Tome 2 – Épilogue

1 novembre…

Alors que Yumeki ouvrit la porte du QG, après être revenu de son propre domicile.

L’endroit était étrangement vide, il n’y avait ni Linka, ni Koharu.

Suite à la fatigue engendrée par leur combat de la veille, il n’avait pas pu aller travailler, il avait prétexté une maladie et avait promis de rattraper son travail en heures supplémentaires au cours de la semaine. Il commençait à être habitué à tout cela, ça l’énervait toujours autant, mais il n’avait pas vraiment le choix.

D’autant que cette fois, ce n’était pas à cause d’un caprice de Linka, mais pour sauver le monde. Il avait utilisé ce prétexte pour s’arranger avec sa propre conscience, mais malheureusement il n’avait pu l’utiliser auprès de son entreprise.

Il avait eu un message sur son téléphone ce matin-là et était parti chez lui autour de dix heures. Le temps de faire l’aller-retour, il était presque midi, les filles avaient dû partir chercher à manger, probablement.

Yumeki posa son sac à dos où il avait mis des vêtements de rechange, il enleva ses chaussures à l’entrée et se dirigea vers l’espace salon. Un message s’y trouvait :

« Attends-nous pour manger (^_^) Si tu t’ennuies, je te conseille de jouer. J’ai posé une pile de jeux que tu devrais essayer sur la table^^ »

Effectivement, une pile d’une dizaine de jeux s’y trouvait.

– Sacrée Linka, pensa-t-il en s’asseyant sur le canapé.

Il regarda par la fenêtre à côté de lui, puis il regarda la carte de Leviathiah qu’il sortit de sa poche et finalement il la rangea dans un classeur de cartes. Linka lui avait assuré qu’elle n’était plus détectable à présent, il pouvait la laisser au QG s’il le désirait.

En reprenant place dans le canapé, il alluma la console et finit par s’endormir pendant la cinématique initiale avant même d’avoir pu vraiment essayer le premier jeu.

Il rêva… un rêve bref mais pourtant réaliste.

Il se trouvait sur un pont-levis devant un château fort médiéval, le soleil passait lentement derrière la ligne d’horizon et teintait le ciel d’une couleur orangée.

Alors qu’il porta ses yeux à l’entrée de la ville, il vit une femme à la longue chevelure rouge flottant dans les airs en position allongée : c’était Leviathiah.

Ils se regardèrent un bref instant et elle finit par dire :

« Yumeki ! Jusqu’à quand vas-tu continuer à feindre ? J’étais comme toi jadis… tu sais ?

– Hahaha ! Bien sûr que je le sais, j’ai été toi et tu as été moi pendant un court instant. D’ailleurs, je n’ai pas eu le temps de correctement te remercier. »

Sur ces mots, il s’inclina et forma un angle droit avec le bas de son corps. Ce genre de révérence était particulièrement forte, c’était le genre de remerciement qui n’étaient de rigueur qu’envers un chef hiérarchique.

« T’inquiètes… dit nonchalamment la sorcière. J’ai une dent contre ces bêbêtes-là, tu devrais le savoir…

– Mais ce n’était pas la seule raison et je le sais aussi… Je vais continuer à faire de mon mieux sans me reposer sur toi. Tu es effectivement connue pour tes pouvoirs et ta poitrine inexistante, mais tous oublient de mentionner ton grand cœur.

– QUOI ?! Ma poitrine est inexistante ! Tu vas le payer, avorton !! »

Ses yeux émirent une dangereuse lumière rouge, mais elle se calma rapidement :

« Ce fut un plaisir… Yumeki-kun ! »

Sur ces mots, la sorcière sourit en direction de Yumeki. Depuis qu’il la connaissait c’était la première fois qu’il la voyait sourire de la sorte, c’était le genre d’expression qu’elle avait jadis de son vivant, lorsqu’elle voyageait avec lui.

Yumeki fixa ce visage magnifique et altier alors que cette silhouette disparut peu à peu.

C’est la main délicate de Linka qui le réveilla…

« Tu t’es endormi sur la séquence d’intro… t’es pas croyable, fainéant! »

Dit-elle en gonflant les joues d’un air de reproche. Mais rapidement, elle sourit, elle savait ce qu’il avait vécu et ne lui en tenait nullement rigueur.

« Il est quelle heure…? »

Demanda Yumeki en baillant.

« Environ une heure. On a une surprise pour toi~ Tadam! »

Linka s’écarta et dévoila Koharu cachée derrière elle.

Cette dernière avait changé de coupe de cheveux, elle avait coupé la frange qui masquait ses yeux et avait attachés ses cheveux en deux petites tresses qu’elle faisait retomber sur sa poitrine. Bien sûr, puisqu’il s’agissait de Koharu non transformée, elle semblait anxieuse, fermait les yeux, cachaient les mains derrière son dos et dandinait légèrement.

Mais c’était là son type de beauté, une beauté discrète et fragile, une fleur qu’il ne faut toucher qu’avec délicatesse.

« Whaaa, ça te va très bien ! Vraiment ! C’est ça que vous faisiez ? »

Linka se contenta de darder un large sourire et de faire un signe de victoire en direction du jeune homme.

Yumeki n’avait pas menti, il trouvait effectivement que ce nouveau genre lui allait très bien. Enfin, il pouvait voir les timides yeux rouges foncés et le petit visage délicat de la jeune fille.

Koharu rougit suite aux paroles du jeune homme, elle était tellement embarrassée qu’elle se cacha immédiatement derrière Linka.

« Mer…ci… »

Linka et Yumeki se mirent à rire, c’était une réaction digne de leur Koharu, il lui faudrait certainement encore du temps pour oser affronter autrui, mais son changement était déjà visible.

« Bienvenue parmi nous, Koharu, notre cosplayeuse et notre amie! »

Sur ces mots, Yumeki prit son sac à dos, l’ouvrit et tendit un paquet cadeau à la jeune femme.

« C’est pour toi, c’est notre cadeau de bienvenue. Tu peux l’ouvrir tout de suite si tu veux. »

Koharu parut très surprise, elle ne s’attendait pas vraiment à recevoir quelque chose. Les larmes montèrent à ses yeux, mais elle les retint.

Elle les remercia d’une courbette exagérée à cause de sa timidité, puis elle ouvrit le paquet.

Linka et Yumeki se regardèrent d’un air conspirateur et satisfait.

« WHAAA! C’est… très… très… Merci!! »

Koharu était tellement émue qu’elle ne put terminer sa phrase, elle se mit à pleurer. Elle dévoila devant elle la robe de mariée angélique qu’elle avait porté à l’Angel Maid lorsqu’elle accompagné Yumeki en guise d’ange gardien.

En effet, Yumeki avait demandé à l’une des employées s’il était possible d’acheter la robe, elle lui avait répondu qu’elle devait en parler à la directrice. Après quelques minutes, après avoir contacté cette dernière, elle avait confirmé la vente.

Le paquet était arrivé ce matin-même à l’appartement de Yumeki, il était donc rentré à son appartement afin de la récupérer. Le jeune homme avait néanmoins pris soin d’en parler à Linka en cachette afin de la mettre dans la confidence.

« On a pensé que ça te plairait puisque tu aimes le cosplay… dit Yumeki en se grattant l’arrière de la tête. Si ça te plaît pas…

– Comme si ça ne lui plaisait pas, dit Linka en coupant la parole au jeune homme. Toutes les filles aiment les robes de mariée.

– Merci… beaucoup… »

Yumeki sourit, il prit la main de Linka en lui faisant un signe de la tête, puis ensemble ils dirent à l’intention de la jeune cosplayeuse :

« Bienvenue dans ta nouvelle maison, Koharu-chan ! »

Koharu tomba à genoux et se mit à pleurer plus vivement, c’était une réaction normale pour quelqu’un qui avait tellement souffert et n’était pas habituée à ce qu’on la couvre de gentillesse et de bonnes intentions.

Yumeki et Linka sourirent, ils étaient content de la voir pleurer de joie et non de tristesse cette fois. Ils lui laissèrent exprimer ses sentiments sans l’interrompre, c’était ce qu’il y avait de mieux à faire cette fois-là.

Linka commença à poser les différents bentô sur la table basse alors que Yumeki posa sa main sur la tête de Koharu :

« Allez, viens manger avec nous, tu l’as bien mérité. Tu t’es sacrément bien battue, je t’assure.

– Merci… oniichan.

– Oniichan ? Demanda Yumeki.

– Oniichan ?! Répéta Linka les yeux pétillants.

– Vous ne voulez pas… que je vous appelle… Yumeki-oniichan, Linka-oneechan?

– OUI ! Bien sûr que tu peux ! Linka-oneechan ! Youpi! »

Linka leva son poing et se mit à rire contente d’avoir enfin une charmante petite sœur.

Yumeki ne répondant pas, les regards se tournèrent vers lui.

Il se sentit d’un coup particulièrement gêné tant par leur attention que par la demande.

Permettre ce genre de surnom, n’était-ce pas admettre qu’il était un siscon?

Cela dit, il n’avait pas de vraie sœur biologique, était-il vraiment soumis à ce genre de préoccupation ?

Tout en se posant ce genre de questions, il détourna le regard et dit à basse voix:

« Ça… ça me dérange pas… »

Puis, il se saisit d’un bentô devant lui qu’il ouvrit.

Bien sûr, Linka étouffa un rire et cacha sa bouche derrière ses mains.

Alors que Yumeki, l’air de rien commença à manger, que Koharu rangea sa nouvelle robe à l’intérieur de sa perle magique, une pensée soudaine traversa le jeune homme :

« Au fait, Linka, qu’est-ce que tu as dit avant que nous entrions dans la salle de concert ? J’avoue que j’ai pas réussi à comprendre, il y avait trop de bruit autour de moi…

– Ah, ça ?! C’était rien d’important, juste un encouragement.

– Qu’est-ce que… c’était… oneechan? Demanda timidement Koharu.

– Attends que je me souvienne précisément… dit-elle en levant les yeux en l’air et en posant son index sur sa lèvre inférieur. Ouais, je m’en souviens. J’ai dit : « Pour qu’on puisse encore s’amuser comme des fous… même si vous êtes mauvais aux jeux de baston. » Voilà, c’est ça que j’ai dit ! »

Sur ces mots, avant même qu’ils ne puissent protester, elle attrapa un karaage et le mit dans sa bouche de manière insouciante.

« Hééé! Je suis pas un otaku, combien de fois faudra que je te le répète ?! C’est normal que je sois moins doué que toi, mais je suis pas nul pour autant… »

 Répliqua bruyamment Yumeki en serrant dans sa main ses baguettes.

Un éclat de lumière se produisit à cet instant, il provenait de Koharu. Elle venait de se transformer, elle portait à nouveau sa tenue loligoth :

« Ouais, c’est pas parce que tu m’as battu une fois que tu es meilleure, dis-donc ?! Je te prends quand tu veux… »

Linka prit une bouchée de riz et, en ignorant leurs remarques, elle dit calmement :

« Ça vous dit d’essayer un nouveau jeu coopératif que j’ai acheté récemment? Il a été créé par le studio… »

Les trois voix s’élevèrent en même temps, chacune exprimant autre chose, aucun n’écoutait vraiment l’autre et elles pouvaient paraître distantes les unes des autres ; pourtant, elles n’avaient jamais été si proches.

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