée par un Yumeki plutôt déterminé à se rendre au stand de vente. Mais merci pour votre soutien ! »

Elle salua de la main chaleureusement.

Un peu plus loin, ils s’arrêtèrent au bout de la file d’attente d’un stand. A nouveau, les clients regardèrent Linka impressionnés par son cosplay.

« C’est pas possible de se faire avoir comme toi… En plus, se faire photographier par des inconnus…

– Bah, c’est normal de faire ça quand il y a une fille en cosplay. Personnellement, je l’ai demandé pas mal de fois…

– Tu veux dire que c’est une pratique courante de faire une file d’attente pour photographier des filles en tenues légères ? Tu trouves pas que ça fait un peu… pervers ?

– Qu’est-ce que tu racontes ?! C’est pas des pervers, c’est des otaku ! Ils respectent la beauté de l’hommage et du modèle, rien de plus… bon parfois, y’a des aussi quelques pervers, mais c’est normal je suppose…

– Euh…

– Puis, ma tenue n’a rien d’indécente, c’est une tenue de lycéenne. »

Elle tourna lentement sur elle-même pour lui montrer la tenue. En soi, la base était un uniforme de lycéenne, mais les couleurs et les décorations ne correspondaient probablement à aucune école japonaise.

« Ouais, enfin, la jupe est un peu plus courte que celle réglementaire, non ? Dans mon lycée, la présidente du Conseil des Étudiants t’aurait sans aucun doute amenée au bureau avec une jupe à mi-cuisses. »

Linka se mit à rire de manière un peu gênée.

« C’est le même uniforme que Midori, c’est pour ça… Tu le trouves pas joli, c’est ça ? »

A dire vrai, Yumeki trouvait qu’il lui allait vraiment bien… en fait, comme tout ce qu’elle avait porté depuis qu’il la connaissait.

« Bah, ouais… ça… ça te va bien… dit-il d’un air gêné en tournant la tête sur le côté. Mais, c’est pas vraiment la question…

– Hihi ! C’est gentil ! Si tu veux, tu pourras me prendre en photo aussi, ça me dérange pas.

– Comme si je voulais une photo de toi, idiote. Ça va pas de dire des choses comme ça ?! »

Linka gonfla ses joues d’un air contrarié et dit :

« Finalement, le gars d’avant aurait dû te la demander à toi la pose tsundere…

– Raconte pas n’importe quoi ! Il aurait pas voulu de photo d’un mec en uniforme de lycéenne ! »

Il rougit à la simple évocation imaginaire de ce cosplay ridicule et horrible.

« HAHAHA !! Moi, je te prendrais en photo si tu faisais ça, même si tu m’autorises pas ! »

Et elle continua de rire alors que Yumeki toujours rouge croisa les bras et l’évita du regard.

Leur attente dura quelques deux heures, Linka qualifia cette attente de normale. Elle expliqua à Yumeki durant celle-ci sa théorie concernant les files d’attente et l’amour que leur portent les japonais, et plus précisément les otaku. Selon elle, à l’étranger les gens sont nettement moins enclins à attendre si longtemps pour acheter un nouveau produit, essayer une démo de jeu ou pouvoir entrer dans un local.

Yumeki n’en savait rien à vrai dire, il n’était jamais allé à l’étranger. Il l’écouta sagement et attendit que son calvaire finisse, il n’en pouvait plus d’attendre.

Alors qu’ils s’éloignèrent du stand, Linka portait un sachet à la main et arborait un visage irradiant la joie :

« C’est bon, tu as eu ce que tu voulais ?

– OUI !! Je suis tellement contente~

– C’était long… très long…

– La joie est une récompense après la peine et la rend encore plus poignante !

– Mmm, étonnant d’entendre ça de quelqu’un qui semble toujours faire ce qu’elle a envie…

– Personnellement, les files d’attente me dérange pas, on peut soit parler avec ses amis, soit jouer à la console portable, soit lire des mangas ou des LN, donc pas de souci.

– Pfff, je me demande parfois si t’es vraiment humaine… »

Linka se mit à rire en mettant sa main devant sa bouche.

Puis, soudainement, elle rougit un peu et s’approcha de l’oreille de Yumeki :

« Je dois… je dois aller aux toilettes. Tu peux m’attendre ici ? »

Yumeki la regarda étonné, pourquoi était-elle si gênée, c’était normal après deux heures d’attente.

« Je vois pas de problème, je t’attends là. »

Elle le remercia en s’inclinant légèrement et s’en alla en direction des toilettes.

Se retrouvant tout seul, Yumeki se mit à regarder autour de lui, il se sentait plutôt mal à l’aise. En effet, ce lieu était un domaine otaku, puisqu’il n’en était pas un, sa seule raison d’être là était Linka. A présent qu’elle n’était pas à ses côtés, il ne se sentait pas à sa place.

Néanmoins, sans Linka à ses côtés, il jouissait à coup sûr d’un réel anonymat, plus personne ne le regardait.

Il soupira de soulagement.

A cet instant, ses yeux se portèrent sur l’affiche d’un stand qui présentait différents produits mis en vente. Il sourit et s’y dirigea…

Lorsque Linka revint :

« Yahooo ! Je suis de retour, désolé pour l’attente !

– Pas grave ! Tiens ! Dit-il en lui tendant un sachet. C’est pour m’excuser… pour le t-shirt. »

Il baissa le regard et rougit à l’évocation de ce passage hautement embarrassant de sa vie.

 « J’espère que ça te plaira… et que tu l’as pas déjà. Le vendeur m’a assuré que c’était exclusif de cet événement, mais avec toi, on peut jamais être sûr… »

Linka regarda à l’intérieur du sachet et sortit deux emballages plastiques transparents : un t-shirt noir et un pull rose avec des dessins imprimés.

Immédiatement les yeux de Linka se mirent à briller, elle remit les affaires dans le sachet et, sans crier garde, elle prit dans ses bras Yumeki.

« Merciiii ! C’est vraiment très gentil ! J’adore vraiment beaucoup ! Et ne t’inquiètes pas, même si je les avais déjà, ce qui n’est pas le cas, je les adorerai quand même puisque c’est toi qui me les as offerts ! »

Yumeki était incroyablement gêné, il rougit et regarda autour de lui. Comme il s’y attendait, tous les regards étaient braqués sur eux, des regards plutôt haineux pour certains, le genre qu’il connaissait bien depuis qu’il fréquentait Linka.

« C’est bon, c’est rien, c’est rien… Tu veux pas me lâcher par contre ? Tout le monde, nous regarde ! »

Linka le lâcha soudainement et fit une courbette d’excuse :

« Oh ! Désolée, je me suis laissée emporter, ça m’a fait très plaisir ! »

Il crut voir quelques larmes tomber de son visage baissé, mais le lieu ne se prêtait pas au mélodrame, aussi il se contenta de lui dire en se retournant :

« Allons un peu plus loin, veux-tu ? »

Elle répondit par un *Um~* et ensemble ils s’éloignèrent.

<< Il y a un porteur à quelques rues d’ici…>>

« Timing parfait, Yumeki ! Allons-y et tâchons de revenir pour l’annonce qui aura lieu à 16 heures ! »

Yumeki leva le pouce en guise d’approbation et ils quittèrent l’espace  Mahou machi no naisho no gijutsu…

***

Quelques minutes plus tard, Linka et Yumeki entrèrent dans une ruelle non loin de la salle d’exposition. Étonnamment, il n’y avait personne, ce qui était pour le moins surprenant un samedi après-midi.

Mais l’explication était assez simple : un dispositif techno-magique flottait dans les airs et diffusait une énergie verdoyante.

« Welcome dans mon piège, chers gêneurs ! »

Sortant de derrière un distributeur de boissons, un homme très mince mesurant plus de deux mètres fit face à Yumeki et Linka en faisant une sorte de révérence maladroite.

Il était vêtu d’un costume noir rayé, de gants blancs, d’un chapeau haut de forme et d’un masque d’oni sorti d’une représentation de théâtre kabuki.

« Piège… ? » Répéta Yumeki.

« Indeed ! Une fois à l’intérieur de mon trap, vous ne pourrez plus repartir vivants. »

Yumeki plissa les yeux, à ce instant précis, il avait physiquement mal… non pas parce qu’il venait de tomber dans un prétendu piège, mais à cause de la manière de s’exprimer de cet individu. En tant que réfractaire à l’anglais, il détestait les gens qui utilisaient trop de mots anglais et encore plus ceux qui prenaient un accent faussement anglais en parlant le japonais.

Ce qui était le cas de la personne devant lui.

« Ok ! Déjà, ton prétendu piège, on est entré consciemment dedans, donc pas la peine de t’en vanter. Puis, arrête avec tes mots d’anglais, tu épates personne !

– Haha ! C’est vrai que tu détestes ça. Vous allez bien vous entendre~ », dit Linka en rigolant et en se couvrant la bouche.

La personne devant eux semblait vexée, il s’inclina vers l’avant, son corps si mince à l’allure de tige semblait prêt à se briser sur le coup.

« What did you say ? Mon trap était absolument… perfect ! Vous avez cru venir de votre plein gré, mais tout était planifié ! Vous êtes les pawn qui dansent dans mes hands ! »

Affirma-t-il en écartant les bras.

« Bon, Linka, je vais me le faire lui ! Il m’énerve !! C’est quoi ce bouffon ?! Tu as la carte au moins ? »

Le grand type se redressa, sa taille était telle qu’on crut son mouvement sans fin.

Il leva la main et secoua son index :

« The cards, you mean ! Évidemment que je les ai sur moi…Look ! »

Il retira son masque, ce qui permit à Linka et Yumeki de voir le visage insectoïde de cet être. Son visage était noir et il avait d’énormes yeux à facettes, telle une mouche. Sa bouche horrible était munie de longs poils blancs et de dents étonnamment fines et crantées.

Il retourna le masque et montra la carte de Lily accrochée dans sa face intérieure.

Yumeki et Linka ne purent qu’afficher leur dégoût sur leurs visages, ces extraterrestres étaient décidément très laids.

Il remit son masque avant de demander :

« Ready ? Es-tu ready pour ce fight ?

– Attends ! Juste une minute !

– But, je vous en prie. Make your préparations, un gentilhomme sait attendre ses ennemis… »

Yumeki plissa à nouveau les yeux, il détestait de plus en plus cet alien. Non seulement sa façon de parler, mais également ses manières, il était irritant au possible.

Il se tourna vers Linka :

« Son piège, c’est réel ou c’est juste une sorte de blague ? Tu sais comment il fonctionne ? »

Elle ne s’attendait pas à des questions si soudaines, elle pencha sa tête sur le côté et après quelques secondes, elle répondit :

« Attends, je vais utiliser l’Œil de Vérité. »

Les yeux de Linka devinrent violets luisants, ce n’était pas la première fois qu’elle utilisait ce pouvoir.

Elle inspecta les alentours, puis en hochant légèrement la tête, ses yeux redevinrent normaux. Elle se tourna vers Yumeki :

« C’est une sorte de kekkai dirigé. Par rapport à un kekkai normal, la seule différence c’est qu’on peut pas sortir d’ici à moins de détruire ou éteindre le dispositif qui le génère… en gros, cette espèce de chose flottante.

– Ok, c’était ce que je voulais savoir. Et si j’essayais la carte que m’a confié Sakumi ?

– NON !

– Comment ça, non ? Je dois pas l’utiliser ?

– Non, c’est pas ça ! Sakumi-neesan, ou Sakumi-nee ! Je te rappelle que tu lui as promis. »

Un silence s’installa pendant quelques minutes, on pouvait entendre un courant d’air passer entre eux deux :

« J’aurais compris si c’était elle qui me l’avait dit, mais toi…

– Non, ça marche pas comme ça ! Les liens de sororité et fraternité otaku sont sacrés ! Sakumi-nee, c’est Sakumi-nee, un point c’est tout !!

– Ok, OK ! Bref, je vais essayer la carte de Sakumi…neesan… »

Il était gêné de l’appeler de la sorte. En effet, il lui avait promis pour arrêter le conflit, mais elle n’était pas là et il avait agi sur un coup de tête…

Linka lui posa la main sur l’épaule et prit un air fier.

« Voilà, c’est comme ça qu’agit un vrai homme… je suis fier de toi, Yumeki-kun !

– Aaaaahhh ! Tu te prends pour mon boss ou quoi ?!

– Hihi ! C’était pour rire, je sais que tu n’aimes pas que je t’appelles comme ça. »

Soudain, des bruits de pas se firent entendre derrière eux : un autre ennemi ?

Ils se retournèrent soudainement et virent une silhouette bien connue de Yumeki : Koharu.

A l’instar de leur première rencontre, elle portait une robe gothique et un cache-œil médical.

Elle les salua d’une révérence à la manière d’une vraie princesse et dit :

« Peut-être pourrais-je t’aider, non ? »

Yumeki sourit et leva son pouce :

« Bien sûr ! Avec une alliée comme toi, je ne peux plus perdre !

– Ohoh ! Quelle sacrée dragueur, ce Yumeki ! Tu nous présentes ? Dit Linka en le regardant d’un air malicieux.

– Je drague pas, idiote !! Euh… mmm… voici Linka, dont je t’ai déjà parlé. Linka, voici Koharu dont je t’ai parlé. »

Linka s’approcha de Koharu et sans préavis elle la prit dans ses bras.

« Ravie de te rencontrer. Tu es encore plus jolie en vrai. Je peux prendre une photo de toi ?

– Yumeki ! C’est qui cette folle ? Ça te prend souvent de te jeter sur les gens comme ça ?

– Non, seulement lorsqu’elles sont gentilles et moe ! Hihi ! »

Linka lui lança un des sourires dont elle avait le secret :

« Donc tu es une mahou shoujo ? Une vraie ! Tes pouvoirs de la Collection sont basés sur le cosplay, c’est vraiment cool ça. Vu ton physique de loli, ça te correspond très bien. Je peux prendre une photo alors ? Tes costumes se rematérialisent s’ils sont déchirés ? »

Linka était passé en mode « fanatique »,  ses yeux scintillaient et elle allait baver d’une seconde à l’autre.

« C’est bon, Linka, arrête ! On parlera de tout ça après, ok ? Éloigne-toi et laisse-nous faire ! »

Koharu avait eu un mouvement de recul et regardait Linka à la fois avec méfiance et avec dégoût, le genre de regard qu’une jeune femme réserve en général aux pervers.

« Ouais… allons-y, mais tu tiens éloigné de moi cette perverse !

– Ok, ok. »

Linka s’éloigna et se cacha à l’angle de la rue, puis elle fit signe du pouce alors que son téléphone portable était tourné vers eux.

Koharu et Yumeki se regardèrent, le jeune homme eut un sourire gêné, puis tous deux se tournèrent vers leur ennemi…

Ce dernier s’était accroupi contre le distributeur et semblait en proie à la déprime. On pouvait presque voir à l’œil nu son aura de dépression.

« Even for my enemies, je suis insignifiant… je veux me réincarner en pavé pour être foulé du pied et pour qu’on m’écrase all the day… »

Une goutte de sueur se forma sur la joue de Koharu et de Yumeki.

« J’ai presque pitié de lui, Yumeki… On fait quoi ? On va quand même pas l’attaquer dans cet état, non ?

– Ce serait pas très juste, en effet… Eh ! Désolé de l’attente… Ça va te paraître bizarre, mais y’aurait pas moyen de s’arranger autrement ? Disons, tu nous laisses la carte et on évite de se battre ? »

L’extraterrestre se redressa soudain d’une façon assez similaire à un ressort. Il se mit à rire, d’un rire qui était aussi agaçant que sa façon de parler.

Koharu se mit également à rire en essayant de se contenir.

« Tu es drôle, Yumeki… Je parie que tu t’es laissé apitoyé par sa remarque. N’oublie pas qu’ils travaillent avec les démons, ce sont nos ennemis.

– As the little girl said, je suis votre ennemi. La carte est mon but, je ne la donnerais pas. But, si vous le voulez, je peux vous laisser partir in life si vous me donnez la vôtre.

– Hors de question ! Si c’est pour faire entrer les démons à Akiba et tuer des innocents, y’a même pas à réfléchir.

– I regret, mais il n’y a donc plus de raisons de parler. Let’s fight jusqu’à la mort. »

Koharu tourna légèrement son visage vers Yumeki et lui lança un sourire, puis, de sa main gauche, elle saisit le cache-œil et le retira, révélant son œil rouge luisant.

« Réalité désincarnée, éthers mnémoniques des symphonies outre-tombales, j’invoque votre puissance ! »

A ce moment-là, à l’intérieur de l’œil rouge de Koharu s’imprima des écritures dans une langue méconnue, elles tournèrent dans son iris, puis, quittant son œil, elles rampèrent à la façon de tatouages animés le long de sa joue, de son épaules et finirent par former un étrange cercle à l’allure de serpent sur la paume de ses mains.

En une fraction de secondes, ces dernières se transformèrent et devinrent des gantelets d’armure. Mais, contrairement à de véritables gantelets d’armures médiévaux, le métal était noire et semblait être bien plus proche d’une chitine. Le bout de ses doigts se finissaient par des griffes particulièrement menaçantes et robustes.

Yumeki, de son côté, se saisit de la carte que Sakumi lui avait confié :

« Hellfaux Cleya ! Prête-moi ton pouvoir ! »

La carte entra dans son torse alors qu’un éclair noir jaillit du sol et frappa le corps entier de Yumeki. Une sphère de ténèbres se forma autour de lui et quelques secondes plus tard, une femme en sortit.

Plus précisément, il s’agissait d’une elfe à la peau blanche soyeuse, aux très longs cheveux argentés et aux yeux violets. Passant sur le côté de son visage, pendaient deux petites tresses avec des anneaux décorés au bout de chacun d’elle. Ses oreilles étaient ornées de boucles d’oreilles.

Ses vêtements étaient de couleur violette, leur coupe était très complexe et raffinée. Sur son torse, elle portait un plastron d’armure métallique de couleur blanche avec des ciselures et gravures décoratives

Elle ressemblait énormément à la Hellfaux qui se trouvait sur les illustrations des cartes, à un détail près.

En effet, dans son dos se déployaient deux ailes squelettiques : l’une était le squelette d’une aile membraneuse et l’autre d’une aile angélique.

Une forte aura se dégageait de cette elfe répondant au nom de Hellfaux Cleya.

Pour la première fois, les traits de Yumeki semblaient s’être perdus dans ceux de sa carte.

*clic clic*

L’appareil photo intégré du Smartphone de Linka mitraillait la scène.

« Regarde par ici, Yumeki ! Oui, tu es vraiment jolie en fille ! Une elfe en plus ! Tu en as de la chance !

– Tu vas prendre quelque chose au sérieux, idiote ! »

La voix qui venait de sortir de la bouche de cette splendide mais inquiétante elfe était, par contre, celle de Yumeki.

Koharu, Linka, mais également l’extraterrestre restèrent bouche bée quelques secondes.

« Euh… enfin, je veux dire… tu pourrais arrêter ce genre de trucs ? Tehee ! »

Tehee ? Cette fois, c’était bien celle de Hellfaux qui venait de répondre, une voix non pas ténébreuse et effrayante comme le laissait paraître l’apparence sévère de cette nécromancienne elfique, mais une voix douce et fluette de jeune fille.

« Qu’est-ce que je dis au juste, je suis vraiment une gourde… »

Hellfaux se tapa la tête de son poing élégant.

Quelque chose se brisa à cet instant précis, les regards de Koharu, Linka et de l’extraterrestre parurent vides.

Seul Yumeki savait en cet instant précis que Hellfaux Cleya avait toujours complexé quant à sa voix trop mignonne pour une nécromancienne de son rang, elle avait même essayé de se faire passer pour muette à une époque.

« Bon, arrêtez, c’est pas ma faute… ! »

Précisa Hellfaux/Yumeki avec une expression gênée et en rougissant.

L’appareil photo de Linka se remit à mitrailler alors qu’elle cria :

« Kawaaaiiiiiii! »

Les larmes aux yeux, Hellfaux/Yumeki se tourna vers Linka :

« Arrête de me harceleeeeeeeeeer !!

– Mmmm, maybe we could pass aux choses sérieuses ? »

Dit l’extraterrestre tentant de ramener la caméra sur lui et tentant de défaire l’ambiance légère de ces prémisses de combat.

« You are toutes très mignonnes, je suis vraiment sorry de devoir vous tuer, but…there are no choix. »

Sur ces mots, une dizaine de pattes arachnoïdes sortirent de son dos, à l’extrémité de chacune d’entre elles se trouvait une griffe crantée. Glissant ses mains à l’intérieur du veston de son costume, il en extirpa une paire de pistolet high-tech, similaires à ceux de certains films de science-fiction.

Koharu se rua sur lui toutes griffes en avant, alors que Hellfaux/Yumeki profita de sa position d’arrière-garde pour s’envoler à trois mètres du sol.

L’extraterrestre ouvrit le feu sur la jeune femme, ses pistolets projetèrent des rayons lasers colorés en direction de Koharu. Immédiatement, un bouclier magique aux multiples symboles ésotériques se dressa et la protégea.

« Bone’s Rain ! »

Hellfaux/Yumeki tendit sa main en l’air et projeta une sphère d’énergie noire au-dessus de la zone où se trouvait l’extraterrestre. L’instant d’après, des projectiles d’os furent tirés par la sphère sur ce dernier.

Contre toute-attente, il était très agile et malgré le grand nombre de tirs qui le prenaient pour cible, il ne fut éraflé que par quelques-uns. Le sang qui coula de ses plaies n’était pas rouge, c’était une sorte de liquide vert pâle semblable à une colle ; le sang se solidifia presque instantanément à l’air libre.

Probablement grâce à l’intelligence et la perception visuelle elfique d’Hellfaux, Yumeki remarqua ce détail et réalisa que ce sang devait lui permettre de guérir en quelques sortes ses blessures. Peut-être même que cette colle solidifiée lui fournissait une sorte de carapace.

Grâce aux tirs de couverture de Yumeki, Koharu arriva au corps à corps, ses griffes furent arrêtée par deux pattes de l’alien ; elles étaient plus solides qu’elles n’en avaient l’air.

Koharu ne se laissa pas déconcerter, elle enchaîna les coups ; l’alien paraît adroitement avec ses pattes, mais il n’arrivait pas à trouver d’ouverture à exploiter dans l’enchaînement d’attaques de la mahou shoujo.

Hellfaux/Yumeki ne pouvait passer à l’assaut pour le moment, au vue de la position de deux combattants, il risquait de toucher également Koharu. Il profita de l’échange de coups pour former une sphère de ténèbres magiques dans chacune de ses mains.

L’alien tira de ses deux pistolets au corps à corps, les tirs frôlèrent le torse de la jeune femme qui profita de l’ouverture qu’elle avait trouvée pour faire un pas en avant et abattre simultanément ses griffes sur son adversaire.

L’alien avait sûrement compté sur le fait que Koharu arrête les tirs avec son écran magique, ce qui lui laisserait le temps d’attaquer à son tour, mais la jeune combattante n’avait pas réagi de la sorte, elle avait préféré prendre le risque d’une blessure et profiter à son tour de l’ouverture.

Deux pattes furent sectionnée, l’alien protégea son corps de justesse avec les huit autres. Il bondit en arrière afin de s’éloigner de la combattante…

« A moi de jouer ! »

Cria la voix tendre et douce d’Hellfaux/Yumeki tout en projetant les deux sphères sur l’alien.

Au moment de l’impact, au lieu d’une explosion, un gros dôme de ténèbres se forma et tourna sur lui-même pendant quelques secondes. Puis, comme s’il s’agissait d’une sorte de trou noir, il disparut en s’absorbant lui-même.

Au centre de la zone d’impact se trouvait l’alien, il était recouvert d’une sorte de substance vert pâle qui avait formé un cocon autour de lui.

La déduction d’Hellfaux/Yumeki s’était donc révélée juste, son sang le protégeait d’une manière ou d’une autre.

Un court répit s’installa, Koharu et Yumeki regardaient le cocon qui était en train de s’effriter.

Au moment où le corps de l’alien se retrouva à nouveau à découvert, ils purent voir que les deux pattes sectionnées étaient en train de se recomposer à base de ce sang collant (probablement que ces dernières n’étaient rien d’autre que du sang coagulé d’une manière ou d’une autre).

Hellfaux incanta :

« Hex de Réminiscence ! »

Au sol, au pied de l’alien, un cercle magique se traça et se mit à luire.

Les deux pattes qui avaient été restaurée furent projetées dans les airs sectionnées à nouveau.

Koharu courut vers lui.

Le regard de l’alien se porta sur Hellfaux qui venait de le blesser et il ouvrit immédiatement le feu avec ses pistolets.

Yumeki dressa devant lui un bouclier d’ossement pour les arrêter, mais il fut tout de même touché à l’épaule par un des tirs. Du sang gicla derrière lui au moment où le laser le traversa, mais la plaie fut instantanément cautérisée.

De l’autre côté de son bouclier d’ossement, il entendit à nouveau les entrechoquements des attaques de Koharu.

Il arrêta son sort de défense et vit que le combat au corps-à-corps venait de recommencer. La jeune combattante avait à nouveau l’avantage, elle était plus rapide et plus forte que lui. Chaque série de coup le faisait reculer un peu.

Néanmoins, même avec deux pattes en moins, il parvenait à bloquer les attaques de Koharu.

Après quelques secondes de défense, pendant lesquelles il recula de quelques mètres sous la violence des coups de Koharu, il passa à l’offensive.

Deux pattes parvinrent à enfoncer légèrement leurs griffes dans la cuisse et le biceps de la jeune combattante, elle avait réussi à dévier les autres attaques à l’aide de ses griffes.

Que s’était-il passé ?

L’alien bondit en arrière :

« Milady, vous avez quelques déconvenues, it seems so ! It’s mon tour d’attaquer ! »

Mais Hellfaux ne lui lassa pas le temps, elle tendit ses mains dans sa direction et deux lances d’os foncèrent à vive allure sur l’alien.

Ce dernier, grâce à son physique mince et svelte, esquiva en sautant sur les murs autour de lui et s’élança dans les airs afin de mieux cibler Yumeki.

« You’ll be mon first target, chérie ! »

Il pointa ses armes sur Hellfaux/Yumeki au moment où un rayon laser de couleur rouge bordeaux éclaira le ciel et le frappa de plein fouet.

Koharu venait de tirer sur lui à l’aide de son œil démoniaque.

Hellfaux qui inspecta la jeune combattante venait de comprendre la situation : à cause du sang de la créature au sol,  les jambes  de Koharu s’était retrouvée bloquée et elle n’avait pu se défendre convenablement contre la contre-attaque de l’alien.

Ce dernier retomba au sol, il avait perdu quatre pattes supplémentaires, mais son corps tout entier était à présent recouvert d’une sorte d’armure baveuse sans laquelle il aurait été détruit par le rayon laser de Koharu.

Cette dernière, d’ailleurs, frappa de toutes ses forces sur cette colle qui engluait ses pieds, mais elle résista à sa première attaque.

« Je te couvre Koharu-chan, libère-toi ! »

Sur ces mots, Hellfaux/Yumeki incanta à nouveau :

« Enchained Mana Territory ! »

Une sphère rouge avec de nombreux cercles magiques se forma autour de lui. Grâce à ce sort, il pouvait canaliser plus rapidement le mana et donc incanter bien plus rapidement. En outre, il avait un autre effet qu’il comptait bien utiliser par la suite.

« Bone’s Rain ! »

Il projeta à nouveau la sphère de ténèbres qui fit tomber des projectiles d’ossements sur son adversaire. Cette fois, il n’esquiva pas, il encaissa l’attaque à l’aide de son armure de colle, puis il ouvrit le feu sur Hellfaux.

Le bouclier osseux se dressa à nouveau, bloquant cette fois la salve de tirs.

Alors que Hellfaux/Yumeki était sous le feu ennemi et qu’il voyait son bouclier se craqueler :

« Bone’s Hades ! »

De ses mains sortirent deux sortes de dragon asiatique d’os qui foncèrent à vive allure sur l’alien. Ce dernier reporta ses tirs sur ces créatures mortes-vives prêtes à le mordre.

Alors qu’il annula le bouclier d’os, Hellfaux/Yumeki put voir que Koharu venait de faire voler en éclats la colle :

« Koharu, fait un trou dans sa carapace, je prépare ma plus puissante incantation ! »

Koharu acquiesça et, voyant les deux dragons tombés en morceaux suite aux tirs de l’alien, non sans qu’il n’ait subit quelques morsures, elle cria :

« Ankoku Melancholy ! »

A cet instant, quatre ombres se séparèrent de la silhouette de la jeune combattante, elles prirent rapidement son apparence.

Toutes les cinq se ruèrent sur l’alien et le ruèrent de centaines de coups. Il avait déjà eu du mal à se défendre contre une seule Koharu, il avait beau tirer et compter sur son armure pour se protéger, il n’arrivait pas à les empêcher de le frapper.

Lorsque son armure de sang vola en éclat, il ne restait plus que deux Koharu au combat, les trois autres étaient redevenues des ombres après avoir subi des tirs.

A cet instant :

« Ecarte-toi, Koharu ! Mana Restriction ! Tempête de Sang et d’Ossements ! »

Avant même que leur ennemi n’ait pu réagir, la bulle rouge qui se trouvait autour de Hellfaux éclata et se reforma autour de l’alien en guise de prison magique. En réalité, elle n’avait pas réellement vocation à emprisonner des êtres vivants, mais des sorts.

Alors que la zone protégée par le kekkai s’assombrit en un instant, comme si une éclipse venait d’avoir lieu, à l’intérieur de la bulle rouge tout devint ténèbres ; la plus redoutable attaque d’Hellfaux s’y produisait, cette tempête de ténèbres pures qui brûlait, gelait, lacérait, écartelait de mille tortures ses victimes.

Mais, contrairement à sa dernière utilisation lors du combat entre Shyrhin et Sakumi, toute cette violence magique se limitait à l’intérieur de la sphère rouge.

Mana Restriction était la seconde fonction de l’Enchained Mana Territory, un sort mis au point pour limiter les débordements des sorts de zone et en augmenter leur puissance en la réduisant.

Lorsque l’attaque s’arrêta, les ténèbres disparurent et la bulle rouge éclata. Il ne restait rien du corps de l’alien… rien d’autre qu’une carte qui tomba au sol.

Hellfaux/Yumeki se posa au sol en reprenant sa respiration alors que Koharu se tourna vers lui en faisant fièrement le signe de victoire.

La fusion s’arrêta, Yumeki en sueur reprit sa forme habituelle.

« Bien joué… Koharu ! Y’a pas à dire… c’est plus simple à deux… »

Dit-il en continuant de reprendre son souffle et en se tenant l’épaule qui avait été blessée.

« Ouais ! Vous avez été géniaux, on aurait vraiment dit que vous avez fait ça toute votre vie ! Synchronisation parfaite ! »

Linka s’approcha de Yumeki en applaudissant.

« Violente ta dernière attaque, j’aurais pas aimé être à l’intérieur…

– Héhé ! Faudra remercier Sakumi, dit Yumeki en s’asseyant. Et pour le kekkai ?

– Je m’en occupe, dit Linka en se dirigeant vers la carte qui gisait au sol. Allons déjà fusionné les deux cartes et s’occuper de ton épaule.

– Merci Linka ! Ça fait mal, mais ça ne saigne pas, je sais pas si on peut y faire grand-chose.

– Désolée de pas t’avoir mieux protéger, dit Koharu en baissant le regard.

– Pfff, sois pas bête, tu ne peux pas être partout sur le champ de bataille. Ça fait partie des risques. »

Linka prit la carte au sol et s’exclama *Oh !* :

« Je crois qu’on a fini, Yumeki. Il y a deux lettres au dos, tu sais ce que ça veut dire ?

– Que nous avons complété la carte de Lily ?

– OUI !! »

Dit joyeusement Linka en hochant de la tête.

Yumeki tira de sa poche la carte de Lily et lui demanda :

« Tu es prête ? »

<<Pose pas de questions stupides, méprisable cloporte!>>

« J’ai comme l’impression que tu n’aimes pas beaucoup les insectes, non ? »

<<Comme s’il y avait quelqu’un qui les aimait vraiment ? Je retire ce que j’ai dit, tu es bien inférieur à un cloporte.>>

Linka arriva jusqu’à lui et lui tendit la carte. Elle paraissait excitée et impatiente, mais elle se retint.

Yumeki sourit et, afin de faire monter la tension, il approcha lentement les deux cartes…

Au moment de la fusion, un éclair tomba sur la carte qui se mit à émettre des volutes de mana autour d’elle.

Cela ne dura guère qu’une seconde ou deux.

« Alors, tu te sens comment ? »

Demanda Linka en secouant devant elle ses petits poings sous le coup de l’impatience.

<<Comme avant… dit Lily. Je suis toujours aussi forte… en tant que carte. Et j’ai pas vraiment plus de souvenirs.>>

« Oh, c’est décevant… Peut-être qu’en fusionnant avec Yumeki… »

<<Hors de question ! J’ai ma dignité de sorcière et de femme. J’accepte déjà qu’il me porte.>>

« Bon, bon… on s’occupe de la blessure de Yumeki et on va voir l’annonce ? »

Yumeki acquiesça et se tourna vers Koharu pour connaître son opinion, mais elle avait disparu.

Il se leva et dit :

« Je vais lui parler, tu peux t’occuper du kekkai, s’il te plaît ? »

Linka approuva.

Il se mit donc à la recherche de Koharu. Puisque le kekkai était encore actif, elle ne devait pas être très loin.

En fait, il la retrouva quelques dizaines de mètres plus loin, dans une autre ruelle, à l’orée de la zone d’enfermement.

« Koharu ?! Où est-ce que tu comptes aller comme ça ?

– Ce ne sont pas tes affaires», dit-elle en baissant la tête d’un air maussade.

Mais Yumeki savait, il avait entendu l’histoire de cette princesse au grand cœur et à la destinée tragique.

« Tu comptes vraiment retourner dans ton royaume où tout le monde te déteste ? Pourquoi ? »

Cette question la fit immédiatement réagir, elle tourna ses yeux irrités vers Yumeki.

« Pourquoi tu me demandes ? C’est le monde duquel je viens… je savais que tu me regarderais comme ça, que tu porterais ce regard pathétique sur moi la princesse la plus pathétique qui ait jamais existé… Je ne voulais pas qu’elle t’en parle.

– Parce que tu savais que je comprendrais… Tu es pathétique, en effet… tu n’es pas la princesse de l’échec, mais la princesse tragique, de mon point de vue.

– Comment ?

– Tu n’es fautive de rien, tu as combattu jusqu’à perdre tes amis et perdre ton propre corps… les gens de ton monde ont eu suffisamment de ta bienveillance, c’est à notre tour de la recevoir, et contrairement à eux, nous n’allons pas la gaspiller. »

Les yeux de Koharu se remplirent de larmes, elle n’était plus irritée, mais profondément touchée. Yumeki ne s’arrêta pas, il ne voulait pas qu’elle reparte chez elle, qu’elle souffre à nouveau… Et de manière plus égoïste, il n’avait pas envie de perdre une de ses amies.

« Lorsque nous nous sommes embrassés, j’ai vu quelques-uns de tes souvenirs… j’ai vu l’ampleur de ton sacrifice… Les gens t’ont tenue responsable et t’ont laissée seule dans ton coin au lieu de te remercier… aucun d’entre eux ne te mérite, voilà ce que j’en pense ! »

A cet instant, le kekkai se dissipa, Koharu et Yumeki réapparurent dans le monde matériel sans que personne ne fasse vraiment attention à leur apparition.

Néanmoins, Koharu se mit à pleurer et tenta de fuir. Yumeki l’attrapa par la main.

« Tu n’as nul part où fuir, tu n’as personne d’autre vers qui te tourner. Koharu, je t’en prie, reste avec nous ! Je sais qu’une partie de toi se sent une obligation envers son royaume, mais tu en as assez fait ! Il est temps de penser à toi, il est temps de devenir une princesse qui s’amuse et non qui se sacrifie. »

Elle s’immobilisa et sanglota :

« Yumeki… tu es un tel idiot… comme si je pouvais rester… je n’ai jamais demander à être princesse… mais il faut qu’une princesse dirige son peuple…

– Je refuse d’entendre ça ! Dans ce cas, tu ne seras plus la princesse du royaume de Nazerys ! A partir de maintenant, tu seras pour moi Koharu, la cosplayeuse qui dort dans un coffre et la plus gentille maid que j’ai rencontré à ce jour. »

Koharu tomba à genoux et sanglota encore plus fort.

« Yumeki… ! Yumeki… ! »

Il la prit dans ses bras au moment où sa transformation prit fin.

« Je… je… je peux… vrai… vraiment ?

– Bien sûr que tu le peux ! On fera en sorte que tu t’amuses bien et que tu ne le regrettes pas ! »

Elle se contenta de pleurer et de se blottir contre le torse du jeune homme…

Linka arriva derrière eux, elle regarda tendrement la scène sans rien dire.

***

Suite à tous ces événements, Koharu était restée silencieuse et s’était contentée de les suivre jusqu’au Quartier Général.

Linka avait d’elle-même proposé à Yumeki de rentrer, abandonnant l’idée de voir l’annonce ; elle l’avait rassuré en lui disant qu’elle regarderait la retransmission sur internet.

Une fois, la blessure du jeune homme bandée et désinfectée, ils se retrouvèrent tous les trois sur le canapé.

« Je te propose de refaire les présentations : je suis Linka ! Je suis en quelque sorte le guide de Yumeki…

– Ouais, on va dire ça. Officiellement, je suis son chevalier, celui qui l’aide à protéger Akihabara de l’invasion des extraterrestres.

– Exactement ! Pour sa mission, je lui ai prêté cet appartement. Vu que tu n’as pas de maison dans ce monde, je te propose de t’installer ici avec moi. Yumeki n’y vit pas encore, mais ça ne saurait tarder. Lorsqu’il aura compris qu’on s’amuse plus ici avec nous deux, je suis sûr qu’il s’installera ici lui aussi. »

Dit-elle en lançant au jeune homme un clin d’œil.

« Ne prends pas exemple sur elle, c’est une riche NEET qui ne comprends pas qu’il y a des gens qui n’ont pas le choix, ils doivent travailler.

– Oh, mais je comprends… seulement, je ne comprends pas pourquoi tu ne viens pas habiter ici. C’est un peu plus loin de ton travail, mais c’est bien plus amusant, je pense.

– NEET… ? Demanda d’une voix douce et à peine audible Koharu.

– Je sais plus les initiales, répondit Yumeki, mais en gros c’est quelqu’un qui n’a pas de travail et qui ne va pas en cours… tu comprendras rapidement en apprenant à connaître Linka. »

Loin de s’en offusquer, Linka fit fièrement le signe de la victoire de ses deux mains et sourit sincèrement.

« Tu verras on s’amusera comme des folles toutes les deux ! Au fait, tu n’as pas d’affaires à récupérer ? Tu dormais où jusqu’à maintenant ?

– Dans… mon coffre… sur les toits.

– Whaa ! C’est original ! Donc Yumeki n’avait pas rêvé, il t’avait bel et bien rencontré sur le toit de ce bâtiment. Faut qu’on aille te le chercher ? »

Koharu se contenta de secouer la tête en guise de négation, puis glissant la main dans une des poches de sa jupe, elle sortit une perle de la taille d’une main.

« Tout… est là-dedans… »

Elle ferma les yeux et dirigea la perle vers un espace vide du salon. Un rayon vert en jaillit et à l’endroit où il frappa des vêtements apparurent.

« WHOO ! C’est génial ! Un espace de stockage dimensionnel privé ! C’est excellent !! »

A vrai dire, Yumeki était également surpris, mais il ne l’exprimait pas aussi vivement que Linka.

– Voilà un objet bien pratique… ça explique la manière dont elle s’est enfuie la dernière fois…, pensa Yumeki en regardant la pile de vêtements.

« Tu es donc une cosplayeuse en plus d’avoir des pouvoirs basés sur le cosplay, c’est ça ?

– Logique, dit Linka. Cette perle est pratique pour quelqu’un qui a ce genre de passion, en général ça prend pas mal de place… Tu avais déjà ces pouvoirs-là à l’époque ? La culture otaku existe aussi dans ton monde ?

– Non… autrefois…, dit timidement Koharu en se cachant derrière sa longue frange, je n’avais pas… ces pouvoirs…

– Donc tu étais une mahou shoujo, puis tu es devenue une utilisatrice de la TC et maintenant tu es une cosplayeuse mahou shoujo de la TC… Je t’adore ma Koharu-chan ! »

Alors que les yeux de Linka commençaient à briller de mille feux, Yumeki se mit à expliquer à Koharu ce qu’était la Collection et le fonctionnement des pouvoirs.

« C’est dommage quand même que la culture otaku n’existe pas dans ton monde d’origine… les gens seraient plus sympa si ça existait. Faudrait faire comme dans cet excellent LN « Attotekina Society » et envoyer des missionnaires pour diffuser la culture otaku. Bon, Yumeki, maintenant qu’on en a fini avec les démons, il faut qu’on recrute un hikikomori digne de ce nom pour diffuser la bonne parole !

– Arrête tes délires ! Quel royaume autoriserait un hikikomori a diffusé des animes et des mangas ?

– Un royaume dirigé par une loli, comme dans le LN dont je parlais. Tiens ! Au fait… »

Linka posa son index sur sa lèvre inférieur et leva les yeux en l’air dans une attitude reflétant sa réflexion.

« … Koharu était une princesse et une mahou shoujo… Shyrhin la plus puissante mercenaire… les loli sont toutes super fortes dans ton pays ?

– Loli… ?

– C’est un terme à la Linka, ça ! C’est pour dire « petite fille », des personnes comme toi…

– Je… je… suis pas une petite fille… lors du combat contre le… Prince Démon… il y a vingt ans… j’avais…

– STOP !!! » Cria Linka soudainement.

Cela effraya Koharu qui sursauta, des larmes apparurent au coin de ses yeux.

« Une fille ne doit jamais dire son âge et une loli encore moins !! Ok, j’ai compris, tu es plus âgée que moi et que Yumeki, mais il ne faut jamais… JAMAIS donné ton véritable âge ! Promis ?

– Tu vas arrêter de l’effrayer, espèce d’idiote ! C’est quoi en plus cette promesse, elle peut donner son âge si elle en a envie…

– Non, absolument pas, c’est contre son personnage. Les gens ne doivent voir en elle qu’une collégienne tout au plus, imagine s’ils apprenaient qu’elle a au moins vingt ans ?!

– De quels gens tu parles au juste, y’a que nous deux ici, je te signale !

– Là n’est pas la question et tu le sais, Yumeki. Une loli est porteuse de la nostalgie de la jeunesse et de l’espoir d’un avenir, on a pas le droit de faire ce qu’on veut sur le sujet… »

Après encore quelques minutes d’explications des théories étranges et alambiquées de Linka, ils finirent par clore le débat. Koharu promit de ne jamais révéler son âge .

Suite à quoi, Linka proposa une soirée jeu vidéo puisqu’ils étaient enfin trois. Elle proposa d’abord des duels sur des jeux de combat, mais puisqu’elle gagnait sans cesse, ses deux adversaires se lassèrent.

Aussi, elle proposa de jouer à un FPS coopératif avec des zombies, « Realm of Dead II ».

« Oh ! Mais tu es vraiment meilleure que Yumeki à ce jeu… Koharu, tu assures ! Tue le bombyzombie derrière le camion vite !

– Comment ça, meilleure que moi ? Elle vient de commencer…

– Tais-toi Yumeki, y’a un léchouilleur qui arrive derrière toi.

– Un quoi ? Un zombie pervers ? Demanda Yumeki en faisant retourner son personnage dans le jeu.

– Euh… ouais, en un sens, c’est une sorte de zombie pervers… ceux avec de grosses langues qui s’approchent furtivement… Ouais, tu as raison Yumeki, c’est les zombies pervers !

– Linka… j’ai… trouvé une tronçonneuse… je la prends ? Demanda timidement Koharu.

– Fais comme bon te semble, tu es seconde dans les classements de cette pièce, tu t’en sortiras avec n’importe quelle arme… pas comme Yumeki…

– Eh oh ! Je me trouve déjà assez sympa de jouer avec vous, je suis pas un otaku, je te rappelle !

– Les gens normaux aussi jouent aux jeux vidéo, tu sais ? »

En effet, Yumeki savait que pas mal de ses amis d’université et de lycée jouaient alors qu’ils n’étaient pas des otaku. Les jeux vidéo s’étaient beaucoup démocratisés.

« Tiens, Linka, tu as du nouveau quant au jeu qui devait sortir aujourd’hui ?

– Tu veux parler de Invoice of Duty 18 ?

– 18 ? Y’a en a tellement que ça ? Demanda Yumeki surpris.

–  Joli headshot, Koharu. Ouais, y’en a pleins. En fait, celui qui sortait aujourd’hui est le dix-huitième de la série principale, mais avec les gaidens et les différents portages, il y en a tellement plus…

– Portage ? C’est quoi ?

– C’est quand un jeu est adapté d’une console à une autre, ou alors lorsqu’il est adapté du support PC à console. Parfois, ils incluent des améliorations ce qui en fait aux yeux des fans des jeux à part entière… Au prochain checkpoint, je vous laisse continuer à deux et je vais voir les news sur internet… »

Quelques minutes plus tard, Linka posa la manette de jeu et, utilisant son Smartphone, elle se mit à chercher sur la Toile les nouveautés du monde otaku de la journée.

« OUAIS !

– Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a Linka ?

– Mahou machi no kinki no hon saison 3 a été officiellement annoncé. La diffusion commencera l’année prochaine en été et la création est déjà en cours. J’ai vraiment hâte !! J’ai beau avoir lu tous les LN de la série, je peux pas m’empêcher d’être contente.

– Ah ok… et pour le jeu alors ?

– Attends je cherche… Faudra qu’on se fasse une soirée Mahou machi no kinki no hon, je vous les ferais découvrir. On se fait ça samedi prochain ? Allez, allez, dites oui ! »

Koharu paraissait tellement concentrée sur le jeu qu’elle ne prit même pas la peine de répondre, probablement n’avait-elle même pas écouté.

Yumeki la regarda jouer et remarqua que depuis que Linka avait posé la manette, Koharu tuait tous les zombies pour trois personnes sans difficulté. En fait, elle n’avait absolument pas besoin de l’aide de Yumeki.

« Je suppose que ça devrait être bon… répondit Yumeki en se grattant l’arrière de la tête et en posant la manette sur ses genoux.

– Ah ? Les ventes de Invoice of Destiny 18 sont très bonnes, comme d’habitude. Mais… il y a un problème. Le jeu était en sortie mondiale aujourd’hui et il paraîtrait que de nombreux problèmes de distribution soient survenus, du genre des versions américaines échangées contre des versions européennes ou japonaises. Et il semblerait aussi que le jeu a plusieurs bugs.

– Traduction ?

– Le jeu freeze à la fin du chapitre 1 chez 40 % des joueurs. Puis, il semblerait que les serveurs multi-joueurs aient quelques problèmes de lag. Et en plus, il y a le problème de langage des jeux.

– J’appelle pas ça une traduction !

– En gros, on s’est fait avoir ! Les aliens ont réussi leur coup. Puisqu’il y a eu de grosses ventes, nombre de joueurs ont été déçus. La société qui vend le jeu a déjà annoncé un patch correctif qui sortira la semaine prochaine et elle mettra à disposition dès lundi des patchs de langue… mais le mal est déjà fait, les aliens ont réussi à corrompre la sortie et la satisfaction des joueurs…

– Mince ! Je ne pensais pas qu’ils pouvaient agir à cette échelle.

– Moi  non plus. Ils vont donc tenter d’ouvrir les portes demain… Mais où ? Et comment ? »

Koharu mit le jeu en pause et se tournant vers Linka, elle dit d’une voix grave :

« Linka… Yumeki… je sais où… ils vont le faire… au concert d’halloween… Diabolic Waiter… »

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