Chapitre 3

Les chefs des deux agences avaient décidé d’effectuer les présentations et l’échange d’informations dans un family restaurant de Takadanobaba.

Assises autour de la table, les huit filles se regardaient avec curiosité, avec joie ou désinvolture, selon l’attitude propre à chacune.

— Bon, si déjà nous sommes venues ici pour parler, ne reste pas muette, la planche à pain ! S’écria soudain Jessica en se levant, en frappant les mains sur la table et en se tournant vers Elin qui bâillait.

— Désolée de l’attente, chères clientes. Voici votre commande…

C’est pile à cet instant, que deux serveuses arrivèrent en portant des plateaux avec les boissons et plats commandées. L’une d’elle regarda Jessica avec étonnement, mais puisque cette dernière avait fait jouer son statut de mahou senjo pour qu’on leur libère des places, elle préféra s’abstenir de toute remarque.

En effet, à leur arrivée, le restaurant n’avait plus places disponibles ; elles débarquaient à huit en pleine période d’affluence. Elin avait proposé de laisser tomber et de se rendre à son agence,— située seulement à moins d’une centaine de mètres du local—, mais Jessica, sans la consulter, avait tiré sa carte d’agence de sa poche et avait exigé que le restaurant « fasse un effort » pour les satisfaire.

Qu’elles soient des officielles ou des membres d’agence, ce genre de privilèges ne leur étaient pas accordés par la loi mais cela n’empêchait pas la population, reconnaissante ou intimidée, de leur accorder nombre d’autres avantages.

De plus, la rumeur voulait que les membre des agences de mahou senjo étaient brutales et sanguines, elles avaient tendance à être craintes lorsqu’elles étaient en groupe.

De fait, les serveurs avaient réunis deux tables, un peu à l’écart des autres, dans une aile non fumeur du restaurant.

— T’es toujours aussi chiante, Jess ?

— Comment ça chiante ?! Et toi, sale planche à pain qui n’attire que les lolicon ! Toujours aussi fainéante et désinvolte ?

Jessica Whitestone, ancienne collègue d’Elin, était une femme très séduisante. Cette belle occidentale d’une taille légèrement supérieure à un mètre soixante-dix avait de longs cheveux roses qu’elle portait attachés en « twin side up », une coupe de cheveux qui alliait à la fois les couettes et les cheveux détachés : en effet, la majorité de ses cheveux étaient détachés, mais deux couettes ne nouant qu’une partie de ses cheveux pendaient de chaque côté de sa tête.

Malgré la saison froide du début d’année, elle portait un débardeur rouge qui laissait ses bras nues. Même si à l’extérieur, elle portait une veste pour se protéger du froid, à l’intérieur du local elle voulait mettre en avant son opulente poitrine, plus imposante encore que ne l’était celle d’Irina.

Entre ses seins reposait un pendentif où était accroché une belle pierre bleu cristalline dont la couleur renvoyait à celle de ses yeux.

Que ce soit ses vêtements ou son regard ou son attitude générale, Jessica était provocante. Elle avait approximativement le même âge qu’Elin, mais son style était bien différent, elle était le type même d’une beauté mature, là où Elin ressemblait à une collégienne.

Malgré son style glamour, elle parlait de manière agressive à Elin, ce qui ne correspondait pas du tout à l’image qu’elle renvoyait. Par ailleurs, même s’il s’agissait d’une étrangère, son japonais était parfait et n’avait aucun accent et pour cause, elle avait vécu la majorité de sa vie à Kibou au point de devenir bilingue.

— Jessica, surveille ton langage, s’il te plaît…, lui demanda amicalement et respectueuse Hakoto, sa subalterne.

Yamagata Hakoto était une jeune femme qui avait à peine atteint la majorité. Elle n’avait quelques mois d’écart par rapport à Shizuka. Contrairement à ses collèges d’agence, elle avait un phénotype kibanais.

Son style général d’ailleurs ne laissait nul doute quant à ses origines, Hakoto était ce qu’on aurait pu qualifier de « yamato nadeshiko », ou encore de beauté traditionnelle japonaise. En effet, elle avait une longue chevelure noire de jais qui lui descendait jusqu’au bas du dos, tandis que sa frange droite révélait ses yeux noirs. On pouvait lire sur son visage l’élégance, le calme et la douceur.

Sa tenue vestimentaire était composée d’une longue jupe bleu foncé et d’un large pull à col roulé en laine de couleur beige. Malgré sa tenue qui coupait un peu ses formes, un œil attentif n’aurait pas manqué de constater sa poitrine généreuse.

— T’as raison, Hako-chan, pas la peine de me prendre la tête pour cette gamine de 12 ans…

— Ouais, c’est vrai Jess, déclara de manière blasée Elin, si tu t’énerves tu risques de prendre des rides.

— Quoi ?! Je vais te tuer ! Je vais te transformer en passoire, saleté de loli !!

Jessica s’était à nouveau levée et avait frappé la table sans réfléchir. En présence d’Elin, ses pics de colère étaient très fréquents. Quelques verres manquèrent de tomber d’ailleurs.

— Elin-san, arrêtez de la provoquer, s’il vous plaît ! L’implora Shizuka en se levant. Jessica-san, veuillez l’excuser, je vous prie.

Sur ces mots, Shizuka s’inclina de manière protocolaire pour s’excuser à la place sa chef.

— Que voilà une fille bien éduquée… contrairement à sa chef, dit-elle en fusillant du regard la désignée.

— Jessica, tu devrais vraiment te calmer, tu as failli tout renverser, lui reprocha Hakoto.

— Ouais, ouais, désolée. Bon, reprenons notre sérieux, puisque nos subalternes nous le demandent. En tant que vétéranes, il serait discourtois de notre part de montrer le mauvais exemple, non ?

— J’ai rien fait de spécial, j’ai juste dit la vérité. J’y peux rien si depuis le temps t’as pas changé d’un pouce et tu t’emportes toujours aussi facilement.

Jessica prit sur elle pour ne pas répondre, elle serra les poings, mais on pouvait clairement voir ressortir la veine sur son front.

Une fille à côté d’elle, sans mot dire, lui mit son smartphone sous le nez pour lui montrer une image. Il s’agissait d’un message en anglais où se trouvait jointe une image d’un personnage de manga agitant ses bras sous l’effet de la colère.

« Boss, you’re the prettier ! Don’t let that no breast bother you !1(><;)○ »

Gloria était timide, elle préférait utiliser la messagerie de son smartphone pour communiquer.

C’était une fille à la peau hâlée et aux longs cheveux noirs attachés en une longue queue de cheval. Son nom était Gloria Baker mais au sein de son agence toutes l’appelaient Glory. Tout comme Jessica, c’était une rebornienne mais son phénotype était plutôt hispanique.

Ses yeux violets vifs étaient d’une couleur très particulière et qui ne se trouvait qu’au sein des mahou senjo tant elle était peu naturelle. Elle portait des lunettes et un collier où était accroché un strap représentant un personnage d’anime particulièrement kawaii.

Sa tenue vestimentaire était composée d’un mini-short brun, de chaussettes hautes aux motifs rayées, d’un pull noir uni duquel dépassait un col de chemise. Dans son cas également, le pull ne cachait pas complètement les rondeurs de sa poitrine, presque aussi imposante que celle de sa chef.

Bien que plutôt mignonne son attitude générale reflétait sa grande timidité, elle ne regardait jamais les personnes dans les yeux et elle semblait constamment fuir l’attention. De plus, elle était constamment en train d’utiliser son téléphone portable ce qui accentuait l’impression d’isolement.

— Bon ! Annonça Jessica en toussotant et en fermant les yeux. Venons-en à des choses plus sérieuses.

— Mais avant tout, l’interrompit Vivienne, nous vous prions de demander à votre employée de ne point nous dévisager de la sorte, c’est une attitude qui répond fort peu aux attentes d’une entrevue amicale.

Vivienne faisait référence à la quatrième et dernière fille de l’agence de Jessica.

— T’as un souci avec moi, miss la bourge ? Demanda agressivement la jeune femme qui répondait au nom de Sandy.

Sandy Cameroon, une femme qui semblait avoir la vingtaine, mesurait environ un mètre soixante-cinq. Elle portait ses longs cheveux châtains clairs détachés. Sa frange coiffée sur le côté masquait partiellement son œil gauche qui était à son tour dissimulé derrière un cache-œil en cuir qui n’était pas sans rappeler les pirates. Son seul œil visible était de couleur verte, plutôt séduisant mais son expression faciale semblait constamment énervée et agacée.

Puisque les manches de son pull bleu étaient remontées, on pouvait sur ses bras quelques tatouages qui finissaient de lui donner une apparence de mauvaise fille. Sandy avait également une généreuse poitrine, à l’instar de ses collègues. Elle portait un jean, un écharpe autour du cou qu’elle gardait même en intérieur, des bottes en cuir et de manière ostensible elle avait un holster avec un pistolet et un couteau de survie.

Normalement, le port d’arme était interdit à Kibou mais dans le cas des mahou senjo, qu’elles fassent partie de l’armée ou d’une agence, elles avaient une dérogation professionnelle. Cette loi avait été approuvée pour divers motifs lié à des affaires anciennes.

Une minorité s’octroyait ce droit qui leur permettait de procéder à d’avoir une arme dissuasive dans le cadre des enquêtes. Mais bien sûr, une arme à feu était bien moindre lorsqu’il s’agissait d’affronter les Anciens, elle était surtout là pour intimider les sorciers qui restaient physiquement des humains ordinaires.

Par le passé, il y avait également eu des cas où les mahou senjo, dans le cas d’arrestation de pratiquants de la sorcellerie, avaient eu du mal à gérer la puissance de leurs pouvoirs et avaient causés des pertes innocentes. Afin de limiter un peu l’usage de leurs pouvoirs dangereux, le gouvernement leur avait autorisé le port d’armes, mais la majorité n’avait que peu d’entraînement à leur utilisation (quand bien même avaient-elles été éveillées à l’armée, on leur avait surtout appris à développer leurs pouvoirs magiques) et n’avait aucune envie d’en porter une. Aussi c’était simplement les officielles, qui en théorie étaient obligés d’avoir un pistolet d’ordonnance, et quelques originales qui profitaient de cette loi.

— Veuillez ne point nous déprécier, nous vous en prions. Votre regard à notre endroit manifeste une certaine violence. Puisque nous nous rencontrons pour la première fois, nous ne voyons aucune raison manifeste à votre animosité et nous vous serions reconnaissante de cesser.

— J’te regarde comme j’veux, OK ?!

Son accent d’étrangère était particulièrement prononcé, son japonais était loin d’être parfait, en plus de n’être pas du tout élégant. De surcroît, elle utilisait le pronom masculin « Ore »2 au lieu du féminin.

— Bon, Sandy-chan, arrête ça. On ne va pas s’affronter entre nous quand même…

— Tssss ! C’est bien parce que c’est toi qui le demande, Jessica.

Sandy croisa les bras et détourna le regard pour ignorer Vivienne.

Suite à quoi, Jessica reprit calmement la parole en adoptant une posture hautaine :

— Pour quelle raison nous croisons-nous sur le lieu de l’enquête ? Vous faisiez quoi là-bas ?

— Tu devrais d’abord commencer par vous présenter, non ? La Jess que je connais était plus respectueuse du protocole.

— Tu me cherches ou quoi ?!

— Calmez-vous toutes les deux, s’il vous plaît ! S’écria Hakoto. Puisque nos chefs ne peuvent pas s’entendre, je vais faire les présentations. Voici notre leader, la chef de l’agence Nyuustore : Jessica Whitestone. Voici Sandy, malgré ses apparences c’est une fille bien je vous l’assure…

— Tsss ! Tu parles trop, Hako. Tu ferais mieux de la fermer !

— Quant à la charmante fille ici présente, c’est Gloria, continua-t-elle en ignorant complètement la remarque de la déliquante. Et pour ma part, je m’appelle Yamagata Hakoto, je suis une amie d’enfance de Shizuka-chan.

Les regards se tournèrent vers cette dernière, elle s’était fait toute petite et ne disait mot, comme si elle cherchait à se faire oublier.

Lorsque l’attention se focalisa sur elle, la panique se lut sur ses traits un instant, elle expliqua timidement :

— Oui… je connais déjà Hakocchi… euh, Hakoto-san.

Vivienne, à ses côtés, l’inspecta longuement, mais ne manifesta aucun changement notable sur son expression faciale.

— Fini ! S’écria Irina en levant son assiette vide. Bon, on fait quoi maintenant, Eli-chan ? C’est trop long vot’blabla et j’pige que dalle…

Depuis le début, au lieu d’écouter ce qui se disait, elle s’était contentée de manger.

— A mon tour, je présume…, annonça Elin sans motivation en ignorant la question de sa subalterne. Bon, alors… je suis Elin, voici Shizuka, Vivienne et Irina. Enchantée.

Sa présentation était trop rapide, sans détails et sur un ton monocorde.

— Quoi c’est tout ?! S’écria involontairement Shizuka.

— Je vois pas quoi dire de plus. Ah si, j’étais camarade d’unité avec Jess avant qu’on se sépare parce qu’elle…

— Si tu poursuis cette phrase, je te tue pour de vrai ! S’écria Jess en frappant une fois de plus la table.

Cette fois, elle semblait vraiment sérieuse, si la fin de la phrase sortait de la bouche d’Elin, elle se transformerait et passerait à l’attaque, même si elles étaient dans un local public.

— OK, OK. Mais je vois pas trop le souci en fait…

Soudain, Irina se leva en levant la main pour demander la parole.

— J’ai une question !!

Jessica reprit son calme et tourna son regard vers Irina :

— Oui, que puis-je pour toi…Irina-chan, c’est bien ça ?

— Vous avez toutes des gros nichons, c’est la spécialité de ton agence ?

Hakoto cacha instinctivement sa poitrine, tandis que Sandy jeta un regard noir à Irina (qui ne lui prêta pas la moindre attention).

— Tout à fait ! C’est un de mes critères majeurs de séléction, chère Irina-chan. Par contre, ne les appelle pas avec un mot si disgracieux, leur beauté doit être traitée avec respect ! expliqua fièrement et sans hésitation la chef de Nyuustore tout en faisant rebondir sa poitrine. D’ailleurs, s’il te prenait l’envie de nous rejoindre, tu disposes d’arguments à la hauteur de mes exigences.

Jessica baissa son regard et se mit à fixer la poitrine d’Irina avec une expression digne d’un vieux pervers : un sourire aux lèvres, elle plissait les yeux et essuyait du dos de sa main sa salive.

— J’aurais le droit de me balader à poil ou de laisser traîner mes soutifs ? Elieli déteste ça, elle arrête pas de m’engueuler…

— Normal, ton gras inutile gigote partout, ça me donne la nausée, commenta Elin en la regardant de manière ennuyée.

— Évidemment que tu pourrais laisser libre expression à ton adorable et magnifique poitrine si tu viens dans mon agence. D’ailleurs, je suis moi-même experte en sciences mammaires, je te conseillerai pour lui rendre hommage au mieux. Enfermer des seins dans un soutien-gorge inapproprié leur fait du mal, il faut choisir avec délicatesse en écoutant la voix de leurs cœurs.

Toutes les filles la regardaient faire son discours. Hakoto se cachait, elle éprouvait une certaine gêne face à la passion débordante de sa chef dans ses propos. Gloria, pour sa part, portait un regard admiratif envers sa supérieure, malheureusement elle ne comprenait rien au japonais, elle était impressionnée juste par sa verve et ses gestes.

— Ouais, je vous préviens, Jess c’est une fana d’armes à feu et de boobs, expliqua Elin en enfournant de la nourriture dans sa bouche.

— Héhéhé ! Je suis fière de l’être, n’espère même pas me faire rougir en disant ça.

— Je connais d’autres choses qui semblent bien plus t’indisposer…

Jessica rougit légèrement et prit un air courroucé.

— Tu vas encore longtemps me faire chanter avec ça ?

— Bah, c’est toi qui assume pas, je vois même pas le souci comme je te l’ai dit.

— Je te dis de pas en parler et c’est tout !!! S’écria-t-elle le visage rouge.

— Bon OK OK. Mais toi arrête d’essayer d’embaucher mes employées alors. Sinon je vais être obligée de leur dire avant de les laisser partir.

Toutes les filles les regardaient se lancer la balle d’un côté et de l’autre, un peu comme si elle étaient spectatrices d’un match de ping-pong. Même en pleine dispute, elles pensèrent toutes la même chose : « elles s’entendent vraiment bien toutes les deux ! ».

En effet, malgré leurs rudes paroles, elles avaient un franc-parler et une connaissance l’une de l’autre qui manifestait d’un passé commun et d’une grande familiarité.

Les deux chefs se regardèrent dans les yeux quelques instants. Jessica semblait à quelque part perdre du terrain sur son adversaire, son visage était légèrement rouge et elle semblait frustrée alors qu’en face Elin l’observait froidement, sans émotions.

— Bon OK, je laisse tomber ! Désolé Irina-chan, je t’aime bien mais bon…

— De toute façon j’ai pas envie de quitter Elieli, déclara sans réfléchir la jeune femme. On s’éclate trop toutes les deux ! Et Elieli est vachement marrante !

— A quel moment est-elle marrante ?! S’exclama soudain Shizuka qui ne pouvait comprendre.

En effet, elle ne faisait jamais de blagues et lorsqu’elle parlait elle semblait toujours fatiguée de le faire. Parfois lorsqu’elle était irritée, malgré sa voix de robot, elle proférait des paroles sèches et vexantes. Elle avait beau chercher elle ne lui trouvait aucun aspect drôle.

— Je vois. Tu t’es trouvée une bonne subalterne, Elin.

— Merci.

Les deux filles se regardèrent dans les yeux à nouveau, mais difficile de savoir à quoi elles pensaient vraiment.

— Et donc ? Qu’est-ce que vous faites à Kibou ? Je croyais que t’étais à Reborn Angeles…

— En fait, ça fait déjà presque un an que nous sommes revenues à Kibou, mais ça fait seulement quelques semaines que nous sommes à Tokyo.

Sur ces mots, Hakoto tira de son sac un paquet de cartes de visite de l’agence et les posa sur la table. Jessica sursauta un instant, une goutte de sueur apparut sur sa joue, mais elle cacha sa réaction.

Sur les cartes, on pouvait y lire :

ニューストア☆ NyuuStore

Agence de Mahou Senjo.

Tout prix disponibles, veuillez-nous contacter au : XXX-XXXXXXX.

Adresse : 3-2-XX Ginza, Chuo 104-0061, Tokyo

Adresse mail : contact@nyuustore.com

Elin lut la carte, puis la posa sur la table à nouveau et demanda à Jessica :

— Tiens, t’as préféré écrire le nom en katakana3 ?

— Comme si j’avais le choix ?! S’écria-t-elle soudainement énervée. Grrrr ! T’as le chic pour m’énerver, sérieux !

— C’est quoi le problème avec les katakana, Elieli ? Demanda Irina à sa chef.

Suite à cette question, Hakoto rougit, Gloria les regarda sans comprendre, tandis que Jessica parut fort contrariée.

— Bah, en fait, ça s’écrit avec…

— Je t’ai dit de te taire ! S’écria Jessica en attirant l’attention des serveuses qui crurent réellement qu’une bagarre risquait d’éclater. Je vais l’expliquer… mais je te déteste Elin !

Jessica toussota deux fois en cachant sa bouche de son poing, puis elle inspira pour reprendre son calme :

— En fait… le… « nyuu » s’écrit avec le kanji… de… se… « seins »…

Même si elle s’était montrée fière de son fétichisme précédemment, pour une raison obscure, elle se montrait très gênée par le fait que son agence comporte un tel caractère dans son nom.

— T’aimes carrément beaucoup les nichons, pas vrai ? Haha ! Demanda franchement Irina en mettant à rire.

— NON !! Enfin, si j’adore ! Mais c’est pas la question ! En fait… En fait, c’est une erreur !! Répondit en criant Jessica.

— Une erreur ? Demanda timidement Shizuka.

— Yep, répondit Elin à la place de Jessica. Comme pour nous, il y a eu une étrange erreur lors de l’inscription dans les registres.

Jessica acquiesça de la tête en fermant les yeux, en croisant les bras alors que de la sueur apparut sur son visage. C’était de toute évidence un sujet douloureux pour elle.

— Comme pour nous, on devait s’appeler « Tentaguru », avec les kanji de « ciel », de « serpent » et « guru » en katakana pour faire une référence à l’Ouroboros, le serpent céleste qui tourne et se mort la queue, une référence à l’alchimie, mais…4

Shizuka s’étonna du degré de recherche de ce nom. Il n’était pas forcément mieux que l’actuel Tentakool, mais on ne pouvait nier qu’Elin l’avait mûrement réfléchi. Mais pourquoi donc de « Tentaguru » était-on passé à « Tentakool » ?

— … il semblerait que dans l’administration, il y a nombre d’incompétents…

— Ou qu’ils nous en veulent, ajouta Jessica en lui coupant la parole.

— Ouais, c’est très probable. En parlant avec d’autres agences privées, il semblerait qu’elles aient toutes eu le même genre de souci. Nous on est passé de Tentaguru à Tentakool et Jessica est passée de New Star à NyuuStore…5

— C’est réellement un complot je vous le dis ! Lorsque j’ai voulu modifier le nom on m’a demandé une somme de 2 millions de yens par caractère à modifier, vous imaginez ça ?! J’aurais pu payer mais ça m’a faisait mal à mon orgueil. Encore en US Reborn les gens comprennent pas trop, mais ici…

— Je confirme, on m’a dit pareil. On nous aime vraiment pas dans l’administration.

— Je te le fais pas dire !

Pour une fois, les deux filles semblaient à l’unisson, elles se compatissaient l’une l’autre, c’était un instant rare à souligner.

— Bah perso, j’aime bien Tentacule, dit Irina. Et Boobs Store c’est rigolo aussi. Héhéhé !6

— Nous appelle pas comme ça !! S’écria Jessica.

— S’il vous plaît… C’est déjà assez gênant…

Cette fois c’était la voix d’Hakoto qui se cachait derrière la carte des menus et avait l’air terriblement embarrassée.

— C’est déjà assez difficile de vivre avec une chef qui n’arrête pas d’observer nos poitrines, qui n’avait pas voulu faire installer de séparations dans les douches, qui nous fait chaque jour des discours sur la beauté des seins et qui nous offre chaque semaine de nouveaux soutien-gorge…

Hakoto s’enfonça dans son siège comme si elle souhaitait glisser sous la table pour disparaître plus encore. Toutes l’observaient.

Même Jessica était devenue aussi rouge qu’une tomate.

— Tu t’es pas arrangée toi…, dénota désinvoltement Elin.

— Tais-toi ! Tais-toi !! Je vois pas le problème ! Hakoto-chan, vos poitrines sont des trésors du ciel, je ne fais que leur rendre justice !!

Toutes la fixaient en plissant leurs yeux, leurs regards emplis de doutes. Cette formulation sonnait à leurs oreilles comme une excuse pour justifier sa perversion.

— Quoi qu’il en soit ! Conclut Jessica en toussotant et en reprenant contenance. Maintenant que les présentations sont achevées, nous pourrions parler de choses plus sérieuses, non ?

— Je vous en prie, déclara Shizuka timidement les larmes aux yeux.

En effet, cette ambiance conflictuelle, ainsi que la découverte des machinations de l’administration à leur encontre, s’amusant d’enfantillages sur les noms des agences, lui donnaient vraiment envie de pleurer. Elle était tombée dans un monde bien étrange, totalement différent de ce qu’elle imaginait.

A l’autre bout de la table, Hakoto sourit néanmoins innocemment, Shizuka lui avait ôté les mots de la bouche en invitant sa chef à poursuivre.

— Ouais… toi d’abord, Jess.

— Pourquoi je devrais commencer ?

— L’avantage du rang social. T’étais plus gradée que moi.

— Ah oui ! C’est vrai que tu as raison ! affirma-t-elle fièrement en levant la tête.

Cet argument n’avait absolument aucune validé dans la situation puisqu’elles étaient à présent toutes dans des agences privées, mais Jessica était faible lorsqu’on glorifiait son orgueil, Elin le savait bien.

La chef de Nyuustore toussota quelques fois, puis prit la parole sans se douter de la manipulation de sa rivale :

— En fait, nous avons été engagées par un allemand dont je me souviens plus du nom pour enquêter dans l’hôpital de Numabukuro. Il nous a dit qu’il avait trouvé des informations quant à des activités surnaturelles à l’intérieur et pensait qu’il y avait potentiellement un sorcier. En arrivant nous vous avons croisé et tu connais la suite.

— Il s’appelait comment ? Demanda Elin.

— Je sais plus…

A ce moment-là, Hakoto se permit de lui glisser à son oreille le nom de leur commanditaire. Ce n’était pas seulement de la modestie, c’était surtout pour ne pas faire perdre la face à sa chef.

— Ah oui, c’est ça ! Faust Kuchenbaum. Mais plus important encore, à l’intérieur vous avez combattu quoi au juste ?

— Approche, Jess…

Jessica pencha un peu la tête de côté, puis sans trop réfléchir se pencha par-dessus la table pour se rapprocher d’Elin ; elle n’avait aucune idée de ses intentions.

Soudain, *paf*, la loli lui donna une pichenette sur le front.

— Que… ?! Tu me cherches ?! Tu veux te battre ?!

— Espèce de débutante. Faust Kuchenbaum ? T’as pas remarqué que c’est un nom bidon ?

Jessica s’immobilisa et se mit à réfléchir quelques instants, puis soudain elle revint à sa place, croisa ses bras et tout en rougissant détourna le regard.

— C’est pas vraiment sûr…

— Ça l’est.

— Pffff !

— Pourquoi ce serait un nom bidon ? Demanda interloquée Sandy à Elin, tout en lui portant un regard noir.

— C’est évidemment. Déjà, Faust… A cause du personnage littéraire, neuf chance sur dix qu’il s’agisse d’un pseudonyme de sorcier qui vous a pris pour des ignorantes.

— Ignorantes ?! C’est la guerre que tu veux, petite fille ? Demanda Sandy à la place de sa chef.

— Encore vous autres en tant que subalternes, ça m’étonne pas que vous vous soyez fait avoir, expliqua Elin. Mais Jess… Tu as suivi les mêmes cours que moi.

— Tssss ! J’écoutais pas vraiment ! Ils étaient ennuyeux à mourir…, expliqua-t-elle honteuse en détournant le regard tandis que son visage était en sueur à nouveau. Puis, c’est un prénom qui est utilisé dans les pays germaniques…

— Ouais, mais Kuchenbaum c’est juste un acronyme de Baumkuchen comme le gâteau. Il était vraiment pas inspiré votre sorcier.

— Jessica ? Qu’est-ce qu’on fout ? On la tabasse la p’tite ? Demanda Sandy en faisant craquer les os de ses mains.

—  Non attends, Sandy…, ordonna sa chef.

Jessica ferma les yeux et se mit à réfléchir en appuyant son index sur son front, puis soudain elle dit en baissant le regard :

— Possible qu’elle ait raison… Pffff ! Il m’a trop pris pour une idiote !! Enragea-t-elle.

— Les… Enfin… les sorciers font souvent ça ? Demanda timidement Shizuka.

— Ouais, on sait pas trop pourquoi mais ils ont un sens de l’humour stupide et ils utilisent souvent des pseudos du genre. Depuis quelques années, ils ont développé des sorts pour cacher plus efficacement leurs auras, ça devient de plus en plus dur de les repérer. Par contre, vu qu’ils s’accrochent à cette tradition ridicule, c’est un bon moyen de les reconnaître. Et quand on a un chien de chasse comme Iri-chan, ça aide aussi…

— Héhé ! Tu peux compter sur moi, Elieli ! Ch’suis la meilleure pour ça !Dit Irina en se frappant la poitrine. Serveuse ! Un autre ! S’écria-t-elle en levant la main.

— C’était pas un compliment…, commenta Shizuka en soupirant.

— T’es sûre ? Les chiens y sont mimi ! J’serais un bon chien. Waf waf !

— C’est pas la question !!

Irina se rapprocha de Shizuka en imitant un chien qui avait l’intention de lui lécher le visage. Bien sûr la jeune femme essaya de la repousser mais c’était peine perdue.

A cet instant, *slam*, quelque chose siffla dans l’air et s’en alla s’enfoncer dans le menu en bois que consultait en cet instant Hakoto : il s’agissait d’un fourchette qu’Irina avait esquivé de justesse.

— Ah làlà ! Veuillez nous excuser, Irina-san. Notre fourchette a glissé de nos doigts. Nous avons bien failli vous blesser…, s’excusa poliment Vivienne.

— Une aut’ que moi aurait peut-être pas pu esquiver…

— Nous sommes réellement confuse.

Vivienne s’inclina pour présenter ses excuses, elle semblait tellement sincère que Shizuka eut des doutes.

Se pouvait-il que sa personnalité enfouie et qui se réveillait uniquement lorsqu’elle se transformait venait de ressortir d’une certaine façon ?

— Eh oh ! Tu cherches à tuer Hakoto ?! Demanda Sandy d’un ton agressif. J’te préviens, j’te botte le cul même si t’es une sale bourge !!

— C’est bon… je crois…, expliqua Hakoto en retirant la fourchette plantée dans le menu. C’était juste un faux mouvement, n’est-ce pas, Vivienne-san ?

— Assurément. Veuillez-nous en excuser, nous n’avons aucun grief à votre égard, ni aucune volonté de vous nuire, soyez-en assurée.

Pendant quelques secondes, les deux femmes se regardèrent dans les yeux l’une de l’autre. Leurs expressions étaient tellement difficiles à lire que nul ne comprit réellement ce qui se passait entre elles, mais pour la toute première fois elles prirent conscience d’être des rivales.

Elin bâilla comme si tout cela l’ennuyait profondément, puis prit la parole :

— Quoi qu’il en soit, t’as été engagée par un sorcier, c’est sûr. Et je crois comprendre ce qu’il vous voulait…

Sur ces mots, elle arrêta sa phrase et plongea à nouveau de la nourriture dans sa bouche. Toutes l’observaient pendue à ses lèvres en attendant la suite mais Elin prenait son temps et ménageait le suspens.

— Bon explique, Elin ! S’écria Jessica impatiente.

— J’y viens. Toujours aussi impatiente… Je pense que votre sorcier en avait après celui qui nous a engagé. Je connais pas les raisons, mais c’est presque une certitude.

— Vous avez été engagée par un sorcier aussi ? Hahaha ! Et tu me fais des remarques ?!

— Moi je m’en étais rendue compte dès le début, je voulais juste connaître son objectif.

Aux côtés d’Elin, Irina hocha de la tête pour confirmer les explications de sa chef.

— Et donc… ? T’as découvert quoi au juste ?

— Notre commanditaire a fait mumuse avec le temps et s’est retrouvé chassé par des Veilleurs Temporels. En réalité, il nous a engagé pour le protéger contre ces derniers et lui permettre de récupérer quelque chose dans l’hôpital.

— Ah bon ? Demanda Shizuka. Il n’était pas là pour invoquer le monstre plutôt ?

— Non, je pense pas. Jess est peut-être au courant aussi, mais il y a dix ans dans cet hôpital a eu lieu le massacre de Fallen Eye…

— Tu parles du culte du déchu ? Demanda Jessica.

— Ouais. C’est assez mal connu. Lorsque les mahou senjo sont entrées dans l’hôpital où se tenait le rituel, tout était déjà fini. Il ne restait que leurs cadavres, tués par un Mhughon.

Toutes regardèrent Elin qui avait pris une mine sombre et croisait à présent les mains devant elle. Son regard inexpressif apportait encore plus de mystère à son récit.

— Je confirme. J’ai parlé à des filles qui s’étaient occupée de l’intervention, expliqua Jessica. Lorsqu’elles sont arrivées sur le théâtre d’opération, il n’y avait qu’un Mhughon et vingt cadavres. Elles n’ont pas très bien compris ce qui s’était passé, elles ont éliminé la menace et rapidement bouclé le secteur.

— Un groupe d’enquête fut envoyé quelques temps plus tard, ajouta Elin en étira ses bras. Elles ont déterminé que la cause de la brèche dimensionnelle de l’hôpital était l’échec du rituel des vingt sorciers. Les raisons de l’échec restent inconnues à ce jour mais lorsque le Mhughon a passé la brèche, les sorciers étaient déjà bien amoindris. Le manque de résistance de leur part sur les lieux d’enquête l’ont bien dévoilé. L’analyse en laboratoire des cadavres a révélé qu’ils étaient des vétérans, sûrement les meilleurs du culte d’ailleurs.

— Je n’étais pas au courant de ces informations…, annonça Jessica avec surprise.

— Ça m’étonne pas, c’est la lieutenante Ayaka qui me les a donné un soir où elle était complètement bourrée.

— Toujours égale à elle-même, une vrai alcoolique.

Sur ces mots, Jessica leva les épaules et soupira.

Pour sa part, Elin avala une gorgée de son soda et poursuivit l’explication relative à l’affaire du massacre de Fallen Eye :

— Quoi qu’il en soit, à cause de la brèche qui ne se refermait pas, les mahou senjo ont dû ériger un kekkai pour empêcher les monstres de quitter l’hôpital. Suite à quoi, l’armée a construit le mur en béton tout autour pour empêcher les civils de s’y aventurer. L’interrogatoire de sorciers de la ville permettra ultérieurement de savoir qu’il s’agissait du culte de Fallen Eye dédiés au Puissant Ancien Vrexuh et composée en grande partie de sorciers allemands. Ils ont aussi révélé que le rituel visait à détruire Tokyo entièrement.

— Quoi ?! S’exclama Shizuka. Mais comment… ?

— Ils avaient prévu de se sacrifier pour provoquer une explosion similaire à celles de plusieurs bombes H dernière génération, expliqua calmement Elin. Je ne sais pas ce qui a empêché le rituel, mais on l’a échappé belle. Sans Tokyo, Kibou aurait été rapidement condamnée économiquement et politiquement. Sans parler des risques d’ouverture de brèches et tout ça…

Shizuka déglutit.

Grâce à ses études personnelles, elle savait très bien qui était Vrexuh, il s’agissait du premier des Puissants Anciens à avoir foulé le monde lors de la période de l’Invasion, une vingtaine années auparavant.

Il était apparu en Allemagne et avait ravagé une grande partie de l’Europe. Cet Ancien ressemblant à un œil géant n’avait qu’un seul objectif : la destruction.

A cette occasion, les gouvernements européens avaient utilisé l’arme nucléaire pour le détruire, mais ils ne parvinrent finalement même à le retarder, ils ne firent que détruire encore plus leurs terres. C’est là que pour la première fois réellement, l’Humanité se rendit compte de son impuissance face à ces envahisseurs extra-dimensionnels.

Finalement, c’est une unité de mahou senjo amarylliennes et reborniennes qui parvient à mettre fin à son existence. Parmi les cinquante filles qui en faisaient partie, l’élite de l’époque, aucune ne revint. Mais leur objectif fut malgré tout atteint.

Jusqu’à présent, Shizuka avait toujours cru que les monstres étaient les pires adversaires possibles mais elle se rendait compte que la menace représentait par les sorciers étaient loin d’être négligeable. C’était un mal bien plus pernicieux et sournois qui se cachait au sein de la société humaine.

Être capable de détruire un métropole de la sorte, c’était horriblement terrifiant. D’autant qu’il s’en était fallu de peu que leur plan ne soit un succès. Même les mahou senjo avaient failli ne pas être en mesure de les en empêcher, cette seule pensée provoqua des frissons dans le dos de la jeune femme. Elle remercia du fond du cœur les circonstances qui les avaient fait échoué, quelles qu’elles soient.

— Le culte de Fallen Eye… ? demanda timidement Shizuka. Il existe toujours ?

— Normalement non, répondit franchement Elin. Ce culte dédié à Vrexuh était très nihiliste et avait pas mal de membres, mais après la perte de leurs plus puissants sorciers, ils éclatèrent, certains rejoignirent d’autres cultes, d’autres tentèrent des actions maladroites et furent capturées. On suppose qu’il doit encore y avoir quelques micro-cellules de cultistes de Vrexuh qui se cachent et disséminées, mais bon ils n’ont plus d’unité puisqu’il n’y a plus de sorcier vétéran parmi eux. Et puisque l’Ancien qu’ils prient est déjà mort, ils ont très peu de recrues.

Un grand silence suivit toutes ces révélations. Chacune réfléchissait à ce qui venait d’être dit. Enfin, toutes sauf Irina qui ayant reçu sa seconde commande et s’était remis à manger avec insouciance.

— Dernière chose, finit par dire Elin après avoir bu une gorgée de melon soda. Il y a trois ans la brèche de l’hôpital s’est refermée… Même si le kekkai est encore actif, la brèche était close, les officielles sont venus s’en assurer en personne. En principe, il ne devrait plus y avoir de monstres dans l’hôpital même s’il est toujours cloisonné.

— Elin-san, nous y avons pourtant combattu un Mhughon aujourd’hui, n’est-il point ? Comment expliquez-vous cela ?

— Il y avait également les Veilleurs, ajouta Shizuka suite à la remarque de Vivienne.

— Je me l’explique pas, dit-elle franchement ce qui fit sursauté de terreur Shizuka. J’ai l’intuition que le Mhughon qui est apparu aujourd’hui était une anomalie temporelle, liée à cette affaire et à notre commanditaire. Au moment de son apparition, les propriétés du kekkai ont été modifiée, je n’ai pas eu le temps de l’analyser en détail cela dit. Après sa mort, il a repris son état normal. Théoriquement, l’hôpital est redevenu sans danger…

— Je confirme qu’on ne pouvait pas entrer pendant votre combat, expliqua Jessica, le kekkai nous bloquait. Curieuse affaire, mais soyons claires, dès qu’il y a des voyages temporelles ce n’est jamais une mince affaire.

— Tu m’en diras tant…, approuva Elin en regardant le vide devant elle. Bon, c’est tout ce que j’avais à dire et sur ce puisqu’il se fait tard, nous allons y aller. Jess, tu sais où me trouver de toute façon, non ?

— Tu sais à qui tu parles ? rétorqua fièrement son ancienne collègue.

— Ouais, je sais…

Irina finit en vitesse son plat, puis les filles se levèrent et mirent leurs manteaux. Pendant que les deux chefs se chamaillèrent à nouveau en se rendant à la caisse pour décider qui payait quoi, les autres commencèrent à sortir et à attendre à l’extérieur.

Pour sa part, Shizuka en profita pour se rendre aux toilettes et demanda à ce qu’on l’attende.

A cause de toutes ces horribles histoires, et de l’intervention survenue en matinée, elle se sentait triste et particulièrement apeurée. Elle avait vu ses collègues à l’œuvre, elles étaient impressionnantes, monstrueuses même pouvait-on dire, mais malgré cela il y avait des choses qu’elles ignoraient et qui leur tenaient tête.

— Et si cette guerre était perdue d’avance, pensa la jeune femme en se regardant dans le miroir des toilettes. Il se peut que les mahou senjo luttent en vain, que nous ne gagnerons jamais…

En plus des Anciens, il fallait prendre en compte les humains qui avaient décidés de les rejoindre et qui se cachaient parmi les honnêtes gens, attendant dans l’ombre le bon moment pour les nuire.

Alors qu’elle appuya le bouton du robinet afin de se laver les mains, une fille qu’elle connaissait fort bien entra : Hakoto, son amie d’enfance avec qui elle n’avait pas encore eu vraiment le temps de parler.

Le problème, c’est que malgré leur longue amitié, Shizuka ne savait pas que lui dire. L’une en face de l’autre, après des années de séparations, elles étaient un peu comme des étrangères.

De plus, leur séparation avait été pour le moins difficile, à bien des égards. Shizuka avait longtemps cru qu’elle lui en avait voulu et qu’elles ne se reverraient plus jamais. Leur rencontre improviste dans la matinée l’avait réellement surprise, c’était la dernière personne qu’elle pensait voir surgir dans sa vie, même si à la réflexion il y avait eu peu de personne dans son passé ; à part, Hakoto, elle n’avait jamais eu d’autres amies. S’il y avait quelqu’un qui pouvait ressurgir du passé, cela ne pouvait être qu’elle finalement.

Le cœur de Shizuka accéléra alors qu’elle angoissait à l’idée de devoir lui parler. C’était presque comme une première rencontre.

Comment avait-elle évolué ? Que pensait-elle à présent de Shizuka ?

Allait-elle se moquer d’elle et de son honteux passé ?

— Shizuka-chan ! Je voudrais te parler…, annonça-t-elle avec hésitation.

— Euh… oui… enfin mais…

Sa réponse fut balbutiante, elle jetait des œillades à la porte cherchant involontairement une issue pour fuir.

D’un seul coup, elle ne se sentait pas assez forte pour l’affronter, elle aurait préféré être déjà à l’agence devant un thé. Mais, d’un autre côté, cela aurait réellement été la pire chose à faire, se rendait-elle compte.

— Attends, je n’en ai pas pour longtemps. Je… je voulais simplement m’excuser. Je me suis rendue compte après toutes ces années de séparation que j’avais très mal agi envers toi. Je… c’est toujours douloureux, mais… je comprends ta réaction à l’époque, c’est moi qui ait eu tort… à pas mal d’égards, se confessa-t-elle en baissant des yeux tristes.

— Ah euh, c’est rien… arrêtons d’en parler, j’ai aussi mal agi, j’ai honte…

— Non, c’est moi la fautive ! Uniquement moi ! A cause de cette histoire, je n’ai pas pu te prévenir de mon déménagement qui t’a prit par surprise. Je… je suis sûre que tu as dû culpabiliser en pensant que tu en étais la cause…

En effet, c’était ce qu’elle avait pensé à l’époque, lorsqu’elle avait soudainement disparu. Elle avait vraiment cru qu’Hakoto était partie à cause d’elle.

Elles avaient toujours été si proches et pourtant c’était une tierce personne qui lui avait appris le départ de son amie en US Reborn. Tout cela s’était passé le lendemain de cet événement important qui les avait séparé.

— Désolée, tu ne peux pas savoir à quel point je suis navrée de ce qui est arrivée. J’espère que nous pourrons à nouveau devenir des amies comme avant.

— Le… passé est le passé… Oui, essayons d’être bonnes amies à nouveau, lui proposa Shizuka en souriant maladroitement.

Même si elle ne lui en voulait plus du tout de l’avoir laissée ainsi sans la prévenir et même si elle était rassurée d’apprendre que son amie partageait ce sentiment, elle avait malgré tout une certaine méfiance à renouer cette relation amicale de jadis. Retisser des liens après une si longue séparation demanderait du temps.

D’autant plus, qu’à l’époque elle étaient des collégiennes et elles se retrouvaient adultes toutes les deux à présent. Séparées au cours d’une des périodes de changements les plus drastiques dans la vie humaine, c’était comme de reprendre tout à zéro.

— J’en suis vraiment contente ! Déclara Hakoto en joignant ses mains. Tiens, voici ma carte de visite, appelle-moi quand tu voudras.

— D’accord, répondit Shizuka en acceptant la carte.

— Quelle joie ! Je me réconcilie avec toi, enfin ! Tu te rends compte que nous avons accompli notre rêve d’enfance de devenir toutes les deux de magnifiques mahou senjo, Shizuka-chan ? Il ne resterait plus qu’à réaliser notre promesse !

Shizuka déglutit.

Elle se souvenait de cette promesse d’enfance qu’elles avaient passé. Elle avait du mal à croire que malgré leur séparation et leur âge, Hakoto s’y accrochât encore.

D’un autre côté, ce n’était pas si étonnant considérant ce qui s’était passé la veille de son départ.

— Tu… tu veux encore… ?

— Oui, Shizuka-chan, je souhaite encore me marier avec toi! Affirma-t-elle en souriant honnêtement et en laissant émaner d’elle une sorte d’aura de bienveillance.

Shizuka blêmit. Elle était parfaitement sérieuse, il n’y avait aucun doute là-dessus. Elle n’avait pas du tout changé à ce niveau-là ; l’affaire qui avait eu lieu ce jour fatidique était d’ailleurs lié à cette promesse.

— Euh… c’est que cette promesse…

— Oui ? Que veux-tu dire, Shizuka-chan ?

Au moment où, embarrassée au point de vouloir prendre ses jambes à son cou, elle comptait lui dire que ce n’était qu’une promesse d’enfance sans valeur, faites par des enfants incapables de comprendre la réelle signification de celle-ci, quelqu’un frappa à la porte :

— Shi-chan ?! Cria Irina. On va y aller, t’as fini ou t’es tombée dans le trou ?

— J’arrive ! Quelle délicatesse, je te jure !!

Sur ces mots, Shizuka s’inclina pour saluer Hakoto qui continuait d’afficher un sourire radieux et empoigna la poignée de la porte.

— C’est vraiment un plaisir de te revoir, tu es encore plus belle qu’avant. Ton nouveau look te va à ravir. Au fait… Est-ce qu’elles savent pour ton passé ?

Shizuka sursauta à cette évocation et des larmes montèrent à ses yeux. Hakoto était la seule à savoir cet honteux passé.

Elle secoua la tête et d’une voix à peine audible, elle répondit :

— Ne… dis rien… s’il te plaît, Hakocchi.

Puis, elle s’enfuit des toilettes laissant seule son amie d’enfance.

Cette dernière la regarda partir sans quitter son sourire. Puis, soudain, elle prit son visage entre les mains et alors que son regard s’embruma, elle laissa échapper une phrase langoureuse de sa bouche :

— Je suis donc encore ta personne spéciale, ta chère Hakocchi ? Ô ma douce Shizuka-chan〜 ?

***

La route pour rentrer à l’agence était courte, il suffisait de descendre la rue en pente et de traverser le pont. Aussi les quatre filles furent rapidement installées dans la salle de repos où elles passaient habituellement leurs journées. Vivienne prépara le thé alors qu’Elin et Irina se mirent à jouer aux jeux vidéos.

Shizuka encore bouleversée par toutes ces révélations se mit à réfléchir encore et encore. Elle repensait aussi bien aux cultistes de Fallen Eye dont avait parlé Elin qu’aux paroles d’Hakoto. Elle était particulièrement inquiète et tellement perdue qu’elle ne vit pas Vivienne poser une tasse de thé fumant sous son nez.

— Shizuka-san, veuillez revenir parmi nous, s’il vous plaît.

— Ah ! Euh, oui, désolée, s’écria-t-elle.

— Quelque chose vous préoccupe ? Vous pouvez nous en parler, vous savez ?

— Comment ne pas être inquiète par tout ce qui s’est dit ? déclara Shizuka en affichant un rire forcé.

— En effet, ces histoires de cultes sont particulièrement inquiétantes, nous détestons réellement les sorciers.

— Je comprends très bien, encore plus maintenant…

— Vous inquiétez pas toutes les deux ! J’vais vous les trouver et on va pouvoir les enfermer, déclara Irina en levant son pouce et en leur lançant un clin d’œil.

Malgré la manifestation de sa force et de son odorat surhumain, Shizuka se contenta de sourire de manière crispée, tandis que Vivienne se tut sans faire de remarques vexantes.

— De toute façon, le Gouvernement ne nous a pas donné de contrat, laissez faire les choses, je vous dis, ajouta Elin sur un ton monocorde.

— Au fait, Elin-san. Pourquoi vous vous entendez aussi mal avec Jessica-san ? demanda Shizuka.

— Perso, je l’aime bien. Bon, à part le fait qu’elle a des gros seins et qu’elle les exhibe à tout va, bien sûr.

En effet, Elin n’aimait pas les gros seins, mais, contre toute-attente, elle ne reportait pas sa haine contre les filles qui en possédaient.

— Ah je vois… Pareil pour Irina ?

— Ouais, pour ça que c’est mieux qu’elle porte quelque chose pour couvrir tout ce gras.

— C’est de la tyrannie du nichon !!

— Toi, tais-toi et concentre-toi on risque de perdre sinon !

— Arg ! OK, chef !

Les cliquetis des boutons de leurs manettes se firent plus bruyants et tout en jouant et en ne quittant pas l’écran des yeux, Elin expliqua :

— En fait, c’est elle qui m’en veut parce que j’ai découvert un de ses secrets. Quoi que je dis ça mais elle m’en voulait déjà avant. Paraît qu’elle n’aime pas mon attitude.

— Je peux comprendre parfaitement, déclara Shizuka sur un ton compatissant.

— Bah, pas grave, tant qu’on peut qu’on ne finit pas par se battre, m’en fous de ce qu’elle pense de moi.

— Je pense que c’est à cause de ce genre de phrases qu’elle te déteste. Et sinon, c’est quoi ce secret ? Demanda-t-elle avec indiscrétion.

— Tu crois que je vais te le dire ? Méfie-toi d’elle, c’est mon seul conseil. C’est une perverse, une vraie, croyez-moi.

— Hein ? A quel niveau ?

— A tous les niveaux. T’as entendu Hakoto-chan, non ? Vivi-chan et toi vous ne serez pas visées je pense, à cause de vos petits seins. Mais toi, Iri-chan, fais gaffe.

Irina leva les yeux en direction de sa chef et sourit :

— Bah, on a déjà Vivi qui est une perverse, m’en fous pas mal en fait. Tant qu’elle me fait pas mal…

— C’est pas comme ça que ça marche, Irina ! S’indigna Shizuka.

— Pour notre part, nous remercions cette fois encore notre corps d’avoir connu un si faible développement en ces zones adipeuses, nous aurions été fort embarrassée par ses avances et n’aurions voulu déclencher de guerre entre nos agences.

— C’est vrai…, confirma Shizuka en ayant une goutte de sueur sur le front. Même si c’est frustrant, on va dire que c’est un mal pour un bien. Et sinon, en tant que chef, elle est comment Jessica-san ? Enfin, je veux dire, elle est compétente ?

— Compétente, sérieuse, disciplinée et prévoyante.

— C’est donc une bonne chef, je dirais…

— Ouais, si ça te dérange pas qu’elle te tripote ou autre. En fait, elle a été virée de l’armée à cause de ça.

Sur le visage de Shizuka d’autres gouttes de sueur apparurent. Elle ne savait que penser de cette dernière remarque.

Elle ne comprenait plus vraiment si Elin lui en voulait ou la respectait. Elle semblait lui attribuer des mérites, mais ses paroles étaient rudes malgré tout.

Avait-elle tenté quelque chose sur Elin par le passé ?

Considérant le physique juvénile de cette dernière, cela paraissait tout à fait invraisemblable.

— Ah bon ? Elle a vraiment été licenciée pour ça ?

— Yep. A force d’attouchements et de voyeurisme, les supérieurs ont décidé de la virer. Bien sûr, ils étaient au courant depuis un bon moment, mais étant donné qu’elle était efficace, ils ont attendu que les plaintes s’accumulent. Puis, elle commençait à vieillir, elle n’allait plus tarder à perdre ses pouvoirs.

— C’est triste. J’ai de la peine pour Jessica-san. D’autant qu’elle ne semble pas être une si mauvaise personne.

Après une petite pause où on entendait que les bruits des manettes, le son de la télévision et les tasses se poser sur leurs petites assiettes, Shizuka poursuivit son questionnement :

— Ses pouvoirs ont vraiment disparus ? Elle était en forme de combat lorsque nous sommes sorties de l’hôpital si je ne m’abuse ?

— Elle dégage déjà bien moins de magie qu’autrefois, je t’assure. Mais bon vu qu’elle était très forte, elle reste encore bien supérieure à une débutante comme toi. Possible qu’elle soit encore plus forte que Vivi-chan et Iri-chan.

— Ah ouais ? S’exclama Irina. Ça me donne grave envie de me battre contre elle, en fait. Héhéhé !

— Si tu perds tu peux dire adieu à ta virginité…

Shizuka déglutit et se demanda quelle était la part de vérité dans les paroles de sa chef. Elle devait forcément exagérer, elle refusait de penser que Jessica était le satyre qu’elle décrivait.

Vivienne en face d’elle buvait son thé et souriait comme si de rien n’était, comme si elle ne se sentait pas du tout concernée par ces histoires.

***

En route vers Ginza où se trouvaient les locaux de Nyuustore, les filles de l’agence discutaient entre elles dans le train.

Puisqu’elles communiquaient en anglais, elles attiraient invariablement l’attention des autres usagers qui leur jetaient tantôt des œillades discrètes.

— Et cette fois là encore, à cause d’Elin je me suis retrouvée ensevelie sous des tas d’ossements et de chairs moisies. Ah ! Je la déteste cette planche à pain !!!

— Elle m’a pourtant l’air d’être une personne sensée, commenta Hakoto.

— Ouais, elle a l’air mais en vrai c’est une fainéante et une irresponsable. Puis elle parle comme un robot, n’a aucun style et se conduit toujours de manière effronté.

A ce moment-là, Gloria qui n’avait rien dit au cours de la précédente entrevue lui demanda :

— Elle est une des cinq magiciennes les plus fortes, non ?

L’expression de Jessica se déforma un instant, puis elle soupira et leva les épaules en répondant :

— Ça aussi c’est très exagéré. A l’époque, la différence entre nous n’était pas si grande, j’étais presque aussi puissante qu’elle… peut-être même plus en vrai. J’étais bien plus efficace sur le terrain.

Les trois filles la regardèrent avec des yeux remplis de doutes. Jessica rougit un instant puis reprit :

— Enfin bref ! De toute manière, je m’affaiblis d’années en années, bientôt vous serez toutes plus puissantes que moi.

— Ne sois pas si dure, Jessica, affirma Sandy. Tu es encore la meilleure d’entre nous.

Jessica lui porta un regard plein de tendresse. Puis, pour se moquer d’elle, elle lui fit remarquer que :

— Pour une mauvaise fille, je te trouve bien honnête soudain. C’est tellement mignon. Haha !

— Ta gueule ! Moi je veux être sympa et tu me réponds comme ça ?! Non mais…

Sandy rougit, croisa les bras et détourna le regard. Sans surprise, aucun usager ne s’était assis à ses côtés, elle était bien trop intimidante.

Hakoto qui se tenait debout devant Sandy, agrippée à une poignée dans l’allée du wagon, se mit à rire en cachant sa bouche de sa main.

Quelques instants plus tard, Gloria tourna son regard vers cette dernière :

— Parle-nous de Shizuka.

Hakoto l’observa avec surprise, puis d’une voix timide elle expliqua :

— Bah… Shizuka est une amie d’enfance de l’époque où nous vivions toutes les deux à Nagaoka. Elle est fan de mahou senjo depuis toute petite. Elle a toujours été un peu timide, fragile et avec un cœur tendre et affectueux. Je suis vraiment contente qu’elle ait réussi à réaliser son rêve.

Son visage s’illumina de bonheur en parlant d’elle. Gloria, au lieu de lui parler à haute voix, lui tendit un message sur son téléphone cette fois.

A peine le lut-elle qu’Hakoto rougit et cacha son visage.

— Qu’est-ce que tu dis ? Tu vas m’embarrasser, voyons !

Gloria pencha la tête sur le côté, puis tout en souriant, elle tendit à nouveau son téléphone où était affiché une image de fille d’anime souriante.

— Sandy-chan, tu n’as pas l’air d’apprécier la lady plate de l’agence d’Elin, fit remarquer Jessica en se tournant vers elle. Tu as une raison particulière ?

— Nan, c’est juste qu’elle a quelque chose de mauvais dans le regard, j’trouve.

— Parce qu’elle est polie, raffinée et à l’air d’une fille de riche ? Demanda Hakoto avec ironie.

— Nan, c’est aut’chose… ch’sais pas vous l’expliquer.

— Ce n’est pas si grave, déclara Jessica. Au fait, je vous ai parlé de la fois où Elin a refusé de saluer le Premier Ministre ? Attendez, je vais vous la raconter…

Sans attendre de réponse, comme si sa seule intention était de médire et de parler de sa rivale, Jessica se mit à raconter cette journée où Elin avait, — une fois de plus— , refuser l’autorité officielle.

Pendant qu’elle expliquait tout cela en anglais à ses subordonnées, Gloria tendit son téléphone à Hakoto et lui écrivit  :

<< Notre chef a l’air plus contente depuis qu’on est à Kibou, non ? >>

— Oui, je le pense aussi, répondit joyeusement Hakoto en écoutant distraitement l’histoire de Jessica. Elles sont vraiment bonnes amies quand même.

Gloria leva son pouce en direction de la jeune femme et sourit à son tour.

— Eh oh ! Vous m’écoutez toutes les deux ? C’est malpoli de m’ignorer. Tiens, ça me rappelle la fois où elle a ignoré le discours de la capitaine Kuromura…

Les histoires sur Elin continuèrent encore et encore et finalement le train arriva à leur station.

Jessica était actuellement la personne encore en vie à avoir le plus côtoyer la Loli des Flammes Noires. Même si elle ne l’avait pas encore avoué, elle l’avait jadis admiré et s’était même enrôlé pour suivre ses traces. Mais, autant sa joie fut sans limite lorsqu’elle apprit être affectée dans sa même base, autant après l’avoir connu au quotidien, elle avait rapidement déchanté.

Sa colère était celle de quelqu’un qui s’était sentie trahie et elle était loin d’être apaisée encore.

Lire la suite – Chapitre 4

Notes de bas de page

1« Chef, tu es la plus belle ! Ne te laisse pas provoquer par cette limande ☆(><;)○ »

2Sandy utilise le pronom « Ore » qui est normalement utilisé par les hommes et qui n’est pas vraiment poli.

3Les katakana composent l’un des trois alphabets utilisé en japonais. Principalement utilisé pour les onomatopées et les mots étrangers, il est également employé pour mettre des termes en emphase. En japonais, les deux agences utilisent cette alphabet pour couvrir leurs noms bizarres.

4En japonais, Tentakool s’écrit 天蛇クール qui est composé des kanjis de « Serpent céleste » et de « Kûru » soit la japonisation de l’adjectif anglais « cool ». A l’origine, Elin avait choisi : Tentaguru (天蛇グル en japonais) qui est composé des kanjis de « Serpent céleste » et de « Guru » qui se référait à l’onomatopée «Guru guru » qui signifie « en rond, tourner en rond, tourner en spirale ». Son intention était de se référer à l’Ouroboros, le serpent qui se mort la queue et qui est un symbole d’éternité et de renouvellement . A remarquer que Tentakool est très proche au niveau de sa sonorité de « Tentacule » (que ce soit en français ou en anglais), c’était là sûrement l’objectif visé par les employés de l’administration kibanaise.

5Dans le cas de l’agence NyuuStore, le vrai nom pensé par Jessica était « New Star » en anglais, ce qui se référait au fait que « l’agence deviendrait une nouvelle étoile dans ce monde », mais en japonisant le nom il devint « Nyuu Sutaa », puis « NyuuSutoa ». Le jeu de mot se fait uniquement sur sa sonorité, « nyuu » ayant la même sonorité que « seins, lait maternel » et « sutoa » étant l’importation du mot anglais « store » (magasin). En japonais, le nom de l’agence s’écrit : 乳ストア, utilisant le kanji de « sein » et signifiant donc « magasin de seins ».

6Ici, Irina utilisent les significations erronées des noms des deux agences comme décrit précédemment. Nous vous prions de nous excuser pour ces longues explications plutôt hermétiques et se basant sur des connaissances en japonais.