Tome 1 – Chapitre 9

Yumeki sentait qu’il était porté. Sa conscience n’était pas totalement revenue.

Combien de temps s’était-il passé depuis son combat au juste ?

Il l’ignorait.

Un peu comme au réveil, il força ses yeux à s’ouvrir malgré toute la difficulté que cela impliquait. Néanmoins, il se rendit rapidement compte qu’il n’avait pas suffisamment récupéré ses forces pour se déplacer de lui-même. Il n’avait jamais connu une telle fatigue.

Garder les yeux ouverts était déjà difficile, une sorte de voile blanc brouillait sa vision. Il ne distinguait que des couleurs et de vagues formes.

Un instant il eut peur que cet état serait définitif, mais rapidement les formes finirent par devenir plus nettes et il distingua le visage de Linka.

C’était donc elle qui le portait ?

C’était là une pensée particulièrement embarrassante pour quelqu’un habitué à des valeurs chevaleresques.

Aussi, il rassembla ses forces pour bouger ses lèvres :

 C’est bon… Je vais marcher… Pas la peine de me porter, Linka…

Sa voix était si lente et ses paroles si mal articulées qu’une personne ivre n’aurait rien eu à lui envier.

Il crut entendre une réponse mais n’en distingua nullement le sens. Cela dit, au vu de la situation, il était persuadé qu’il s’agissait d’un refus.

À dire vrai, même s’il avait formulé cette requête, il était loin de pouvoir marcher par lui-même. Il n’avait pas d’autres choix que de se laisser porter.

Il reprit péniblement la parole :

 Tant pis… Je n’y arrive pas… désolé de t’imposer ça…

Encore une fois, il y eut une réponse, mais tout ce qu’il crut entendre était : « Pas grave ».

 Quelle fille pleine de surprise, je n’aurais pensé qu’elle était capable de me porter.

Une pointe d’admiration accompagna cette pensée.

Mais il y avait quelque chose qu’il devait dire, une sorte de confession : il ressentait le besoin de l’extérioriser, un peu à la manière des personnes à l’agonie qui voient leurs vies défiler devant leurs yeux. Pleines de regrets, ces personnes se sentent le désir de confesser leurs pensées honteuses.

Yumeki ouvrit à nouveau la bouche pour laisser sortir des mots un peu plus assurés et plus rapides que les précédents :

 Linka, je voulais te dire que… je suis content de t’avoir rencontrée. Tu es vraiment une fille sympa… Même si je le dis pas forcément… je me suis bien amusé depuis que je te connais. J’espère qu’on continuera de se voir… encore…

Il était à bout de forces. Sa tête tomba mollement sur l’épaule de Linka qui continua d’avancer.

Une réponse qu’il ne put entendre fit suite à cette confession :

 Euh… pour la troisième fois, je ne suis pas Linka-chan. Cela dit, voilà une déclaration particulièrement intéressante. Hahaha ! Je me demande si je devrais la répéter à l’intéressée ?

Il s’agissait de la voix de Kazuo. C’était ce dernier qui portait Yumeki sur son dos.

Évidemment, Linka, qui n’était pas du tout portée sur le sport ou l’effort physique, n’avait pas la force de le porter.

Cette dernière, après lui avoir confié son « chevalier » à Kazuo, était partie « en éclaireur » préparer l’appartement où il allait se reposer.

Actuellement, elle n’était donc pas présente pour entendre ces paroles embarrassantes.

 Finalement, ce ne serait sûrement pas drôle. Je crois que je vais laisser les choses se faire d’elles-mêmes. Kukukuku !

Il se mit à rire de manière assez forte, brisant le silence nocturne, ce qui lui donna malgré lui un air sinistre et machiavélique.

***

Quelques heures plus tard.

Comme s’il avait entendu un réveil, Yumeki ouvrit les yeux d’un coup.

Il se souvenait de son combat et se rappelait également avoir été porté, même s’il ne savait pas où.

Il reconnut l’endroit après quelques dizaines de secondes à fixer le vide, ses pensées ailleurs, collectant ce qui s’était passé : il était à l’appartement que Linka lui avait prêté, celui qui servirait à entreposer sa collection et qu’elle appelait le « QG ».

C’était le matin, la lumière tamisée par les rideaux entrait dans la chambre. Ce n’était pas une aube radieuse, mais un soleil pâle d’automne.

Yumeki se redressa légèrement avant de constater qu’il était en mauvais état : il peinait à bouger le moindre muscle.

Sa première analyse des environs lui permit de se rendre compte qu’il n’était pas seul : Kazuo et Linka jouaient à la console, assis sur des chaises. Ils étaient très proches de la télévision en raison du volume sonore particulièrement faible.

Tout à coup, la pensée d’avoir laissé Linka seule avec Kazuo, ce pervers notoire, l’effraya.

Que s’était-il passé pendant son inconscience ? Avait-il essayé des approches avec la belle et délicate Linka ?

Cela dit, il dût bien se rendre compte qu’ils jouaient tout simplement ensemble, rien de grave ne s’était donc passé. Elle ne paraissait pas se forcer à cette tâche.

 Au fond, elle est libre de faire ce qu’elle veut…, finit par penser Yumeki, non sans une pointe de tristesse.

À cet instant, sans raison, la jeune femme dont il était question tourna sa tête dans sa direction en souriant.

 Pause ! Yumeki est de retour !

Le jeu s’arrêta et les deux joueurs se tournèrent simultanément vers Yumeki. Ce dernier était sur le canapé, à moins d’un mètre des deux.

 Bonjour ! Bien dormi, la Belle au bois dormant ?

Kazuo accompagna cette question, un peu vexante, mais posée sur un ton au contraire léger et taquin, d’un clin d’œil qui fit frisonner Yumeki.

Linka, d’une façon amicale et spontanée, s’approcha du canapé où il était à demi allongé et lui saisit la main :

 Tu as été excellent ! Digne d’un chevalier wyvern !

Sur ces mots, elle s’éloigna à nouveau sans lui laisser le temps de répondre ou contester.

À ce moment-là, le jeune homme remarqua un détail embarrassant : il ne portait pas de haut. Le bas de son corps était dissimulé par une couverture.

Qu’en était-il du reste de son corps ? Il ne pouvait pas en être sûr sans attirer l’attention des deux autres personnes présentes.

 Qu’est-ce qui… ?

Il constata que sa voix était enrouée, il avait encore un peu de mal à s’exprimer.

Mais Kazuo poursuivit sa phrase :

 … s’est passé ? Très simple ! Après ton combat, tu t’es écroulé de fatigue. Je suis arrivé à ce moment-là et je t’ai porté jusqu’ici.

Linka ajouta d’un ton enjoué :

 Et, en attendant que tu te réveilles, on a joué en coopération à Biological Threat 8. C’est un excellent jeu en coopération, malgré une histoire un peu… approximative. On peut dire ça, non ?

Elle tourna la tête vers Kazuo qui porta la main à son menton d’un air de profonde réflexion, puis répondit :

 Ouais, on peut dire ça. Le scénario n’est pas des plus palpitants, mais l’action est cool et la coopération est bien fichue.

Tous deux hochèrent légèrement la tête en guise d’approbation, tout en arborant un air de satisfaction. Manifestement, malgré son scénario, ce devait être un bon jeu, c’était ce que déduisit Yumeki.

 On y jouera ensemble, la prochaine fois si tu veux. Voire plus tard, en fait…, ajouta Linka tout en réfléchissant.

Cette phrase fit jaillir en Yumeki un sentiment d’urgence, une révélation soudaine : il était censé aller travailler ce matin ! Quelle heure était-il au juste ?

 Eh, merde ! Mon travail ! Il est quelle heure ?

Kazuo fut le premier à lui répondre d’un air calme, tout en ajustant ses lunettes :

 Il est 11 heures mais je ne pense pas que tu puisses aller travailler dans ton état. Ta priorité est de te remettre d’aplomb, tu devrais prendre ta journée.

Yumeki retomba en position couchée, laissant tomber son corps lourdement. C’était la première fois qu’il ratait un jour de travail, il ressentait de la culpabilité et de la honte l’envahir.

 C’est pas si grave, si ? Yumeki ?

Cette fois, c’était la voix douce de Linka qui lui avait posé la question.

Il prit quelques secondes de réflexion. Même si la pensée ne l’enchantait pas vraiment, il fallait se rendre à l’évidence : ce qui était fait était fait, il devait se concentrer sur la suite.

Il pouvait toujours tenter d’aller travailler l’après-midi mais il réalisa bien vite que comme l’avait dit Kazuo son corps était trop exténué.

Il fallait appeler son entreprise et leur promettre qu’il rattraperait le temps perdu, il n’y avait que cette façon-là de procéder ; on n’allait tout de même pas lui tenir rigueur d’un problème de santé.

 OK, ça craint mais bon… Il est où mon portable ?

D’instinct, il chercha dans sa poche et constata, avec soulagement, qu’il portait bel et bien son pantalon.

Kazuo prit sur la table basse l’objet de la demande :

 On voit bien tes priorités, Monsieur l’esclave de la société capitaliste moderne ! Au fait, tes blessures vont bien ? On les a pansées et bandées… Par contre, tu auras peut-être quelques cicatrices sur les épaules…

Face aux paroles de Kazuo, Yumeki se rendit bien compte qu’avant même de les avoir remerciés des soins qu’ils lui avaient prodigués, il s’était inquiété pour son travail. Il se sentit doublement honteux.

Aussi, il tenta tant bien que mal de faire une courbette pour s’excuser :

 Merci à tous les deux ! Ma réaction était déplacée. Merci, sincèrement !

Linka sourit :

 Bah, c’est pas grave ! Tu m’as sauvée dans l’autre monde aussi et je pense que ton travail est important pour toi, donc… pas de problème !

Un silence s’imposa tandis que les deux s’observaient sans savoir que dire.

Puis…

 Et le colis ?

Kazuo regarda en direction d’un coin de la pièce et répondit :

 Il est là-bas, il n’a subi aucun dégât. Je l’inclurai à ma collection… ou plutôt à ta future collection, car chose promis chose due, elle sera tienne dans quelques jours.

Il marqua une courte pause :

 Par contre, puisqu’on en est aux excuses, je voudrais m’excuser auprès de vous. Je vous ai utilisés pour faire sortir cet extraterrestre et son disciple. J’ai préféré ne pas vous en parler afin de les tromper plus efficacement. Je suis sincèrement désolé.

Linka, sans hésitation aucune, répondit :

 Bah, c’est pas grave non plus ! C’est logique : si tu nous l’avais dit, on aurait pu faire foirer le plan.

La réponse de Yumeki fut différente cependant :

 Mmm, je vais pas en dire autant… Linka a failli mourir de l’autre côté et moi aussi, en fait. Tu peux nous expliquer plus en détail ?

Kazuo hocha la tête et leur expliqua ce qui s’était passé avec Nakamura, la déclaration de guerre, les attaques surprises sur sa personne, puis l’alliance de ce dernier avec l’extraterrestre invocateur. Il alla même jusqu’à leur narrer le fait qu’il le soupçonnait d’avoir mené des sacrifices humains.

Il ajouta que sa mission personnelle n’était pas complètement finie : il allait le prendre en chasse et procéder à un lavage de mémoire et à une altération de personnalité. Néanmoins, c’était une mission qu’il souhaitait accomplir seul, il ne solliciterait pas leur aide.

Enfin, il raconta son combat contre l’alien. Il les rassura en leur avouant que de même si ce dernier ne leur avait pas ouvert de faille dimensionnelle pour revenir, il serait partie à leur recherche. Il se dispensa de leur donner son estimation de temps pour les retrouver.

En fait, depuis le début, il n’avait pas prévu que Linka et Yumeki auraient suivi Nakamura de l’autre côté. Ils avaient été la part imprévisible du projet.

 En tout cas, félicitations, Yumeki ! Pour un débutant, tu es carrément surprenant. Mais fais attention, tu vas attirer leur attention…

Yumeki sourcilla d’un air interrogateur : de qui voulait-il parler ?

Kazuo dut s’en rendre compte puisqu’il ajouta à voix basse :

 Les hommes en noir ! Fais attention à eux !

Suite à ces paroles, il rajusta ses lunettes et hocha légèrement la tête d’un air entendu et inquiétant.

Yumeki secoua la tête pour lui signifier qu’il ne prêtait nulle valeur à ces allégations.

 Je comprends pourquoi Linka a tellement confiance en toi, Monsieur l’Élu. Hahaha !

Kazuo tourna sa tête vers Linka et tous deux hochèrent légèrement la tête en rythme.

 AH ! Arrêtez avec cette histoire ! Je ne suis pas un élu ! En plus, Linka m’a dit que c’était une invention cette histoire !

Kazuo et Linka se mirent à rire face à la gêne et l’emportement du jeune homme.

L’ambiance se détentit peu à peu et Yumeki finit par se sentir moins coupable d’avoir raté un matinée de travail.

Quelques minutes plus tard…

 Linka, tu pourrais me chercher mon manteau, je vais y aller, dit Kazuo en se levant.

 Ah, déjà ? C’est dommage… Tu pourrais rester.

Kazuo soupira et prit un air résigné :

 En théorie, je ne devrais même pas être ici. Si ma femme l’apprend… Enfin, ma future femme…

 Tu vas partir à la chasse de Nakamura ? demanda calmement Yumeki.

 Pas le choix ! Pas de repos pour les braves !

Il lui fit un clin d’œil qui avait l’air pervers, une sorte de spécialité dont il était le seul à avoir le secret. Yumeki se sentit dégoûté, son corps tout entier frissonna.

Linka se leva, s’éloigna et alla chercher le manteau.

À ce moment-là, Kazuo se rapprocha de Yumeki et lui chuchota :

 Au fait… Merci pour tes gentilles paroles lorsque je te portais, mais je préfère les filles, tu sais ? Hahahaha !

Il conclut sa phrase par un rire assez fort et énervant.

Cette remarque fit jaillir des souvenirs dans la tête de Yumeki. Il se souvint avoir effectivement confessé quelque chose sur le chemin alors qu’on le portait… Ce n’était donc pas à Linka, mais à Kazuo ?

Il rougit et grommela quelques excuses incompréhensibles avant que Linka fût de retour avec le manteau.

— Rassure-toi : je ne vais rien lui dire, lui chuchota-t-il finalement en lui faisant un clin d’œil complice.

Sans arrêter de rire, Kazuo attrapa le vêtement, l’enfila, salua de la main et quitta l’appartement.

 Qu’est-ce qu’il t’a dit de si drôle ?

Yumeki rougit encore plus, détourna le regard et répondit de manière hésitante :

— Rien… Rien du tout ! Un truc entre mecs !

Linka inclina sa tête de manière adorable, à la manière d’un petit chiot, mais ne posa pas plus de questions.

 Tu restes là aujourd’hui, alors ? Ça te dit de jouer à Biological Threat 8 ou tu préfères continuer Wyvern Quest ?

Cela lui refit penser à son travail : il ne devait absolument pas oublier de téléphoner !

 Attends, je vais téléphoner à mon travail et on jouera ensuite.

 D’accord ! s’exclama-t-elle sur un ton particulièrement enjoué, débordant d’énergie.

 Je vais nous préparer du thé le temps que tu téléphones. Ça te va ?

Il hocha la tête et saisit son portable. Il regarda par la fenêtre et, en soupirant, il se dit que les choses devenaient bien compliquées.

Finalement, il était plutôt content que sa confession soit tombée sur la mauvaise personne.

La première bataille contre l’ennemi qui envahissait Akihabara était finie, mais d’autres combats ne tarderaient pas à survenir. En cet instant, il craignait que son quotidien paisible ne finît par être piétiner et détruit à tout jamais.

— Il ne tient qu’à moi de le défendre, finit-il par se dire intérieurement pour se donner une bonne résolution.

Jusqu’à ce que toute cette affaire ne soit finie, il ferait en sorte de gérer ses deux vies à la manière d’un agent secret. Il pensait pouvoir y arriver.

***

Quelques jours plus tard, le week-end arriva.

Même si Yumeki avait dû récupérer les heures de travail qu’il avait perdues à cause du précédent incident, il avait un peu de temps libre devant lui.

Ce matin-là, Linka lui avait passé un coup de fil pour le prévenir que la collection était arrivée sous la forme de huit cartons apportés par un service de livraison. Elle ne les avait pas encore ouverts, elle préférait lui en laisser la primeur.

Aussi, suite à son insistance, il s’était rendu à Akihabara, à l’appartement.

 Tadaaaa !

À peine la porte s’était-elle ouverte que Linka l’accueillit avec cette exclamation. Elle portait un pull trop grand pour elle qui laissait entrevoir un t-shirt coloré en-dessous, ainsi qu’un pantalon de survêtement noir.

 Elle est probablement en mode détente, se dit intérieurement Yumeki.

Une fois qu’il fut entré et après avoir saluer, sans plus attendre, Linka attrapa un cutter qu’elle lui tendit avec un large sourire : elle semblait aussi excitée qu’un enfant face à un cadeau de Noël.

Il soupira de consternation et, se rendant compte qu’il ne gagnerait pas cette fois encore, il se saisit de l’outil.

Il s’approcha du premier carton et découpa le ruban adhésif.

Mais en l’ouvrant, quelle ne fut pas sa surprise : comme il s’y était attendu, il s’agit bien de livres mais… ce n’étaient pas des mangas « normaux » !

En effet, toutes les couvertures affichaient des images à caractère sexuel : des femmes dénudées partiellement ou totalement.

Yumeki rougit au moment où la voix étonnée de Linka s’éleva :

 Ah, des doujin R-18 ! Il y a en a tellement ! Et des super rares en plus !

Elle se saisit de l’un d’entre eux. Il y avait sur la couverture une jeune femme aux prises avec des tentacules.

Frénétiquement, Yumeki ouvrit les autres cartons et, outre d’autres doujinshi, il trouva des Blu-ray collectors, ainsi que pas mal de figurines soigneusement emballées. Toutes du même registre, du R-18, comme l’avait si bien dit Linka.

Contre toute attente, cette dernière ne paraissait pas du tout gênée, elle regardait tous ces objets avec une certaine passion dans les yeux, contrairement à Yumeki qui ne savait pas où se cacher.

 C’est ça, sa COLLECTION ?!!!

Linka se mit à rire en se couvrant la bouche de ses mains.

Quelque chose attira soudain le regard du jeune homme choqué et en colère. Il attrapa une boîte assez volumineuse pour lire un post-it collé dessus : « C’était le contenu du colis. Merci de m’avoir permis de tirer ma révérence sur cette magnifique œuvre ! Kazuo. »

Yumeki regarda de plus près le boîtier, c’était la version collector, avec la figurine et les cartes postales, d’un doujinshi tiré à très peu d’exemplaires et qui avait été mis en vente lors d’un Comiket (ce que lui expliquera par la suite Linka).

Son titre : « 可愛い妹パラダイス5・Kawaii Imouto Paradise 5 !!!!! »

 Aaaaaahhhhh !!

Ne trouvant pas de mots pour décrire sa consternation, Yumeki se contenta de crier. C’était donc l’objet pour lequel il s’était si ardemment battu la veille, celui pour lequel ils avaient failli mourir tous les deux ?! Une œuvre indécente !!

Rien que d’y repenser, il fut empli de colère.

À l’opposé, Linka n’arriva même plus à cacher son fou rire, elle en pleurait.

***

Quelques heures après, il quitta le QG pour rentrer chez lui.

Linka avait beau lui avoir dit que « c’était cool, qu’il y ait un tas de bonnes œuvres dans cette collection », il ne pouvait s’empêcher de se sentir déçu. Il n’avait pas vraiment envie de tirer ses pouvoirs d’œuvres hentai.

Néanmoins, il décida de les garder et de les entreposer dans l’une des deux chambres. Celle qu’il avait vu précédemment semblait avoir été aménagée à cet effet, il n’y avait que des rangées d’étagères alignées, vides pour le moment, prêtes à accueillir la future collection de Yumeki.

Il se demanda à nouveau, même si c’était une question inutile, qui pouvait bien être Linka. Quelle était l’origine de son revenue, puisqu’elle ne semblait pas avoir de travail ?

Avant de la quitter, elle avait insisté pour qu’il revienne la voir à Akiba prochainement afin d’augmenter sa collection. Elle avait affirmé à nouveau qu’il était un cas vraiment spécial : en effet, déployer autant de puissance avec seulement quelques œuvres était en théorie impossible.

Plus il augmenterait sa collection, plus ses pouvoirs deviendraient puissants et il éviterait de passer une journée entière à récupérer de sa fatigue. En effet, ce serait bien plus pratique pour lui de ne pas perdre une journée de travail après chaque combat, aussi il accepta sans s’y opposer cette proposition.

Alors que ses pas le menèrent sur les quais de la ligne ferroviaire Chuo/Sobu, prêt à monter dans le train pour rentrer chez lui, il se rappela un détail qui lui était totalement sorti de l’esprit :

 Aaaaaahhhh ! Avec tout ça, j‘ai oublié d’acheter mon ordinateur !

Alors qu’il s’écriait de la sorte, les personnes autour de lui le regardèrent d’un air interrogateur.

***

Le soir, à Akihabara…

Tandis que la majorité des personnes étaient rentrées se coucher suite à l’arrêt de circulation des trains, une femme déambulait dans le quartier endormi.

Elle était de grande taille, à la peau noire de jais— une teinte si sombre qu’il devenait difficile de la distinguer dans cette obscurité ambiante— et sa longue chevelure blanche comme neige se répandait dans son dos.

Elle portait un long manteau rouge ouvert qui dévoilait une poitrine enveloppée de bandes blanches, typique du style vestimentaire des bosozoku, ces gangs de motards japonais.

Un masque chirurgical couvrait sa bouche et elle portait même de nuit des lunettes de soleil. Avec un peu d’observation, il était possible de remarquer sous les pans de son manteau la garde d’un katana.

Personne ne croisa ses pas, elle prenait soin de judicieusement éviter tout contact avec autrui.

Elle s’approcha du bâtiment où avait eu lieu le combat final entre Kazuo et l’extraterrestre et leva les yeux vers le sommet de celui-ci.

Avec une vitesse incroyable, elle disparut de sa position et grimpa à une vitesse folle la surface verticale jusqu’à atteindre le toit.

Elle n’était résolument pas normale, elle n’était même pas humaine, à vrai dire. Même cette teinte si sombre ne faisait pas partie du spectre des peaux humaines.

Arrivée sur le toit, elle retira ses lunettes et, de ses yeux rouges luisants, elle inspecta la zone, mains dans les poches, tout en déambulant d’un pas calme. Comme elle l’avait supposé, il ne restait aucune trace du combat.

Elle tira son téléphone de sa poche, abaissa son masque médical, dévoilant deux étonnantes canines inférieures si longues qu’elles sortaient de sa bouche à la manière des défenses d’un sanglier.

— Ouais, c’est moi, Dhas. Je suis sur zone, comme je le pensais : il ne reste rien.

— Ah, Dhas ! répondit une voix sifflante et désagréable. Pourquoi avec tout le personnel qu’on a c’est toi qui t’occupe de ça ?

— Je m’ennuyais, c’était tout… Est-ce mal, boss ?

— Non, ça va. Mais, je t’avais dit qu’il ne resterait rien. Le gros otaku a utilisé un kekkai de toute façon.

— Dans le doute, je préférais avoir confirmation… J’dozor n’était pas si faible pourtant, mais il semble avoir été battu si facilement.

— Sur les caméras de surveillance, le gros otaku ne semblait même pas blessé en quittant le kekkai. C’est quelqu’un de dangereux… J’ai vérifié moi-même : aucune des caméras de surveillance des toits n’a enregistré sa position avant le combat.

En effet, ils avaient piraté les réseaux de surveillance du quartier afin de se servir des caméras, c’était ce qui leur avait permis de remarquer la disparition de J’dozor, l’alien invocateur.

D’une certaine manière, le cerveau humain tendait à trouver des explications rationnelles aux disparitions qui avaient lieu lors de l’activation des kekkai. Il était difficile pour le commun d’admettre le surnaturel.

Mais, pour ceux qui connaissaient la face cachée du monde, bien sûr, c’était différent. Ces enregistrements qui n’avaient pas attiré l’attention humaine avaient été soigneusement inspecté par les extraterrestres qui avaient piraté les systèmes de surveillance.

Dhas observa le paysage nocturne du quartier sans répondre ; elle ne savait que dire de plus.

— Reviens au bercail, Dhas, tu ne trouveras rien de toute manière…

— Dois-je m’occuper du cas de ce gêneur de gros otaku ? demanda-t-elle en arborant un sourire cruel.

— Non pas la peine. Les rumeurs parlent de son retrait. C’était sa dernière mission, apparemment : il ne nous gênera plus.

— Et Nakamura ? Devrions-nous le retrouver ?

— Ce n’est pas la peine non plus, j’ai envoyé une équipe de nettoyage s’occuper de lui.

Dhas sourcilla, elle ignorait qu’une telle opération avait été décidée dans son dos. Toutefois, elle n’en avait que faire, elle ne questionnerait pas son chef pour en savoir plus à ce sujet, il y avait autre chose qui occupait bien plus ses pensées.

— Et celui qui a combattu Nakamura ? J’aimerais…

— Pas pour ce soir, Dhas, l’interrompit la voix désagréable du chef. Chaque chose en son temps. Tu pourras t’amuser prochainement, je te le promets. J’ai besoin de toi ici. Reviens vite.

— D’accord, chef.

Sur ces mots, elle raccrocha, observa quelques instants l’écran de son téléphone avec une mine légèrement contrariée, puis le rangea dans sa poche. Elle tourna son regard vers l’immense tour de Sublime Palace et remonta son masque avant de repartir.

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